Architecture islamique

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Entrée d'une mosquée, peinture orientaliste de 1882 par Valery Jacobi.

On nomme architecture islamique l'art de construire (al-bina) développé dans une région s'étendant de l'Espagne à l'Inde entre 622 et le XIXe siècle, le dar-al-islam, correspondant au Califat Omeyyade.

Techniques d'architecture[modifier | modifier le code]

Matériaux[modifier | modifier le code]

Le choix d'un matériau dépend de beaucoup de facteurs : la région où l'édifice est construit, l'accessibilité du matériau, son coût, sa destination...

Il existe cinq types de matériaux utilisés dans la construction en Islam, sans compter le bois que l'on retrouve partout, et notamment dans les charpentes.

  • le pisé (tabya) : il s'agit d'un mélange de terre, de chaux et de chamotte (argile cuite pilée) ou de petits cailloux. Pressé entre deux planches de bois (encaissement), ce matériau est utilisé principalement pour les habitations.
  • le banco mélange de terre crue et de paille, la Mosquée Djingareyber de Tombouctou est en banco.
  • la brique crue (tawb) : elle a l'avantage d'être facile à trouver et à utiliser, et peu coûteuse. Son grand défaut réside dans sa très mauvaise conservation : l'eau lui est fatale.
  • la brique cuite (adjurr) : très utilisée depuis l'Irak jusqu'à l'Inde, elle fut également le matériau de prédilection en Égypte jusqu'aux XIIe et XIIIe siècless. Elle est usitée pour tous types de monuments, des plus simples aux plus importants (mosquées, madrasas, tombeaux...). Peu chère, elle se conserve bien.
  • le moellon : il se constitue de pierres mal aguerries qui tiennent grâce à un mortier de chaux et de sable, auquel ont parfois été ajoutés du charbon et de la chamotte.
  • la pierre : elle est en usage depuis l'Espagne jusqu'à l'Irak. La nature des pierres utilisées varie selon les régions. En général, les marbres sont utilisés pour leurs propriétés décoratives (couleurs).

Éléments architecturaux[modifier | modifier le code]

Arcs[modifier | modifier le code]

Les arcs sont un élément majeur dans l'architecture islamique tout comme dans l'architecture occidentale. Certains sont courants en orient comme en occident : arc en plein cintre, arc brisé, mais d'autres sont plus spécifiques au monde islamique, comme l'arc persan, au profil caréné, l'arc polylobé, l'arc à lambrequins ou encore l'arc outrepassé (souvent dit "en fer à cheval"), tous trois très employés en Espagne et au Maghreb.

Supports[modifier | modifier le code]

Les architectes islamiques utilisent deux types de supports : les piliers et les colonnes.

  • La colonne est un support cylindrique. Dans les premiers siècles de l'Islam, les colonnes utilisées proviennent souvent de remplois de bâtiments antiques, mais au bout d'un certain temps, les matériaux antiques se faisant rares, les ouvriers islamiques apprirent à en tailler eux-mêmes.
  • Un pilier est un élément maçonné, le plus souvent carré, rectangulaire ou cruciforme.

Coupoles[modifier | modifier le code]

Coupole du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan (IXe siècle).

Une coupole est un mode de couvrement hémisphérique, qui repose sur une zone de transition octogonale (le plus souvent) elle-même posée sur quatre piliers. La zone de transition est le grand problème des architectes islamiques. Ils peuvent se servir de pendentifs, c’est-à-dire de triangles convexes posés sur la pointe, comme dans le monde byzantin, ou de trompes, à savoir des petites niches, ce qui proviendrait du monde iranien.

Les nervures et les muqarnas qui remplissent souvent les coupoles dans le monde islamique n'ont en général pas de véritable fonction architectonique.

On appelle dôme l'extérieur d'une coupole. À partir du XVe siècle, les coupoles sont très souvent doubles, c’est-à-dire qu'il existe un espace plus ou moins important entre la coque interne et la coque externe. Cette technique permet de réaliser des monuments plus hauts.

