Banlieue

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Banlieue pavillonnaire dans les Yvelines (France).
Banlieue d’Erevan (Arménie).

La banlieue est le territoire qui entoure une ville-centre. Le terme peut parfois être rapproché de la ville-dortoir à vocation essentiellement résidentielle, mais la banlieue accueille généralement différentes activités et possède des centralités propres. Les banlieues sont souvent en France des communes administrativement indépendantes des villes centres principales, même si elles sont de plus en plus regroupées au sein de communautés d'agglomérations indépendantes ou non d'une ville principale. La notion de banlieue dénote des formes urbaines différentes de celles de la ville sans pouvoir exister de façon totalement indépendantes de celles-ci. En 1968, le philosophe Henri Lefebvre dans le droit à la ville[1] critique la fabrication productiviste des banlieues et explique en détail, ce qui distingue la ville et la banlieue. Aujourd'hui, dans les médias, "les banlieues" sont souvent à tort réduites a certaines cités et autres grands ensembles sensibles caractérisés par un déficit d'intégration sociale, un taux de chômage plus important que la moyenne, l'existence d'une économie parallèle, ou encore des phénomènes de violences urbaines. Ces cités et grands ensembles sont l'objet de politiques publiques importantes et sont notamment fortement étudiés par la sociologie. Ils peuvent également se caractériser par leur dynamisme, la présence d'une vie commune et de réseaux de solidarité plus forts que dans le reste de la banlieue. L'existence des banlieues est le résultat d'un débordement de la ville au-delà de ses murs ou limites (souvent inhérent à l'existence de ces limites) ou encore d'un étalement urbain, si ce n'est la mise en œuvre volontaire d'une relégation sociale ou le choix de vivre dans un contexte différent de celui d'une ville.

Étymologie et signification[modifier | modifier le code]

Attesté dès la fin du XIIe siècle, le mot banlieue a pour racine celui de « ban », terme féodal d'origine franque désignant la loi seigneuriale, puis la convocation des vassaux par leur suzerain et de là, le territoire sous la juridiction d’un seigneur, là où ses décisions étaient l’objet de proclamations. S’appliquant à une ville, le terme de banlieue se mit à désigner l’étendue de pays, d’une lieue ou de plusieurs lieues – et la lieue variait d’une région à l’autre – soumise au pouvoir de commandement d’un seigneur, et, de plus en plus souvent d’une municipalité[2]. Dans cette première acception juridique, la banlieue est inversement le lieu où s'exerce l’autorité et en définitive, un lieu intégré[3]. Cette acception demeure encore au XVIIIe siècle.

Le mot se charge de connotations dépréciatives au début du XIXe siècle. L'espace périphérique des grandes agglomérations est alors regardé comme le lieu où vit une population géographiquement proche, mais qui conserve des attitudes provinciales vues comme arriérées, car elle ne vibre pas au rythme de la ville. C'est, dans les Misérables de Victor Hugo, le mépris qu'exprime la chanson de Gavroche lorsque l'autorité fait donner des gardes nationaux de banlieue contre les émeutiers de juin 1832 :

On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau.

On trouve encore l'écho de ce contenu péjoratif du concept de « banlieue » lors de l'apparition du terme « banlieusard », attesté pour la première fois en 1889[4] à l’occasion d’une polémique de nature politique entre élus de Paris et élus de banlieue, les premiers accusant les seconds d’être des ruraux, attardés et réactionnaires, des « banlieusards »[5]. Le terme a rapidement perdu de sa charge péjorative pour venir désigner les actifs – ouvriers et surtout employés – résidant en banlieue et venant travailler tous les jours à Paris par les chemins de fer, les bateaux ou les tramways. Ce qu’on est convenu d’appeler les « migrations alternantes » ou les « mouvements pendulaires » sont déjà importants à Paris avant 1914. « Banlieusard » a gardé ce sens jusqu’à nos jours[6].

