Gratentour

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Gratentour
Gratentour.
Gratentour.
Blason de Gratentour
Blason
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Midi-Pyrénées
Département Haute-Garonne
Arrondissement Arrondissement de Toulouse
Canton Canton de Fronton
Intercommunalité Communauté urbaine de Toulouse Métropole
Maire
Mandat
Patrick Delpech
2014-2020
Code postal 31150
Code commune 31230
Démographie
Gentilé Gratentourois, Gratentouroises
Population
municipale
3 554 hab. (2011)
Densité 869 hab./km2
Géographie
Coordonnées 43° 43′ 19″ N 1° 25′ 56″ E / 43.7219444444, 1.4322222222243° 43′ 19″ Nord 1° 25′ 56″ Est / 43.7219444444, 1.43222222222  
Altitude Min. 123 m – Max. 194 m
Superficie 4,09 km2
Localisation

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Gratentour est une commune française située dans le département de la Haute-Garonne, en région Midi-Pyrénées.

Ses habitants sont appelés les Gratentourois.

Géographie[modifier | modifier le code]

Commune de l'aire urbaine de Toulouse située dans son pôle urbain, à 14 km au nord de Toulouse.

Communes limitrophes[modifier | modifier le code]

Communes limitrophes de Gratentour
Bruguières Cépet Labastide-Saint-Sernin
Bruguières Gratentour Pechbonnieu
Castelginest Castelginest Pechbonnieu

Transports[modifier | modifier le code]

Plusieurs lignes de bus Tisséo relient la commune au métro toulousain :

  • la ligne Liste des lignes de bus de Toulouse 33​​​​​​​​​​​​​​​ part de la station de métro Argoulets jusqu'à Bruguières en passant par le centre de la commune ;
  • la ligne Liste des lignes de bus de Toulouse 69​​​​​​​​​​​​​​​ part de la station de métro La Vache jusqu'au chemin de la Gravette en passant par le centre de la commune.

Histoire[modifier | modifier le code]

I – L'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Les origines du village de Gratentour remontent à la fondation de la paroisse de Castelginest, fondée au Xe siècle sous le nom de « VILAYGON » avant de devenir « CASTELLUM-GINESTRUM ». Les archives nous révèlent en effet la construction d’une église dédiée à saint Pierre située au croisement de la route de Bruguières et du chemin de Belbosc. Au XIe siècle, les textes mentionnent la création d’un hameau appelé « BOVILAR » sur l’emplacement actuel de Gratentour qui fait alors partie de la paroisse de Saint-Pierre de Vilaygon.

À cette époque, Toulouse compte près de 20 000 habitants mais c’est une grande ville pour l’époque… Elle est dirigée par un comte, Raymond IV, qui meurt en Terre sainte le 28 février 1105 devant Tripoli (Liban), pendant la première croisade. À l’annonce de sa mort, une guerre de succession secoue la région de Toulouse. Mais le peuple toulousain s’en mêle et hisse le fils cadet de Raymond IV, Alphonse Jourdain, au pouvoir comtal. Ce dernier, reconnaissant (ou obligé !), baisse taxes et impôts. Il doit donc composer avec la population, ou du moins la bourgeoise marchande de la ville. À sa mort, une administration de 8 capitulaires, ancêtres des conseillers municipaux, est créée. Sous la houlette du pouvoir comtal, elle a la charge de règlementer les échanges et de faire appliquer les lois. Ce sont les capitouls, dont les premiers actes datent de 1152. En 1176, ils sont douze, chacun représentant un quartier de Toulouse, ou un faubourg. Le pouvoir des capitouls s’opposa rapidement à celui du comte Raimond V, fils d’Alphonse Jourdain. Les Toulousains furent divisés sur le sujet, et c’est après 10 ans de lutte, en 1189, que le conseil municipal obtint la soumission du comte. En 1190, débuta la construction du futur Capitole, la maison commune, le siège du conseil municipal. Maintenant au nombre de 24, et vraisemblablement élus, les capitouls s’octroient les droits de police, de commerce, d’imposition et provoquent des conflits avec les villes voisines. Toulouse en sortira généralement vainqueur, étendant ainsi la domination de la patria tolosana. Malgré l’intervention du pouvoir royal qui impose un parlement chargé de faire appliquer les lois, l’administration des Capitouls fera de Toulouse une ville relativement indépendante pendant près de 600 ans, jusqu’à la Révolution.

