Émile Gallé

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Émile Gallé

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Émile Gallé en 1889

Nom de naissance Émile Gallé
Naissance 4 mai 1846
Nancy
Décès 23 septembre 1904
Nancy
Nationalité française
Activités maître-verrier, ébeniste, céramiste
Formation Charles Gallé (son père) et la verrerie de Meisenthal
Mouvement artistique École de Nancy

Émile Gallé, né à Nancy le 4 mai 1846 et mort dans la même ville le 23 septembre 1904, est un industriel, maître verrier, ébéniste et céramiste français. Il est fondateur et premier président de l’École de Nancy en 1901.

Enfant de l'Art et du commerce, il est l'une des figures les plus marquantes des arts appliqués de son époque et l'un des pionniers de l'Art nouveau. C'est également un précurseur en matière de génétique et d'évolution concernant le monde végétal, ses travaux méconnus du grand public sont d'une grande pertinence puisqu'ils précèdent ceux de Mendel et en annoncent pourtant les grandes lignes. À la porte de son atelier de Nancy on pouvait lire cette devise : « Ma racine est au fond des bois[1].».

Biographie[modifier | modifier le code]

La jeunesse[modifier | modifier le code]

Maison construite par Charles Gallé au no 2 de l'avenue de la Garenne (Nancy)

Son père, Charles Gallé (1818-1902), est déjà d'une envergure peu commune. Artiste peintre, il maîtrise l'art délicat de l'émail mais, après son mariage avec Fanny Reinemer issue d'une famille de négociants en faïences et cristaux, il lance l'entreprise familiale dans une production propre et y rencontre le succès. C'est dans cette ambiance éclectique qu'Émile recevra une éducation à la fois attentive et audacieuse.

Après des études secondaires à Nancy couronnées du baccalauréat, il va en 1865 apprendre l'allemand à Weimar et y poursuit des études de minéralogie. C'est ensuite l'apprentissage des métiers du verre et de la céramique à Meisenthal. Son approche n'est pas simplement théorique et Émile ne craint pas de s'initier au soufflage. Il adjoint à cela de bonnes connaissances en ébénisterie et surtout la passion familiale pour les sciences naturelles et plus particulièrement pour les plantes qui l'amène au dessin.

Émile Gallé mène une vie simple, voire austère. Il effectue des études sur les plantes, les animaux, les insectes. Quelques fois, il seconde son père. Le soir, il lit des recueils de poésie. Cette influence sera notable surtout vers 1882, quand il aura assimilé les différentes expériences de sa jeunesse. De 1884 à 1889, il cristallise ses idées dans son livre Écrits pour l'Art[2]. Dans l'esprit du temps, Gallé célèbre dans son art les provinces perdues de la l'Alsace et de la Lorraine. Pour l'exposition de 1889, Gallé développe, à travers ses décors symboliques, le thème du patriotisme[3]

Gallé est moins connu pour son engagement social, notamment avec son ami, le botaniste Georges Le Monnier. Humaniste convaincu, il est un des fondateurs de l'Université populaire de Nancy et devient trésorier de la Ligue française pour les droits de l'homme. Il défend les Juifs de Roumanie et, malgré les risques commerciaux, est l'un des premiers à défendre publiquement Alfred Dreyfus.

Les voyages[modifier | modifier le code]

De 1862 à 1866 : Il est en Allemagne, en particulier à Weimar.

1866 : il est à Meisenthal, dans la vallée de la Sarre, où il travaille dans les verreries de Burgun, Schwerer & Cie. C'est ici qu'il développe ses connaissances sur la chimie du verre.

1870 : Il est de nouveau à Saint-Clément où, avec Victor Prouvé, il compose un service de vaisselles rustiques avant de s'engager volontairement comme soldat dans la guerre.

1871 : Il est à Londres où il travaille au musée de Kensington et au jardin botanique.

Le séjour à Paris[modifier | modifier le code]

Marbrures et superpositions

Il y étudie l'art des cristaux anciens, les émaux de masse des lampes arabes de Philippe-Joseph Brocard, les vases de verres aux riches matières, quasi-chinoises ou l'art japonais d'Eugène Rousseau, période du japonisme.

Il retourne à Nancy, ayant de nouvelles voies d'exploration de la technique du verre et il s'emploie à imiter la nature avec des stries, des nœuds, des éclats, des reflets, des ombres, des marbrures.

Il superpose les couches de matières et y interpose des feuilles d'or et d'argent. Il suscite des bullages et des rayures.

