Libéral-conservatisme

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Le libéral-conservatisme est une idéologie politique qui combine et défend des préoccupations conservatrices, en particulier pour les traditions établies, le respect pour l'autorité, l'ordre, la sécurité, l'identité nationale, la liberté individuelle, la famille, et parfois les valeurs religieuses, avec des idées libérales sur le plan économique, ce qui correspond à l'essentiel des idées des partis politiques se réclamant de droite.

Présentation générale[modifier | modifier le code]

Les libéraux-conservateurs sont pour la propriété privée, le libre-échange et l'économie de marché, qui sont les trois piliers du libéralisme économique. N'entretenant pas la confusion entre libéralisme politique - en autres, la liberté individuelle et la démocratie - et le libéralisme économique, ils s'inscrivent essentiellement dans le libéralisme classique, c'est-à-dire celui de Benjamin Constant et d'Alexis de Tocqueville[1]. Ils sont donc des libéraux ou appartenant à une famille du libéralisme.

Concordances, convergences et oppositions des diverses doctrines et systèmes politiques[modifier | modifier le code]

Le conservatisme apparaît comme un prolongement, un développement ou parfois une négation du libéralisme[2]. C'est toute son ambiguïté : comme les hommes ont besoin à la fois d’enracinement et d'émancipation, il peut vouloir accompagner plus largement les bienfaits du libéralisme, le rendre plus protecteur à l'égard de l'émancipation sans prudence ou encore le considérer comme vicié, donc vouloir le renverser. Sauf dans ce dernier cas, le conservatisme est donc prêt à composer avec le libéralisme. De même, il ne suffit pas qu'une société soit « ouverte », économiquement parlant, pour qu'y règne la liberté. Celle-ci suppose, outre la liberté de choisir des biens de consommation, celle de peser sur les destinées collectives. Il s'oppose alors au libérisme - ou aux libertariens - qui fait du marché, la loi suprême de la vie sociale et considèrent la satisfaction maximale des intérêts en tant que tels comme un critère du Bien.

Parallèlement, le libéralisme politique est considéré incompatible avec le socialisme. Toute démocratie est tiraillée entre ses deux principes fondateurs : la liberté et l'égalité. C'est pourquoi, selon que l'on prend pour fondement d'un projet politique la liberté individuelle ou l'égalité collective, on aboutit à des doctrines opposées : ou bien le libéralisme ou bien le socialisme. Le premier est défini comme partant de l'individu et pensant le social en termes d'équité alors que le second part du collectif et pense le social en termes d'égalité. Reconnaissant alors l’État ou la figure du Léviathan dans laquelle Hobbes l’avait pensé, limité à ses fonctions régalienne, il peut s'opposer à l'État-distributif, c'est-à-dire lorsque la redistribution altère la formation de la richesse et pénalise également les pauvres[3]. Il s'oppose également au centralisme. La décentralisation, conjuguée avec le fédéralisme et le principe de subsidiarité, permet d'initier les citoyens à la vie politique et éviter le despotisme de l’État[4]. Ainsi, il s'oppose logiquement aux régimes totalitaires, le communisme par exemple, c'est-à-dire lors qu’un État contrôle tous les pouvoirs, notamment économique, religieux, médiatique, etc.

Usage du terme[modifier | modifier le code]

Dans de nombreux pays, les partis d'idéologie conservatrice ont, avec le temps, adopté des arguments économiques libéraux, ce qui explique qu'on emploie plus souvent le terme « conservateurs » plutôt que « libéraux-conservateurs » pour les qualifier. Dans les pays où les idées économiques libérales sont considérées comme relevant de la tradition, comme les États-Unis, le conservatisme est aussi une notion englobant la défense du conservatisme classique et du libéralisme économique. Dans d'autres pays où les mouvements libéraux-conservateurs sont devenus des courants politiques dominants, les termes « libéral » et « conservateur » peuvent devenir synonymes (comme en Australie, en Italie et en Espagne). La tradition conservatrice libérale aux États-Unis combine l'individualisme économique du libéralisme classique à une certaine forme de conservatisme (qui est aussi devenue partie intégrante de la tradition conservatrice américaine, comme peuvent en témoigner les écrits de Russell Kirk).

Un deuxième sens du terme s'est développé en Europe, combinant des visions conservatrices « modernes » (moins traditionalistes) avec une certaine forme de social-libéralisme. Il s'est généralement développé en opposition aux conceptions plus collectivistes du socialisme. Souvent, il s'agit de souligner la nécessité d'un maintien de visions conservatrices du libre marché et de la croyance en la responsabilité individuelle, tout en adoptant des positionnements sociaux-libéraux quant à la défense des droits civiques, de la protection de l'environnement et du soutien à un petit État-providence. Cette philosophie est celle de l'actuel Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, ainsi que du Premier ministre britannique David Cameron. En Europe continentale, ce terme peut être traduit de l'anglais par « conservatisme social ».