Nous sommes maintenant en l’an 1226, au début du règne de Saint Louis, juste après la terrible guerre contre le catharisme qui ravagea la région. Ce conflit a également renforcé l’autorité des capitouls face au comte de Toulouse qui leur a abandonné ses dernières prérogatives. Cette année-là, un document établit le Gardiage de Toulouse, c'est-à-dire les limites de l’autorité des capitouls. Tout au nord du territoire, on trouve « GARATENTORN », une annexe au prieuré de Castelginest, lequel dépend de l’abbaye de Saint Sernin.

Ce nom contient deux mots occitans, « garat » (lieu protégé) et « entorn » (tout autour). Le petit hameau du XIe siècle a dû grandir pour devenir une ferme fortifiée, profitant de sa localisation privilégiée sur les hauteurs dominant Toulouse. Le lieu appartient à la famille de Paulo, famille de notables toulousains anoblie au XVe siècle, qui possédait plusieurs autres domaines dans la région, notamment celui du Mas de Cepet. La famille donne à Toulouse un capitoul, S. de Paulo, qui siège au Capitole de 1589 à 1590. Antoine de Paulo, né à Toulouse vers 1551, devint grand-maître de l’Ordre de Malte, et son frère, Jean de Paulo, président du parlement.

Dans le comté de Toulouse, les représentants locaux étaient désignés sous le nom de Prud’hommes. Ils choisissaient annuellement quatre candidats dont les noms étaient présentés au Chapitre de l’Abbaye de Saint-Sernin, le samedi avant Notre-Dame de septembre. Le Chapitre choisissait deux noms et envoyait un délégué à Gratentour à la fête de saint Michel, pour recevoir le serment des nouveaux élus qui, plus tard, prirent le nom de consuls. Ces magistrats étaient à peu près ce que sont aujourd’hui les maires et les adjoints.

Dans ce village fortifié (le centre de Gratentour se nomme depuis toujours « Le Fort ») se trouvent creusés des couloirs souterrains avec des banquettes pour abriter les vivres et objets précieux en cas de danger. Ces souterrains, allant du Sud au Nord, aboutissent à deux grands puits creusés dans le roc, ils doivent remonter à l’époque des guerres de religion. C’étaient tout simplement les silos que l’on trouve en beaucoup de demeures de cette époque où l’on cachait les grains et les objets susceptibles d’être pillés pendant les guerres civiles du XVIe siècle.

Ces guerres commencèrent dans cette région en 1567. Les protestants de Montauban s’étant rendus maîtres de Grenade, de Buzet et autres places, vinrent entourer la ville de Toulouse. Leurs chefs Roger de Comminges, vicomte de Bruniquel, Bertrand de Rabastens, vicomte de Paulin ; Antoine, vicomte de Monclar, le vicomte de Caumont, réunirent sept mille hommes ; Rouergats et Quercinois prirent Fronton le 18 octobre et, après l’avoir incendié, passèrent en Rouergue et allèrent rejoindre la grande armée protestante de Condé et de Coligny.

Le parlement de Toulouse demanda et obtint du roi l’interdiction du culte protestant dans toute l’étendue de la sénéchaussée. Lorsque Philibert de Rapin, maître d’hôtel du prince de Condé, un des fauteurs de la rébellion de 1562, vint à cde chez son beau-père, le seigneur d’Ondes, le Parlement le fit arrêter et décapiter sur la place Saint Georges, à Toulouse, le 13 avril 1568. Les protestants refusèrent d’évacuer les places occupées ; ils répondirent au meurtre de Rapin par d’effroyables représailles. Ils mirent à sac les environs de Toulouse y compris Gratentour, détruisirent les maisons des officiers du Parlement après avoir écrit sur leurs ruines : « Vengeance de Rapin ». L’église de Gratentour est ainsi pillée et brûlée en 1570. Elle est reconstruite après une ordonnance épiscopale de 1593.