Le parcours professionnel[modifier | modifier le code]

La cristallerie créée à Nancy en 1894 située au 86 du boulevard Jean Jaurès qui devint par la suite l'École Spéciale de Radioélectricité.
Le Grand foudre

1875 : Il épouse Henriette Grimm.

1877 : Il reprend les activités développées par son père et s'installe à La Garenne. Travailleur acharné, il développe l'affaire.

1878 : Il participe à l'exposition universelle. Sa renommée s'étend au monde entier : il obtient quatre médailles d'or.

1883 : Il construit de vastes ateliers de faïencerie, de verrerie et d'ébénisterie. Il s'y réserve une pièce au centre ou il élabore ses projets. De nombreux artistes et artisans commencent à travailler pour lui. Il va ouvrir plusieurs comptoirs et va régulièrement exposer ses propres œuvres.

1884 : Il expose à Paris La Pierre, le Bois, la Terre, le Verre obtient une médaille d'or.

1885 : Il expose à Paris

1889 :

  • Il reçoit le grand prix de l'exposition universelle. Il est fait officier de la Légion d'honneur.
  • Vers cette époque environ trois cents artistes et artisans travaillent pour lui. Il interdit à ses collaborateurs de reproduire une fleur sans en avoir le modèle sous les yeux.

1893 : Il participe à l'exposition universelle de Chicago.

1894 : Il ouvre sa cristallerie et participe à l'exposition d'art décoratif de Nancy.

1897 : Il participe à l'exposition de Munich ou il reçoit une médaille d'or, puis il expose à Francfort, et à Londres.

1900 : Couronnement de sa carrière : 2 grands prix, une médaille d'or. Sa collaboratrice Rose wild obtient une médaille de Bronze à l'exposition Universelle. Il est nommé commandeur de la Légion d'honneur et le 19 mai, il est admis à l'Académie de Stanislas de Nancy. Il y effectue un discours de réception sur le décor symboliste[4].

1901 :

1902 :

1903 :

1904 :

Production[modifier | modifier le code]

Les œuvres de verre[modifier | modifier le code]

Vase aux lys et aux marguerites
Vase Bignolia, vers 1925, verre multicouche gravé à l'acide
Rare variante non soulignée de la signature à l'étoile, période 1904-1906

C'est fort improprement qu'on parle de l'œuvre verrier d'Émile Gallé sous le nom de pâte de verre .

La pâte de verre désigne une technique consistant à garnir un moule de verres colorés pilés et à amener le tout à une température voisine de la température de fusion pour souder les grains. On démoule ensuite. La pâte de verre est une matière bulleuse, selon la granulométrie du verre utilisé, qui prend à la lumière un aspect cireux, mat, transluscide ou ponceux, comme le montrent les œuvres délicates de Henry Cros ou d'Argy-Rousseau.

Si Gallé connaissait cette technique, l'essentiel de sa production était soufflée, non pas en verre mais en Cristal, c'est-à-dire avec adjonction de sels de plomb. À la paraison initiale de cristal, Gallé ajoutait des couches nouvelles colorées d'oxydes métalliques, des inclusions, avant de souffler la pièce de cristal, de la retravailler d'inclusions nouvelles, d'appliques, de feuille d'or ou d'argent.

Au refroidissement, les différences de dilatation de ces couches étaient la cause d'accidents très fréquents, l'ouverture des fours révélant une casse impressionnante, qui faisait la rareté des pièces réussies.

Issues de la halle de cristallerie, les pièces étaient alors retravaillées par gravure, à la roue pour les plus précieuses, à l'acide fluorhydrique pour les plus courantes. On dégageait ainsi un décor en camée, le plus souvent floral, rencontre heureuse des hasards du soufflage et du savoir-faire des graveurs-décorateurs.

Gallé est également l'inventeur de plusieurs techniques, dont celle de la marqueterie de verre (brevet qu'il dépose en 1898)[5], par dépôt de petites inclusions de verre dans la pâte en fusion.

Après la mort de Gallé, en 1904, sa verrerie continua à produire jusqu'en 1936.

Chaque pièce portait la signature de Gallé, avec des centaines de variantes qui donnent lieu à catalogue, mais elles ne sont pas toutes référencées. Sauf rares exceptions, les verreries sont toutes signées, soit en creux sous la pièce, soit sur le corps même de la pièce en camée ou en creux. Du vivant de Gallé, les signatures étaient particulièrement recherchées et supervisées par l'artiste lui-même. Par la suite, après 1904, les marques gallέ, sur le corps des pièces des Établissements Gallé, deviendront relativement standardisées mais, là encore, de nombreuses variantes demeureront. Les signatures et marques permettent, en principe, de dater les pièces[6].

