Juifs des montagnes

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Juifs des montagnes

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Femmes juives du Caucase

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Les Juifs Juvuro ou Juifs Juhuro sont des habitants du Caucase oriental, dont la population est surtout concentrée au Daghestan. Ils sont aussi appelés Juifs caucasiens. Ils sont parfois appelés à tort (ou de manière incomplète) Juifs de la montagne (Mountain Jews, en anglais) car ce terme manque d'y inclure les Juifs géorgiens et ashkénazes (donc d'origine « allemande ») venant alors du Caucase.

Auto-appellation[modifier | modifier le code]

Ils se désignent entre eux sous le nom de Juhuro (ou Juvuro, en dialecte Kouba), signifiant « Juifs ». À la suite de l'immigration de juifs d'Allemagne au Xe siècle, ils nomment ces derniers Juhuro Esghenezini (donc Ashkenazi) alors que les autochtones s'auto-désignent comme Juhuro Imuni (« juifs de notre région », donc du Caucase-Est), ou encore Ivri (Hébreux) ou Yehudi. Dans les écrits bibliographiques, ils sont les Juifs du Caucase Est, de la montagne, les Juifs Tat, les Juhur, les Dagh Chufut. En Russie, ce sont les Gorskyie Yevrei (Juifs de la montagne).

Localisation[modifier | modifier le code]

La majorité vit au Daghestan, plus particulièrement dans le raïon des Kaïtagues (notamment à Madjalis), à Magaramkend, à Derbent (Darband), la ville la plus méridionale de la Russie, et à Makhatchkala, la capitale de cette république. Ils vivent aussi dans quelques villages d'Azerbaïdjan. De 1970 à 1990, la majorité émigra en Israël, aux États-Unis ou à Moscou.

Il est difficile d'évaluer la population car ces juifs ont été intégrés, lors des recensements, au total des populations juives. En 1979, ils étaient 19 000 au Daghestan et 35 000 en Azerbaïdjan. La proportion de « Juifs de la montagne » est inconnue. Le site Web Ethnologue[réf. à confirmer] estime le chiffre total à 101 000. Quelque 70 000 vivent en Israël.

Langue[modifier | modifier le code]

Juifs des montagnes au début de XXe siècle.

Ils parlent le juhuri, ou judéo-tat (Moyen Perse, langue iranienne de l'époque Sassanide, aussi appelée Pehlevi). Le juhuri est une branche iranienne des langues indo-européennes.
Cette langue ressemble assez à sa « cousine », la langue des musulmans Tats d'Azerbaïdjan, mais a acquis beaucoup des caractéristiques linguistiques sémites, y compris le aïn guttural.

Au début du XXe siècle, les Juhuro utilisèrent l'écriture hébraïque (et donc l'alphabet hébreu), puis l'alphabet latin, pour utiliser à partir de 1920 l'alphabet cyrillique russe.

Origine ethnique et histoire[modifier | modifier le code]

Femme juive et ses filles, vers 1900

On pense que les Juhuro-Tat habitent le Caucase depuis des lustres. Leurs lointains ancêtres viennent du sud-ouest de la Perse (Iran actuel). Ceci explique le fait que leur langue est le moyen-persan de l'ère Sassanide (224-650). L'écriture correspondante est le « Pahlavi », qui est une déformation du mot « parthe », du nom du peuple et de la civilisation du même nom du nord-est de l'Iran (250 av. J.-C./226 ap. J.-C.).

Les Juifs de la montagne se sont établis en Albanie caucasienne au Ve siècle et VIe siècle et établirent des liens avec les populations du Daghestan voisin. Leur tradition indique qu'ils vivaient dans le Caucase oriental depuis -722.

Il y a plusieurs théories sur leur origine : l'une prétend que les Parthes et Sassanides ont installé là des colonies juives dans le Caucase pour prévenir les incursions de tribus nomades venant des steppes du Pont (nord-est de l'Asie Mineure, Turquie actuelle). L'autre soutient la thèse de Tats convertis au judaïsme (et inversement que les Tats musulmans actuels… sont d'anciens juifs Tat convertis). Une autre enfin évoque une ascendance Khazar, assez improbable d'ailleurs car installés au Caucase bien avant le royaume Khazar. Mais une alliance avec le Khanat Khazar n'eût pas été improbable et ils ont pu accueillir des juifs Khazar après la chute de ce royaume Khazar entre les Xe siècle et XIe siècle. Ces juifs descendirent des montagnes vers les plaines côtières entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle mais gardèrent ce nom de « Juifs des montagnes ». Dans les villages (aouls, terme Tatar désignant un village fortifié du Daghestan), ils avaient un quartier bien à eux, ainsi que dans les villes. Ils adoptèrent la tenue vestimentaire des montagnards mais conservèrent les rites et codes religieux juifs. Alors qu'ailleurs en Asie centrale on leur interdisait de posséder ou cultiver la terre, ici et au XIXe siècle ils étaient fermiers, cultivateurs, céréaliers… La culture du riz était leur plus vieille tradition mais ils élevaient aussi le ver à soie et cultivaient le tabac et la vigne. Juifs, Géorgiens et Arméniens voisins pratiquaient cette culture de la vigne, interdite aux musulmans par leur religion. C'étaient aussi de bons tanneurs: le tannage était leur 3e activité après l'agriculture et la culture vivrière. Dans les villes ils pratiquaient le commerce et l'artisanat.

En 1918-1919 lors des affrontements entre nationalistes arméniens de la Fédération révolutionnaire arménienne et musulmans azerbaïdjanais, 3 000 civils juifs et Lezgins furent massacrés à Quba en Azerbaïdjan[1].

À l'époque soviétique, on les autorisait à perpétuer leurs activités économiques, quoiqu'à l'intérieur de structures collectives de type kolkhoze. Cependant ils vivent actuellement côte à côte avec les autres groupes ethniques. Avant l'ère soviétique, les enfants (garçons seulement) étaient scolarisés à la synagogue. Puis apparurent de nouvelles écoles élémentaires, où l'enseignement était dispensé en tat jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Le premier journal en langue juhuro (Zakhmetkhech : « les Travailleurs ») parut en 1928. Après la guerre, le russe était la langue unique pour l'enseignement au Daghestan et le journal cessa de paraître. Néanmoins, les intellectuels juifs sont toujours très actifs sur la scène culturelle du Daghestan (acteurs, écrivains, poètes…).

Personnalités de Juifs des montagnes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]