C’est à la suite d’une longue évolution, qui commence au début du XIXe siècle, que le mot banlieue lui-même en est venu, employé au singulier ou au pluriel, à désigner les quartiers populaires de la périphérie des grandes villes, tout particulièrement les ensembles bâtis après 1950 – les « grands ensembles » ou les « cités » – et réputés concentrer aujourd’hui une population de nationalité ou, par les parents, d’origine étrangère, plus spécialement d’Afrique du Nord ou, plus récemment, d’Afrique noire. Le mot sert de désignation commode, dans la presse et dans le langage courant, pour la population dite « immigrée » dont l’intégration au reste de la population est difficile, que ce soit en raison du chômage de masse apparu à la fin des années 1970 ou aux discriminations diverses dont elle est en général l’objet, liées précisément à ses origines et, surtout, à son statut social. Divers synonymes proches de l’euphémisme, issus d’ailleurs du langage administratif[réf. nécessaire], sont récemment apparus, comme « quartiers sensibles », ou même « les quartiers » tout court.

Les territoires qui correspondent à ce que sont, historiquement, géographiquement et administrativement, les banlieues des grandes villes françaises, d’une diversité, à la fois dans l’origine et le statut social de leurs habitants, infiniment plus grande que ce que l’usage du mot implique. Les « cités » elles-mêmes ne se résument pas aux images que le mot banlieue a peu à peu forgées dans les consciences. Ainsi l’opposition souvent faite entre banlieues françaises, réputées populaires et terres d’exclusion, et les banlieues anglo-saxonnes, réputées pavillonnaires et peuplées par les classes moyennes ou riches, est largement fausse. À Paris, la banlieue qui s’est d’abord développée, dans la première moitié du XIXe siècle, est la banlieue bourgeoise (Maisons-Laffitte, Le Vésinet…) et c’est pour la desservir que le chemin de fer est apparu (ligne Paris - Saint-Germain-en-Laye) ; le pavillonnaire a joué un rôle considérable dans la construction et le peuplement de nombreuses zones suburbaines à partir de la fin du XIXe siècle, et, dans l’entre-deux-guerres, le phénomène des lotissements en banlieue a même représenté la principale offre de logement, populaire ou bourgeois. Le développement dit « péri-urbain », aujourd’hui, est dans la continuité de ces mouvements. Des remarques allant dans le même sens pourraient être faites à propos d’autres villes françaises[7].

On pourrait donc avancer l’hypothèse d’une histoire et d’une évolution parallèles du phénomène de la banlieue urbaine en Europe et en Amérique du Nord, mais les connaissances actuelles, trop disparates et trop spécialisées, rendent difficile une telle approche, qui va contre les clichés. Le phénomène ne saurait en tout cas se comprendre sans une analyse – soit au cas par cas soit dans une optique d’étude comparée – de l’ensemble de l’agglomération dont la banlieue est toujours partie prenante : évolution du peuplement des centres-villes, développement des moyens de communication, rôle des politiques publiques etc. Il convient aussi de toujours être clair et précis sur la définition administrative ou coutumière, qui d’ailleurs peut varier dans le temps, de la banlieue dont on parle, de façon à éviter le flou qui préside à beaucoup de discours où l’on mélange faubourgs, périphérie et banlieue(s).

Niveau international[modifier | modifier le code]

Utilisé de façon générique pour désigner l'urbain, la périphérie, le terme de banlieue renvoie autant à des « singularités françaises » qu'à des « réalités mondiales »[8]. Mais il est en définitive impossible de traduire parfaitement le terme de « banlieue »[9]. Des réalités spatiales comparables, mais qu'il faut distinguer existent dans les périphéries des grandes agglomérations mondiales.

Europe[modifier | modifier le code]

Carte de la Randstad mettant en évidence le bâti.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Étant donné la plus forte densité de population, dans de nombreuses régions allemandes, beaucoup de villes se touchent entre elles sans créer un véritable centre. C’est le cas de la Ruhr qui constitue une conurbation.

France[modifier | modifier le code]

Illustration des termes de ville-centre, banlieue, couronne périurbaine, Unité urbaine et Aire urbaine d'après l'Insee.