L'une des plus anciennes et des plus remarquables coupoles sur trompes du monde musulman, est la coupole élevée au-dessus du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie[1] ; cette coupole, datée de la première moitié du IXe siècle (vers 836), comprend extérieurement une calotte hémisphérique côtelée reposant sur un tambour octogonal aux faces légèrement concaves qui se dresse sur une base carrée ornée de niches[2]. Intérieurement, la calotte hémisphérique est ornée de 24 cannelures concaves rayonnant autour de la clef de la coupole[1].

Iwans[modifier | modifier le code]

Les iwans sont nés dans le monde iraniens bien avant l'arrivée de l'Islam, sans doute sous la dynastie sassanide. Il s'agit d'un hall voûté (ou d'un vaste porche voûté) avec une façade rectangulaire ouverte par un grand arc[3].

Pishtak[modifier | modifier le code]

Le pishtak est également un élément provenant d'Iran. Il s'agit d'un portail en forme d'arc qui fait saillie sur la façade où il se trouve. En général, il est cantonné de deux minarets, mais ce n'est pas systématique[3].

Moucharabiehs et fenêtres à jalousie[modifier | modifier le code]

La fermeture des fenêtres et autres ouvertures est un élément traité de différentes manières dans le monde islamique. Les moucharabiehs, des sortes de grillages en bois tourné (ou d'autres matériaux, par exemple le marbre en Inde) sont fréquemment utilisés. Parfois, des barrières de moucharabiehs sont même créées, comme dans les complexes et les mosquées mameloukes.

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Éléments décoratifs[modifier | modifier le code]

Il existe mille et une manières de décorer un bâtiment en terres d'Islam. La céramique, la sculpture, la peinture, la mosaïque sont quelques unes des techniques les plus couramment utilisées. Certains éléments architecturaux ont également une vocation ornementale.

Contrairement à une idée très répandue, le décor architectural, comme l'art islamique en général, est souvent figuratif. Une exception importante, cependant, concerne les édifices à vocation religieuse, qui ne peuvent théoriquement comporter de représentations humaines ni animales.

Éléments architecturaux à vocation décorative[modifier | modifier le code]

Grande mosquée de Cordoue, vue intérieure.

Évidemment, le décor d'un bâtiment passe tout d'abord par les composants de son architecture. Matériaux, arcs, supports, coupoles sont autant de médiums de décor : ce n'est pas pour rien que la Grande mosquée de Cordoue comporte des colonnes de marbre bleu et blanc, des arcs à claveaux de couleurs alternées parfois polylobés, et des moulures dans ses coupoles ! Dans la conception d'un édifice, l'architecte prend au moins autant en compte les données purement architecturales que les données ayant trait au décor.

Voûte remplie de muqarnas, palais nasrides de l'Alhambra de Grenade.

Un élément assez caractéristique du monde islamique illustre l'importance des éléments architecturaux à vocation décorative : le muqarnas, également appelé "muqarbas" dans les pays d'occident musulmans ou plus simplement "stalactite". Il s'agit en fait de petites niches associées géométriquement et formant une composition en trois dimensions[4]. On les trouve fréquemment dans les coupoles et les zones de transition, mais aussi sur certains chapiteaux, dans des voûtes, etc. Cet élément a une origine obscure : on pense souvent qu'il serait né en Iran oriental vers le Xe siècle, mais d'autres hypothèses circulent (Égypte, occident, Bagdad...). Quoi qu'il en soit, il est répandu dans l'ensemble du monde islamique, et les splendides voûtes à muqarnas de l'Alhambra de Grenade n'ont rien à envier à celles des Timurides. Plusieurs matériaux sont utilisés pour les créer, selon les régions et les périodes : stuc et faïence en Iran, pierre en Égypte et en Syrie.

L'ablaq est également une technique islamique, principalement répandue en Syrie et en Égypte, mais qui se retrouve également parfois en Anatolie. Elle consiste en l'incrustation de pierres de couleurs différentes (marbre le plus souvent) dans le mur[5]. Le chef d'œuvre de cette technique est le mihrab de la madrasa Firdaws, à Alep, qui date de la période ayyubide, mais les mamelouks utilisèrent également cette technique de manière expansive.