Ce n’est qu’avec la montée sur le trône du roi Henri IV que les guerres de religion s’éteignent peu à peu en France. On ne trouve aucun document qui mentionne quoi que ce soit d’exceptionnel sur Gratentour pendant les règnes de Louis XIII (1614-1643) et Louis XIV (1643-1715), si ce n’est l’identité du seigneur de l’époque, Messire François de Viguerie, doyen du parlement de Toulouse, mentionné dans un document de 1685. C’est dans un document de 1696 que l’on trouve les armoiries de Gratentour, de sable sur une bande d’or.

Comme partout en France le village souffre durement du « grand Hyver », période de froid exceptionnelle qui sévit de 1708 à 1709 et fit en France autant de morts que la Guerre de 14-18, dans un pays alors deux fois moins peuplé… Une tradition orale rapporte qu’on entendait du village les aubiers des arbres de Belbosc éclater sous l’action du gel ! Le début du XVIIIe siècle est marqué par des années de grêle 1712, 1713 et 1718, qui réduisent fortement les récoltes de raisin : la vigne est en effet la principale culture de la commune, plus encore que le blé. En 1715 meurt le Roi Louis XIV et lui succède son arrière-petit-fils Louis XV, après huit années de régence de Philippe d’Orléans, qui, aidé de son principal ministre l’abbé Dubois, parvient à mettre fin aux incessantes guerres européennes du Roi Soleil qui causaient la ruine des campagnes françaises.

C’est une période de paix et de relative prospérité qui s’ouvre avec le règne effectif de Louis XV qui prend fin en 1774, auquel succède son petit-fils Louis XVI dont le règne est marqué par une sérieuse dégradation des finances publiques, mises à mal par le soutien aux insurgés américains.

À Gratentour, les documents nous apprennent que la communauté réalise des aménagements routiers qui font quadrupler les dépenses de la communauté en cent ans. Gratentour participe également à l’aménagement des berges de l’Hers-Mort après 1750. Les recettes fiscales viennent de la taille, l’impôt foncier dont la majorité du produit est en fait acquitté par une poignée de gros propriétaires dont le seigneur local, Ollivier marquis du Faget.

En 1782, on compte alors 270 habitants. On découvre que le village se décide à fournir à ses consuls le chaperon « règlementaire » que leur charge leur donne droit de porter. Par délibération du 16 décembre 1787, l’assemblée communale décide l’achat de ces effets, qui coûtent 9 livres et 5 sols pièce…

On apprend également la suppression sur décision des autorités ecclésiastiques de la fête de sainte Quitterie, célébrée par la communauté de Gratentour tous les 22 mai, où l’on se rendait en procession à Notre-Dame de la Grâce de Bruguières. Le Conseil général de Gratentour, dans sa séance du 19 avril 1789, demanda leur rétablissement à Monseigneur et en son absence, aux Vicaires généraux, « afin d’obtenir de la miséricorde de la Sainte Vierge Marie et de sainte Quitterie les grâces nécessaires pour la conservation des fruits de la terre, et pour la paix et tranquillité publique pour pouvoir vivre tous ensemble dans une parfaite union et concorde ». La protection de sainte Quitterie se révèlera toutefois insuffisante pour préserver Gratentour des troubles que la révolution allait provoquer dans le pays…

II - La période révolutionnaire (1789-1799)[modifier | modifier le code]