En France, depuis l'établissement de la Troisième République au début des années 1870, les communes ont pour l'essentiel cessé de s'agrandir en fonction de l'extension de leur agglomération. La ville, qui correspond en France à la notion d'unité urbaine, n'a ainsi pas nécessairement de correspondance administrative unique, d’autres communes venant se lier aux villes-centres et forment la banlieue. Depuis les annexions des banlieues des grandes villes françaises sous le Second Empire (Lyon en 1852, Lille en 1858, Paris en 1860, Bordeaux en 1865), la délimitation des communes françaises n'a en effet que peu évolué et n'a pas suivi l'évolution de l'urbanisation des agglomérations postérieure à 1870 si bien que presque toutes les grandes villes et villes moyennes de France possèdent une banlieue voire une couronne périurbaine. Dans les deux cas, elles sont divisées en de nombreuses entités administratives autonomes.

Les ménages aisés vivent essentiellement à l'ouest de la ville tandis que le nord-est concentre les populations les plus pauvres et d'origine immigrée.

La banlieue désigne la zone urbanisée située autour de la ville-centre, cela comprend aussi bien des quartiers pavillonnaires que des quartiers plus populaires. La notion est donc socialement neutre et correspond à une réalité physique. Ainsi, dans l'agglomération parisienne, Neuilly-sur-Seine par exemple, appartient à la banlieue au même titre que La Courneuve ou Levallois-Perret. Pour les distinguer, on parle à Paris, de banlieue aisée pour Neuilly et de banlieue défavorisée pour La Courneuve ou Levallois-Perret. La région parisienne peut être découpée en plusieurs zones. Dans le Nord-Ouest et le Nord-Est, sont concentrées beaucoup de « cités », vestiges d’anciennes zones ouvrières et industrielles. C’est le cas de la Seine-Saint-Denis, de l'Est et du Sud-Est du Val-d'Oise. À l’Ouest, la population est généralement plus aisée, on y trouve également le centre des affaires de La Défense ainsi que les villes aisées de Versailles, Le Vésinet, Saint-Germain-en-Laye ou Rueil-Malmaison par exemple, ou entre moyennement aisées et mal-aisées, comme Levallois-Perret. Asnière est devenu the place to be, où tous les gens à la mode devraient se ruer. La banlieue Sud-Est est moins homogène. Près de Paris, il y a beaucoup de communes qui sont considérées comme « sensibles » (Bagneux, Malakoff, Massy, Les Ulis…), entrecoupées de zones résidentielles de meilleure réputation (Verrières-le-Buisson, Bourg-la-Reine, Antony, Fontenay-aux-Roses, Sceaux…).

Plus on s’éloigne et plus on peut découper la banlieue sud de Paris en deux zones. D’un côté, il y a les bords de Seine où se regroupaient autrefois des populations ouvrières -aujourd'hui encore pour les communes les plus défavorisées–, mais d'autres également particulièrement aisée. On y observe ainsi les grandes cités des Yvelines (Chanteloup-les-Vignes, Sartrouville, Les Mureaux, Mantes-la-Jolie, Poissy, Achères, Limay, Trappes, Aubergenville) et de l’Essonne (Évry, Courcouronnes, Grigny, Corbeil-Essonnes, Fleury-Mérogis, Les Ulis, Massy, Longjumeau, Ris Orangis…). Mais dans l'autre sens, de petites communes totalement différentes socialement, dans les Yvelines essentiellement avec Villennes-sur-Seine, Chatou, Croissy-sur-Seine, Maisons-Laffitte, mais aussi dans l'Essonne et la Seine-et-Marne : Etiolles, Draveil, Soisy-sur-Seine, Saint-Pierre-du-Perray ou Seine-Port la division sociale se produisant d'ailleurs de part et d'autre des rives de la Seine. De l’autre côté, on trouve des zones pavillonnaires où se regroupent des populations aisées (vallée de la Bièvre et de Chevreuse).