Mosaïque[modifier | modifier le code]

Mosaïque de la Grande mosquée de Damas, vers 715.
Mosaïque du Khorbat al-Mafjar, VIIIe siècle.

La mosaïque est utilisée à plusieurs époques : Califat des Omeyyades, califat des Omeyyades d'Espagne, califat des Abbassides, sultanat mamelouk. Dans les trois premiers cas, on note une forte influence antique et byzantine (mosaïque à fond d'or). On sait d'ailleurs que des artistes byzantins ont travaillé dans le monde islamique à ses débuts. Pour les mosaïques mameloukes, le cas est un peu différent, car il s'agissait cette fois d'un retour aux sources. Elles sont donc fortement influencées par les mosaïques à fond d'or du Dôme du Rocher et de la Grande mosquée des Omeyyades de Damas.

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Terre cuite[modifier | modifier le code]

La terre cuite est extrêmement utilisée pour décorer tous types de bâtiments, dans le monde iranien notamment, mais également dans tout le reste du mode islamique. On peut utiliser deux types d'éléments : des éléments structurels, c’est-à-dire des briques, glaçurées ou décorées de quelque manière que ce soit, et des éléments purement décoratifs, à savoir des carreaux de revêtement en céramique.

Les principales techniques utilisées sont les suivantes :

avec des briques
  • Les jeux sur des motifs dans les briques non-glaçurées, comme par exemple au Bab Mardum, à Tolède ;
  • Le hazerbaf, qui signifie "mille tissages" en persan : un travail sur le contraste entre brique glaçurées et non-glaçurées. Cette technique est principalement utilisée dans l'architecture il-khanide et timuride. Parfois, les briques dessinent des mots en calligraphie kufique (répétition du nom d'Allah, par exemple).
avec de la céramique décorative
  • Les carreaux de revêtement. Selon l'époque, ils peuvent être en forme d'étoile, de triangles, d'octogones qui s'imbriquent ou plus sagement carrés, formant des panneaux. Les techniques de décor sont variées : carreaux moulés sous glaçure monochrome, lajvardina, cuerda seca, etc.
Panneau en cuerda seca, provenant du Chehel Sutun, époque safavide.
  • La mosaïque de céramique est assez spécifique à l'art timuride. Il s'agit en fait de formes découpées dans des carreaux de céramiques de couleurs diverses. Cette technique, extrêmement délicate, sera remplacée sous les Safavides par celle de la cuerda seca, moins complexe et moins coûteuse, mais qui permet des effets assez similaires.

Typologie des bâtiments[modifier | modifier le code]

Les fonctions d'un bâtiment peuvent être multiples (mosquée et madrasa, par exemple). Il arrive souvent que des archéologues ne soient pas en mesure d'identifier exactement le bâtiment auquel ils ont affaire, car des plans identiques peuvent être utilisés pour différents types d'édifices.

Architecture religieuse[modifier | modifier le code]

La mosquée et les lieux de culte[modifier | modifier le code]

La mosquée est le lieu de prière (salat en arabe) pour les musulmans. Selon le Coran, la prière doit se faire n'importe où, car tout endroit est saint puisqu'il a été créé par Allah. Le Prophète lui-même tenait l'architecture pour coûteuse et inutile : un comble, quand on pense aux milliers de réalisations architecturales du monde islamique ! Très rapidement, en effet, se sont développés des lieux où les musulmans se rassemblaient pour prier. Ces édifices servaient non seulement à rassembler une communauté minoritaire (le monde islamique n'est devenu à majorité musulmane qu'au cours du XIIIe siècle) en mal de repères, mais aussi à marquer les lieux dominés par l'Islam.

En arabe, mosquée se dit « masjid », du mot sajada, se prosterner.

Types de mosquées et de lieux de cultes s'en rapprochant

Il existe différents types de mosquées. La plus simple est la mosquée de quartier, qui permet aux croyants de venir prier quand bon leur semble.