Devant la faillite des finances publiques, Louis XVI se résout à convoquer les États généraux le 5 mai 1789 pour demander de lever de nouveaux impôts. Les députés du tiers état se déclarent assemblée constituante et jurent lors du serment du jeu de paume le 20 juin 1789 de donner une constitution à la France. Le Roi, après avoir tenté de résister, cède et invite les députés de la noblesse et du tiers état à se joindre à eux.
Dans les campagnes, cette nouvelle est accueillie avec enthousiasme. Mais une curieuse rumeur se répand : des brigands seraient recrutés par les nobles pour couper les blés et anéantir les récoltes. La « grande peur » des brigands se propage comme une traînée de poudre dans le pays, accompagnée du saccage de demeures d’aristocrates (où les paysans en profitent surtout pour brûler les vieilles chartes contenant des droits féodaux des aristocrates, privilèges les plus décriés dans les cahiers de doléances par la population). De çà et là, on assiste à quelques exactions contre de supposés bandits. Le 31 juillet 1789, la grande peur gagne Montauban, le lendemain elle est à Toulouse.
Le premier août 1789, on annonce que les brigands sont à Montauban, puis à Villemur et qu’ils se dirigent sur Toulouse en brûlant tout sur leur passage. Le chevalier de Cambon, chef de la garde bourgeoise de Toulouse récemment crée le 27 juillet, part à leur rencontre en faisant sonner le tocsin dans les villages afin de mobiliser les paysans. Une colonne de gens armés de fourches se constitue à Gratentour et part vers une troupe qui est aperçue : il s’agit en fait de gens de Bruguières partis tout comme eux pour le même motif… On se rassure et on rentre chez soi, découvrant que les bandits n’existaient que dans l’imagination de ceux qui en propageaient la rumeur. Quoi qu’il en soit, c’est pour calmer ces émeutes qui gagnent le pays que l’assemblée nationale décrète le 4 août 1789 l’abolition des privilèges, puis institue la déclaration des droits de l’homme et du citoyen le 26 août 1789 que monsieur Cols, le consul de Gratentour, fait retranscrire sur le registre des délibérations de la commune.
Le 12 novembre 1789, l’Assemblée nationale constituante décrète la création d’une municipalité dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne. La commune de Gratentour est donc crée sur instruction du 12 décembre 1789 et Monsieur Cols, consul, devient ainsi le premier maire de la commune, élu pour un mandant de deux ans par les « citoyens actifs », c'est-à-dire les contribuables payant au moins un impôt équivalent à trois journées de travail…
Le 20 avril 1790, le roi Louis XVI décida, dans sa lettre patente, que les maires et officiers municipaux porteraient une écharpe tricolore quand ils seraient dans l’exercice de leurs fonctions. Monsieur Cols proposa de faire l’achat de quatre écharpes, d’un drapeau, de tambours et autres objets nécessaires pour la formation d’une légion qu’on voulait établir dans la communauté. Pour se procurer les fonds et pourvoir aux frais de cierges nécessités par la procession annuelle à la chapelle Notre-Dame de Bruguières. il fut vendu aux enchères sept vieux ormeaux qui produisirent «  la somme de deux cent vingt-huit livres un sol », somme qui fut totalement absorbée par les divers achats cités plus haut. Jacques Cols sera remplacé en 1791 par Yves Caranave.

Le pape a condamné les réformes sur le clergé décidées par l’assemblée constituante et qui fait des prêtres des fonctionnaires d’état, devant prêter serment à la nation, à ses lois et au Roi. Un début de guerre religieuse se rallume entre les catholiques fidèles au pape et les partisans d’une société plus laïcisée. Mais surtout, le Roi accepte mal le jeu de la monarchie constitutionnelle et l’aventure désastreuse de sa fuite à Varennes en juin 1791 conduit à sa marginalisation, puis à sa destitution et la proclamation de la République en septembre 1792. La monarchie constitutionnelle a vécu… À Gratentour, un nouveau maire, Antoine Fournier, est désigné.

Une convention est élue et cette nouvelle assemblée va gouverner la France via ses comités exécutifs, le plus important étant le comité de salut public. La république est alors fragile et menacée par les armées étrangères… Le 13 août 1792 se constitue alors à Gratentour une « société des amis de la République », qui compte à ses débuts 38 adhérents, plus un venant de Cépet. Parmi ceux-ci, un certain Jean Coustal, fils de propriétaire foncier. Fin lettré, cet homme va rapidement tirer profit de la situation politique pour s’imposer comme secrétaire-greffier non seulement de Gratentour mais aussi de communes voisines. Ses relations avec les représentants toulousains du comité de salut public (au premier rang desquels le citoyen Descombel, vice-président de la société populaire) lui permettront d’obtenir un pouvoir considérable.

Le 12 février 1793, le Directoire départemental de la Haute-Garonne décide d’organiser une manifestation pour la République. Lui emboîtant le pas, lors du Conseil de la commune de Cépet, du 28 février 1793, le maire prit la parole en ces termes : « il faut agir de la même manière que Toulouse la plus auguste et la plus imposante, joie de détruire tous les germes de tyrannie, maintenir la République une et indivisible, ou mourir en la défendant, et se montrer jaloux de suivre un si bel exemple. » Sa proposition qui ne pouvait qu’être adoptée par l’Assemblée, était « d’inviter la municipalité de Gratentour », à instituer d’un commun accord, le dimanche suivant, la même fédération qu’à Toulouse et d’y inviter les deux pelotons de la Garde nationale de Cépet et de Gratentour ainsi que la «  Société des Amis de la République à Gratentour», que domine Jean Coustal. Cette réunion «  électriserait l’âme des patriotes et porterait la désolation dans le cœur des aristocrates ».