Italie[modifier | modifier le code]

Les périphéries de Rome possèdent une forme en archipels, mais qui font partie de la commune de la ville centre de sorte que de vastes espaces naturels traversent l'agglomération.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Randstad ou Randstad Holland, (littéralement « Ville de la bordure de Hollande » en néerlandais), est une conurbation réunissant les villes d'Utrecht, Amsterdam, La Haye et Rotterdam aux Pays-Bas. Elle totalise à elle seule 7,5 millions d'habitants, soit les 2/5 de la population du pays.

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Urbanisme aux États-Unis.
Suburb américaine dans le Connecticut.

La traduction la plus proche du terme « banlieue » en anglais est « suburb ». Le préfixe rend compte de l'aspect périphérique du phénomène. Les États-Unis utilisent le terme de metropolitan area (aire métropolitaine), dont la définition a varié au cours des derniers recensements, pour désigner l'espace qui englobe une agglomération et les zones périphériques qui lui sont liées du point de vue professionnel et commercial. Celles-ci sont omniprésentes aux États-Unis, étant l'une des causes de l'importance du secteur automobile américain. Il faut ajouter qu'aux États-Unis comme beaucoup d'autres territoires anglo-saxons, le terme « suburb » désigne généralement des zones avec une population basse appartenant à la classe moyenne et haute, dont les habitations sont construites pour la plupart sous forme de duplex.

Au Canada, on parle de région métropolitaine de recensement à des fins statistiques, mais il y a aussi des administrations supramunicipales portant des noms différents selon les provinces ; par exemple au Québec, on compte les communautés métropolitaines de Montréal et de Québec. Les petites communautés (suburbs en anglais[citation nécessaire]) entourant de grandes villes peuvent être des villes incorporées, c’est-à-dire des « municipalités » avec leurs propres gouvernements[citation nécessaire], ou elles peuvent être non-enregistrées, avec, aux États-Unis, l’autorité gouvernementale donnée au comté. Les communautés incorporées sont les (villes, (en)towns et villages)[pas clair] tandis que les communautés non enregistrées, c’est-à-dire n’ayant pas le statut de « municipalité », sont les Census Designated Places (CDP).

En Amérique du Nord, les banlieues sont souvent considérées comme endroits souhaitables où vivre pour ceux dans les classes moyennes et riches. Aux États-Unis, les banlieues proches, dîtes inner suburb, contiennent fréquemment une forte proportion de classes pauvres, c’est le cas par exemple de Chicago. Les banlieues sont massivement composées de pavillons individuels entourés de jardins. Ces banlieues étant généralement très grandes et éloignées du centre, une voiture est quasiment indispensable pour en sortir et pouvoir aller en ville ou ailleurs.

Pays en voie de développement[modifier | modifier le code]

Banlieues défavorisées[modifier | modifier le code]

Dans l’ensemble des PED, les villes connaissent une attractivité croissante. Celle-ci s'explique notamment par le fort accroissement démographique que connaissent la plupart de ces pays. Dans certaines régions, les terres ne peuvent subvenir à celui-ci et l'exode rural s'impose. Le phénomène est complexe : il s'agit d'un push-pull. D'un côté, les villes attirent les ruraux (pull) qui croient, à tort ou à raison, y trouver des conditions de vie meilleures. Ce mécanisme est toujours cité et en général déploré. Mais il montre aussi un violent rejet de la société rurale (push) : le poids des traditions, du patriarcat en particulier, des contraintes religieuses, des mariages arrangés, de la polygamie, joint à la misère, pousse de nombreux jeunes des deux sexes à fuir ces milieux étouffants. L'exode rural est ainsi une manière de "voter avec ses pieds" : si des millions de ruraux vont vivre dans les villes, on ne connait guère d'exemples de mouvements inverses de retour vers les campagnes. Les politiques de "retour à la terre", souvent autoritaires et brutales, ont d'ordinaire échoué. C'est un aspect que négligent souvent les critiques de cet exode ruralVoir Colloque international de Cerisy, juin 2007). La mise en place de politique d'inspiration libérale par ces mêmes pays est un autre déterminant significatif. Imposées par différents organismes internationaux tels que le FMI, la Banque mondiale], ces politiques déstructurent les espaces ruraux et les empêchent de s'adapter à la croissance démographique. En conséquence de ces politiques, plusieurs pays d'Afrique anciennement producteurs, importent leurs poulets, entrainant la paupérisation des populations agricoles[10]. Ainsi l’Afrique a vu sa population tripler entre 1950 et 1995 alors que celle des villes a été multipliée par neuf. Elle compte aujourd’hui vingt-cinq villes millionnaires, et elle pourrait même atteindre la soixantaine en 2020. Les logements en centre-ville étant trop chers pour ces nouveaux arrivants, ces derniers se sont installés dans les banlieues et ont donc fait grossir les périphéries. La ville du Caire forme un exemple de ville où les migrants sont arrivés plus nombreux que ce que la ville le prévoyait puisqu'ils ont été obligés de s’installer à des endroits où l’aménagement n’était pas planifié. De plus l’accroissement naturel étant élevé dans les PED, l’augmentation de la population des villes se fait sentir davantage. Les 14 villes qui connaissent les croissances démographiques les plus importantes au monde se situent dans les PED.