Plus importante est la mosquée majeur, dite aussi mosquée congrégationnelle ou Grande mosquée ( masjid el kabirr ), Comme son nom l'indique, elle sert principalement pour la grande prière du vendredi, le jour saint des musulmans. Il n'en existe souvent qu'une pour les petites agglomérations, la ville du Caire, par exemple, en comporte une dizaine.

Enfin, la musalla est un lieu de prière en plein air, généralement situé en dehors des villes, qui sert lors des grandes fêtes religieuses.

Éléments constitutifs d'une mosquée
Salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan.
  • L'enceinte : la mosquée est toujours séparée du monde extérieur par une enceinte. Parfois, elle jouit même d'une ziyada, c’est-à-dire d'un espace vide clos par deux enceintes qui entoure la mosquée et sert pour la purification du croyant.
  • La salle de prière ou Haram : c'est le lieu où les musulmans prient. Le sol est toujours recouvert de tapis afin de conserver le lieu purifié.
  • La fontaine : indispensable dans une mosquée, elle permet au croyant de pratiquer ses ablutions rituelles avant la prière.
  • Le minaret : haute tour, d'où le muezzin lance l'appel à la prière. Le minaret sert à marquer l'emplacement d'un sanctuaire, car on le voit de loin, tout en permettant, surtout de porter la voix bien au delà des habitations environnantes, appel faisant. Sa forme varie selon les régions et les époques.
  • Le mihrab : élément le plus important du bâtiment, car il indique la Qibla, la direction de la Mecque, vers laquelle prient les musulmans. Le mihrab prend place sur le mur qibli. Le mihrab a en général la forme d'une niche plus ou moins profonde et plus ou moins grande. Il peut en exister plusieurs dans une même mosquée, dès lors ou elles demeurent dans la même direction, ( Qibla )
  • Le minbar : chaire à prêcher. En bois ou en tout autre matériau (pierre, marbre par exemple), il se situe toujours juste à côté du mihrab. Le plus ancien minbar du monde musulman, daté du IXe siècle (vers 862) et réalisé en bois de teck finement sculpté, se trouve dans la Grande Mosquée de Kairouan (à Kairouan en Tunisie)[6].
  • La dikka : tribune qui permet de répercuter dans la salle de prière le sermon du muezzin. On n'en trouve que dans les grandes mosquées.
  • La Maqsura : il s'agit d'un endroit clos situé près du mihrab, réservé au souverain pour le protéger des attaques. La maqsura n'est pas présente dans toutes les mosquées, car elle s'oppose à l'idéal d'égalité de la religion musulmane.
Les différents plans de mosquées
Exemple de plan arabe : la Grande Mosquée de Kairouan, Tunisie, vue d'ensemble.
  • Plan arabe

C'est le premier plan conçu. Il se base sur un modèle plus ou moins mythique : la maison de Mahomet à Médine, qui serait actuellement située sous la grande mosquée de Médine. Le plan arabe, ou plan hypostyle, se compose d'une cour à portique et d'une salle de prière à colonnes, les nefs étant dirigées parallèlement ou perpendiculairement (pour le Maghreb et certaines exceptions) à la qibla. On le trouve dans tout le monde islamique, depuis la Syrie (Grande mosquée des Omeyyades de Damas, par exemple) jusqu'au Maghreb (exemple la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie, dont l'état actuel date principalement du IXe siècle), à l'Espagne et à l'Irak.

  • Plan iranien

Comme son nom l'indique, ce plan se retrouve quasiment exclusivement dans le Grand Iran, c’est-à-dire dans une région comprenant l'Iran, une partie de l'Afghanistan et du Pakistan et une partie de l'Irak. Cependant, c'est aussi le plan utilisé en Inde avant la dynastie moghole et dans l'actuel territoire de l'Ouzbékistan sous la dynastie des Chaybanides. Il apparaît au Xe siècle avec la dynastie seldjoukide et se caractérise par l'emploi d'iwans, d'un pishtak et une salle de prière sous coupole. Un iwan est une salle voûtée ouverte sur un côté par un grand arc inclus dans une encadrement rectangulaire. Généralement, les cours des mosquées en comportent quatre disposés en croix. Un pishtak est un portail formant une avancée, souvent surmonté de deux minarets et ouvert par un grand arc. La mosquée du Shah à Ispahan est l'un des plus beaux exemples connus de plan iraniens.

