Kurde

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne la langue kurde. Pour le peuple kurde, voir Kurdes.
Kurde
kurdî, کوردی
Parlée au Kurdistan, Turquie, Irak, Syrie, Iran, Arménie, Europe, États-Unis, Canada, Australie
Nombre de locuteurs environ 35 millions[1]
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de Kurdistan irakien
Codes de langue
ISO 639-1 ku
ISO 639-2 kur
ISO 639-3 kur
IETF ku
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (Texte en français)

Bend 1

Hemû mirov azad û di weqar û mafan de wekhev tên dinyayê. Ew xwedî hiş û şuûr in û divê li hember hev bi zihniyeteke bratiyê bilivin.
Les costumes kurdes sont aussi variés que les langues kurdes. Ici photographiés en 1873 par le Français Pascal Sebah à l'exposition universelle de Vienne, le premier homme vient de Mésopotamie, le 2e de Mardin, et le 3e de Diyarbekir[2].

Le kurde est une langue indo-européenne appartenant à la branche des langues iraniennes occidentales. Il est parlé par les Kurdes (environ 30 millions de personnes) qui peuplent une vaste région aujourd'hui divisée entre la Turquie centrale et surtout orientale, l'Iran notamment occidental, l'Irak septentrional et la Syrie septentrionale[1]. D'importantes communautés kurdes sont également installées dans la CEI, l'Arménie, l'Azerbaidjan et dans les principales villes moyen-orientales. Depuis la fin des années 1960, une diaspora de plus de 400 000 Kurdes est installée en Europe en particulier en Allemagne, aux États-Unis, au Canada et en Australie.

Les aléas de leur histoire, probablement liée au relief très montagneux qui caractérise et divise leur vaste région en trois grandes parties au moins, a empêché les Kurdes d'unifier leur langue. Le kurde septentrional, le kurmandji, est parlé par la majorité des Kurdes de Turquie, de Syrie, de la CEI et par une partie des Kurdes en Irak et en Iran, soit environ 60 % des Kurdes au total. Le kurde central, le sorani, est parlé par la majorité des Kurdes d'Irak et d'Iran, soit 30 % des Kurdes. Le kurde occidental zazaki est parlé principalement dans le Kurdistan turc. Le kurde oriental gorani est parlé au sud des régions kurdes de l'Irak et de l'Iran. Pour des raisons historiques et politiques, le kurde s'écrit actuellement au moyen de trois alphabets différents : l'alphabet latin (pour les Kurdes de Turquie), l'alphabet cyrillique (pour les Kurdes des ex-républiques soviétiques) et finalement l'alphabet arabe (pour les Kurdes dans les pays arabes et en Iran).

Statut officiel[modifier | modifier le code]

Le kurde est, avec l'arabe, la langue officielle du Kurdistan irakien, région autonome fédérale du nord de l'Irak[3].

Histoire de la langue kurde[modifier | modifier le code]

Les chercheurs s'interrogent sur les raisons de la différenciation, au sein du groupe ouest-iranien, des langues kurdes ou de la langue kurde à travers ses différents dialectes. Cette distinction est particulièrement frappante avec le persan (farsî), bien que ce dernier appartienne au même groupe occidental et ait été la langue officielle de l'empire perse depuis plus de deux mille cinq cents ans.

Probablement le relief, qui rend difficiles les communications, mais aussi le mode de vie de nombreuses tribus kurdes semi-nomades, ont-ils favorisé le maintien de langues ou dialectes propres aux différents bassins hydrographiques et aux principales vallées.

Il existe une autre raison récemment mise au jour à propos du gourani, langue kurde moyenne aujourd'hui en voie de disparition dans le centre et le nord du Kurdistan d'Irak et d'Iran. Langue littéraire, épique et poétique, jadis parlée à la cour de plusieurs sultanats kurdes, le gourani, « langue de prestige » de l'élite est-kurde, semble avoir été submergée par le kurmandji, auquel il a légué quelques éléments. La quasi-disparition de ces sultanats jadis autonomes au moment de l'édification d'États nationaux après la Première Guerre mondiale semble avoir porté un coup fatal à la pratique de la langue gouranie.

