Zeev Sternhell

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Zeev.

Zeev Sternhell

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Zeev Sternhell en 2008

Naissance 10 avril 1935 (79 ans)
Przemysl Drapeau de la Pologne Pologne
Nationalité israélien
Profession

Zeev Sternhell (en hébreu זאב שטרנהל), né le 10 avril 1935 à Przemysl, est un historien et penseur politique israélien, lauréat en 2008 du prix Israël pour ses travaux en sciences politiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille juive de la Galicie polonaise, il fut emmené, muni de faux papiers d'identité, après l'invasion de la Pologne par l'armée allemande et le début de la Seconde Guerre mondiale, par le mari de la sœur de sa mère (le seul de la famille autorisé à travailler au-dehors du ghetto de Przemysl) à Lvov, dans la partie de la Pologne occupée par l'Union soviétique.

Caché avec l'aide de deux familles locales (reconnues après la guerre comme Justes parmi les Nations), il survécut à l'occupation allemande et à l'extermination des Juifs de Pologne et d'Ukraine.

Après la fin de la guerre, le petit Zeev est arrivé en France et a été recueilli par une autre sœur de sa mère.

Zeev Sternhell a rejoint Israël en 1951 dans le cadre de l'« Aliyat Hano'ar » (« Aliya des Jeunes » - organisation sioniste d'assistance) et a été reçu dans l'internat agricole Magdiel, dans la région du Sharon.

En 1957, il a commencé ses études d'histoire générale et de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem.

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, il est professeur de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Sternhell est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l'origine du corpus idéologique fasciste.

Au cours des années 1960, il a été le directeur de l'université d'Addis Abeba, à la demande de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier.

En 1991, le gouvernement français lui a décerné la médaille de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres[1] pour « sa contribution au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde ».

Zeev Sternhell est aussi l'un des membres fondateurs du mouvement israélien Shalom Akhchav, et participe activement au débat politique en Israël, entre autres par ses contributions à la page « Opinions » du quotidien israélien Haaretz. Il a pris position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation et prône un compromis de paix avec les Palestiniens. Il a même affirmé : « si les Palestiniens faisaient preuve de plus de clairvoyance, ils concentreraient leurs actions contre les colonies au lieu de s'en prendre à des femmes et des enfants » en territoire israélien[2].

Zeev Sternhell est en 2008 lauréat du prix Israël (le prix de l'État) pour ses travaux en sciences politiques.

Il a été « légèrement blessé, jeudi 25 septembre 2008, par un engin explosif devant chez lui ». « La police a dit soupçonner les milieux ultranationalistes israéliens d'être responsables de l'agression »[3]. Jack Teitel (en) a avoué être l'auteur de cet attentat[4].

En 2010, il est élu à l'Académie israélienne des sciences et lettres[1].

Travaux[modifier | modifier le code]

Voir aussi : Fascisme en France, Thèse de Zeev Sternhell

Zeev Sternhell a essentiellement travaillé sur les origines et la formation de l'idéologie fasciste, irréductible selon lui à la période de l'entre deux guerres, et qui trouve ses racines historiques dans la France de la fin du XIXe siècle.

En effet à partir de 1885, la confluence idéologique d'une partie de la droite nationaliste et de la gauche autour du thème de l'anti-parlementarisme va aboutir, notamment à travers la matrice que constitue le boulangisme, à l'élaboration progressive de la « synthèse fasciste ».

Celle-ci se caractérise essentiellement par un double rejet du libéralisme et du marxisme, auxquels elle prétend substituer une « troisième voie », élaborée par des penseurs comme le socialiste Georges Sorel.

Controverses[modifier | modifier le code]

Les résultats de ses recherches sur l'origine et la nature du fascisme sont controversés.

Des historiens comme Michel Winock, Jacques Julliard, John Stanley, Francesco Germinario, Shlomo Sand, Philippe Burrin, Emilio Gentile, ou encore Pierre Milza, des spécialistes de l'oeuvre de Barrès, comme Emmanuel Godo[5], ont contesté l'approche de Zeev Sternhell sur le fascisme français. Pierre Milza, par exemple, tout en reconnaissant qu'« il y a eu sans aucun doute un fascisme français, qui n'a pas toujours pris la forme de ses homologues italien et allemand mais qui a occupé, dans l'espace politique et culturel de l'hexagone, une place plus grande que ne voulaient bien lui concéder jusqu'à une date récente les plus éminents spécialistes du XXe siècle français », critique Sternhell qui selon lui « voit du « fascisme » partout où il y a critique virulente de la république parlementaire, version IIIe finissante [...], un pas que l'examen attentif des faits interdit de franchir. »[6]

Cependant, pour Stanley Payne, « Zeev Sternhell a démontré de manière concluante que la quasi-totalité des idées du fascisme sont apparues en France »[7] et George L. Mosse écrit dans La révolution fasciste : « Il y eut ainsi des mouvements nationaux-socialistes primitifs en France (qui réunissaient d’anciens dirigeants de la Commune de Paris aux traditions jacobines, mais aussi quelques anarchistes et bourgeois bien-pensants)[8]. »

Les désaccords portent par ailleurs sur la définition sternhellienne du fascisme. Elle est loin de faire l'unanimité aujourd'hui. À Sternhell est reproché, en particulier, l'imprécision de sa définition du fascisme, mais aussi des rapprochements parfois considérés comme hasardeux qu'il fait entre des mouvements aux fondements idéologiques radicalement différents (notamment entre droite conservatrice « légitimiste » et mouvements révolutionnaires nationalistes). Raymond Aron, témoignant en faveur de Bertrand de Jouvenel – qui intentait un procès en diffamation à Sternhell pour la manière dont il l'avait dépeint en 1983 dans Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France – stigmatisait la méthode du chercheur israélien : « Son livre est le plus totalement a-historique qui se puisse concevoir. L'auteur ne remet jamais les choses dans le contexte. Il donne du fascisme une définition tellement vague que l'on peut y rattacher n'importe quoi. »[réf. souhaitée]

