Langston Hughes

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Langston Hughes, photographié par Carl Van Vechten, 1936

Langston Hughes () est un poète, nouvelliste, dramaturge et éditorialiste américain du XXe siècle. Sa renommée est due en grande partie à son implication dans le mouvement culturel communément appelé Renaissance de Harlem qui a secoué Harlem dans les années 1920.

Biographie[modifier | modifier le code]

Langston Hughes bébé en 1902

De son vrai nom, James Mercer Langston Hughes, Langston Hughes naquit à Joplin dans le Missouri d'une mère professeur, Carrie Langston Hughes et de James Nathaniel Hughes. Après son divorce, le père de Langston émigra dans un premier temps à Cuba puis à Mexico en raison du racisme qu'il subissait aux États-Unis. Après la séparation de ses parents, le jeune Langston quitta le domicile familial pour aller vivre chez une de ses grand-mère, Mary Langston à Lawrence dans le Kansas. Mary insistera énormément auprès de Langston sur la fierté raciale du peuple noir. Après la mort de sa grand-mère, il ira vivre avec des amis de la famille, James et Mary Reed pendant deux ans. Cette période de la vie de Langston ne se révèle pas heureuse, bien qu'elle influencera considérablement le poète en devenir, en raison notamment d'une vie agitée. Plus tard, il rejoindra sa mère, qui s'est entre temps remariée, à Lincoln dans l'Illinois pour finalement s'installer à Cleveland dans l'Ohio où il suivra son enseignement secondaire.

Langston Hughes à Cleveland, Ohio à la fin des années 1910

.

À son école de Cleveland, Hughes participera au journal étudiant et écrira ses premières nouvelles, poésies et pièces de théâtre. C'est durant cette période qu'il découvrira son amour pour les livres. Parmi les références du jeune poète figurent le poète américain Paul Laurence Dunbar ou encore le poète d'origine suédoise Carl Sandburg. En 1919, Hughes ira rejoindre son père à Mexico pour une courte période caractérisée par des tensions entre les deux hommes qui amènera Langston à faire plusieurs tentatives de suicide. Après avoir terminé son enseignement secondaire en juin 1920, Langston retournera voir son père afin de convaincre celui-ci de financer ses études à l'Université Columbia. Or, les points de vue des deux hommes divergent: tandis que Langston se voit écrivain, James, le père, espère voir son fils suivre une carrière d'ingénieur. Malgré cela les deux hommes arrivent à se mettre d'accord et il est décidé que Langston étudiera à Columbia aussi longtemps qu'il poursuivra en parallèle des études d'ingénierie. Ses études à Columbia se révèleront relativement concluantes bien qu'il décidera en 1922 de quitter l'institution ayant subi entre autres le racisme de ses camarades de cours. Sorti de son université, Langston privilégiera les joies de la rue d'Harlem à sa scolarité.

Pour vivre, Langston cumule donc les petits boulots comme celui d'équipier sur le S.S Malone qui sillonnera durant l'année 1923 les côtes de l'Afrique occidentale et de l'Europe. Après un court séjour parisien, Hughes retournera à Washington où il rejoindra sa mère. De nouveau, Langston cumule les petits boulots avant de devenir l'assistant personnel du professeur Carter G. Woodson à l'Association Pour l'Étude de la Vie et l'Histoire du Peuple Afro-Américain ou "Association for the Study of African American Life and History". Non content des contraintes imposées par le professeur Woodson, Langston passera son temps à écrire. Il quittera finalement son emploi pour celui de serveur dans un hôtel où il fera la rencontre du poète Vachel Lindsay. Impressionné par les quelques poèmes que Langston veut bien lui montrer, Vachel souhaite les voir publier, bien que certains des poèmes de Hughes aient été déjà publiés dans divers magazines et son premier recueil en voie de finalisation.

Ses études à l'Université de Lincoln en Pennsylvanie qu'il débutera à la fin des années 1920 se voient sanctionnées en 1943 par l'obtention de l'équivalent américain du Doctorat en littérature. Grand voyageur, il multipliera aussi les expéditions à travers le monde bien que se sentant profondément harlémois dans son cœur.

Langston Hughes est mort à l'âge de 65 ans, le 22 mai 1967 à New York des suites d'un cancer de la prostate. Ses cendres ont été dispersées à proximité du Centre Arthur Schomberg pour la Recherche sur la Culture Noire situé à Harlem (véritable nom en anglais: "Arthur Schomberg Center for Research in Black Culture").