Les logements attendus ne sont malheureusement pas disponibles dans la majorité des cas et les migrants sont donc obligés de se loger de façon précaire. On[Qui ?] aboutit ainsi à la création de bidonvilles appelés également favela en Amérique du Sud. Ces terrains sont généralement occupés illégalement, et sont très insalubres : ils sont dépourvus de toutes infrastructures (électricité, eau courante, évacuation d’eau usée, transport, éducation, santé…) et se trouvent souvent sur des sols marécageux, pentus ou inutilisables pour l’agriculture. La résorption des bidonvilles a consisté à repousser encore plus loin du centre-ville les familles et groupes habitants de ces bidonvilles. En dispersant ainsi les personnes, les réseaux d’aide et de survie, fondés sur les relations entre les gens, se trouvent cassés. Il est donc encore plus difficile pour ces habitants de sortir de cette situation. En Afrique du Sud, il existe également des townships. Ils se distinguent des bidonvilles, car ils sont construits en durs et ont une existence légale. Leurs constructions sont souvent planifiées par les architectes de la ségrégation raciale (très grande en Afrique du Sud malgré la fin de l’Apartheid). Les townships d’Afrique du Sud regroupent les habitants de couleurs, principalement les Noirs et peuvent compter jusqu’à près de deux millions d’habitants comme à Soweto. De plus certaines banlieues sont les théâtres de guerres et de violences entre les différentes ethnies qui rendent la vie des habitants encore plus difficile. Dans les Favelas la pauvreté peut même amener la formation de gangs qui luttent pour le contrôle de la ville. Le chômage y est très élevé et il reste difficile, voire impossible, de se sortir de cette situation sans rémunération. La majorité des emplois se trouve dans le centre-ville qui est éloigné et dont l’accès est rendu difficile par l’absence de transports. De plus le manque d’éducation des habitants ne les favorise pas dans la recherche d’un emploi. Ils sont donc souvent obligés de faire travailler leurs enfants ou même de les vendre. Ainsi nous arrivons à un cercle vicieux : les migrants sont obligés de s’installer dans les bidonvilles ; comme ils sont dans les bidonvilles, ils n’ont pas de travail ; comme ils n’ont pas de travail, ils n’ont pas d’argent ; comme ils n’ont pas d’argent, ils ne peuvent pas payer d’études à leurs enfants qui eux non plus ne pourront donc pas trouver de travail. D’après les estimations de l’ONU, la terre compte plus d’un milliard de personnes vivant dans les bidonvilles et en comptera 1,4 milliard en 2020 soit autant que de Chinois[réf. nécessaire]. Ce nombre augmente très vite puisque 27 millions de personnes rejoignent les bidonvilles chaque année. Même si ces chiffres couvrent l’ensemble de la planète, ils concernent essentiellement les PED.

