Ronald Dworkin

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Ronald Dworkin

Philosophie occidentale

Philosophie contemporaine

Description de l'image  Ronald Dworkin at the Brooklyn Book Festival.jpg.
Naissance 11 décembre 1931
Worcester, Massachusetts
Décès 14 février 2013 (à 81 ans)
Londres, Royaume-Uni
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
École/tradition Philosophie analytique
Droit naturel
Principaux intérêts Philosophie du droit
Philosophie morale
Philosophie politique
Idées remarquables Loi comme intégrité
Test de l'envie
Œuvres principales Taking Rights Seriously (1977)
Influencé par Herbert Hart

Ronald Dworkin, FBA, est un philosophe américain contemporain né le 11 décembre 1931 à Worcester, Massachusetts (États-Unis) et mort le 14 février 2013 (à 81 ans) à Londres, d'une leucémie[1],[2],[note 1]. Il était professeur à Londres et New York. Il est connu comme l'un des plus grands spécialistes de la philosophie du droit[3].

Son travail porte sur la théorie du droit. Dworkin peut être considéré dans ce domaine comme le philosophe le plus connu depuis Herbert Hart avec qui il a entretenu un dialogue critique. En effet, son effort majeur est une critique du positivisme. C'est également un interlocuteur privilégié d'un autre philosophe contemporain qui accorde de plus en plus de place au droit comme Jürgen Habermas[note 2].

Il est aussi célèbre pour ses contributions à la New York Review of Books.

Il a reçu le prix Holberg pour l'ensemble de son œuvre en 2007 et le prix Balzan pour la philosophie du droit en 2012.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ronald Dworkin.

Ses parents, David Dworkin et Madelene Talamo, se sont séparés alors qu'il était encore bébé. Sa mère était pianiste et a enseigné le piano à Providence dans le Rhode Island où Ronald Dworkin a grandi[3].

Ronald Dworkin a étudié à la philosophie à l'université Harvard avec Willard Van Orman Quine et le droit à la Harvard Law School et à l'Université d'Oxford, où il a été un élève de Sir Rupert Cross grâce à une bourse Rhodes[3]. Dworkin a ensuite étudié le droit à Harvard et fut l'employé du juge Learned Hand à la Cour d'appel des États-Unis[4]. Ce dernier dira plus tard de Dworkin qu'il a été un des meilleurs employés qu'il ait eu. De son côté, Dworkin dira du juge Hand qu'il a exercé une énorme influence sur lui. Après un emploi chez Sullivan et Cromwell, un grand cabinet de New York, Dworkin devient professeur de droit à l'Université Yale, où il occupe la chaire Wesley N. Hohfeld de théorie du droit[3].

En 1969, Dworkin est nommé titulaire de la chaire de Jurisprudence à l'université d'Oxford, où il succède à Herbert Hart, et est élu enseignant-chercheur (Fellow). Après son départ d'Oxford, Dworkin devient professeur de jurisprudence à Londres, puis à l'Université de New York, où il enseigne depuis la fin des années 1970.

Son premier ouvrage, Taking Rights Seriously, publié en 1977, rencontre un succès immédiat et est tout de suite considéré comme le livre de philosophie du droit le plus important depuis The Concept of Law (1961) de Herbert Hart[5].

Dans Life's Dominion (1993), il aborde le problème de l'avortement[3].

En décembre 2011, il donne une série de trois conférences à l'université de Berne dans le cadre des « Einstein Lectures » intitulées « Religion without God »[6].

En 2012, il reçoit le prix Balzan pour la théorie et philosophie du droit « pour ses contributions fondamentales à la théorie générale du droit, caractérisées par la profondeur de l'analyse, la clarté de l'argumentation et l'originalité des résultats, dans une interaction constante et féconde avec les théories morales et politiques et la pratique du droit[7]. »

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il a épousé Betsy Ross en 1958 avec qui il a eu deux enfants. Après la mort de Betsy en 2000, il se remarie avec Irene Brendel, l'ancienne épouse du pianiste Alfred Brendel[3].

Pensée[modifier | modifier le code]

S'opposant à son maître et prédécesseur à Oxford, Herbert Hart, Dworkin s'est toujours attaché à défendre le lien entre droit et morale. Ainsi, il défend l'idée qu'il existe un droit naturel mais à l'inverse de la majorité des défenseurs du droit naturel, il le fait avec un point de vue de gauche[note 3],[5]. Son premier ouvrage majeur, Taking Rights Seriously (1977), défend l'importance morale des droits individuels face au positivisme juridique, d'une part, et à l'utilitarisme, de l'autre. Et dans Law's Empire (1986), il propose une compréhension herméneutique de la fonction du juge : le juge, lorsqu'il doit trancher des cas difficiles doit appuyer sa décision sur une interprétation de l'histoire du droit dans sa communauté politique et de la moralité collective sous-jacente à cette évolution du droit.

