Parnasse (poésie)

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Le Parnasse, est un mouvement poétique apparu en France dans la seconde moitié du XIXe siècle : son évènement fondateur est la publication en 1866 du recueil poétique le Parnasse contemporain par l'éditeur Alphonse Lemerre.

Sa philosophie est de valoriser l’art poétique par la retenue, l'impersonnalité et le rejet de l'engagement social et politique de l'artiste. Il apparaît en réaction au lyrisme et aux sentiments du romantisme hérités de la poésie d'Alfred de Musset et Lamartine et de la dramaturgie de Gérard de Nerval et Victor Hugo. Pour les parnassiens, les épanchements sentimentaux y seraient excessifs et se feraient aux dépends de la perfection formelle du poème[1].

L'art n'a pas à être utile ou vertueux et son but est la beauté : c'est la théorie de « L'art pour l'art » de Théophile Gautier. Ce mouvement réhabilite aussi le travail acharné et minutieux de l'artiste en utilisant souvent la métaphore de la sculpture pour symboliser la résistance de la « matière poétique[Laquelle ?] ».

Histoire du mouvement[modifier | modifier le code]

Le mouvement parnassien naît en 1866[Contradiction] alors que plusieurs revues de poésie pré-existent[Contradiction] : la « Revue Fantaisiste » de Catulle Mendès, la « Revue du Progrès » en 1863 et « L’Art » de Louis-Xavier de Ricard. Une série de 18 brochures toutes[réf. nécessaire] nommées le Parnasse contemporain est alors publiée par l’éditeur Alphonse Lemerre : des poèmes d’une quarantaine de poètes y sont réunis. Une première anthologie de ces brochures est suivie par deux autres recueils, en 1871 et 1876, portant eux aussi le même nom. Beaucoup de poètes de l'époque ont été publiés dans ces trois recueils et d’autres comme Rimbaud, Verlaine, Mallarmé ou encore Baudelaire ont accompagnés[Comment ?] le mouvement avant de s’en détacher[pourquoi ?][réf. nécessaire].

On trouve des prémisses (avant sa naissance officielle[réf. nécessaire]) de l’écriture parnassienne dans les trois décennies précédentes : Théophile Gautier manifeste sa théorie de l’art pour l’art dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1835 et il expose sa conception[Laquelle ?] de la poésie dans le recueil Émaux et Camées en 1857.

La dernière édition de 1876 marque la fin publique du mouvement[réf. nécessaire], toutefois les préceptes de l’esprit parnassien continuent[Quand ?] à être suivi par certains[Lesquels ?] poètes[réf. nécessaire].

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le Mont Parnasse est une montagne de Grèce, qui dans la mythologie est consacrée à Apollon, le dieu des poètes, et aux neuf Muses : le Parnasse est alors l'allégorie du séjour des poètes, incluant ces derniers ainsi que leurs œuvres[réf. nécessaire].

En 1863[Contradiction], plusieurs titres sont envisagés[réf. nécessaire] pour le recueil de poésies que la revue L'Art[Contradiction] de Louis-Xavier de Ricard prévoit du publier:

  • Les Impassibles reprend un nom utilisé par des adversaires[Lesquels ?] mais est écarté[pourquoi ?]
  • Les Parnasses, les Cabinets de muses, les Étrennes de l'Hélicon reprennent des titres de recueils analogues publiés depuis le XVIe siècle
  • Les Poètes français est discrédité par une anthologie du même nom
  • La Double cime est proposé par Leconte de Lisle
  • Les Formistes, les Fantaisistes, et les Stylistes

Parnasse est celui retenu[Comment ?] (pour le mouvement[réf. nécessaire]) et selon Lepelletier la paternité en reviendrait à Charles Marty-Laveaux[réf. nécessaire].

Catulle Mendès l'a revendiqué, ne l'ayant imaginé qu'en souvenir du Parnasse satirique de Théophile de Viau et d'autres parnasses autrefois publiés[réf. nécessaire].

Caractéristiques du mouvement[modifier | modifier le code]

L’impersonnalité et le refus du lyrisme[modifier | modifier le code]

Les parnassiens ont préféré favoriser la distance et l’objectivité en s'opposant au lyrisme des écrivains romantiques, à leurs épanchements et à leur utilisation récurrente et surabondante du moi. Ils rejettent ce lyrisme par l'impersonnalité et le refus d'employer la personne « je », car sans elle il n'y a plus de sentiments personnels[réf. nécessaire]. Ils privilégient l’objectivité à la subjectivité, se dissociant ainsi du lyrisme par la neutralité[Laquelle ?] que cela implique[réf. nécessaire].