L'orientation sexuelle de Langston a longtemps été discutée entre des attirances bisexuelle ou homosexuelle mais il est communément admis aujourd'hui parmi ses biographes que certains de ses poèmes révèlent une attirance pour les hommes.

Carrière[modifier | modifier le code]

Effectuant ses débuts d'écrivain en tant que journaliste pour le journal officiel du NAACP, The Crisis, Langston fait publier en 1926 son premier recueil de poèmes The Weary Blues dont est extrait l'un de ses poèmes les plus célèbres : The Negro Speaks Rivers ou Le Nègre parle des fleuves dont voici une traduction libre:

J'ai connu des fleuves:
J'ai connu des fleuves anciens comme le monde et plus vieux
que le flux du sang humain dans les veines humaines.
Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves..
Je me suis baigné dans l'Euphrate quand les aubes étaient neuves.
J'ai bâti ma hutte près du Congo et il a bercé mon sommeil.
J'ai contemplé le Nil et au-dessus j'ai construit les pyramides.
J'ai entendu le chant du Mississippi quand Abe Lincoln descendit
à la Nouvelle-Orléans, et j'ai vu ses nappes boueuses transfigurées
en or au soleil couchant.
J'ai connu des fleuves:
Fleuves anciens et ténébreux.
Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves..

Acteur majeur du mouvement culturel de l'Harlem Renaissance qui verra émerger toute une série d'artistes noirs, il écrira en 1926 dans l'hebdomadaire politique américain The Nation le texte The Negro Artist and the Racial Mountain que beaucoup considèrent comme le manifeste de l'engagement artistique noir. Traduction libre:

Les jeunes artistes Nègres créent aujourd'hui dans le but de s'exprimer
notre propre peau noire, à notre manière, sans peur, ni honte
Si les blancs sont satisfaits, nous sommes ravis. S'ils ne le sont pas
ça n'a pas d'importance. Nous savons que nous sommes beaux. Et laids à la fois.
Le tom-tom pleure, et le tom-tom rit. Si les gens de couleurs
sont satisfaits, nous sommes ravis. S'ils ne le sont pas, leur mécontentement
importe peu non plus. Nous construisons nos temples pour demain,
forts comme nous savons comment, et nous sommes devant la montagne
libres à l'intérieur de nous.

Langston dépeint dans ses œuvres de la vie des prolétaires noirs partagée entre joies, désillusions, espoir, etc. le tout teinté de jazz et de blues. Ainsi Hughes dira plus tard: "J'ai cherché à comprendre et à décrire la vie des noirs aux États-Unis et d'une manière éloignée, celle de tout humain". Par son travail, Hughes a cherché à montrer l'importante d'une "conscience noire" et d'un nationalisme culturel qui unit les hommes plutôt que les oppose. Cette fierté a par la suite été reprise par de nombreux hommes de lettres comme Jacques Roumain, Nicolás Guillén, Léopold Sédar Senghor ou encore Aimé Césaire.

Langston Hughes, photographié par Gordon Parks, 1943, Library of Congress

Après la publication de multiples recueils de poésies, de pièces de théâtre, d'essais ou encore de scénarios pour le cinéma, Hughes entreprend la rédaction de deux autobiographies sur les encouragements de ses amis: The Big Sea qui sera traduit en français sous le titre Les Grandes Profondeurs par les éditions Pierre Seghers en 1947 et I Wonder as I Wander, celui-là non traduit.

Dans les années 1950-1960, la popularité de Hughes parmi les auteurs Afro-Américains a décliné en même temps que celle-ci s'est accrue à travers le monde. Il lui a été reproché de n'avoir pas modernisé son discours de la "fierté noire" par rapport à l'évolution de la condition des noirs aux États-Unis qui s'est améliorée à cette période. Néanmoins il reste un modèle pour bons nombre d'écrivains.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Recueils de poésies[modifier | modifier le code]

  • The Weary Blues. Knopf, 1926
  • Fine Clothes to the Jew. Knopf, 1927
  • The Negro Mother and Other Dramatic Recitations, 1931
  • Dear Lovely Death, 1931
  • The Dream Keeper and Other Poems. Knopf, 1932
  • Scottsboro Limited: Four Poems and a Play. N.Y.: Golden Stair Press, 1932
  • Let America be America Again, 1935
  • Shakespeare in Harlem. Knopf, 1942
  • Freedom's Plow. 1943
  • Fields of Wonder. Knopf,1947
  • One-Way Ticket. 1949
  • Montage of a Dream Deferred. Holt, 1951
  • Selected Poems of Langston Hughes. Knopf, 1959
  • Ask Your Mama. Hill & Wang, 1961
  • The Panther and the Lash: Poems of Our Times, 1967
  • The Collected Poems of Langston Hughes. Knopf, 1994