À Paris, un certain Maximilien de Robespierre entre au Comité de salut public le 27 juillet 1793 et va rapidement en prendre le contrôle avec ses partisans. Sous son impulsion, les libertés publiques seront suspendues et le pays va vite basculer dans la guerre civile. Plus particulièrement, il fait fermer les églises le 24 novembre 1793 et instituer le « culte de l’être suprême » destiné à remplacer la religion catholique. Plusieurs églises dans le pays, dont celle de Gratentour, sont alors transformées en « temple de la raison ».

Nous avons pendant cette période le compte rendu d’une fête révolutionnaire, organisée conjointement avec Cepet. Le 28 frimaire An II (18 décembre 1793), les citoyens qui composaient les deux pelotons se rendaient sur la place de la commune où l’on avait élevé un autel à la Patrie, dont ils faisaient le tour en lui présentant les armes et en criant « Vive la République ! » Puis les deux municipalités, escortées des deux pelotons de la Garde nationale, se rendirent « vers le lieu ou la Société des Amis de la République de Gratentour était rassemblée ». Après les salutations d’usage, « les citoyens se rendaient à nouveau en corps vers l’autel de la Patrie autour duquel, tour à tour », le citoyen maire de Cépet, le procureur de la commune de Gratentour, le capitaine de la Compagnie de la Garde nationale exaltaient en des discours enflammés les Droits de l’Homme et les Devoirs du Citoyen et tous prêtaient le serment «  de défendre jusqu’au dernier soupir, la liberté, l’égalité, la souveraineté du peuple français dans son intégrité, l’unité et l’indivisibilité de la République et de dénoncer comme ennemis publics tous ceux qui tiendraient une conduite opposée à ces principes. »

Nous savons aussi que la veille (le 17 décembre 1793), la société des amis de la République a communiqué une liste de citoyens jugés aptes aux fonctions publiques. Tous sont des agriculteurs sauf Jean Coustal, qui a bien pris soin d’y faire figurer des gens qui ne puissent lui faire ombrage… Rien ne semble stopper l’ascension de ce nouveau notable local qui ambitionne des fonctions régionales.

Mais la République en décide autrement : des commissaires toulousains, délégués par le pouvoir central, essaiment la campagne dans le but d’y épurer les pouvoirs locaux. Ils mettent en accusation le nouveau maire Joseph Caussaune, qui est destitué pour ne pas prendre sa fonction avec assez de sérieux, et remplacé par Jean Charles Cluzet. Jean Coustal, accusé d’avoir usurpé de sa fonction de secrétaire greffier pour toucher de l’argent, est destitué de sa fonction mais conserve quelques partisans à la société des amis de la révolution… Il se fait également révoquer de la même fonction qu’il occupait à Lespinasse.

Le pouvoir de Robespierre se durcit le 10 juin 1794 par le vote d’une loi qui rend encore plus expéditives les procédures de justice contre les ennemis de la république, dont les procès ne comportent que deux issues : l’acquittement ou la mort. La guillotine tue de nombreux aristocrates mais plus encore ceux soupçonnés d’être les ennemis du pouvoir… Un vieux noble de Gratentour, Guillaume de Guibert Renery, est ainsi arrêté et déféré à Paris devant le tribunal révolutionnaire qui le guillotine le 25 juillet 1794 malgré ses 84 ans. C’est ironiquement deux jours plus tard qu’une révolution de palais chasse Robespierre du pouvoir et met fin à ces excès. La chute du tyran délie les langues et une contre-terreur s’installe à l’encontre de ses anciens partisans. Les adversaires de Jean Coustal redressent la tête…

