Hébreu mizrahi

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L'hébreu mizrahi ou hébreu oriental fait référence à un système de prononciation de l'hébreu biblique utilisé en liturgie par les Juifs mizrahim originaires des pays arabes ou d'autres contrées plus à l'est, et possédant un fond d'arabe, de persan, d'hindi, de turc ou encore d'autres langues du Moyen-Orient ou d'Asie. De fait, l'hébreu mizrahi est un terme générique pour de nombreux dialectes.

L'hébreu séfarade n'est pas considéré comme en faisant partie, bien qu'il ait été parlé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les Séfarades furent expulsés d'Espagne, et s'établir parmi les Mizrahim, mais dans des pays tels que la Syrie et le Maroc il y eut un assez haut degré de convergence entre les prononciations séfarade et locales de l'hébreu. L'hébreu yéménite est aussi considéré comme distinct, car il possède un système totalement différent de prononciations des voyelles.

Les mêmes termes sont parfois utilisés pour la prononciation de l'hébreu moderne israélien par les Juifs d'origine arabe ou mizrahi. C'est généralement un compromis entre l'hébreu moderne standard et la prononciation liturgique traditionnelle comme décrite ici.

Aspects[modifier | modifier le code]

Les aspects suivant sont généralement présents dans la prononciation des Juifs venant des pays arabophones, et les variations sont souvent calquées sur le dialecte arabe du pays en question.

La prononciation des Juifs mizrahim des pays non arabophones diffère en certains aspects. Ainsi, parmi les Juifs perses, des sons arabes distincts comme ح [ħ] et ط [tˤ] ne sont pas présents, et Kamatz gadol s'appuie sur [ɒ] comme le a' long en persan.

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant l'époque talmudique, il fut remarqué que la prononciation galiléenne (et peut-être syrienne) de l'hébreu et de l'araméen différait de celles de Judée et de Babylone, principalement par la perte des sons distincts pour les lettres gutturales he, ḥet et 'ayin. Ce trait est toujours présent en hébreu samaritain.

Après la conquête arabe de la Palestine et de la Mésopotamie, un gros travail fut produit par les Massorètes dans la standardisation et l'épuration de l'hébreu biblique, sous l'influence des grammairiens arabes de l'époque. Cela comprenait d'établir la prononciation des lettres gutturales par comparaison aux équivalents arabes. Trois notations distinctes pour les voyelles furent discutées : la palestinienne, la babylonienne et la tibérienne, cette dernière ayant prédominé sur les deux précédentes.

Le processus de l'assimilation à l'arabe vint plus tard avec les Juifs babyloniens. Ainsi, en arabe classique, et dans certains dialectes parlés comme l'arabe irakien, il n'y pas de distinction phonémique entre a et e, bien qu'une distinction phonétique se fasse en présence d'une consonne adjacente emphatique ou gutturale. La notation babylonienne, logiquement, ne fait pas de distinction entre patach (dans d'autres prononciations [a]), segol (dans d'autres prononciations [e] ou [ɛ]) et sheva na', et ces trois voyelles sont toujours prononcées de la même manière ([æ]) parmi les Juifs yéménites. En arabe syro-libano-palestinien, au contraire, il y a distinctions entre ces sons et ces deux voyelles sont distinctes en notations palestinienne et tibérienne[4].

Après l'expulsion des Juifs séfarades d'Espagne en 1492, les exilés prirent la position prééminente dans les pays arabes et ottomans, et la prononciation locale de l'hébreu fut assimilée à celle de l'hébreu séfarade en de nombreux aspects, en particulier sur la prononciation des voyelles. Pour cette raison, les Juifs irakiens contemporains distinguent patach (/a/) et segol (/e/) de la même manière que la plupart des Juifs séfarades et mizrahim. Cependant, des sons particuliers pour les lettres gutturales et emphatiques, ainsi que le son [b] pour bet raphe, sont conservés dans les pays arabophones, probablement sous l'influence de la langue arabe.

Les Juifs irakiens, comme les Yéménites, conservent les sons de l'arabe classique comme waw ([w]) et tav raphe ([θ]). Dans d'autres pays arabophones, tav raphe est prononcé [t] : ceci est également en accord avec la prononciation en hébreu séfarade et avec celui de l'arabe familier. La prononciation de waw comme [v] est plus clairement séfarade à l'origine[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes.
  1. Le [b] traduit probablement l'influence de l'arabe, où [v] n'existe pas. La prononciation [v] peut alors refléter l'influence des immigrants séfarades après 1492, puisque c'est aussi présent dans la prononciation des Séfarades ottomans (mais non chez tous les Séfarades : voir hébreu séfarade). La prononciation d'avant 1492, que cela soit en Espagne ou dans les pays arabes, n'est pas claire.
  2. Les Juifs baghdadi utilisent traditionnellement le son uvulaire à la fois en hébreu et en judéo-arabique. Cette particularité est vieille de plusieurs siècles : d'anciennes traductions de manuscrits de la Bible en judéo-arabe irakien confondent souvent ra avec ghayn, bien que cela ne se retrouve pas dans les traductions dans d'autres dialectes. Source : Avishur, Studies in Judaeo-Arabic Translations of the Bible.
  3. Cette différence suit habituellement les différences des dialectes locaux de l'arabe. Cependant, les Séfarades sont aussi divisés sur la prononciation de cette lettre, bien que le [t] prédomine.
  4. Cependant, la distinction est différemment appliquée en hébreu tibérien et en arabe syro-libano-palestinien. Ainsi, la terminaison féminine est -ah e hébreu tibérien et en arabe syro-libano-palestinien.
  5. Bien que le /w/ arabe devienne [v] dans certains dialectes nord-africaines, ainsi qu'en perse et en turc.
Références.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Idelsohn, A.Z. (en), Phonographierte Gesänge und Aussprachsproben des Hebräischen der jemenitischen, persischen und syrischen Juden, Vienne 1917.
  • (he) Katz, K., Masoret ha-lashon ha-'Ivrit shel Yehude Aram-Tsova (ִHalab) bi-qeriat ha-Miqra ve-ha-Mishnah (Traditions de la langue hébraïque des Juifs d'Alep pour la lecture de la Bible et de la Mishnah), Jérusalem 1981, collection Edah ve-Lashon, vol. 7.
  • (he) Katz, K., Masoret ha-qeri'ah shel qehillat Jerba ba-Miqra u-va-Mishnah (Traditions de la langue hébraïque de la communauté de Djerba en Tunisie) collection Edah ve-Lashon vol. 2.
  • (he) Morag, S., Masoret ha-lashon ha-'Ivrit shel Yehude Bagdad, bi-qeriat ha-Mikra ve-ha-Mishnah (Traditions de la langue hébraïque de la communauté de Bagdad : la phonologie), Jérusalem 1977, collection Edah ve-Lashon vol. 1.
  • (en) S. Morag, 'Pronunciations of Hebrew', Encyclopaedia Judaica XIII, 1120–1145.
  • (he) Yeivin, I., Traditions de la langue hébraïque ainsi que reflétée dans la vocalisation babylonienne, Jérusalem 1985.

Voir aussi[modifier | modifier le code]