Marceline Desbordes-Valmore

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Marceline Desbordes-Valmore

Description de cette image, également commentée ci-après

Marceline Desbordes-Valmore par Nadar (1854).

Activités Poétesse
Naissance
Douai
Décès (à 73 ans)
Paris, Flag of France.svg
Langue d'écriture Français
Genres Littéraire, poétesse

Marceline Desbordes-Valmore, née à Douai le et morte à Paris le , est une poétesse française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Marceline Desbordes est la fille de Catherine Lucas[1] et Félix Desbordes, un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution.Fin 1801, après un séjour à Rochefort et un autre à Bordeaux, la jeune fille et sa mère s'embarquent pour la Guadeloupe, île appartenant à la France depuis 1635, afin de chercher une aide financière chez un cousin aisé, installé là-bas.

Carrière théâtrale[modifier | modifier le code]

Le voyage entrepris, qui devait être un nouveau départ devient un véritable calvaire. D'une part, la traversée en bateau, qui dure plus que prévu (onze jours) affaiblit les deux femmes, d'autre part, une épidémie de fièvre jaune se déclare en Guadeloupe et emporte, en mai 1803, la mère de la jeune fille[2]. En outre, des troubles politiques agitent l'île et la situation du cousin ne se révèle pas aussi bonne qu'on le disait : l'aide qu'il apporte est donc bien maigre.

De retour en métropole près de son père à Douai, Marceline devient comédienne dès l'âge de 16 ans. Elle joue au théâtre au théâtre à l'italienne de Douai, à Lille, Rouen (grâce à sa rencontre avec le compositeur Grétry) et à Paris. Comédienne, chanteuse et cantatrice, elle se produit notamment au théâtre de l'Odéon à l'Opéra-Comique, à Paris, et au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, où elle incarne en 1815 « Rosine » dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Au cours de sa carrière théâtrale, elle joue souvent des rôles d'ingénue. Elle crée plusieurs pièces de Pigault-Lebrun, rencontre Talma, qu'elle admire, Marie Dorval et surtout Mademoiselle Mars, qui sera son amie jusqu'à la fin de ses jours.

Poétesse[modifier | modifier le code]

De 1808 à 1810, elle a une liaison passionnée avec le comédien et homme de lettres Henri de Latouche, qu'elle nomme Olivier dans ses poèmes. En 1816, elle perd le fils qu'elle a eu avec lui. Elle se marie en 1817 avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore, rencontré alors qu'elle jouait à Bruxelles. Elle en aura quatre enfants, dont un seul, Hippolyte Valmore, lui survivra (Junie, Inès décèdent en bas âge et Hyacinthe, dite Ondine, compose des poèmes et des contes avant de mourir à l'âge de 31 ans).

Marceline Desbordes-Valmore publie en 1819 son premier recueil de poèmes, Élégies et Romances, qui attire l'attention et lui ouvre les pages de différents journaux tels que le Journal des dames et des modes, l’Observateur des modes et la Muse française. En effet, son mari n'est guère aisé et sa popularité, à elle, a perdu de son aura : c'est ainsi tout d'abord pour un intérêt financier qu'elle se met à écrire. Le couple s'installe à Lyon. Marceline Desbordes-Valmore continue à voir Henri de Latouche, et entretient avec lui une relation épistolaire soutenue. Par la suite, ses ouvrages les plus importants sont les Élégies et poésies nouvelles en 1824, les Pleurs en 1833, Pauvres fleurs en 1839 et Bouquets et prières en 1843. En 1832, elle cesse définitivement son activité au théâtre pour se consacrer à l'écriture. Toutes ses œuvres, dont le lyrisme et la hardiesse de versification sont remarqués, lui valent une pension royale sous Louis-Philippe Ier et plusieurs distinctions académiques. Elle écrit aussi des nouvelles et compose des Contes pour enfants, en prose et en vers. En 1833, elle publie un roman autobiographique L'Atelier d'un peintre. Elle y met en évidence la difficulté d'être reconnue pleinement comme artiste pour une femme.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Marceline Desbordes-Valmore décède à Paris, dans sa dernière demeure au 59, rue de Rivoli, le , en ayant survécu au décès de presque tous ses enfants, de son frère et de maintes amies. Elle fut surnommée « Notre-Dame-Des-Pleurs » en référence aux nombreux drames qui jalonnèrent sa vie[3]. Elle est inhumée au cimetière de Montmartre (26ème division).