« Banlieues riches »[modifier | modifier le code]

Depuis quelques années apparaissent des banlieues aisées dans les PED. En effet, des familles fortunées souhaitent s’écarter du centre-ville pour éviter la pollution sans pour autant se rapprocher des zones plus pauvres. Ces quartiers amènent donc une ségrégation sociale : les minorités aisées restent entre elles et ignorent totalement les autres couches plus pauvres. Certains quartiers résidentiels ressemblent étrangement aux quartiers des classes moyennes américaines : les suburbs. En effet on y trouve un grand nombre de maisons identiques ayant une architecture occidentale et de quoi pratiquer les loisirs des Occidentaux. Certains millionnaires choisissent même de vivre dans de véritables ghettos. Cet isolement volontaire a pour but de défendre leurs richesses, car l’insécurité de ces pays oblige les personnes ayant plus d’argent que la moyenne à se protéger. Cependant, ils profitent de cet isolement pour bénéficier des aménagements de luxe et de l’espace des banlieues. Pour obtenir cette place disponible, les pauvres sont chassés encore plus loin de la ville.Pour se protéger davantage des vols et des contacts avec le reste de la population, des systèmes défensifs sont mis en place : des murs élevés, des barbelés, des alarmes et une intervention en cas d’intrusion. L’administration des villes préfère donc utiliser beaucoup d’espace pour quelques riches ayant de l’influence nationale ou internationale que pour une majorité de pauvres.

Banlieues industrielles[modifier | modifier le code]

Il est très difficile de généraliser la situation des banlieues industrielles des PED, car il existe une très grande variabilité entre ces différents pays et entre les villes au sein d’un même État. En effet, on peut remarquer que le Brésil fait partie des 10 plus grands pays industriels dans le domaine de l’automobile, de l’armement et de l’électronique alors que l’industrie de l’Afrique noire est très en retard et peu diversifiée. Cependant, les PED essaient dans la majorité des cas d’inciter les industries des pays développés à délocaliser en proposant des tarifications douanières avantageuses, des investissements privilégiés, une politique fiscale avantageuse, des ouvriers plus qualifiés qu’auparavant et un développement des infrastructures. L’industrie asiatique, surtout chinoise et indienne, est plutôt dynamique. En effet, elle profite de bas prix de la main-d’œuvre non qualifiée. Les conditions de travail n’y sont pas faciles : par exemple les ouvriers chinois de l’usine McDonald’s travaillaient jusque 11 h/jour et 6 j/semaine en plus des 70 heures supplémentaires par mois pour un salaire inférieur à 75 dollars.

Ces ouvriers font partie des couches sociales les plus défavorisées et vivent donc généralement dans les banlieues pauvres décrites précédemment. De plus, on remarque que l’activité industrielle peut avoir des répercussions directes sur la population : pollution, manque d’eau… Par exemple, les 52 usines Coca-Cola et les 38 Pepsi-Cola présentes en Inde pompent 1 million et 1,5 million de litres d’eau par jour polluant par la suite les cours d'eau. Le pompage des nappes pratiqué par ces usines empêche la population de se fournir en eau potable. C'est à la fois une menace pour l’environnement et la santé des populations déjà pauvres des banlieues.

Culture[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

La littérature s'est aussi emparée du thème de la banlieue, Rachid Sakji, Jacques Réda. Hector Malot dans ses romans pour patrick[11] voit d'ailleurs la banlieue comme un lieu encore rural tel qu'elle l'était encore durant cette époque, alors qu'il décrit plus volontiers les bas-fonds de Paris intra-muros et la pollution y régnant. Quant à François Coppée il l'évoque ainsi :

« J'adore la banlieue avec ses champs en friche
Et ses vieux murs lépreux, où quelque ancienne affiche
Me parle de quartiers dès longtemps démolis. »

