Rutebeuf

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Rutebeuf [ʁytbœf][1] (ancien français Rustebeuf), né vers 1230 et mort vers 1285, est un poète du Moyen Âge.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il doit probablement son nom au surnom « Rudebœuf » (bœuf vigoureux), qu'il utilise lui-même dans son œuvre. On ne sait quasiment rien de sa vie sauf qu'il était probablement un jongleur avec une formation de clerc (il connaissait le latin). Il serait originaire de Champagne (il a décrit les conflits à Troyes en 1249), mais a vécu adulte à Paris. Son œuvre, très diversifiée, qui rompit avec la tradition de la poésie courtoise des trouvères, comprend des hagiographies (Vie de Sainte Helysabel), du théâtre (Miracle de Théophile), des poèmes polémiques et satiriques (Renart le Bestourné ou Dit de l'Herberie) envers les puissants de son temps. Rutebeuf est aussi un poète « personnel », l'un des premiers à nous parler de ses misères et des difficultés de la vie. Parmi ses vers les plus célèbres on trouve certainement ceux issus des Poèmes de l’infortune : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… »

Rutebeuf dans la culture populaire contemporaine[modifier | modifier le code]

Les poèmes de Rutebeuf ont inspiré Léo Ferré qui en a fait une chanson qu'il a intitulée Pauvre Rutebeuf. Plusieurs interprétations de cette chanson existent, entre autres : Léo Ferré (1955 en studio, 1958, 1984 et 1986 en récitals), Catherine Sauvage (1956), Germaine Montero (1956), Cora Vaucaire (1957), Jacques Douai (1957), Marc et André (1961), Joan Baez (1965), Hugues Aufray (1967), Nana Mouskouri (1970), Hélène Martin (1975), Claude Dubois (1987), Petru Guelfucci (1988), James Ollivier (1988), Philippe Léotard (1994), Renée Claude (1994), Marc Ogeret (1999), Didier Barbelivien (2003), Alain Barrière (2007) et Dani Klein (Vaya Con Dios) (2009), Jan De Wilde (2010)[2]. Les paroles de La Chanson du bénévole, écrite et composée par Frédéric Château[3] et Les Enfoirés pour être éditée en simple et interprétée début 2014 dans le spectacle Bon anniversaire les Enfoirés, font référence au poète médiéval, désigné comme le fit Ferré sous ce terme de « pauvre Rutebeuf » : « Mon manteau n'est pas beaucoup plus neuf / Que celui du pauvre Rutebeuf ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Dit des Cordeliers (Li diz des Cordeliers ou Des Cordeliers), été ou automne 1249[4] : Plaidoyer en faveur des Franciscains de Troyes, en conflit avec les curés, les chanoines et les autres établissements monastiques locaux s'opposant à leur installation au centre de la ville[4].
  • Le Dit du pet au vilain ou Le Pet du vilain, non daté, peut-être une « œuvre de jeunesse » selon Michel Zink[5] : fabliau
  • Les Plaies du monde, vers 1252[6]
  • L'État du monde (L'Estat du monde), peut-être un peu après 1252[7]
  • De Monseigneur Ancel de l'Isle, entre 1252 et 1260[8] : complainte déplorant la mort d'Ancel III de l'Isle (+ 1252/60), seigneur de l'Isle-Adam et de Valmondois[8].
  • Le Testament de l'âne (Li testament de l'asne), vers 1253 ou 1254[9], fabliau ou « conte de l'âne enterré en terre consacrée et dont le prêtre, menacé de prison par l'évêque, révèle que l'âne avait légué une forte somme d'argent à l'évêque, qui est aussitôt apaisé[10] »
  • La Discorde des Jacobins et de l'Université ou La Discorde de l'Université et des Jacobins (La descorde de l'Université et des Jacobins), hiver 1254-1255[11]