Puis, évoluant progressivement de la philosophie du droit à la philosophie politique, Dworkin élabore une théorie libérale de l'égalité. Aucun gouvernement n'est légitime, affirme-t-il, s'il ne traite pas tous ses citoyens comme des égaux, en manifestant à leur égard un égal respect et une égale attention[8]. Traiter les citoyens comme des égaux, précise-t-il, ne signifie pas leur offrir un traitement égal[9]. En effet, toute conception plausible de la justice doit être sensible à la responsabilité individuelle. Si une personne fait le choix de travailler moins que les autres, par exemple, il est normal, aux yeux de Dworkin, qu'elle bénéficie de moins de ressources. C'est là qu'intervient la distinction fondamentale entre ce qui relève des choix individuels et ce qui relève du hasard des déterminations (sociales et biologiques). Dworkin défend un « égalitarisme de la chance »[note 4] qui repose sur l'idée que les individus doivent assumer les conséquences des risques qu'ils prennent ou des choix qu'ils posent, mais que l'État doit redistribuer les profits et compenser les inégalités liés à la chance pure[10].

Interventions dans le débat public[modifier | modifier le code]

En pleine guerre du Viêt Nam, il prend la défense des objecteurs de conscience qui refusent de se rendre à la guerre dans la New York Review of Books. À ceux qui invoquent l'argument qu'une société ne peut perdurer si elle tolère toutes les formes de désobéissance, il répond que rien ne prouve qu'une société va s'effondrer si elle tolère certaines formes de désobéissance[11].

À l'occasion du cas opposant les régents de l'université de Californie à Allan Bake (en) sur lequel la cour suprême des États-Unis se prononce en octobre 1977, Ronald Dworkin prend la défense du programme de discrimination positive mis en place par l'école de médecine de l'université de Californie contre lequel, Allan Bakke, un étudiant blanc refusé à l'université, avait remis en cause auprès de la cour suprême de Californie[12].

En 1987, il prend position, toujours dans les colonnes de la New York Review of Books, contre la nomination par Ronald Reagan du juge Robert Bork à la cour suprême des États-Unis[13].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • 1977 : Taking Rights Seriously
  • 1977 : (en) The Philosophy of Law, New York: Oxford University Press, coll. « Oxford Readings in Philosophy »
  • 1985 : A Matter of Principle
    Ce livre inclut l'article "Is there really no right answer in hard cases?" et "Liberalism" (1978)
  • 1986 : Law's Empire
  • 1987 : Philosophical Issues in Senile Dementia
  • 1990 : A Bill of Rights for Britain
  • 1990 : Foundations of Liberal Equality, The Tanner Lectures on Human Values XI, University of Utah Press
  • 1993 : Life's Dominion : An Argument about Abortion, Euthanasia and Individual Freedom, New York, Knopf
  • 1996 : Freedom's Law : The Moral Reading of the American Constitution, Cambridge, Harvard University Press
  • 2000 : Sovereign Virtue : The Theory and Practice of Equality, Cambridge, Harvard University Press
    • Traduction française par Jean-Fabien Spitz : La Vertu souveraine, éditions Émile Bruylant, coll. « Penser le droit », 2008
  • 2002 : A Badly Flawed Election: Debating Bush v. Gore, the Supreme Court, and American Democracy, New York: New Press
  • 2006 : Justice in Robes
  • 2006 : Is Democracy Possible Here? Principles for a New Political Debate
  • 2008 : The Supreme Court Phalanx: The Court's New Right-Wing Bloc, New York: New York Review Books
  • 2011 : Justice for Hedgehogs, The Belknap Press
  • Religion Without God (À paraître)