Ses détracteurs se demandent s'il est pertinent de relier des personnalités comme Maurice Barrès, Charles Maurras, voire Emmanuel Mounier, à la mouvance fasciste. Ainsi, Emilio Gentile soutient que parler de fascisme en dehors d'un régime ou d'un parti est très problématique : si l'on excepte d'une part les derniers mois du régime de Vichy, d'autre part quelques mouvements très minoritaires autour de Marcel Bucard, la France n'a à proprement parler jamais connu de régime ou de parti fasciste. « N’en déplaise aux admirateurs de Zeev Sternhell, dont les travaux possèdent d’évidentes qualités d’érudition et de précision, écrit Olivier Bosc, on ne peut valider son interprétation qui repose sur une conception quasi généalogique de la pensée. Il distribue les certificats d’hérédité idéologique, en s’appuyant sur une méthode d’interprétation tenant à la fois du jeu des Sept Familles et du cadavre exquis[9]. »

Faire, comme Sternhell le propose, du fascisme une idéologie « anti-Lumières » est discuté, dans la mesure où le fascisme reprendrait notamment des idées apparues dans le cadre des Lumières – et surtout de l'Aufklärung allemand, comme un certain constructivisme juridique, ou le rejet des doctrines sociales et politiques fondées sur le christianisme ; alors qu'à la même époque, d'autres mouvements — que Sternhell rapproche du fascisme — comme l'Action française, ou la Révolution conservatrice, rejetaient violemment les Lumières sans adhérer au fascisme — voire en en étant des adversaires, une fois revenus de la fascination qu'il suscitait chez eux.

Le politologue Pierre-André Taguieff lui reproche « une vision anhistorique du fascisme » et « une méconnaissance du rôle moteur joué par la Première Guerre mondiale » en laquelle il voit le véritable « berceau » de l'esprit fasciste. Il est tout aussi sévère envers l'affirmation de Sternhell que le FN se situe dans la filiation de la « droite révolutionnaire » « pré-fasciste », affirmation qui ne serait que l'application de « schémas interprétatifs rigides sur des phénomènes qu'il connaît insuffisamment »[10].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Maurice Barrès et le nationalisme français : la France entre nationalisme et fascisme, préface de Raoul Girardet, Paris, Armand Colin, 1972 ; rééd. Presses de Sciences Po, 2000.
  • La droite révolutionnaire (1885-1914). Les origines françaises du fascisme, Paris, Éditions du Seuil, 1978 ; Gallimard, « Folio Histoire », 1998.
  • Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, [(en) Neither Right nor Left: Fascist Ideology in France], Éditions du Seuil, 1983 ; Éditions Complexe, « Historiques », 2000 (ISBN 2870277881); Gallimard, Collection Folio histoire n° 203, 2012,(ISBN 9782070443826).
  • [(en) The Birth of Fascist Ideology], avec Mario Sznajder et Maia Asheri, Naissance de l'idéologie fasciste, Paris, Gallimard, 1989 ; 1994, « Folio Histoire », (ISBN 2213021570)
  • (Dir.), L'éternel retour : contre la démocratie, l'idéologie de la décadence, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994.
  • Aux origines d'Israël : entre nationalisme et socialisme, trad. de l'hébreu par Georges Bensimhon avec le concours de l'auteur, Paris, Fayard, 1996 ; Paris, Gallimard, « Folio Histoire », 2004.
  • (en) avec Shlomo Avineri (éd.), Reflections on Europe's century of discontent, confronting the legacies of Fascism, Nazism and Communism, Jerusalem, The Hebrew University Magnes press, « Hebrew university of Jerusalem, Institute for European studies », 2003.
  • Les Anti-Lumières : Une tradition du XVIIIe siècle à la Guerre froide, Fayard, « L'espace du politique », 2006; Gallimard, « Folio Histoire », (édition revue et augmentée), 2010.
  • Histoire et lumières : Changer le monde par la raison, Albin Michel,‎ 2014, 365 p. (ISBN 978-2226246318)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Brélaz, Un fascisme imaginaire, Éd. des antipodes, Genève, 2000, ISBN 2-88141-010-3

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Zeev Sternhell, interviewé par Cyrille Louis, « La France ne se juge pas à sa juste valeur », in Le Figaro, vendredi 3 janvier 2014, page 14.
  2. L'historien Sternhell blessé par un engin piégé à son domicile à Jérusalem, dépêche AFP du 25 septembre 2008, reprise par le Monde.fr.
  3. « L'historien israélien Zeev Sternhell visé par un attentat », Le Monde, 25 septembre 2008.
  4. Jack Teitel révèle les failles du système sécuritaire israélien, Rue89, 10 novembre 2009.
  5. Ego scriptor, Maurice Barrès et l'écriture de soi, Paris, Kimé, 1997. Postface, "De l'individualisme au nationalisme, réflexions sur la cohérence de l'oeuvre de Maurice Barrès", pp.185-200.
  6. Pierre Milza, Le Fascisme français, p. 116. 1.
  7. Stanley Payne, A History of Fascism, p. 291.
  8. George L. Mosse, La Révolution fasciste. Vers une théorie générale du fascisme, (recueil de textes de 1961-1996), Paris, Seuil, 2003, p. 27.
  9. Olivier Bosc, La Foule criminelle, Fayard, 2007, p. ?.
  10. Zeev Sternhell : un regard historique sous contrôle idéologique, Pierre-André Taguieff, lepoint.fr, 2 juin 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]