La littérature francophone est depuis quelques années soucieuses de récupérer les thèmes liés à l'immigration et à l'intégration et œuvre vers l'émergence d'une conscience et d'une identité de l'afropéanité. Les auteurs les plus représentatifs de ce courant sont pour le moment Léonora Miano, Calixthe Beyala, Abd al Malik, etc. Dans le cadre des concentrations sociales - et non ethnique - (sous forme de "ghettos sociaux", Daniel S. Larangé relève la formation d'une religiosité altermondialiste rejetant le modèle du néolibéralisme et participant à la vitalité d'un islam des banlieues multiethnique, qu'il dénomme religioCité. Pour cela, il s'appuie sur la lecture des auteurs afropéens qui dénoncent les carences du gouvernement et des promesses illusoires de la démocratie[12]. Alors que le désenchantement et la constitution des démocraties ont assuré la montée de la sécularisation des sociétés en parallèle avec leur laïcisation, l'inertie sociale, l'incapacité des démocraties à résoudre les crises économiques tout en maintenant une politique d'immigration, l'échec de la laïcité pour maintenir une morale républicaine respectueuse des traditions favorisent le rapprochement des "maux sociaux" avec les "mots religieux".

Filmographie[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Le groupe montréalais Arcade Fire a composé une chanson ayant comme thème la banlieue, appelée The Suburbs.

La banlieue est un thème récurrent dans le rap français, notamment car nombre de ses représentants en sont originaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Lefebvre, Le Droit à la ville…, Paris, Éditions Anthropos, Collection Société et urbanisme, 1968.
  2. Il faut récuser l’étymologie aujourd’hui courante et séduisante, mais fautive, qui associe la banlieue au bannissement. Banlieue et bannissement renvoie à deux notions différentes. Le bannissement est un autre dérivé du terme « ban » – « être au ban de », ou « être en rupture de ban » – et non pas au mot « banlieue ». Le bannissement était bien une mesure de portée générale ; ainsi on peut lire dans le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière (t. 1, 1690) : « Il a été banni de la ville et de sa banlieue, c’est-à-dire des environs. » Sur ces questions, voir Alain Faure, "Un faubourg, des banlieues, ou la déclinaison du rejet", article paru dans Jean-Charles Depaule dir., Les mots de la stigmatisation urbaine, Éditions Unesco / Maison des sciences de l'homme, 2006, p. 8-39. Texte intégral
  3. Thierry Paquot, « Banlieue, un singulier pluriel », in Hervé Vieillard-Baron (sous la direction de), Banlieue, une anthologie, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2008, p. 1-2
  4. Alain Rey Institut d'urbanisme
  5. Michel Grésillon, « Banlieue », article cité, p. 103.
  6. La sénatrice Brigitte Gros, dans un livre célèbre, Quatre heures de transport par jour, évoquait en 1970 le calvaire quotidien de ses administrés : « Le train était bondé de banlieusards, épuisés par leur journée de travail ». Le journal Le Monde titrait, le 25 juin 2002, sur « les tribulations quotidiennes des banlieusards ».
  7. Isabelle Rabault-Mazière, « Chemin de fer, croissance suburbaine et migrations de travail : l'exemple parisien au XIXe siècle », Histoire urbaine, vol. 3/2004, no 11,‎ 2004, p. 9-30 (ISSN 1628-0482, lire en ligne)
  8. Hervé Vieillard-Baron, Les Banlieues, des singularités françaises aux réalités mondiales, Paris, Hachette, 2001.
  9. Hervé Vieillard-Baron, op. cit., 2001.
  10. Sylvie Brunel, Nourrir le monde n'est pas une gageure. Quoique…, page 9. Article publié dans L'Économie politique, no 43, juillet 2009.
  11. "Sans Famille", 1878 et "En Famille", 1893 en étant les meilleurs exemples. Il fait par ailleurs le même constat avec la ville de Londres à la même époque.
  12. Daniel S. Larangé, Une foi n'est pas coutume… Des problèmes sociaux à la question religieuse chez les écrivaines camerounaises sur Seine, Revue Roumaine d'Études Francophones No4 (2012), pp. 119-139.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Généralité[modifier | modifier le code]

  • Hervé Vieillard-Baron, Les Banlieues, des singularités françaises aux réalités mondiales, Paris, Hachette, 2001, 287 p.
  • Jean-Luc Debry, Tous propriétaires !, homnisphères, 2008, 170 p.
  • David Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Odile Jacob, 2001, 460 p.
  • Paulet Jean Pierre, Les banlieues françaises, Ellipses, 2003.
  • Fred Poché, «  Après la dé-symbolisation. Quel avenir pour les quartiers populaires ? », Cahiers de l’Atelier, numéro 532 janvier-mars 2012, p. 45-54.