Articles[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cohen, Marshall, ed. Ronald Dworkin and Contemporary Jurisprudence. London: Duckworth, 1984.
  • Dossier « Ronald Dworkin » dans la revue Droit et société, no 1, 1985 lire en ligne
  • Dossier « Ronald Dworkin » dans la revue Droit et société, no 2, 1986 lire en ligne
  • Jacques Lenoble, (1988), « La théorie de la cohérence narrative en droit : Le débat Dworkin-MacCormick », Archives de Philosophie du Droit (La philosophie du droit aujourd'hui), vol. 33, pp. 120–139.
  • Hunt, Alan, ed. Reading Dworkin Critically. New York: Berg, 1992.
  • Gaffney, Paul. Ronald Dworkin on Law as Integrity: Rights as Principles of Adjudication. Lewiston, New York: Mellen University Press, 1996.
  • (en) Stephen Guest, Ronald Dworkin, Edimbourg, Edinburgh University Press,‎ 1997 (1re éd. 1991)
  • Serge Champeau, « Ronald Dworkin, le libéralisme et l'égalité », Revue Philosophique de Louvain, t. 97, no 3-4,‎ 1999, p. 550-580 (lire en ligne)
  • S. Wesche et V. Zanetti (dir.), Dworkin. Un débat, Paris, Ousia, 2000
  • Allard, Julie. Dworkin et Kant: Réflexions sur le judgement. Bruxelles: éditions de l'ULB, 2001.
  • Burley, Justine, ed. Dworkin and His Critics. Oxford: Blackwell Publishing, 2004.
  • Hershovitz, Scott, ed. Exploring Law's Empire: The Jurisprudence of Ronald Dworkin. Oxford: Oxford University Press, 2006.
  • Antoine Bailleux, « Actualité du « combat des chefs » dans la littérature anglo-saxonne », Revue interdisciplinaire d'études juridiques, vol. 59,‎ février 2007, p. 173-220 (lire en ligne)
  • Ripstein, Arthur, ed. Ronald Dworkin (Contemporary Philosophers in Focus). Cambridge: Cambridge University Press, 2007.
  • Brown, Alexander. Ronald Dworkin's Theory of Equality: Domestic and Global Perspectives. New York: Palgrave Macmillan, 2009.
  • (en) Adam Libtak, « Ronald Dworkin, Legal Philosopher, Dies at 81 », New York Times,‎ 14 février 2013 (lire en ligne)
  • (en) Edward Luce, « Ronald Dworkin, thinker who challenged judges », Financial Times,‎ 14 février 2013 (lire en ligne)
  • Deux articles sur le site de la Stanford Encyclopedia of Philosophy :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'après le New York Times et le Financial Times, il serait né à Providence et non à Worcester (Libtak 2013, Luce 2013).
  2. Voir le livre de Jürgen Habermas, Droit et démocratie
  3. ou libéral, au sens américain du terme
  4. En Anglais « Luck egalitarianism »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « US legal scholar Ronald Dworkin dies in UK aged 81 », sur wlos.com,‎ 14 février 2013 (consulté en 14 février 2013)
  2. (en) « American philosopher and legal scholar Ronald Dworkin dies in London at 81 », sur Foxnews,‎ 14 février 2013 (consulté en 14 février 2013)
  3. a, b, c, d, e et f (en) Godfrey Hodgson, « Ronald Dworkin obituary », The Guardian,‎ 14 février 2013 (lire en ligne)
  4. Serge Champeau, « Ronald Dworkin », Cités, no 5,‎ janvier 2001, p. 208-214 (DOI 10.3917/cite.005.0207, lire en ligne).
  5. a et b Michel Troper, « Présentation Dossier Ronald Dworkin (1re partie) », Droit et société, no 1,‎ 1985 (lire en ligne)
  6. (en) « Ronald Dworkin delivers the Einstein Lectures at the University of Bern, Switzerland », sur NYU School of Law News,‎ 20 décembre 2011 (consulté en 14 février 2013)
  7. a et b « Céremonie de remise des Prix Balzan 2012 à Rome », sur balzan.org (consulté en 15 février 2013)
  8. Dworkin 2000, p. 1.
  9. (en) Ronald Dworkin, Sovereign Virtue : The Theory and Practice of equality, Harvard University Press,‎ 2000, p. 11.
  10. Luce 2013
  11. (en) Ronald Dworkin, « On Not Prosecuting Civil Disobedience », The New York Review of Books,‎ 6 juin 1968 (lire en ligne)
  12. (en) Ronald Dworkin, « Why Bakke Has No Case », The New York Review of Books,‎ 10 novembre 1977 (lire en ligne)
  13. (en) Ronald Dworkin, « The Bork Nomination », The New York Review of Books,‎ 13 août 1987 (lire en ligne)
  14. « Ronald Dworkin », sur The New York Review of Books (consulté en 11 février 2013)
  15. « Ronald Dworkin », sur Holberg Prisen (consulté en 11 février 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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