On retrouve ces caractéristiques dans le désert, texte de Leconte de Lisle publié dans le recueil poèmes barbares. Il y est question d'un bédouin et du désert :

« Quand le bédouin qui va de l’Horeb en Syrie »

« Il rêve qu’Al-Borak, le cheval glorieux [...] »

« Le cheval glorieux l’emporte en hennissant dans la hauteur des cieux »

Le style utilisé dans ce poème est en accord avec les idées des parnassiens[réf. nécessaire] : il n’y est absolument pas question de l’auteur et de ses sentiments personnels[réf. nécessaire].

Bien que présents, les registres épique et exotique ne sont là que pour mettre en valeur le rêve, le mythe et la légende[réf. nécessaire]. Par exemple « glorieux » et « la hauteur des cieux » sont employés pour témoigner de la grandeur du cheval : l’auteur s'abstient d'en juger et cela renforce l'impersonnalité du texte.

Théorie de l'art pour l'art[modifier | modifier le code]

En réaction au romantisme qui s'attaquait à des sujets sociaux et politiques, les parnassiens eux ne s'intéressent qu'au beau. Théophile Gautier formalise cette théorie de « L'art pour l'art » dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1835 :

« Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid. »

Les parnassiens ne recherchent que le beau et ils rejettent l’engagement pris par les romantiques de l'allier à l'utile : ce serait selon eux impossible. Ils prônent l'art pour l'art. L'art est art ; rien n’importe si ce n’est le beau donc l'art. Ils refusent alors[pourquoi ?] tout engagement politique ou social qu'ils auraient pu transmettre par leurs écrits.

Le parnassien voue un culte à l'art par l'érudition et la maîtrise de différentes techniques[Lesquelles ?] pour arriver au beau, qui serait donc d'après eux de l'art. Le parnassien recherche la perfection et cette recherche les mène à être encore plus rigoureux, en particulier dans le choix du vocabulaire et la métrique : on utilise d'avantage le sonnet et l'alexandrin.

Le culte du travail[modifier | modifier le code]

Le culte du travail est un des élément fondamental du parnasse. Celui du sculpteur ou du laboureur est utilisé comme comparaison : il doit transformer une matière difficile, ici le langage, en beau par et grâce à un travail patient.

Une vignette illustrant un paysan est affichée chez l'éditeur Lemerre et il est inscrit au-dessus « Fac et Spera », signifiant « agis et espère ». Elle témoigne de la volonté d’atteindre la perfection, en remettant plusieurs fois sur le métier son ouvrage. À l'opposé des romantiques pour qui l’inspiration prime, chez les parnassiens c'est le le travail qui redonne ses lettres de noblesse à la poésie : l’emploi du sonnet témoigne de cet effort de perfection, les dizains sont préférés aux alexandrins, ces derniers n'étant pas pour autant oubliés.

Dans le poème « l’Art » de Théophile Gautier, on remarque un lexique qui témoigne de cet effort de perfection : « Sculpte, lime, cisèle ». Il y a une énumération de verbes qui constituent un effort physique pour parfaire l’œuvre idéale. Ces mots appartiennent au champ lexical de la sculpture, rappelant la comparaison entre le parnassien et le sculpteur dans leur quête de la perfection par le travail.v

Les parnassiens[modifier | modifier le code]

Les précurseurs[modifier | modifier le code]

Deux poètes ont particulièrement inspiré les idées des parnassiens, et ont même vu quelques-uns de leurs poèmes édités dans les recueils du Parnasse contemporain.

Les parnassiens les plus célèbres[modifier | modifier le code]

Les parnassiens, qui considèrent Leconte de Lisle comme leur maître, peuvent être divisés en quatre sous mouvements complémentaires.