Exemple de plan moghol : Mosquée de Badshahi, Pakistan, vue de la cour.
Exemple de plan ottoman : Yeni Cami, Istanbul.
  • Plan Moghol

Ce plan se trouve exclusivement en Inde à partir du XVIe siècle, et est influencé par le plan Iranien. Il se caractérise par une immense cour à quatre iwans, dont un ouvre sur une salle de prière étroite et rectangulaire, couronnée par trois ou cinq coupoles bulbeuses. Les grandes mosquées de Delhi et de Bîdâr utilisent ce type de plan.

  • Plan Ottoman

Ce plan se trouve en Turquie (actuelle) principalement, et fut mis au point après la prise de Constantinople en 1453 par l'architecte Sinan ; cependant, on en trouve des prémices depuis le XIIIe siècle dans le premier art ottoman. Il se compose d'une salle de prière sous une immense coupole cantonnée de demi-coupoles et de coupolettes. Souvent, les mosquées de type Ottoman font partie de grands complexes. On peut déceler une influence Byzantine (de Sainte-Sophie notamment).

La madrasa[modifier | modifier le code]

Une madrasa est généralement considérée comme une école coranique, cependant, c'est principalement un lieu où l'on étudie le droit. Certes, celui-ci est basé sur la Charia, la loi islamique telle qu'expliquée dans le Coran, mais dans le monde islamique, il faut se rendre compte que le Coran régit la plupart des aspects de la vie quotidienne. Les madrasas enseigne un ou plusieurs des quatre rites orthodoxes (hanafite, chaféite, malékite et hanbalite), qui correspondent à quatre écoles de droit, légèrement différentes sur certains aspects canonique et traditionnel. De plus, on enseigne également dans les madrasas la philologie, la linguistique arabe, la science (sauf la médecine, qui est enseignée dans des écoles spécialisées). Souvent, la madrasa sert de mosquée de quartier, et vice versa. Elles sont toujours administrées en waqf (fondation pieuse).

Origine

Le concept de la madrasa naît en Iran au XIe siècle, grâce au célèbre vizir Nizam al-Mulk, bien que l'on ne connaisse actuellement aucune de ses « nizamiyya ». Par contre, on retrouve cette origine iranienne dans l'unité architecturale qui caractérise les madrasas : le plan cruciforme, à quatre iwans, semble en être un marqueur.

Développements

Mis à part en Iran, on trouve des madrasas en Anatolie sous les Seldjoukides puis sous les Ottomans, en Syrie et en Égypte sous les Ayyoubides et les Mamelouks, et au Maghreb à partir des Mérinides.

Les madrasas anatoliennes de la période seldjoukide se caractérisent par leur matériau, la pierre et par leur cour étroite, voire inexistante en raison du climat froid de la région. Le portail est généralement prétexte à une débauche de décor sculpté. La tradition de la madrasa se poursuit en Anatolie aux XIVe et XVe siècles, puis sous les Ottomans, ces édifices sont intégrés à d'immenses complexes.

Les Ayyubides fondèrent de nombreuses madrasas pour extirper le Chi’isme après la disparition des Fatimides en Égypte. Salah al-Din notamment, en fit construire de nombreuses au Caire et en Syrie, comme la madrasa Firdaws à Alep (1243). On trouve peut-être encore des influences anatoliennes dans ces bâtiments.

C'est sans doute à l'époque mamelouke que naquit le concept d'un iwan par rite, comme cela est expliqué dans l'acte de waqf du complexe de Sultan Hasan. À cette époque, les madrasas étaient bien évidemment liées aux grands complexes sultaniens et émiraux. C'est dans celui de Qala'un que se trouve la première madrasa mamluke bien conservée, mais celle du complexe de sultan Hasan est sans doute la plus belle.