Sur la production de 1904 à 1906, puis très sporadiquement ensuite (mais pas après 1914), la signature est précédée d'une petite étoile, que des antiquaires peu scrupuleux n'hésitent pas à faire meuler pour faire penser que l'œuvre a été produite du vivant de Gallé. Après 1906, pour avoir été considérée morbide par les appréciateurs de cet art, elle a été abolie. De 1904 à 1914, la production est très proche des pièces industrielles qui sortaient de l'usine Gallé avant sa mort. Il s'agit presque exclusivement de pièces en verre multicouche gravée à l'acide, parfois retouchées à la meule pour éliminer les défauts, les motifs sont presque toujours des reprises créées de son vivant.

De 1918 à 1936, une production à grande échelle et standardisée se met en place. La plupart des pièces aujourd'hui sur le marché datent de cette époque, elle correspondent des pièces en verre doublé ou multicouche gravées à l'acide. La production est de bonne qualité technique, du moins pour les grandes pièces, dans la mesure où la maîtrise de l'attaque acide est parfaite, alors que les pièces produites antérieurement, du vivant de gallé ou de 1904 à 1914 présentaient parfois des défauts. De nouveaux motifs sont créés, s'éloignant parfois du style Art nouveau avec des décors stylisés, une nouvelle technique dite soufflée-moulée, tel est le cas du vase aux éléphants[7] produit pour l'exposition universelle de 1925 . Mais la banalisation de cette production à grande échelle et le manque de renouvellement artistique ont fini par lasser les clients ; la crise économique a mis fin à la production de l'usine Gallé en 1936[8].

La cote atteinte par les verreries Gallé à la fin des années 1980 a attiré les faussaires. Il convient d'être vigilant car de nombreuses contrefaçons circulent sur le marché, reprenant plus ou moins les véritables signatures, parfois accompagnées de la mention Tip. Ces faux, le plus souvent de pâles copies ou interprétations des lampes et vases à l'acide, peuvent être reconnus à certains détails techniques dont une moindre qualité d'exécution[9].

Les travaux céramiques[modifier | modifier le code]

Soupière en faïence de Raon l'Etape, Musée Pierre-Noël de Saint-Dié-des-Vosges
Faïence antropomorphe par Émile Gallé, Musée d'Orsay, Paris

L'ébénisterie[modifier | modifier le code]

Les écrits[modifier | modifier le code]

  • Lettres pour l'art : Correspondance, 1882-1904, avec Roger Marx, édition établie par Françoise-Thérèse Charpentier et complétée par Georges Barbier-Ludwig et Bernard Ponton, Nuée bleue, Strasbourg, 2006, 346 p. (ISBN 2716506906).
  • Le Décor symbolique (discours de réception à l'Académie de Stanislas, séance publique du 17 mai 1900), imprimerie Berger-Levrault et Cie, 1900.
  • Écrits pour l'art : Floriculture, art décoratif, notices d'exposition, avec une préface de Françoise Thérèse Charpentier, ainsi qu'une iconographie, Laffitte, Marseille, 1980, 379 p. ; réimpression de la première édition, Librairie Renouard, H. Laurens, Paris, 1908.

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Les œuvres d'art d'Émile Gallé sont recherchées par des collectionneurs du monde entier et se vendent parfois à des prix très élevés.
    • La Flambe d'eau ou l'Iris (39,3 cm x 14,5 cm) en verre a été vendue le 4 avril 2008 à Paris pour la somme de 182 170 euros avec les frais[10].
    • Rhododendron, une lampe de 1925 a été vendue à New York le 14 décembre 2007 pour 205 000 $ soit 140 404 euros avec les frais[10].
  • Dans le roman de Martin Suter, Allmen et les libellules, cinq coupes de Gallé jouent un rôle essentiel (trad. par O. Mannoni de Allmen und die Libellen, Christian Bourgois, 2011).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Devise inspirée, selon Henriette Gallé, par le scientifique allemand Jacob Moleschott (1822-1893) : « C'est par les plantes que nous tenons à la terre : elles sont nos racines » (Henriette Gallé;E. GALLE, Écrits pour l'art, Marseille, 1998, p. 133)
  2. Écrits pour l'Art : floriculture, art décoratif, notices d'exposition, Librairie Renouard, H. Laurens, Paris, 1908, réédité chez Laffitte, Marseille, 1980, 379 p.
  3. Lucie Marie ;Patriotisme et décor symbolique dans l'œuvre d'Émile Gallé, Annales de l'est, 2005, p.219.
  4. Le décor symbolique, Imprimerie Berger-Levrault et Cie., 1900 (Académie de Stanislas, séance publique du 17 mai 1900, discours de réception)
  5. Thomas V, Art du verre, innovations techniques et esthétiques, Dossier de l'art no 163, mai 2009, p. 36-47
  6. voir, par exemple, pour les signatures et marques le site Internet Jardin de Cristal
  7. photos sur site Internet le monde des arts, dossier Gallé
  8. F. Le Tacon l'œuvre de verre d'Émile Gallé, p. 177
  9. voir, par exemple, la revue Aladin, février 2000, p. 26-30, "enquête Gallé, une symphonie de vrais et de faux"
  10. a et b Résultats de ventes aux enchères