Elle serait l'héritière, selon les linguistes, du « kurde antique » dont on ne possède pas d'attestation écrite. Certains linguistes pensent que l'hauramani forme un dialecte issu également de l'ancien kurde, mais il y a débat sur son origine, subcaspienne selon certains ou proprement locale (Zagros) selon d'autres.

La découverte récente de la langue transcrite en linéaire A en Crète minoenne (première moitié 2e millénaire avant JC) qui serait de type indo-iranien caractérisé, jette un jour tout à fait nouveau et passionnant sur la question. En effet, elle permet de déceler en Europe du sud-est une langue de l'âge du bronze qui serait la plus vieille des attestations écrites indo-iraniennes. Dans la grammaire de cette langue, sa phonétique approchée et dans son vocabulaire, et jusque dans les toponymes antiques de la Crète, on reconnaît des caractères ouest-iraniens et plus spécifiquement gouranis. C'est le moment de rappeler qu'un groupe ouest-kurde fixé en Turquie du sud-est moderne (ancienne Cilicie, massif du Taurus, est de la Cappadoce), le groupe zaza ou dumili, a sa langue kurde propre dont les linguistes ont souligné l'ancienneté, ainsi que les liens avec le gourani du Zagros.

De plus les éléments de vocabulaires indo-iraniens du Mitanni, trouvés en Asie Mineure au milieu de textes hittites, et datés du XIVe siècle av. J.-C., montrent, avec les sources égyptiennes, que l'empire du Mitanni situé au nord de l'actuelle Syrie, comportait des éléments hourrites mais aussi indo-iraniens. Il existe donc fort probablement un lien entre tous ces éléments, à savoir la présence, au moins depuis 2000 avant J.-C., de populations proto-kurdes ou fortement apparentées, non seulement dans le Zagros, mais encore au nord de la Mésopotamie (Djézireh syrienne) et jusqu'en Crète (Zakros). Il n'est pas impossible, vu l'aire géographique concernée, qu'il existe un lien étroit entre le proto-kurde et le mède, dont on ne connaît que quelques mots épars dans les textes vieux-perses et grecs. Cet héritage prestigieux des Mèdes expliquerait assez bien la résistance opiniâtre des langues kurdes face au persan, à l'arabe et au turc. Les linguistes s'accordent cependant aussi à déceler dans les langues kurdes contemporaines, et notamment en kurmandji, la trace d'une influence non indo-iranienne, notamment phonétique. Il se pourrait que ce phénomène résulte de l'acculturation de populations initialement non indo-iranophones subcaucasiennes, parlant antérieurement une langue caucasienne (ourartien, hourrite ou autre).

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Transcription française
guerre şer cher
terre Ax - erd erde
ciel ezman ezmane
riz birinc brindj
eau av av / ov
feu agir aguir
homme mêr mér
femme jin gene
manger xwarin khwarine
boire vexwarin vèkhwarine
grand gir - mezin guire - mèzine
petit piçûk bitchouke / petchouke
nuit şev chève
jour roj roj
tu tu tou
mon min mine
Bonjour Rojbaş rojbach
Bonsoir Şevbaş chevbach
Viens! Were werrè
Va! Here herrè
Oui Erê èré
Non Na na

Les nombres de un à dix[modifier | modifier le code]

(Dialecte kurmandji)[4] :

  • yek, du, sê, çar, pênc, şeş, heft, heşt, neh, deh.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Université Laval de Québec, « L'État turc et le problème kurde »,‎ 2008 (consulté le 23 octobre 2008).
  2. Source : Les Costumes populaires de la Turquie, 1873
  3. The World Factbook, Irak, People, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/iz.html
  4. Michel Malherbe, Les langages de l'humanité, Robert Laffont / Bouquins, 1995 (ISBN 2-221-05947-6)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]