Après la chute de Robespierre, une nouvelle constitution est instituée. Craignant le retour de la tyrannie, on installe à sa tête une direction collégiale de cinq Directeurs aux pouvoirs égaux. Ce nouveau régime connu sous le nom de Directoire perdurera jusqu’en 1799. La dispersion des pouvoirs engendrera une grande corruption et l’anarchie. La banqueroute financière de l’État ne sera évitée que par la vente des biens de l’Église et ceux des ennemis de la Révolution, tout comme par le produit des prises de guerre sur les pays conquis. La question religieuse n’est toujours pas réglée et la guerre civile se poursuit, pour ne pas parler de la guerre contre les puissances étrangères qui mobilise d’énormes ressources…

Le 13 décembre 1794, nous apprenons ainsi que trois membres de la société populaire de Toulouse (messieurs Géraud, Meilbon et Savy) viennent à Gratentour pour doper le zèle des amis de la révolution locaux, et également pour ramener avec eux des objets métalliques pour les canons de l’armée des Pyrénées. On prend dans l’église « Deux croix de mission en fer, six chandeliers de laiton, un lustre, moitié laiton, moitié fer, une croix de laiton, le fer et le bois restant des cloches transportées depuis peu de temps à Toulouse .» On se sert aussi dans les maisons des suspects : chez un certain Duclos, on saisit « Une plaque de tôle, deux candélabres de laiton, un chaudron, deux paires de chenets, une pelle et des pinces. » Dans le château du Faget, père d’un émigré et reclus en vertu de la loi, on prend « un grand chaudron de cuivre, de gros chenets de fer, une plaque de tôle, une fontaine en cuivre, deux paires de chenets de laiton, une pelle, deux petites barres de fer, enfin tout le linge de l’église qui servait au culte. »

La sacristie de l’église de Gratentour est transformée le 16 janvier 1795 par le maire Jean Charles Cluzet en maison commune. Quelques jours plus tard, la municipalité organise le 21 janvier la célébration de « la juste punition du dernier roi de France ». Le 9 juin 1795, le conseil municipal fait désarmer Jean Coustal et le met en accusation comme « intrigant local «  et « terroriste ». Prudent, celui-ci juge bon de s’exiler à Toulouse en attendant la suite des évènements… Le 2 février 1796, le gouvernement ordonne la création de la Garde nationale et une compagnie est créée à Gratentour avec les hommes du petit village voisin de Castillon (aujourd’hui disparu).

En 1797, un nouveau maire, Pierre Salles, est nommé par le préfet. Le régime du directoire s’enlise et la ferveur révolutionnaire s’émousse sérieusement, malgré les nombreuses fêtes révolutionnaires obligatoires pour célébrer les vertus de la République… On fête ainsi à Gratentour la souveraineté du peuple le 20 mars 1798, la prise de la Bastille le 14 juillet, puis la fin de la terreur le 27 juillet.

III – Du Premier au Second Empire (1799-1870)[modifier | modifier le code]

Il y bien peu de voix qui s’élèvent contre le coup d’État du général Bonaparte le 9 novembre 1799 qui met fin au régime corrompu du directoire. Le pays est repris en main et les municipalités nouvelles ne sont plus élues, mais nommées par le gouvernement via ses préfets. À Gratentour c’est un certain… Jean Coustal qui est choisi, provoquant sans nul doute quelques grincements de dents. Mais la population voit surtout la fin de la guerre religieuse avec le rétablissement du culte catholique dans l’église du village, qui reçoit une bénédiction de réconciliation le 23 septembre 1800 destinée à effacer la profanation du temple de la raison.

En 1802, Jean Louis Cols est nommé maire et jurera ainsi obéissance aux Constitutions de l’Empire, qui est institué en 1804, et fidélité à l’Empereur. Le nouveau régime est largement soutenu par les paysans qui sont sollicités par de nombreux plébiscites pour apporter leur soutien au régime. Cependant, avec les défaites militaires, la mobilisation de jeunes recrues amène à la multiplication d’insoumis qui se cachent dans les campagnes afin d’échapper au service militaire…

En 1814, l’armée britannique venue d’Espagne envahit la vallée de la Garonne et le village de Gratentour fut occupé par les Anglais. Un détachement de hussards n'y séjourna que quelques heures; ils furent suivis de plusieurs batteries d’artillerie dont on montre encore l’emplacement au château du Coustela, propriété de la baronne de Fournas. Les communes devaient pourvoir à la subsistance des troupes étrangères, moyennant paiement en bonnes espèces de monnaie espagnole. Le maréchal Wellington, commandant des troupes britanniques, espagnoles et portugaises, lance un assaut contre Toulouse le 10 avril 1814, qui est défendue par les troupes du maréchal Soult. Les assaillants sont repoussés mais la ville est finalement évacuée par les Français.

