Menahem Begin

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Menahem Begin
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Menahem Begin, en 1978.
Menahem Begin, en 1978.
Fonctions
6e Premier ministre d’Israël
21 juin 197710 octobre 1983
Président Ephraïm Katzir
Yitzhak Navon
Chaim Herzog
Prédécesseur Yitzhak Rabin
Successeur Yitzhak Shamir
Biographie
Date de naissance 16 août 1913
Lieu de naissance Brest (Russie impériale)
Date de décès 9 mars 1992 (à 78 ans)
Lieu de décès Drapeau : Israël Jérusalem (Israël)
Nationalité Israélienne
Parti politique Likoud
Conjoint Aliza Begin (décédée en 1982)
Religion Judaïsme

Signature

Menahem Begin
Premiers ministres de l’État d'Israël
Prix Nobel de la paix de 1978
Menahen Begin à Camp David en 1978.

Menahem Volfovitz Begin (en hébreu : מנחם בגין) (né Mieczysław Biegun le 16 août 1913 à Brest-Litovsk - mort le 9 mars 1992 à Jérusalem) est un homme d'État israélien.

Il est Premier ministre d'Israël de juin 1977 à octobre 1983. Begin négocie les accords de paix de Camp David avec le président égyptien Anouar el-Sadate, sous la médiation américaine du président Jimmy Carter. Il est alors convenu du retrait de Tsahal de la péninsule du Sinaï, restituée à l'Égypte. Ces accords, qui concrétisèrent le principe diplomatique d'échange « Territoires contre Paix », valent aux deux négociateurs le prix Nobel de la paix en 1978. Les négociations continuent jusqu'à la signature du traité de paix israélo-égyptien de 1979.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né à Brest-Litovsk à une époque où la vie des juifs y était très dynamique, Begin reçut une éducation combinant l'étude religieuse traditionnelle de la Torah et des études laïques ; il fréquenta notamment le mouvement de jeunesse juive sioniste de gauche hachomer hatzaïr. Il conserva toute sa vie l'application des principes religieux et resta proche du judaïsme rabbinique orthodoxe. Cela lui valut d'ailleurs le pseudonyme de « rabbi Haim Sussover » des années plus tard lorsqu'il luttait au sein de l'Irgoun contre le pouvoir britannique en Palestine. Le père de Menahem Begin était un leader de sa communauté et un sioniste convaincu, admirateur de Théodore Herzl. Les parents de Begin périrent au cours de la Shoah.

Photo de Menahem Begin lors de son arrestation par le NKVD (photo retrouvée dans les archives du KGB)

Begin finit ses études de droit à Varsovie en 1935. Mais le grand tournant de la vie de Begin fut sa rencontre avec Vladimir Jabotinsky, le fondateur du Sionisme révisionniste anti-socialiste et du mouvement de jeunesse Betar. Jabotinsky marqua beaucoup le jeune Begin. Begin intègrera le Betar dès sa création en 1928 puis en prendra la tête en 1939, malgré quelques désaccords avec Jabotinsky. Ce dernier décédera en 1940.

Cela marqua les débuts de l'engagement politique de Begin. En 1939 il s'enfuit à Vilnius ville faisant alors partie de la Pologne jusqu'à l'invasion de ce pays par l'Allemagne nazie. Le 20 septembre 1940, il est arrêté par le NKVD et détenu à la prison de Lukiskes, il est accusé d'être un agent de l'impérialisme britannique, il est alors condamné à 8 ans de goulag puis transféré le 1er juin 1941 au camp de travail de Petchora en Sibérie. Toutes ces expériences seront racontées plus tard dans l'autobiographie qu'il publiera. Libéré après la signature des accords Sikorski-Maïski en août 1941, il s'engage dans l'armée polonaise en Union soviétique, armée placée sous le commandement du général Władysław Anders. Évacué d'URSS avec le gros de cette armée, début 1943, il transite par l'Iran, l'Irak, puis la Palestine où s'organise le 2e Corps polonais. Caporal à la 5e division d'infanterie polonaise, il déserte en septembre 1943 comme 3 000 autres soldats juifs alors que leur unité stationnait en Palestine[1].

Avant 1948[modifier | modifier le code]

Rapidement, il s'opposa aux groupes sionistes à idéologie socialiste menés par David Ben Gourion, car il les trouvait trop complaisants avec la puissance coloniale britannique. Il milita pour le Sionisme révisionniste. En 1943, Begin rejoignit l'Irgoun et en prit le commandement en 1947. De 1944 à la création de l'État d'Israël, Begin vivra dans la clandestinité. Il n'aura de cesse de dénoncer les mesures prises contre l'immigration juive en Palestine et de lutter pour que le gouvernement britannique retire ses troupes et tienne la promesse que constituait la déclaration Balfour.

