Japonisme
Le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux. L'art qui résulta de cette influence est qualifié de japonesque.
Dans le dernier quart du XIXe siècle, l'ukiyo-e devient une nouvelle source d'inspiration pour les peintres impressionnistes européens et pour les artistes cubistes. C'est dans une série d’articles publiés en 1872 pour la revue Renaissance littéraire et artistique, que le collectionneur Philippe Burty donne un nom à cette révolution : le japonisme.
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Histoire [modifier]
Rendu possible par l’ouverture du Japon au monde extérieur en 1868 avec l’ère Meiji, le japonisme commence avec les collectionneurs d'art japonais, qui exposent les œuvres qu'ils possèdent. Les premiers exemplaires d'estampes en Europe sont montrés à Paris. En 1856, Félix Bracquemond devient le premier artiste européen à copier des œuvres japonaises. En effet, sur un service de porcelaine réalisé pour Eugène Rousseau, il reproduit les figures animales de la Manga d'Hokusai. Dès lors, l'art japonais commence à être apprécié à grande échelle. Des collectionneurs, et des critiques artistiques entreprennent des voyages au Japon dans les années 1870 et 1880 et contribuent à la diffusion des œuvres japonaises en Europe, et plus particulièrement en France, tant et si bien que l'Exposition Universelle de Paris en 1878 présente un bon nombre d'œuvres japonaises des collections Bing, Burty et Guimet notamment. Le roman de Pierre Loti Madame Chrysanthème, publié en 1887, ne fait qu'accentuer et populariser cette mode du japonisme. Aux expositions universelles parisiennes de 1889 et de 1900, le Japon est très présent à la fois par l'architecture, les estampes et par la production céramique. Des œuvres japonaises entrent dans les collections du Musée du Louvre en 1892. Pour l'exposition universelle de 1900 Hayashi Tadamasa réussit le fabuleux pari de faire venir de très grandes œuvres du Japon, l'Empereur Meiji proposa même quelques pièces de sa collection personnelle.
Japonisme dans les arts [modifier]
Les principaux artistes japonais qui influencèrent les artistes européens étaient Hokusai, Hiroshige et Utamaro. Des artistes très peu reconnus au Japon, car produisant un art considéré comme léger et populaire par les élites japonaises de l'époque. Le japonisme a donc sauvé des œuvres qui allaient disparaître et permis de développer une voie nouvelle de l'art japonais.
En retour, l'arrivée des Occidentaux au Japon provoqua de nombreuses réactions chez les artistes japonais. Par exemple dans le domaine de la peinture, deux grandes écoles se formèrent : celle dite du nihon-ga (voie japonaise) qui eut tendance à perpétuer le canon de la peinture japonaise, et celle dite du yō-ga (voie occidentale), qui développa les techniques et les motifs de la peinture à l'huile (voir Kuroda Seiki et Kume Keiichiro, fondateur de la Société du cheval blanc, Hakuba-kai).
Cependant le mouvement inverse du japonisme est nommé bunmeikaika (文明開化?, du chinois wénmíng kaihua, « civilisation culturelle », « éclosion de la civilisation »). Il ne rencontra pas l'intérêt des artistes japonais, plus soucieux des effets de leur modernisation et occidentalisation. Il a fallu attendre une longue période pour que des artistes et chercheurs japonais se penchent sur le japonisme.
Parmi les artistes européens adeptes du japonisme, on trouve : van Gogh, Manet, Degas, Renoir, Pissarro, Klimt, Monet, Auburtin, Gauguin et donc sous son influence les Nabis (Vuillard, Bonnard ...) qui utilisèrent des formats très japonais, Giuseppe De Nittis ou Mary Cassatt qui firent collection d'estampes japonaises. Le mouvement ne toucha pas seulement la peinture, mais aussi les objets d'art avec les grès émaillés de Carriès et les productions de la maison Christofle en métal patiné.
L'ensemble de l'Art nouveau comporte de nombreuses références japonaises, voir Émile Gallé.