À Ispahan se trouve la plus ancienne madrasa conservée, la Shah-i Mashhad datée de 1175. On en connaît de nombreuses dans tout le grand Iran et en Inde, jusqu'au XVIIe siècle au moins. Dans ces régions particulièrement troublées, elles servaient mieux qu'ailleurs à diffuser les diverses propagandes. On en connaît aussi bien des Sunnites que des Chi'ites.

L'apparition de la madrasa au Maghreb est tardive (pas avant la dynastie Mérinide), et a lieu dans un contexte de soufisme vivace. De rite principalement malikite, ces établissements servent principalement à étendre les Sufismes à des populations nomades souvent encore non islamisées. On en trouve de nombreux exemples magnifiques à Fez, comme la madrasa Attarin, ou encore la madrasa Bu' Inaniyya.

En Espagne, l'enseignement avait lieu principalement dans les mosquées. On ne connaît donc qu'une seule madrasa dans cette région, qui dénote d'une importante influence mérinide : la Madrasa Yusuf Ier à Grenade, décorée de magnifiques stucs peints.

Les lieux de retraite[modifier | modifier le code]

Il existe trois grands types de lieux de retraites : les Ribat, les Khanqah et les Zawiya.

Ribat

Un ribat est un édifice à la fois religieux et militaire, construit généralement dans une zone frontalière ou sur un axe de communication important (littoral, route). Il abrite des militaires tournés vers la foi, c'est-à-dire combattant essentiellement pour le Jihad, la guerre sainte. Il contient généralement une mosquée, et peut servir d'hôtellerie, notamment pour accueillir un gouverneur ou un dirigeant, mais il s'agit surtout d'une place forte, d'un endroit fortifié. Les variations architecturales sont très grandes, en fonction des époques et des régions. Le ribat de Sousse est l'un des plus connus et des plus anciens.

Khanqah ou Khanaqa

Une khanqah est le lieu de vie de mystiques musulmans, mais aussi un lieu de retraite temporaire pour des personnages « civils ». Elle peut se trouver en ville ou en rase campagne, selon l'ordre qui y vit, et comporte généralement une ou plusieurs mosquées et des cellules. Elle peut également abriter une école et sert souvent de lieu funéraire pour son fondateur.

Zawiya

Une zawiya, comme une khanqah, est un bâtiment abritant des sufis et un tombeau (celui du fondateur, en général). Elle diffère de la khanqah par sa taille, plus imposante, et le rôle d'enseignement qui lui est dévolu.

Architecture funéraire[modifier | modifier le code]

La necropole de Shah-i Zindah, à Samarcande, en Ouzbékistan.

Dans le monde islamique, les musulmans sont normalement enterrés à même le sol, dans un linceul, sans cercueil ni tombe. Cependant, rapidement se sont développés plusieurs types d'architecture funéraires pour les hauts personnages et surtout pour les saints. Cette architecture est née dans l'est de l'aire islamisée, c'est-à-dire en Iran, où de nombreuses religions étaient pratiquées et traitaient leurs défunts de manières différentes, et où le chiisme dominait. De par sa dimension martyriale, le chiisme a favorisé l'apparition de mausolées, qui servent de lieu de prière et d'invocations de saints, comme c'est par exemple le cas à Mashhad avec le tombeau de l'imam Reza. Les tombeaux de saints sont appelés imamzadeh.

Deux formes émergent en particulier : le mausolée sous coupole et la tour funéraire, mais la typologie varie d'un lieu et d'une période à l'autre.