Pourtant, malgré le traitement réservé aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et l'afflux des réfugiés des camps d'extermination de la Shoah, les Britanniques maintinrent des limitations strictes à l'immigration juive en Palestine, afin de ménager les populations arabes. Begin en fut outré et accusa les Britanniques d'appliquer des mesures pro-arabes. Il appela aux armes et l'Irgoun déclencha une rébellion qui visait les installations et les positions britanniques. Begin continua à échapper aux services britanniques et à l'Agence juive qui le pourchassaient et à commander depuis ses cachettes une armée de milliers de combattants, jusqu'au retrait britannique en 1948.

Attaque terroriste de l'hôtel King David[modifier | modifier le code]

Le 22 juillet 1946, Menahem Begin coordonne l'attaque de l'hôtel King David à Jérusalem. Des membres de l'Irgoun, déguisés en Arabes, font sauter la partie de l'hôtel abritant le Secrétariat britannique, le Commandement militaire et une branche de la Division d'Investigation criminelle. En dépit d'un coup de téléphone prévenant de l'attaque, les Britanniques ne firent pas évacuer le bâtiment. Quatre-vingt-douze personnes sont tuées, la plupart employées du Secrétariat ou de l'hôtel : 28 Britanniques, 41 Arabes, 17 Juifs et 5 non répertoriés. Environ 45 personnes sont plus ou moins grièvement blessées.

Deir Yassin et l'Altalena[modifier | modifier le code]

Le 9 avril 1948, Menachem Begin assuma la responsabilité du Massacre de Deir Yassin perpétré par une centaine de combattants de l'Irgoun et du Lehi. L'attaque du village et le massacre qui suivit, dont des exécutions dans une carrière attenante fit plus de cent morts.

Après la Déclaration d'indépendance d'Israël, David Ben Gourion conclut un accord avec les principales factions sionistes pour placer les forces paramilitaires sous commandement unifié. L'accord prévoyait également que toutes les fournitures de matériel militaires seraient placées sous contrôle de l'armée. Rompant l'accord, Menahem Begin fit acheminer des armes de France afin de les fournir en priorité aux membres de l'Irgoun. En ayant pris connaissance, David Ben Gourion mit Menahem Begin en demeure de respecter l'accord. Ce dernier refusa et rejoignit le bateau pour organiser le débarquement clandestin des armes sur une plage de Tel-Aviv. Après que l'endroit fut localisé, David Ben Gourion donna ordre à un contingent du Palmah de tirer au canon sur le bateau qui fut coulé et sa cargaison perdue (22 juin 1948).

Engagement politique après 1948[modifier | modifier le code]

Dans les jours qui suivirent la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël du 14 mai 1948, Begin fit un discours diffusé par la radio pour appeler ses hommes à rendre les armes. Les Israéliens entendaient alors sa voix pour la première fois. Lors de parades de ses troupes, il renouvela sa demande de rendre les armes et de rejoindre la Haganah afin de constituer les nouvelles "Forces de Défense d'Israël", Tsahal.

Les actions de l'Irgoun et du groupe clandestin Lehi (également connu sous la dénomination de « groupe Stern ») furent dénoncées par la gauche israélienne qui les considérait comme relevant d'actes terroristes. Ces deux organisations furent dissoutes en 1948 pour éviter tout risque de guerre civile, même si Begin s'engagea alors dans un combat politique pendant les trente années suivantes.

Begin fonda son propre parti politique, le Herout ("Liberté") en 1948, à la droite de l'échiquier politique israélien, et en marge de l'ancien parti révisionniste déclinant qui avait été fondé par Jabotinsky lui-même. Aux élections de 1949, le Herout gagna 18 sièges au Parlement de la Knesset. Le parti révisionniste sans représentant à l'Assemblée fut alors dissout et Begin devint ainsi l'unique leader du courant révisionniste.

De 1948 à 1977, le Herout représenta la principale alternative au parti travailliste dominant à la Knesset et la tension était grande entre Menahem Begin et David Ben Gourion. Le public était à l'époque surpris par l'apparence de Begin et ses manières qui semblaient d'une autre époque. Par exemple, Begin, qui avait été diplômé en Droit en Pologne, continuait de préférer le costume et la cravate, là où les socialisants préféraient des tenues informelles.

Refusant l'accord d'indemnisation des victimes de la Shoah que Ben Gourion négociait avec le chancelier allemand Konrad Adenauer, Begin fut accusé d'être l'un des commanditaires d'un attentat raté commis envers le chancelier (de fait, les commanditaires pensaient que le colis piégé n'atteindrait pas sa cible, mais un policier fut tué)[2].

L'engagement de Begin eut particulièrement d'écho auprès des citoyens défavorisés et notamment des nouveaux immigrants d'origine séfarade, plutôt religieux dans leur ensemble, et qui fuyaient les pays arabes. Ils étaient pleins de ressentiment envers l'élite israélienne ashkénaze hautaine, majoritairement athée et politiquement (très vaguement) proche du communisme soviétique.