Les royalistes toulousains paradent, le frère de Louis XVI, Louis XVIII, est alors porté sur le trône par les armées coalisées et en est chassé par Napoléon pendant l’épisode des Cent-Jours. L’empereur est définitivement exilé après la défaite de Waterloo et Louis XVIII revient au pouvoir, gouvernant avec une certaine modération malgré les excès d’ultra-royalistes qui ont une revanche à prendre après tant d’années d’exil… Si à Toulouse la restauration engendre quelques troubles, rien de tel ne se déroule à Gratentour où le maire Jean Louis Cols reste en fonction jusqu’en 1816, où il est remplacé par Jean François Duroux qui doit jurer fidélité au Roi, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume.

Louis XVIII meurt en 1826 et est remplacé par son frère qui prend le nom de Charles X. C’est un homme peu porté sur le compromis qui n’aspire qu’à balayer les acquis de la révolution et à régner sans partage ; le durcissement du régime se traduit à Gratentour par la nomination du maire Jean Baptiste Dufaux de Faubial.

Charles X tente en 1830 un coup de force en voulant restreindre les pouvoirs de l’Assemblée nationale, il est rapidement chassé du pouvoir par une révolution qui porte sur le trône Louis-Philippe Ier, qui devient non plus Roi de France mais Roi des Français, chef de l’État de par la volonté du peuple et non plus de droit divin. C’est l’époque où la France entre dans la révolution industrielle ; à Gratentour plusieurs maires se succèdent pendant cette époque : Jean Dominique Larigaudère (1830-1832), Jean Jacques Faral (1832-1838), Antoine Jeampié (1838-1841) et Jacques Faral (1841-1848) qui est le premier maire dont nous avons la photo.

En 1848 éclate une révolution d’inspiration sociale qui balaie le régime de Louis-Philippe, le drapeau rouge côtoie le drapeau tricolore sur les bâtiments publics. Le maire est destitué au profit d’un maire provisoire, Bernard Raymond Dazéma. Mais cette deuxième république naissante est vite reprise en mains par les forces conservatrices qui portent au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, qui de président de la république se fera proclamer Empereur avec le soutien du peuple qui approuve son coup d’État par un plébiscite. À Gratentour, le notable Jacques Faral revient tout simplement aux affaires en se faisant élire par les électeurs, et ce jusqu’en 1850, avant de se voir remplacé par son ancien prédécesseur jusqu’en 1863. C’est dans cette période où, soucieux de se ménager l’appui des catholiques, l’Empereur fournit des crédits pour la réparation des églises. Celle de Gratentour est ainsi restaurée en 1853. Sous le maire suivant Charles Larigaudère (1863-1868), un curé propre à Gratentour est nommé, alors que depuis 1820 la paroisse dépendait de celle de Bruguières. En 1868, est nommé Jean Caranave, dernier maire de la commune sous le Second Empire.

IV – De la Troisième République à maintenant[modifier | modifier le code]

Le régime de Napoléon III s’effondre à Sedan par l’invasion des troupes prussiennes. Un gouvernement provisoire se constitue à Tours et, après avoir organisé la résistance, négocie l’armistice. À Paris et dans certaines villes de province comme Toulouse, des communes insurrectionnelles prennent le pouvoir et tentent d’instituer un régime socialiste. Ces insurrections sont réprimées par le gouvernement provisoire conservateur d’Adolphe Thiers.