Mausolées sous coupole[modifier | modifier le code]

Le Gour Emir à Samarcande

Un mausolée sous coupole est, comme son nom l'indique, un bâtiment de base polygonale surmonté d'un dôme. Ce type existe depuis au moins le Xe siècle, comme en témoigne le mausolée des Samanides à Boukhara (actuel Ouzbékistan). Les formes les plus diverses existent : carré, octogonal, circulaire, sur arcades, etc. et les tailles varient beaucoup. Ainsi, le mausolée des Samanides ne mesure que quelques mètres de large, mais le mausolée d'Oldjaïtou à Sultaniya est un énorme octogone de plus de 38 mètres de diamètre et haut de 77 mètres environ[7] ! Le mausolée de Tamerlan le Gour Emir à Samarcande se distingue par sa faïence bleue à reflets métalliques.

Tours funéraires[modifier | modifier le code]

Il semble que le type de la tour funéraire dérive de rites zoroastriens : les cadavres étaient exposés au sommet de hautes tours. Ainsi, le Gonbad-e Qabus, l'une des premières tours funéraires (1007) se rattache encore à cette tradition, même si son commanditaire était musulman. Plus tard, les chambres funéraires furent placées sous la tour, dans une crypte, puis à sa base. Comme les mausolées sous coupoles, les tours peuvent prendre différentes formes : polygonales, étoilés, circulaires, etc. Souvent, le plan intérieur est simplifié par rapport à l'extérieur : ainsi, le visiteur voit une tour étoilée, mais entre dans une pièce circulaire.

Si le type de la tour funéraire est resté assez persan, celui de la pièce sous coupole s'est bien répandu dans le monde arabe, et se retrouve en Égypte comme en Anatolie. Il est fréquent dans ces régions comme en Perse à partir des Il-khanides que le tombeau fasse partie d'un complexe funéraire.

Complexes[modifier | modifier le code]

Les complexes sont des regroupements de plusieurs bâtiments. On trouve généralement dans un complexe une mosquée et/ou une ou plusieurs madrasas, le tombeau du fondateur et de sa famille et des institutions à caractère charitable (soupes populaires, hospices) et/ou médical (maristan, asile, école de médecine). Un complexe est généralement administré en waqf, c’est-à-dire que les revenus de boutiques et de logements loués lui sont versés pour son fonctionnement. Ces boutiques et ces logements peuvent ou non se trouver dans le complexe lui-même. Il arrive également que des ateliers d'artistes s'y trouvent, notamment pour les fondations sultaniennes.

Les mamelouks ont construit nombre de complexes, mais les plus impressionnants sont dus aux Ottomans.

Architecture civile et palatiale[modifier | modifier le code]

Les architectures arabes sont encore présentes en Espagne.

Les palais[modifier | modifier le code]

Contrairement à leurs homologues occidentaux, les palais en terre d'Islam se présentent sous la forme de petites entités dispersées, souvent dans des jardins qui structurent l'espace. Plusieurs éléments se trouvent presque systématiquement dans les palais islamiques : la salle d'audience (Diwan, qui est aussi le nom du conseil des ministres), le harem, qui ne constitue pas un lieu réservé aux femmes, mais tout simplement les appartements privés de l'habitant, et enfin des pavillons de plaisance.

Les murs de l'Alhambra, à Grenade, enserrent plusieurs palais. De même, on en trouve un particulièrement célèbre à Istanbul, le Topkapı Sarayı et au Caire, il en subsiste également quelques-uns d'époque mamelouke. Cependant, la plupart des palais anciens ont été détruits, par des conquérants désireux d'effacer les traces des dynasties précédentes, ou par le temps, quand ils étaient bâtis en matériaux périssables tels la brique crue et le bois.

Habitations[modifier | modifier le code]

Maristan et structures médicales[modifier | modifier le code]

Un maristan (ou bimaristan) est un hôpital. Presque toujours administré en waqf, il appartient souvent à un complexe, étant donné sa vocation charitable. En effet, un maristan se doit d'accueillir tout musulman (et toute musulmane) et de lui offrir des soins gratuits. Ce qui ne signifie pas, bien au contraire, que le personnel est sous-qualifié : certains des plus grands médecins y travaillaient. Ainsi, al-Razi, dont le traité sur la variole et la rougeole fut utilisé en occident comme en Orient jusqu'au XIXe siècle, travailla de nombreuses années à diriger le maristan de Bagdad au Xe siècle.