Les parnassiens, stricto sensu[modifier | modifier le code]

Parmi les 99 poètes qui ont contribué au Le Parnasse contemporain, plusieurs ont marqué l'histoire littéraire comme romanciers :

Les grands poètes associés[modifier | modifier le code]

Le mouvement fut accompagné par quelques grands poètes, surnommés « Poètes Maudits », qui l'ont côtoyé à des titres divers, sans être réductibles à ses thèses, comme :

Influence exercée par les parnassiens[modifier | modifier le code]

Extrait d’œuvre commenté[modifier | modifier le code]

Les deux dernières strophes du poème "Vénus de Milo" tiré des Poèmes antiques de Leconte de Lisle montrent bien toutes les facettes du Parnasse.

Si mon berceau flottant sur la Thétis antique,
Ne fut point caressé de son tiède cristal ;
Si je n’ai point prié sous le fronton attique,
Beauté victorieuse, à ton autel natal ;

Allume dans mon sein la sublime étincelle,
N’enferme point ma gloire au tombeau soucieux ;
Et fais que ma pensée en rythmes d’or ruisselle,
Comme un divin métal au moule harmonieux.

On remarque que les vers sont tous composés de 12 syllabes, ce sont des alexandrins ; donc des vers parfaitement équilibrés, qui montrent une certaine rigueur. Cette rigueur se manifeste aussi par la ponctuation répétitive ainsi que par les rimes croisées qui s’écrivent de la même façon. Ces strophes sont impersonnelles car le poète ne donne pas son point de vue, elles ne sont pas lyriques et sont non engagées. Ces deux strophes pourraient être interprétées comme une courte prière que le poète adresse à Vénus, déesse de la beauté. Cela montre la théorie de l’art pour l’art qui consiste en une recherche du beau, sans but. Puis lorsqu’on regarde les mots "tombeau soucieux" et "moule harmonieux" ainsi que les vers auxquels ils appartiennent, on observe que l’un se transforme en l’autre ; le poète compare sa "gloire" donc sa poésie à quelque chose de "divin", donc de parfait. Cela nous amène au travail acharné du poète et également à la théorie de l’art pour l’art.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. cf. Claude Millet, « Le Parnasse » in Michel Jarrety (dir.), La Poésie en France du Moyen Âge à nos jours, PUF, Quadrige, 2007, p. 349.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Témoignages directs[modifier | modifier le code]

Études littéraires[modifier | modifier le code]

  • Maurice Souriau, Histoire du Parnasse, Éditions Spes, 1929. Réédition Slatkine, Genève, 1977, 466 p.
  • Yann Mortelette, Histoire du Parnasse, Paris, Fayard, 2005, 566 p.
  • Yann Mortelette, Parnasse Mémoire critique, Paris, PUPS, 2006, 444 p.
  • Christophe Carrère, Leconte de Lisle ou la passion du beau, Paris, Fayard, 2009, 674 p.
  • André Thérive, Le Parnasse, édition Paul-Duval, 1929.
  • Luc Decaunes, La Poésie parnassienne. Anthologie, Seghers, 1977.
  • Michel Pierre, La Poésie parnassienne, Foucher.
  • V. Anglard, Les grands mouvements de la littérature française, Paris, Seuil, 1992
  • A. Benoit-Dusausoy et G. Ontaine, Lettres européennes, histoire de la littérature, Paris, De Boeck, 1992
  • N. Casalaspro, La littérature française : les grands auteurs du Moyen Âge à nos jours, Paris, Hachette pratique, 2007
  • A. Lagarde et L. Michard, Les Grands auteurs français, Paris, Bordas, 1966
  • J.-B. Barionan, Catulle Mendès, rapporteur du parnasse, in Magazine Littéraire, no 482, 2009
  • T. Bayle, Panorama littéraire, in Magazine Littéraire, no 348, 1996

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Le Parnasse (page consultée le 25.11.2009)
  • Courants littéraires : Le Parnasse, [1] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.I. Ayoub, Le Parnasse (page consultée le 25.11.2009)
  • F. Gadeyne, Le Parnasse (page consultée le 25.11.2009)
  • J.-P. Leclercq, Le cours de français [2] (page consultée le 25.11.2009)
  • Le Parnasse, [3] (page consultée le 25.11.2009)
  • Le Parnasse, [4] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.E. Gadenne, Les principaux mouvements littéraires, [5]
  • Cabanes, XIXe Siècle, [6]
  • Charles Marie René Leconte de Lisle
  • poèmes barbares de Leconte de Lisle, sur Wikisource