C’est précisément pendant cette période trouble qu’est nommé à Gratentour le maire Prosper Compans, avant de céder sa place à Casimir vicomte de Valady qui semble avoir été le premier maire élu par son conseil municipal sous la 3e république, le nouveau régime qui s’installe en France. Plusieurs autres magistrats lui succèdent sans heurts, Charles Larigaudère (1876-1881), et le géomètre Bertrand Bézard (1881-1892) sous le mandant duquel sera construite l’école communale. Puis sous les mandats de Félix Frézières (1892-1900) et Prosper Compans (1900-1908), l’électricité puis le téléphone gagnent la commune. Antonin Sicard (1908-1925) doit gérer la commune pendant la grande guerre qui voit 34 de ses habitants partir sur les champs de bataille, dont deux sur le front d’Orient en Macédoine. Trois d’entre eux ne revinrent pas, Pierre Prosper Boutet tué à 31 ans dans le Pas-de-Calais en 1915, Jean Louis Pradel mort de maladie contractée en service à 20 ans en 1915 et Ferdinand Abeillou qui eut la malchance de décéder onze jours après l’armistice, de maladie contractée en service, âgé de seulement 21 ans. La commune a été relativement épargnée par la grande guerre et aura la chance de l’être également pendant la Seconde Guerre mondiale[1].

Gratentour amorce sa croissance démographique en 1960 avec la création du premier lotissement, la cité Cayssials.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Gratentour

Son blasonnement est : De sable à la bande d'or.

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Tendances politiques et résultats[modifier | modifier le code]

Commune faisant partie de la cinquième circonscription de la Haute-Garonne.

Liste des maires[modifier | modifier le code]

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
2014 en cours Patrick Delpech PS  
1995 2014 Paul Franchini PS  
1992 1995 Robert Vidal    
1971 1992 Pierre Rous    
1965 1971 François Cipion    
1959 1965 Jean Gabriel Barlangue    
1945 1959 Victor Pascal    
1944 1945 Gaston Thiers    

Démographie[modifier | modifier le code]

En 2011, la commune comptait 3 554 habitants. L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir du XXIe siècle, les recensements réels des communes de moins de 10 000 habitants ont lieu tous les cinq ans, contrairement aux autres communes qui ont une enquête par sondage chaque année[Note 1],[Note 2].
           Évolution de la population  [modifier]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
243 291 249 307 310 329 315 401 409
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
336 306 312 295 281 302 281 258 258
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954
219 224 236 196 180 168 191 187 231
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2005 2006 2010
388 646 924 1 574 2 518 3 035 3 361 3 491 3 545
2011 - - - - - - - -
3 554 - - - - - - - -
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[2] puis Insee à partir de 2004[3].)
Histogramme de l'évolution démographique

Économie[modifier | modifier le code]

Vie locale[modifier | modifier le code]

  • Gratentelier, Atelier informatique, proposant une entraide informatique au travers d'ateliers et d'évènements orientés vers les logiciels libres.

Service publics[modifier | modifier le code]

Enseignement[modifier | modifier le code]

Sports[modifier | modifier le code]

Il comporte un équipe senior, Les Mustangs évoluant dans le championnat de France DNII, une équipe de rugby fusionnée avec Toulouse Olympique et une équipe féminine de rugby à XIII évoluant dans le championnat de France féminin de rugby à XIII.

1999 - Finaliste championnat de France DNII, 2010 - Vainqueur coupe de France A. Falcou.

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sources :* Archives communales* Archives départementales de la Haute-Garonne.
  2. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales.
  3. Fiches Insee - Populations légales de la commune pour les années 2005, 2006, 2010, 2011

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au début du XXIe siècle, les modalités de recensement ont été modifiées par la loi no 2002-276 du 27 février 2002, dite « loi de démocratie de proximité » relative à la démocratie de proximité et notamment le titre V « des opérations de recensement », afin de permettre, après une période transitoire courant de 2004 à 2008, la publication annuelle de la population légale des différentes circonscriptions administratives françaises. Pour les communes dont la population est supérieure à 10 000 habitants, une enquête par sondage est effectuée chaque année, la totalité du territoire de ces communes est prise en compte au terme de la même période de cinq ans. La première population légale postérieure à celle de 1999 et s’inscrivant dans ce nouveau dispositif est entrée en vigueur au 1er janvier 2009 et correspond au recensement de l’année 2006.
  2. Dans le tableau des recensements et le graphique, par convention dans Wikipédia, et afin de permettre une comparaison correcte entre des recensements espacés d’une période de cinq ans, le principe a été retenu, pour les populations légales postérieures à 1999 de n’afficher dans le tableau des recensements et le graphique que les populations correspondant aux années 2006, 2011, 2016, etc., ainsi que la dernière population légale publiée par l’Insee.