Les fondements du libéralisme-conservatisme[modifier | modifier le code]

Scepticisme envers la raison et tradition[modifier | modifier le code]

Comme la mécanique sociale échappe souvent à la compréhension et au contrôle de l’homme, l’idée que l’on puisse instaurer un système parfait en mesure de gérer le social est à éviter, parce qu’elle relève tout simplement de l’utopie. Une telle pensée revendique le concret, le réel, le continu, contre la fiction abstraite des constructions ex nihilo. On parlera plutôt de scepticisme envers la raison quand celle-ci prétend percer tous les mystères du monde. C’est pourquoi il est aussi préférable de se conformer à ce qui existe, c’est-à-dire à l’ordre et aux traditions engendrés par le cours de l’histoire et le travail des ancêtres. Ceci a amené naturellement Michael Oakeshott à se définir comme conservateur de la manière suivante : « être conservateur, par conséquent, est préférer le familier à l’inconnu, préférer ce qui a déjà été utilisé à ce qui ne l’a jamais été, préférer le fait au mystère, le vrai au possible, le limité au flou, ce qui est proche plus que ce qui est distant, le suffisant à l’excédent, le convenable au parfait (…). ». En effet, comme l’écrit Philippe Bénéton, la tradition constitue « cet héritage […] essentiel à l’homme parce que sa raison est faible et bornée »[5]. Irremplaçable fruit de la sagesse des générations passées, la tradition est le révélateur du caractère de chaque peuple. De plus, les libéraux-conservateurs considèrent qu'une société - le vivre ensemble - ne peut exister qu’à travers des ordres de moralité, c'est-à-dire où l’on distingue ce qui est dû, ce qui est permis et ce qui est interdit. En somme, si la révolution de 1793 appelée aussi Terreur - à distinguer de la révolution de 1789[6] - se trouve tant vilipendée par les libéraux-conservateurs, c’est qu’elle représente une brisure irréparable dans ce qui avait mis des siècles à être élaboré.

Ce conservatisme, pris au sens de conservation, a - toujours - pour tâche d’entourer et de protéger quelque chose, notamment en ce qui concerne l’éducation selon les propos de Hannah Arendt. Bien entendu, le libéralisme-conservatisme accepte le monde tel qu’il est - et ne définit pas sa lutte que pour préserver - accepte donc l’intervention d’êtres humains décidés à modifier le cours des choses et à créer du neuf.

Décentralisation, fédéralisme, et principe de subsidiarité[modifier | modifier le code]

Pour éviter le despotisme, le libéral-conservatisme insiste sur l’importance et l'existence d’autres contre-pouvoirs - extérieurs ou intérieurs à l'État - face à l’État, en particulier le pouvoir associatif ou pouvoirs privés, qui soient capables de limiter sa puissance, à condition qu’ils soient réellement divers, représentatifs, directs, qu’ils ne se substituent pas à la volonté de la majorité, et aussi qu’ils ne soient pas la manifestation d’une démission du pouvoir politique face à des intérêts économiques.

Critique de l'État providence[modifier | modifier le code]

Dans la lignée d'Aron, ce courant libéral s'accommode parfois d'un État providence. Mais avec l'État providence, le lien familial se morcèle car les individus prennent l’habitude de ne dépendre que de l'État.

Idéal républicain et patriotisme[modifier | modifier le code]

Le libéralisme-conservatisme en Europe[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Le libéral-conservatisme a prédominé en France, derrière Chateaubriand, derrière des catholiques libéraux comme Montalembert ; il a existé derrière la Monarchie de Juillet, et il a failli ressurgir durablement autour du Ralliement, un grand rassemblement, susceptible d'incarner une droite républicaine, démocrate, conservatrice et libérale. Mais il s’est affronté au « catholicisme intransigeant ». Dans l'histoire politique de la France, on peut citer le philosophe politique Alexis de Tocqueville et la Fédération républicaine, parti de droite de la première moitié du XXe siècle qui présentait, à ses débuts des éléments du libéral-conservatisme.

Partis politiques[modifier | modifier le code]

Au Parlement européen, les libéraux-conservateurs sont unis au sein du Parti populaire européen, mais on en compte aussi quelques-uns dans l' Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe et l'Alliance des conservateurs et réformistes européens. Plusieurs partis d'Europe occidentale ou du nord sont particulièrement représentatifs de cette mouvance politique :

Pouvoirs privés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. dont ce dernier est lui-même considéré comme un libéral-conservateur.
  2. Par Thibaut Gress, « Entretien avec Philippe Raynaud : autour des Trois Révolutions de la liberté », sur actu-philosophia.com, mercredi 17 mars 2010.
  3. Voir particulièrement Philippe Bénéton, Le Fléau du bien, Robert Laffont, 1983 ; Yvan Blot, L'énergie créatrice et les méfaits de l'État-providence, Club de l'Horloge
  4. Voir essentiellement les écrits de référence. Pour le régime fédéral, il faut évoquer ici par Hamilton. Pour la décentralisation : De la démocratie en Amérique, vol. II, IIe partie, chap. IV, Éd. Garnier-Flammarion, 1981, p. 133 (1re éd., 1840) ; Chantal Delsol, principe de subsidiarité, PUF
  5. Philippe Bénéton, Le conservatisme, Paris, Presses universitaires de France, 1988, p. 106.
  6. Philippe Nemo, Les Deux Républiques françaises , PUF, "Hors collection", 2008, 307 p.
  7. http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/07/26/a-l-ecole-francaise-des-liberaux-conservateurs_3452554_823448.html

Articles connexes[modifier | modifier le code]