Romans et recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Not Without Laughter, Knopf, 1930
  • Popo and Fifina, avec Arna Bontemps, 1932
  • The Ways of White Folks. Knopf, 1934 (parution française: Histoires de Blancs - éditions de Minuit, 1946)
  • Simple Speaks His Mind. 1950
  • Laughing to Keep from Crying, Holt, 1952
  • Simple Takes a Wife. 1953
  • Sweet Flypaper of Life, photographies par Roy DeCarava, 1955
  • Simple Stakes a Claim. 1957
  • The Best of Simple. 1961 (trad. française: L'Ingénu de Harlem - éd: La Découverte, 2003)
  • Simple's Uncle Sam. 1965
  • Something in Common and Other Stories. Hill & Wang, 1963
  • Short Stories of Langston Hughes. Hill & Wang, 1996

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

Les deux volumes autobiographiques de Langston Hughes
  • The Big Sea, New York: Knopf, 1940 (trad. française : Les Grandes Profondeurs, Pierre Seghers, 1947)
  • Famous American Negroes. 1954
  • I Wonder as I Wander. New York: Rinehart & Co., 1956
  • A Pictorial History of the Negro in America, with Milton Meltzer. 1956
  • Famous Negro Heroes of America. 1958
  • Fight for Freedom: The Story of the NAACP. 1962

Pièces de théâtres majeures[modifier | modifier le code]

  • Mule Bone, avec Zora Neale Hurston, 1931
  • Mulatto. 1935 (renommé The Barrier en 1950)
  • Troubled Island, avec William Grant Still, 1936
  • Little Ham. 1936
  • Emperor of Haiti. 1936
  • Don't You Want to be Free. 1938
  • Street Scene, contributed lyrics. 1947
  • Simply Heavenly. 1957
  • Black Nativity. 1961
  • Five Plays by Langston Hughes. Bloomington: Indiana University Press, 1963
  • Jericho-Jim Crow. 1964

Compilations d'œuvres de Hughes[modifier | modifier le code]

  • The Collected Works of Langston Hughes. Missouri: University of Missouri Press, 2001.
  • The Langston Hughes Reader. New York: Braziller, 1958.
  • Good Morning Revolution: Uncollected Social Protest Writings by Langston Hughes. Lawrence Hill, 1973.
  • Arna Bontemps-Langston Hughes Letters, 1925-1967. Charles H. Nichols. Dodd, Mead, & Co. 1980
  • Remember Me to Harlem: The Letters of Langston Hughes and Carl Van Vechten. by Emily Bernard. Knopf 2001
  • Langston Hughes: Before and Beyond Harlem. Faith Berry.Citadel Press 1983, 1992
  • The Life of Langston Hughes. Vol.1 1902-1941 I, Too, Sing America. Arnold Rampersad.New York: Oxford University Press, 1986
  • The Life of Langston Hughes. Vol.2 1941-1967 I dream a world. Arnold Rampersad.New York: Oxford University Press, 1988
  • Encyclopedia of The Harlem Renaissance. Sandra West Aberjhani.Checkmark Books 2003

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Berry, Faith (1983.1992,). Langston Hughes: Before and Beyond Harlem. In On the Cross of the South, p.150; & Zero Hour, p.185-186. Citadel Press ISBN 0-517-14769-6
  • (en) Hutson, Jean Blackwell; & Nelson, Jill (February 1992). "Remembering Langston". Essence magazine, p.96.
  • (en) Joyce, Joyce A. (2004). A Historical Guide to Langston Hughes. In Steven C. Tracy (Ed.), Hughes and Twentieth-Century Genderracial Issues, p.136. Oxford University Press ISBN 0-19-514434-1
  • (en) Rampersad, Arnold (1988). The Life of Langston Hughes Volume 2: I Dream A World. In Ask Your Mama!, p.336. Oxford University Press ISBN 0-19-514643-3
  • (en) Schwarz, Christa A.B. (2003). Gay Voices of the Harlem Renaissance. In Langston Hughes: A "true 'people's poet",pp.68-88.Indiana University Press ISBN 0-253-21607-9
  • (en) West, Sandra L. (2003). Encyclopedia of the Harlem Renaissance. In Aberjhani & Sandra West (Ed.), Langston Hughes, p.162. Checkmark Press ISBN 0-8160-4540-2

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