Les principales caractéristiques architecturales de telles structures sont un nombre important de pièces et une attention particulière donnée à l'eau, au travers de fontaines, bassin, canaux…

Des maristans étaient présents dans toutes les grandes villes, depuis Grenade jusqu'à Mashhad, et souvent couplés avec une école de médecine. Les asiles d'aliénés étaient également nombreux, tout comme les imarets (soupes populaires).

Le bâtiment le mieux conservé à l'heure actuelle est sans doute le maristan de Nur al-Din à Alep, et le plus remarquable, celui du complexe funéraire de Qala'un, malheureusement en mauvais état, mais dont les sculptures de stuc subsistantes prouvent la magnificence. Long de près de 70 mètres, il couvrait une surface immense, et s'organisait autour d'une cour à quatre iwans inégaux. Dans cette cour, une fontaine coulait dont partaient quatre canaux qui alimentaient certaines pièces.

Structures d'hygiène[modifier | modifier le code]

Deux sortes de bâtiments contribuent à améliorer l'hygiène des villes : le sabil et le hammam.

  • Un sabil est une fontaine publique, dont chacun peut puiser gratuitement l'eau. Généralement construite grâce aux dons des puissants, on en trouve beaucoup dans les villes. À partir de la fin de la période Mamelouke (règne de Qaytbay), le sabil est associé à un quttab, une école élémentaire, qui se situe généralement au-dessus.
  • Les hammams sont des bains, organisés la plupart du temps sur le modèle des bains romains (salles froide, tiède et chaude). Ils prennent une place prépondérante dans le monde islamique, où la propreté du corps est considérée comme essentielle.

Structures de commerce[modifier | modifier le code]

Caravansérails

Un caravansérail est un bâtiment qui accueille les marchands et les pèlerins le long des routes et dans les villes. Selon les endroits, le nom change : dans le monde iranien, il s'appellera plutôt khan alors qu'au Maghreb, c'est le mot funduq qui est le plus couramment employé. Un caravansérail est toujours fortifié, et comporte à la fois des écuries (ou des enclos) pour les montures et les bêtes de somme, des magasins pour les marchandises et des chambres pour les gens de passage. Il est fréquent que les magasins se trouvent au rez-de-chaussée et les chambres au premier étage.

Les wakala sont des édifices urbains où les marchands déposent et vendent leurs marchandises à des grossistes. L'un des plus importants est la wakala d'Al-Ghuri, au Caire.

Marchés

Dans les villes, les marchés sont des lieux importants. Ils prennent le nom de souk en arabe et de bazar en persan. Ils sont en général organisés par corporations. Les échoppes et les réserves se trouvent au rez-de-chaussée et le premier étage comprend les logement des marchands, et parfois leurs ateliers s'ils vendent leur propre production. Toutefois, les métiers dégageant des odeurs indésirables (tanneries) et présentant des risques d'incendie sont relégués aux extrémités du marché ou à l'extérieur de la ville. On trouve souvent dans les souks des logements à louer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr) Coupole du mihrab de la Grande mosquée de Kairouan (site de la Mosquée Okba Ibn Nafaa à Kairouan)
  2. (fr) Soha Gaafar et Marwa Mourad, « La grande mosquée de Kairouan, un maillon clé dans l’histoire de l’architecture », Le progrès Égyptien, 29 octobre 2005, p. 3
  3. a et b (fr) Roger BASTIEN, Islam art et géométrie, éd. BASTIEN, p. 27
  4. (en) John L. Esposito, The Oxford dictionary of Islam, éd. Oxford University Press US, 2004, p. 215
  5. (en) Andrew Petersen, Dictionary of Islamic architecture, éd. Routledge, 1996, pp. 1-2
  6. (fr) Minbar de la Grande Mosquée de Kairouan (Qantara patrimoine méditerranéen)
  7. (fr) Roger Bastien, Islam art et géométrie, p. 109

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]