Sociologie et histoire[modifier | modifier le code]

  • Rachid Sakji, Chroniques d'une cité ordinaire, (2010), éd. L'Harmattan, juillet 2010 ; la vie d'un enfant dans une cité de la banlieue havraise.
  • Adil Jazouli, Une saison en banlieue - Courants et prospectives dans les quartiers populaires, Plon, 1995.
  • Collectif, Aux marges de la ville, au cœur de la société : ces quartiers dont on parle, L’Aube, 1997 (publication coordonnée par Anne Querrien) : compte rendu d’un programme de recherche menée sur sept sites en procédure Développement Social des Quartiers ou en convention de quartier du Xe Plan, et fondé sur deux types d’approches : d’une part, l’analyse de données objectives sur les conditions de vie ; d’autre part, l’étude des représentations collectives et des perceptions individuelles.
  • Liane Mozère et al., Intelligence des banlieues, L’Aube, 1999 : diverses contributions pour analyser les pratiques habitantes en se démarquant des approches habituelles qui mettent en avant les conflits, les dysfonctionnements, voire l’anomie supposés régner sans partage dans les quartiers dits, selon les cas, défavorisés, « sensibles » ou « difficiles ».
  • David Lepoutre, Cœur de banlieue : codes, rites et langages, Odile Jacob, 2001.
  • Jacques Donzelot, Quand la ville se défait : une politique face à la crise des banlieues, Seuil, 2006.
  • Loïc Wacquant, Parias urbains : ghetto, banlieues, État, La Découverte, 2006.
  • Sylvie Tissot, L’État et les quartiers, Le Seuil, 2007.
  • Yves Bodard, Banlieues, de l’émeute à l’espoir, Regain de lecture, 2007[1].
  • Jean-Marc Stébé, La crise des banlieues. Sociologie des banlieues sensibles, PUF, 1999 (rééd. 2010).
  • Gilles Kepel, Leyla Arslan et Sarah Zouheir, Banlieue de la République : Résumé intégral, Institut Montaigne,‎ Octobre 2011, 25 p. (lire en ligne)
Histoire des banlieues françaises
  • Michel Bochaca, La Banlieue de Bordeaux. Formation d’une juridiction municipale suburbaine (vers 1250- vers 1550), Paris, L’harmattan, 1997.
  • Jean Bastié, La Croissance de la banlieue parisienne, Paris, Presses universitaires de France, 1964, 624 p.
  • John M. Merriman, Aux marges de la ville. Faubourgs et banlieues en France 1815-1870, Paris, Seuil, 1994, 399 p.
  • Jean-Paul Brunet, Saint-Denis, la ville rouge : socialisme et communisme en banlieue ouvrière, 1890-1939, Paris, Hachette, 1980, 462 p.
  • Pierre Le Vigan, Inventaire de la modernité avant liquidation, chap. 2, "La Ville", Paris, Avatar éditions, 2007 [2]; Pierre Le Vigan, La banlieue contre la ville, la barque d'or éditions, [3]
  • Alain Faure dir., Les Premiers Banlieusards. Aux origines des banlieues de Paris (1860-1914), Paris, Créaphis, 1991, 283 p.
  • Annie Fourcaut dir., Un siècle de banlieue parisienne (1859-1964). Guide de recherche, Paris, 1992, l’Harmattan, 317 p. (rééd. 1996)
  • Annie Fourcaut, La Banlieue en morceaux. La crise des lotissements défectueux en France dans l’entre-deux-guerres, Grâne, Créaphis, 2000, 339 p.
  • Sur l’histoire du mot banlieue et de ses usages en France : Alain Faure, Un faubourg, des banlieues ou la déclinaison du rejet, in Jean-Charles Depaule dir., Les Mots de la stigmatisation urbaine, Éditions Unesco / Maison des sciences de l’homme, 2006, p. 8-39. Téléchargement libre à partir de la page accessible par le lien [4]

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