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Bernd Hakenjos, Gallé Keramik : Sammlung Helga Schaefer, Dusseldorf, 1974, 84 p. (catalogue d'exposition)
  • (de) Émile Gallé : Keramik, Glas und Möbel des Art Nouveau, Museum Bellerive Zurich, 1980, 132 p. (catalogue d'exposition)
  • (de) Brigitte Klesse, Auf den künstlerischen Spuren Emile Gallés : Gläser und ihre Entwürfe, Das Kunstgewerbemuseum, Cologne, 1982, 96 p. (catalogue d'exposition)
  • (en) Howard Coutts, Émile Gallé and the origins of Art Nouveau, The Bowes Museum, 2007, 40 p. 
  • (en) Alastair Duncan et Georges de Bartha, Glass by Gallé, Thames and Hudson, Londres, 1984, 223 p. (ISBN 050023387X)
  • (en) Philippe Garner, Émile Gallé, Academy Editions, Londres, 1976, 167 p. (ISBN 0856701297)
  • (en) Timothy Newark, Émile Gallé, Chartwell Books, Secaucus, N.J., 1989, 128 p. (ISBN 1555214509)
  • (en) William Warmus, Émile Gallé : dreams into glass, Corning Museum of Glass, Corning, N.Y, 1984, 191 p. (ISBN 0872901092) (catalogue d'exposition)
  • (fr) Émile Gallé et Toulouse-Lautrec : Lumières et couleurs de la Belle Époque, Suntory Museum, Osaka, 1996, 161 p. (catalogue de l'exposition)
  • (fr) Émile Gallé et le verre : la collection du Musée de l'école de Nancy, Somogy, Paris ; Musée de l'école de Nancy, Nancy, 2004, 220 p. (ISBN 285056737X)
  • (fr) Christian Debize, Émile Gallé et l'École de Nancy, Éditions Serpenoise, Metz, 1998, 119 p. (ISBN 2876923459)
  • (fr) Louis de Fourcaud, Émile Gallé, Librairie de l'Art Ancien et Moderne, Paris, 1903, 69 p.
  • (fr) François Le Tacon, Émile Gallé, ou, Le mariage de l'art et de la science, Éditions Messene, Paris ; Jean de Cousance, Chennevières-sur-Marne, 1995, 165 p. (ISBN 2911043049)
  • (fr) François Le Tacon, Émile Gallé : maître de l'art nouveau, Nuée bleue, Strasbourg, 2004, 300 p. (ISBN 2716506205)
  • (fr) François Le Tacon (dir.), Actes du colloque en hommage à Émile Gallé organisé par l'Académie de Stanislas 28-29 septembre 2004, Association d'historiens de l'Est, Nancy, 2005, 302 p.
  • (fr) François Le Tacon et Flavien de Luca, L'usine d'art Gallé à Nancy, Association des amis du Musée de l'école de Nancy, 2001?, 59 p. (ISBN 2913966055)
  • (fr) Philippe Thiébaut, Les dessins de Gallé, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1993, 199 p. (ISBN 2711826813) (catalogue de l'exposition)
  • (fr) Philippe Thiébaut, Gallé : le testament artistique, Hazan, Musée d'Orsay, Paris, 2004, 141 p. (ISBN 2850259446) (catalogue de l'exposition)
  • (fr) Valérie Thomas et Helen Bieri Thomson, Verreries d'Émile Gallé : de l'œuvre unique à la série, Somogy, Paris ; Fondation Neumann, Gingins (Suisse) ; Musée de l'École de Nancy, Nancy, 2004, 109 p. (ISBN 2850567388)
  • (fr) Bertrand Tillier, Émile Gallé : le verrier dreyfusard, Amateur, Paris, 2004, 125 p., (ISBN 2859174044)
  • (fr) Gallé, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1985, 320 p. (ISBN 2711820211) (catalogue de l'exposition)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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