Critiques de ses contemporains et portée[modifier | modifier le code]

L'instruction limitée de Marceline Desbordes-Valmore est compensée par son grand travail d'autodidacte. Honoré de Balzac, qui admirait son talent et la spontanéité de ses vers (« assemblages délicats de sonorités douces et harmonieuses et qui évoquent la vie des gens simples »[4] lui écrivait en avril 1834 en parlant d'elle : « [...] Elle a donc conservé le souvenir d'un cœur dans lequel elle a pleinement retenti, elle et ses paroles, elle et ses poésies de tout genre, car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l'être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. »[5],[6] »

Elle est aussi considérée comme une poétesse ayant joué un rôle majeur dans l'évolution de l'écriture par Paul Verlaine, qui déclare : « Nous proclamons à haute et intelligible voix que Marceline Desbordes-Valmore est tout bonnement [...] la seule femme de génie et de talent de ce siècle et de tous les siècles [...][7] ». On lui sait gré d'avoir introduit des formes nouvelles : « [...] Marceline Desbordes-Valmore a, le premier d’entre les poètes de ce temps, employé avec le plus grand bonheur des rythmes inusités, celui de onze pieds entre autres […][8] ». Son personnage romantique d'autodidacte dont la vie malheureuse aurait nourri une sensibilité singulière n'est pas non plus étranger à ce succès. Charles Baudelaire s'intéresse plus à la personne qu'aux vers quand il affirme : « Mme Desbordes-Valmore fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme[9] », suivi en cela par toute une tradition au XXe siècle. Sainte Beuve dit à son propos : « Elle a chanté comme l'oiseau chante »[10]. Il définit sa poésie comme « si passionnée, si tendre, et véritablement unique en notre temps[11]».

Une poésie d'avant-garde[modifier | modifier le code]

Première en date des poètes du romantisme, une des plus grandes poétesses depuis Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, en dépit d'une prolixité intermittente, est un précurseur inattendu des maîtres de la poésie française moderne : Rimbaud[12] et surtout Verlaine. On lui doit l'invention de plus d'un rythme : celui des onze syllabes et la genèse de Romances sans paroles[13]. Cette femme prétendument ignorante était une savante méconnue. Au surplus, elle fut la marraine indiscutable de « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d'Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Chansonnier des grâces, 1817
  • Élégies et romances, 1819
  • Elégies et Poésies nouvelles, 1825
  • Album du jeune âge, 1829
  • Poésies, 1830
  • Les Pleurs, 1833
  • L'atelier d'un peintre, roman, 1833
  • Pauvres Fleurs, 1839
  • Bouquets et prières, 1843
  • Poésies posthumes, 1860
  • Œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore, édition complète établie et commentée par M. Bertrand, Presses Universitaires de Grenoble, 2 vol., 1973
  • Vingt-deux lettres - correspondance -, préface de Jean Le Mauve, éditeur : l'Arbre, 1986
  • Les petits flamands - roman -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1991
  • Domenica - roman -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1992
  • L'Atelier d'un peintre - roman -, texte établi par Georges Dottin, postface de Marc Bertrand, éditeur : Miroirs Éditions, 1992
  • Contes, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Presses Universitaires de Lyon, 1996
  • Huit femmes - nouvelles -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1999
  • Les veillées des Antilles - roman -, présentation d'Aimée Boutin, éditeur : l'Harmattan, collection « Autrement mêmes », 2006
  • Œuvre poétique intégrale de Marceline Desbordes-Valmore - réédition révisée et complétée avec des inédits -, avant-propos de Marc Bertrand, éditions : Jacques André Éditeur/CEI, 1 vol., 2007
  • Les Yeux pleins d'églises, avant-propos de Jean Ristat, préface de Claude Schopp, Éditions La Bibliothèque, 2010

Quelques pages manuscrites, enluminées de fleurs séchées

Poèmes mis en musique[modifier | modifier le code]

Marceline Desbordes-Valmore a mis en musique elle-même L'Alouette.

La musicalité de ses vers a attiré de nombreux compositeurs. De son vivant, Pauline Duchambge met en musique plusieurs de ses poèmes (La Jalouse, S'il avait su…!, Le Rêve du mousse, Adieu tout, La Walse et l'aumône, Attends-moi longtemps). On doit à Adolphe Adam la partition de Restez enfants et à Joseph-Henri Mees celle qui accompagne Le Billet. En 1842, alors qu'il n'a que sept ans, Camille Saint-Saëns écrit sa première composition sur le poème Le Soir qu'il offre à son professeur Mlle L. Grunger[14]. Gioacchino Rossini en fait de même pour Le Saule pleureur, César Franck pour Les cloches du soir, Éric Tanguy pour Souvenir. Henri Woollett compose la suite : Marceline ou la vie d'une femme où il met en musique L’Absence, Ton Nom, Les Roses, Prière, N’écris pas !, Le Présage, Le Don des larmes et Le Refuge. Louis Beydts est l'auteur des musiques de La Guirlande de Marceline qui réunit les poèmes Un billet de femme, C’est moi, Pour le petit enfant, La Sincère, Amour partout, Ne parle pas, Un Cri.