  • La Complainte de Monseigneur Geoffroy de Sergines, fin 1255 ou en 1256[12]
  • D'Hypocrisie ou Du Pharisien (à distinguer du Dit d'Hypocrisie), poème qui aurait été composé sur commande pour le 7 mars 1257[13]
  • Le Dit de Maître Guillaume de Saint-Amour ou De Maître Guillaume de Saint-Amour, septembre ou octobre 1257[14]
  • la Complainte de Maître Guillaume de Saint-Amour, en 1258, peut-être au printemps[14]
  • Le Dit des règles, Des Règles ou Les règles monastiques, printemps 1259[15]
  • De Sainte Église, automne 1259[16]
  • La Griesche d'hiver, en 1256 selon Michel-Marie Dufeil ou vers 1260 selon Michel Zink[17]
  • La Griesche d'été, en 1258 selon Michel-Marie Dufeil ou vers 1260 selon Michel Zink[17]
  • Le Dit des ribauds de Grève, vers 1260[18]
  • Le Dit du mensonge ou la Bataille des vices contre les vertus, en 1260[19]
  • Le Dit des Jacobins, en 1260[20]
  • Les Ordres de Paris, fin de 1260 ou de 1261[21]
  • Le Dit des Béguines, octobre 1260 selon Dufeil, en 1260 ou 1261 selon Zink[22]
  • Le Mariage Rutebeuf ou Mariage de Rutebeuf, début 1261[23]
  • Renart le Bestourné ou le Retournement de Renard
  • la Leçon d'Hypocrisie et d'Humilité ou Leçon sur Hypocrisie et Humilité
  • La Complainte Rutebeuf ou Complainte de Rutebeuf sur son œil
  • La Repentance Rutebeuf, la Mort Rutebeuf ou la Repentance de Rutebeuf
  • La Voie d'Humilité
  • La Complainte de Constantinople
  • Frère Denise ou le Dit de Frère Denise le cordelier
  • La Chanson des Ordres
  • La Vie de Sainte Marie l'Egyptienne
  • Le Miracle de Théophile
  • Le Miracle du sacristain et d'une dame accompli par Notre Dame[24]
  • La Vie de Sainte Helysabel
  • La Dame qui fit trois fois le tour de l'église
  • Le Dit de l'Herberie
  • La Disputaison de Charlot et du Barbier de Melun, ou Dispute entre Charlot et le Barbier de Melun
  • Charlot le juif qui chia dans la peau du lièvre
  • Un Dit de Notre Dame
  • L’Ave Maria Rutebeuf ou l’Ave Maria de Rutebeuf
  • Sur Notre Dame ou De Notre Dame
  • La Chanson de Pouille
  • Le Dit de Pouille
  • La Complainte d'outremer
  • La Complainte du comte Eudes de Nevers
  • La Voie de Tunis ou le Dit de la croisade de Tunis
  • La Disputaison du croisé et du décroisé ou le Débat du croisé et du décroisé
  • Le Dit de l'Université de Paris
  • La Complainte du roi de Navarre
  • La Complainte du comte de Poitiers
  • Sur Brichemer ou De Brichemer
  • Le Dit d'Aristote
  • La Paix de Rutebeuf, la Paix Rutebeuf ou la Prière Rutebeuf
  • La Pauvreté Rutebeuf ou la Pauvreté de Rutebeuf
  • La Nouvelle complainte d'outremer

Poèmes d'attribution douteuse[modifier | modifier le code]

  • La Complainte de Sainte Église ou la Vie du monde[25]
  • Le Dit des propriétés de Notre Dame ou les Neuf joies Notre Dame[26],[27]

Un exemple de texte : Le dit des gueux de Grève[modifier | modifier le code]

Voici l'une des plus courtes œuvres de Rutebeuf, Le Dit des ribauds de Grève[28] :

Texte original
Ci encoumence li diz des ribaux de grève

Ribaut, or estes vos a point:
Li aubre despoillent lor branches
Et vos n'aveiz de robe point,
Si en aureiz froit a voz hanches.
Queil vos fussent or li porpoint
Et li seurquot forrei a manches!
Vos aleiz en été si joint,
Et en yver aleiz si cranche!
Vostre soleir n'ont mestier d'oint:
Vos faites de vos talons planches.
Les noires mouches vos ont point,
Or vos repoinderont les blanches.
Explicit.

