Sainte Quitterie

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Sainte Quitterie
Image illustrative de l'article Sainte Quitterie
Statue de sainte Quitterie de l'église de Châlus (Haute-Vienne, France)
Décès vers 472 
Aire-sur-l'Adour
Fête 22 mai

Sainte Quitterie est une jeune vierge de sang royal wisigoth, qui préféra mourir que de renier sa foi. Décapitée vers 472[1] dans le palais royal d'Aire-sur-l'Adour, elle porta, selon la légende, sa tête entre ses mains jusqu'au baptistère de la ville où se trouve une fontaine qui porte désormais son nom[2]. Elle est fêtée le 22 mai[3].

La légende toulousaine[modifier | modifier le code]

Selon la légende, qui prend des libertés avec la vérité historique, Quitterie était la fille d'Aetius, roi wisigoth de Toulouse[4]. Refusant la main de Germain, l'exécuteur des basses œuvres de son père, elle s'enfuit à Aire-sur-l'Adour déguisée en cavalier pour échapper aux sollicitations du prétendant et à la colère de son père. Sa fugue intervint peu de temps après sa conversion au christianisme accompagnée d'un vœu de chasteté. Germain finit par la retrouver et la décapita.

La légende dit que quand sa tête toucha terre, une fontaine jaillit. Quitterie aurait pris sa tête bien lavée dans ses bras pour la déposer en haut du plateau du Mas, où se trouve aujourd'hui son sarcophage (dans la crypte de l'église Sainte-Quitterie d'Aire).

L'évêque, du nom de Faust, fit le jour même un prêche, à la suite duquel toute la ville d'Aire se convertit au christianisme, y compris Germain.

Tout près de l'église d'Aire coule aujourd'hui une fontaine à laquelle on attribue la vertu de guérir les maux de tête ainsi que la rage (on la représente souvent avec un chien à ses pieds tirant la langue). De nombreuses fontaines des Landes et de la Charente (Aussac, Chadurie) supposées avoir les mêmes vertus, sont placées sous le patronage de la sainte. Quitterie est depuis un prénom typique des Landes et du Sud-ouest en général. La mère de saint Gaudens, martyr du VIe siècle en Comminges, s'appelait aussi sainte Quitterie, mais il n'y a aucun rapport entre les deux, si ce n'est que le nom ancien de la ville de Saint-Gaudens était le Mas Saint-Pierre, comme celui d'Aire-sur-l'Adour était le Mas d'Aire.

La légende lusitanienne[modifier | modifier le code]

Santa Quitéria, peinture à l'huile datant du XVIIIe siècle du couvent de Santo Antônio au Brésil

Il existe une légende sensiblement différente, situant l'origine de Quitterie au Portugal, mais qui a des prolongements en Gascogne, sans qu'on sache où en est la source. Cette histoire de Quitterie, qui est très en honneur dans la péninsule ibérique, la fait naître en Galice. Son père, Lucio Castelli, descendait de l’empereur Julien, seigneur de Galice et de Portugal. Sa mère s’appelait Calia. Tous deux étaient païens. Un jour, Calia met au monde neuf filles d’un seul coup. Ce sont, outre Quitterie : Geneviève, Libérate, Victoire, Amélie, Germane, Gemme, Marcienne, Basilisse. Mais Castelli est absent, et ces enfants sont peut-être le fruit d’amours adultérines. Calia demande à sa servante d’aller noyer ses filles, discrètement, à la rivière. Or, la servante est chrétienne, elle ne se résout pas à ce crime et elle confie les neuf petites filles à des nourrices chrétiennes comme elle. Toutes seront baptisées par l’évêque Ovide, élevées dans la foi chrétienne et termineront leur vie dans le martyre. L’on retrouve ici Germain, le fiancé païen, et la fuite de Quitterie. Elle va jusqu’à une ville nommée Anfragia. Là, règne le roi Sentia, apostat de la foi chrétienne, enrichi par le pillage des églises. Quitterie lui reproche cette conduite indigne, et Sentia, avec tout son peuple, fait pénitence et revient à des sentiments chrétiens. Mais le fiancé bafoué, le père furieux, accompagnés d’un autre roi férocement antichrétien nommé Adrian, se lancent à la poursuite de la princesse. Elle est en prière sur la montagne Columbana, avec Sentia et deux évêques. Le bourreau Domiciano, envoyé par Adrian, arrive le premier et d’un coup de glaive il décapite Quitterie : elle ramasse sa tête, elle marche... Adrian fait massacrer les compagnons de Quitterie. Un peu plus tard, un chrétien nommé Libérato ira recueillir les corps des martyrs, et les miracles continueront... Castelli et German, un peu tard, se convertissent et finissent leurs jours en prières sur cette montagne.