Cet intérêt des musiciens pour l'œuvre de Marceline Desbordes-Valmore se manifeste également dans la chanson populaire contemporaine. Julien Clerc a ainsi composé une chanson à partir du poème N'écris pas (qui avait déjà été mis en musique par Henry Woollett). Elle figure sous le nom Les séparés, au sein de l'album Julien (1997). Benjamin Biolay a également repris ce poème, avec la musique de Julien Clerc, sur son album Trash Yéyé (2007). Karin Clercq a chanté La sincère (qui avait déjà été mis en musique par Louis Beydts et dont la musique est signée, cette fois, par Guillaume Jouan) sur son album Après l'amour.

Portrait[modifier | modifier le code]

David d'Angers, Profil, médaillon, plâtre, musée de la Vie romantique, Paris.

Hommage[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Détail du plafond du théâtre à l'italienne de Douai figurant la statue de Marceline Desbordes-Valmore.
  • Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. II, Paris, 1846, et Causeries du lundi, t. XIV, Paris, 1862, et Nouveaux Lundis, t. XII.
  • Lucien Descaves, La Vie douloureuse de Marceline Desbordes-Valmore, Paris. 1898. Réédité par les Éditions d'art et de littérature, 1910.
  • Stefan Zweig, Marceline Desbordes-Valmore, Paris, 1924.
  • Jacques Boulenger, Marceline Desbordes-Valmore, sa vie et son secret, Paris, 1927.
  • Manuel Garcia Sesma, Le Secret de Marceline Desbordes-Valmore Paris, 1945.
  • Madeleine Fargeaud, « Autour de Balzac et de Marceline Desbordes-Valmore » in Revue des sciences humaines, avril—juin 1956.
  • Éliane Jasenas, Marceline Desbordes-Valmore devant la critique, éditions Minard, 1962.
  • Jeanine Moulin, Marceline Des-bordes-Valmore, Seghers, coll. « Poètes d'aujourd'hui », 1955.
  • Georges-Emmanuel Clancier, Marceline Desbordes-Valmore ou le génie inconnu, Seghers, coll. « Panorama de la poésie française » 1983.
  • Robert Sabatier, « Marceline Desbordes-Valmore » in La poésie française du XIXe siècle, t. I, Albin-Michel, 1977.
  • Francis Ambrière, Le siècle des Valmore, Marceline Desbordes-Valmore et les siens, t. 1 : 1786-1840, t. 2 : 1840-1892, Seuil, 1987.
  • Marc Bertrand, Une femme à l'écoute de son temps, réédition, Jacques André Éditeur, 2009
  • Auguste Bleton, Marceline Desbordes-Valmore à Lyon, Lyon : Impr. de A. Rey, 1896

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Francis Ambrière, Le siècle des Valmore, Marceline Desbordes-Valmore et les siens, Éditions du seuil, Paris, 1987
  2. http://www.ombreflets.com/poeme-marceline-desbordes-valmore-7.html
  3. http://www.julien-clerc.net/auteurs/marceline_desbordes_valmore.html
  4. Honoré de Balzac, Correspondance, t. II. p. 456.
  5. Cité par Roger Pierrot dans Honoré de Balzac : La Comédie humaine, La Pléiade, t. X, Introduction et notes à La Recherche de l'absolu.
  6. La poétesse avait aidé Balzac à élaborer le cadre de son roman La Recherche de l'absolu qui se situe à Douai, ville que l'auteur de la Comédie humaine connaissait mal. Samuel S. de Sacy, Notes sur Jésus-Christ en Flandre, Folio Classique, 1980, p. 298.
  7. Œuvres en prose complètes, Gallimard, collection « La Pléiade », 1972, p. 678.
  8. Ibid., p. 674.
  9. Curiosités esthétiques. L'Art romantique, Garnier, coll. « Classiques Garnier », 1962, p. 745.
  10. http://perso.numericable.fr/~pcastera/Douai/Marceline.html
  11. Sainte-Beuve, Notice dans Marceline Desbordes-Valmore, Poésies de madame Marceline Desbordes-Valmore, Paris, Charpentier, 1842, p. I
  12. Cette parenté est soulignée par Yves Bonnefoy dans la préface du volume Poésies, Paris, Gallimard (poésie/gallimard), 1983, p. 31-34.
  13. Yves-Gérard Le Dantec, Dictionnaire des auteurs Laffont-Bompiani, p. 803.
  14. La date de cette dédicace est le 15 mai 1842. Saint-Saëns, qui est né en 1835, n'a alors qu'à peine sept ans, ce qui témoigne de sa précocité. Voir Jean Gallois, Charles-Camille Saint-Saëns, Mardaga, 2004, p. 319.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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