Traduction française
Le dit des Ribauds de Grève

Ribauds, vous voilà bien en point!
Les arbres dépouillent leurs branches
et d'habit vous n'en avez point,
aussi aurez-vous froid aux hanches.
Qu'il vous faudrait maintenant pourpoints,
surcots fourrés avec des manches!
L'été vous gambadez si bien,
l'hiver vous traînez tant la jambe!
Cirer vos souliers? Pas besoin:
vos talons vous servent de planches.
Les mouches noires vous ont piqués,
A présent c'est le tour des blanches

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie partielle[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Léon Clédat, Rutebeuf, Paris, Hachette, coll. « Les Grands Écrivains français »,‎ 1891, 200 p.

Éditions de textes de Rutebeuf[modifier | modifier le code]

  • Rutebeuf, Œuvres complètes : Texte établi, traduit, annoté et présenté avec variantes par Michel Zink, Paris, Bordas (Classiques Garnier), 2 tomes, 1989-1990.
  • [Zink 2001] Rutebeuf, Œuvres complètes : Texte établi, traduit, annoté et présenté par Michel Zink, Paris, Livre de poche (Classiques Garnier), coll. « Lettres gothiques »,‎ 2001, 1054 p. (ISBN 978-2-253-06673-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Œuvres complètes de Rutebeuf (texte original et traduction française), tome 1 et tome 2 Publication en ligne sur la site de la BNF du texte original et de la traduction française par Michel Zink (sans les annotations et la présentation) de son édition des œuvres de Rutebeuf de 1989-1990.
  • Laurent Brun et al., « Rutebeuf », sur Arlima - Archives de littérature du Moyen Âge [site web]. Liste détaillée des œuvres, bibliographie et ressources concernant l'auteur

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Louvain-la-Neuve, Peeters,‎ 1994, p. 104.
  2. http://houbi.com/belpop/album/dewilde.htm
  3. http://www.rtl.fr/emission/laissez-vous-tenter/billet/la-chanson-du-benevole-le-premier-extrait-du-nouveau-spectacle-des-enfoires-7767415347
  4. a et b Zink 2001, p. 49.
  5. Zink 2001, p. 63 : « L'absence de toute doctrine, de toute polémique en dehors du traditionnel mépris des vilains, de tout engagement de l'auteur, laisse supposer qu'il s'agit d'une œuvre de jeunesse ».
  6. Zink 2001, p. 71.
  7. Zink 2001, p. 81.
  8. a et b Zink 2001, p. 95.
  9. Zink 2001, p. 103.
  10. Laurent Brun et al., « Rutebeuf », sur Arlima - Archives de littérature du Moyen Âge [site web].
  11. Zink 2001, p. 115.
  12. Zink 2001, p. 123.
  13. Zink 2001, p. 135.
  14. a et b Zink 2001, p. 145.
  15. Zink 2001, p. 167.
  16. Zink 2001, p. 181.
  17. a et b Zink 2001, p. 194.
  18. Zink 2001, p. 213 : « On considère ordinairement que ce poème relève du même esprit que les Griesches [datées de v. 1260 par Zink] et doit avoir été composé vers la même époque ».
  19. Zink 2001, p. 217.
  20. Zink 2001, p. 233.
  21. Zink 2001, p. 245.
  22. Zink 2001, p. 263.
  23. Zink 2001, p. 267.
  24. Le voyage de la Vierge fut écrit par Bernard Marcotte d'après ce fabliau.
  25. Zink 2001, p. 1001.
  26. Zink 2001, p. 1015.
  27. Laurent Brun, « Les Neuf joies Nostre Dame », sur Arlima - Archives de littérature du Moyen Âge [site web].
  28. Rutebeuf, Oeuvres complètes (Texte établi, traduit, annoté et présenté avec variantes par Michel Zink), Paris, Bordas (Classiques Garnier), t. 1, 1989, t. 2, 1990. Texte original et traduction française en ligne sans les notes et la présentation : [lire en ligne], [lire en ligne]