Selon des traditions gasconnes, les huit sœurs « jumelles » de Quitterie étaient Bazeille (Basilisse ?), Dode (l'église de Sainte-Dode, dans le Gers, était primitivement dédiée à sainte Quitterie), Gemme, Mère, Germane, Livrade (Libérate), Marcienne, Victoire. La plupart de ces saintes ont connu un culte dans le sud de la France et leurs noms sont fréquemment portés par des communes. Ayant fait fuir, par sa seule parole, deux chiens enragés, Quitterie était invoquée contre la rage. Elle est parfois représentée avec deux chiens à ses pieds.

La postérité[modifier | modifier le code]

Sarcophage de sainte Quitterie en l'église d'Aire

Les reliques de la sainte demeurèrent jusqu'au XVIe siècle dans la crypte de l'église, ancien temple romain dédié au dieu Mars et converti en baptistère par les évêques des Tarusates. Elles furent conservées à l'intérieur d'un sarcophage de marbre blanc, l'un des plus beaux du IVe siècle, en raison de l'extraordinaire richesse de sa décoration, mêlant motifs sculptés antiques et chrétiens.

Ses reliques attirent de nombreux pèlerins depuis le Moyen Âge, empruntant lous camins de Sinte Quiteyre. Le site s'imposera vite comme une étape sur la Via Podiensis un des chemins du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le culte de la sainte a pu se répandre sur cet itinéraire avec les récits des pèlerins, comme à Lageyrat (Haute-Vienne), où une fontaine à dévotion, une ancienne chapelle et une pierre tombale portent son nom[5].

Diverses fontaines des Landes sont placées sous la protection de Sainte-Quitterie et ont la réputation de pouvoir soigner les maux de tête (Commensacq, Gastes, Lucbardez).

Contexte[modifier | modifier le code]

À l'effondrement de l'Empire romain d'Occident, la Novempopulanie, province de l'actuelle ville d'Aire, fut conquise par les Wisigoths (à partir de 412 avec le roi Athaulf), avec le statut de peuple fédéré à partir de 418 (avec le roi Wallia). Les Goths, auxquels appartenait Quitterie, fut le premier peuple barbare à être christianisé, mais étaient considérés comme hérétiques par les Chrétiens car ariens, l'Arianisme niant la divinité de Jésus. Les Goths ariens n'allaient pas à la messe par exemple, travaillaient le dimanche, étaient tolérants envers les autres croyances, notamment envers les juifs (et l'islam à partir de 711 en Espagne avec l'invasion arabe). De plus, il est possible que les Goths mélangeaient les cultes, poursuivant certains rituels païens (comme le font de nos jours certaines populations africaines, amérindiennes, asiatiques ou océaniennes, pourtant converties depuis des décennies voire des siècles).

Patronage[modifier | modifier le code]

Sainte Quitterie est la patronne de l' ancienne paroisse de Lageyrat (Châlus), Étienne en étant le saint patron.[réf. nécessaire]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les chemins de Saint-Jacques dans les Landes, Francis Zapata, Jean-Pierre Rousset, Éditions Sud-Ouest
  2. L'Almanach du Landais 2002, éditions CPE, p 49
  3. Voir sainte Quitterie sur Nominis.
  4. Dictionnaire de la Lande française, Charles Daney, Éditions Loubatières
  5. Paul Patier, Histoire de Châlus, Res Universis, Paris, 1993. (ISBN 2-7428-0184-7) (ISSN 0993-7129), p. 144.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Renée Mussot-Goulard, Quitterie, sainte et gothe, Éditions de Paris, 2007 (ISBN 978-2-85162215-0)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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