Japonisme dans la littérature [modifier]
En littérature et en poésie, les auteurs français du XIXe siècle ressentent le besoin de rompre avec un certain classicisme et se tournent entre autres vers l'orientalisme, puis le japonisme. Concernant le Japon, il ne s'agissait pas tant d'en reprendre les thèmes que de s'inspirer d'une sensibilité et d'une esthétique nouvelle ; parmi ces auteurs figurent notamment Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé et Victor Hugo[1],[2]. D'autres écrivains évoquent les arts et l'esprit japonais dans leurs écrits, tels Marcel Proust, Edmond de Goncourt et Émile Zola[3],[4]. Pierre Loti écrit un de ses romans les plus célèbres, Madame Chrysanthème (1887), en prenant pour sujet sa rencontre avec une jeune femme japonaise pendant un mois, livre précurseur de Madame Butterfly et Miss Saigon et œuvre qui est une combinaison du récit et du carnet de voyage[5],[6].
Galerie [modifier]
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Portrait de Pere Tanguy
Exemple de l'influence de l'ukiyo-e en Europe -
La Japonaise, Madame Monet en costume japonais, par Claude Monet -
Bouteille en porcelaine de Chantilly dans le style Kakiémon, France, 1730-1735. -
Jeunes femmes regardant des objets japonais, James Tissot, ca. 1870. -
Jeune fille dans un kimono blanc, George Hendrik Breitner, 1894. -
La Princesse du pays de la porcelaine, James McNeill Whistler
Notes et références [modifier]
- (en) Karyn Williamson, From Orientalism to Japonisme: Hugo, Baudelaire and Mallarme, université de l'Illinois à Urbana-Champaign, 1994, 1-7 p.
- (en) Elwood Hartman, « Japonisme and Nineteenth-Century French Literature », Comparative Literature Studies, vol. 18, no 2, juin 1981, p. 141-166 [texte intégral]
- (en) Jan Hokenson, « Proust's "japonisme": Contrastive Aesthetics », Modern Language Studies, vol. 29, no 1, 1999, p. 17-37 [texte intégral]
- (en) Yoko Chiba, « Japonisme: East-west renaissance in the late 19th century », Mosaic: A Journal for the Interdisciplinary Study of Literature, vol. 31, no 2, 1998, p. 1-20
- Keiko Omoto et Francis Marcouin, Quand le Japon s'ouvrit au monde, Paris, Gallimard, 1990 (ISBN 2-07-076084-7), p. 158
- (en) Jan van Rij, Madame Butterfly: Japonisme, Puccini, and the Search for the Real Cho-Cho-San, Stone Bridge Press, 2000 (ISBN 9781880656525), p. 53-54
- Isabelle Charrier, La peinture japonaise contemporaine de 1750 à nos jours, La manufacture, 1991
- S. Elisseev, la Peinture contemporaine au Japon, 1922
- Brigitte Koyama-Richard, Japon Rêvé, Edmond de Goncourt et Hayashi Tadamasa, Paris, Hermann, 2001
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- (en) Yōko Takagi, Japonisme in fin de siècle art in Belgium, Pandora, Anvers, 2002, 320 p. (ISBN 9053251448)
- (en) Gabriel P. Weisberg (et al.), Japonisme: Japanese influence on French art, 1854-1910, Cleveland Museum of Art, Cleveland, 1975, 220 p. (ISBN 0910386226)
- (en) Gabriel P. Weisberg et Yvonne M.L. Weisberg, Japonisme: an annotated bibliography, Jane Voorhees Zimmerli Art Museum, Rutgers-The State University of New Jersey, New Brunswick, NJ ; Garland Pub, New York, 1990, 445 p. (ISBN 0824085450)
- (fr) Le Japonisme, Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1988, 341 p. (ISBN 2711821927) (catalogue de l'exposition à Paris et Tokyo en 1988)
- (fr) Japonisme & mode, Paris Musées, Paris, 1996, 208 p. (ISBN 2879002575) (catalogue de l'exposition au Musée de la mode et du costume à Paris en 1996)