Begin accepte de participer au gouvernement d’union nationale en 1967 et influe sur le déclenchement de la guerre des Six Jours.

Les messages anti-socialistes, anti-élitistes et empreints de signification religieuse que formulait Begin attirèrent ainsi cette base populaire qui lui accorda systématiquement ses voix aux élections et finit par le porter au pouvoir en mai 1977. Pour cela, Begin avait accepté en 1973 le plan du Général Ariel Sharon de former une coalition plus large des partis de l'opposition, en s'alliant au Parti libéral, au Parti du centre et à d'autres groupes plus petits pour constituer le Likoud (« consolidation »).

Begin parvint à réaliser ce qui paraissait impensable jusque-là : remporter les élections contre le parti travailliste, ce qui était une première dans la courte histoire de l'État d'Israël. Il devint alors Premier ministre.

Premier ministre[modifier | modifier le code]

De 1977 à 1980[modifier | modifier le code]

Le Likoud gagna les élections de 1977 mais fut loin des 60 sièges sur 120 nécessaires pour appuyer un gouvernement sur une majorité parlementaire. Afin d'exclure le parti travailliste du futur gouvernement, il dut compter sur les 15 sièges du DASH (Mouvement démocratique pour le changement) fondé un peu plus tôt par des personnalités comme le général Yigal Yadin, le Professeur Amnon Rubenstein, Shmuel Tamir et Meir Amit. Yadin jouera un rôle important lors des négociations israélo-égyptiennes. Les 5 représentants du parti religieux Agoudat Israel se joignirent également à cette majorité de centre-droite. Moshe Dayan, ancien Ministre « travailliste » de la Défense de 1967 à 1973, devint ministre « Likoud » des Affaires étrangères.

Menahem Begin, Jimmy Carter et Anouar el-Sadate célébrant les accords de Camp David en 1978

Les principales réalisations du mandat de Menahem Begin furent les Accords de Camp David et le Traité de paix israélo-égyptien. Il procéda au retrait israélien du Sinaï, comme demandé partiellement par la controversée Résolution 242 (1967) qui avait formulé la nécessité qu'Israël se retire « de(/des) territoires » après la guerre des Six Jours pour mettre fin au conflit israélo-arabe. (Voir les articles qui y sont consacrés, notamment pour une explication sémantique des termes de la résolution de l'ONU).

Les bases militaires du Sinaï furent réimplantées dans le Néguev, avec des aides financières et des garanties politiques des États-Unis. La démolition de colonies de peuplement israéliennes dans le Sinaï (notamment la ville de Yamit) suscita une opposition interne dans le Likoud qui menaça de scinder le parti.

1981 et la menace irakienne[modifier | modifier le code]

Begin prit très au sérieux l'anti-sionisme menaçant de Saddam Hussein. Israël discuta avec la France pour ne pas fournir à l'Irak son réacteur nucléaire de Osirak. Puis en 1981, Begin ordonna le bombardement et la destruction du réacteur nucléaire de Tamnuz par l'aviation israélienne. « À aucun prix, Israël ne permettra à un ennemi de développer des armes de destruction massive qu'il pourrait utiliser contre notre peuple » est connu comme la 'doctrine Begin'. Cette opération fut dénoncée par de nombreux gouvernements étrangers dont les États-Unis par le biais d'une lettre de protestation de Ronald Reagan, et la résolution 487 de l'ONU la condamna. La gauche israélienne condamna également l'opération, mais plutôt pour des raisons électorales car l'attaque s'était déroulée à trois semaines de nouvelles élections.

1982 et l'invasion du Liban[modifier | modifier le code]

En 1982, Begin autorisa Tsahal à envahir le Liban pour en déloger l'OLP qui pilonnait la Galilée à partir de la frontière nord d'Israël. L'opération israélienne au sud-Liban dura trois ans puis se prolongea dans une moindre mesure avec une présence israélienne jusqu'en 2000.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Begin fut très marqué par les échecs de la campagne du Liban : le revirement puis l'assassinat de Béchir Gemayel, les nombreuses victimes parmi les soldats israéliens, la mauvaise image dans l'opinion d'une guerre non nécessaire à la sécurité d'Israël, le drame du Massacre de Sabra et Shatila... Il fut également très affecté par la mort de sa femme Aliza survenue en Israël alors qu'il était en voyage officiel à Washington.

Déprimé, Begin annonça sa démission le 15 septembre 1983[3], passa les commandes du gouvernement à Yitzhak Shamir le 10 octobre 1983.

Begin se retira de la vie politique et quitta rarement son appartement au cours de ses dernières années, sauf pour se rendre sur la tombe de son épouse. Il s'éteint à Jérusalem en 1992 et fut enterré sans grande cérémonie au mont des Oliviers.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Général Anders, Mémoires, 1939-1946, La Jeune Parque, Paris 1948, p. 222
  2. Le Monde 15 juin 2006
  3. Live2Times