Grande Mosquée des Omeyyades

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Grande Mosquée des Omeyyades de Damas
Image illustrative de l'article Grande Mosquée des Omeyyades
Présentation
Nom local جامع بني أمية الكبير
(Ğām' Banī 'Umayyah al-Kabīr)
Culte Islam
Type Mosquée
Début de la construction Vers 706
Fin des travaux 715
Style dominant Omeyyade
Protection Patrimoine mondial
(1979, vieille ville de Damas)
Géographie
Pays Syrie Syrie
Commune Damas
Coordonnées 33° 30′ 43″ N 36° 18′ 24″ E / 33.511944, 36.306667 ()33° 30′ 43″ Nord 36° 18′ 24″ Est / 33.511944, 36.306667 ()  

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Grande Mosquée des Omeyyades de Damas

La Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, construite entre 705 et 715, est un édifice religieux musulman édifié par le calife omeyyade Al Walid Ier.

Histoire[modifier | modifier le code]

La sahn de la mosquée des Omeyyades
La fontaine et la salle des prières en arrière-plan
Le minaret de Jésus
Le minbar de la mosquée
Le mihrab principal

Emplacement[modifier | modifier le code]

Cette grande mosquée fut édifiée dans la vieille ville romaine de Damas devenue capitale de l'Empire omeyyade, près des deux axes principaux de la ville : le cardo et le decumanus. Elle se situe à l'emplacement de l'ancienne église Saint Jean le Baptiste (IVe siècle), qui elle-même avait été construite sur un ancien téménos romain dédié à Jupiter. On peut donc dire qu'elle a été bâtie sur l'endroit considéré comme le plus saint de la ville par ses habitants.

Le temple romain est encore présent dans la mosquée sous la forme de certains murs, des propylées à l'est et des tours aux angles utilisées comme minarets. Par contre, la basilique Saint-Jean-Baptiste, édifice de petite taille, fut démolie pour gagner de l'espace. Cette démolition n'est intervenue qu'après l'achat de l'église par le pouvoir musulman vers 664.

Un palais de la période omeyyade a été découvert lors de fouilles archéologiques à proximité de la mosquée.

La construction originale et les restaurations successives[modifier | modifier le code]

C'est à la demande d'Al-Walid Ier que fut édifiée la nouvelle mosquée, entre 706 et 715 [1]. Néanmoins, son histoire fut pour le moins tourmentée, et son état actuel, s'il semble assez bien respecter la disposition originale, ne contient presque plus rien d'omeyyade.

La mosquée subit en effet une série de catastrophes : un premier incendie en 1069, suivi d'un second en 1174, amena les Ayyoubides à procéder à une série de restaurations ; puis la conquête mongole de Tamerlan (1401) poussa à un nouveau travail de restauration par les mamelouks, notamment sur le minaret ouest. En 1759, un tremblement de terre mit à mal le portique autour de la cour, avant qu'un nouvel incendie ne ravage le bâtiment, un siècle et demi plus tard, en 1893, et ne détruise la quasi-totalité des mosaïques.

La mosquée des Omeyyades ne conserve donc plus beaucoup d'éléments originaux, mais on pense que mis à part les plafonds, et sans doute les coupoles, elle a été volontairement, pendant les nombreuses restaurations, gardée dans son état initial. Il s'agit donc encore plus ou moins d'un bâtiment de style omeyyade.

La mosquée dans les sources[modifier | modifier le code]

La grande mosquée a souvent été mentionnée dans les sources historiques, mais très peu au début de son existence. Son état originel reste donc encore méconnu. Quatre historiens musulmans nous en ont livré des descriptions détaillées :

Il existe aussi quelques photos du bâtiment datant d'avant le grand incendie de 1893.

Dans l'historiographie contemporaine, la mosquée de Damas tient une grand place, notamment dans les ouvrages fondamentaux de Creswell[3] et Golvin[4]. Toutefois, c'est Tiersch qui est le premier à considérer la grande mosquée de Damas comme une œuvre « purement musulmane ».

Architecture[modifier | modifier le code]

Plan[modifier | modifier le code]

La mosquée est un exemple typique du plan arabe. Elle s'inscrit dans les limites du téménos romain : un grand rectangle, de 157 mètres sur 100. Cet espace est divisé en deux parties : une cour (sahn) de 122 × 50 mètres, bordée d'un portique sur trois côtés, et une salle de prière barlongue de très grandes dimensions divisée en trois nefs parallèles au mur de la qibla. Celui-ci comporte quatre mihrab ; le mihrab central est magnifié par un transept plus haut et plus large.

Trois entrées permettent l'accès : celles de l'ouest et de l'est (respectivement Bâb al-Barid et Bâb Jayrun) sont antiques, celle du nord (Bâb al-Faradis : « porte du paradis ») est située à l'emplacement de la porte romaine, mais elle a été remodelée lors de la construction. La quatrième porte pré-islamique, au sud, a été murée afin de disposer d'un mur de la qibla plein. Dans la cour se trouvent une fontaine à ablutions et, dans la partie ouest, un édicule couramment dénommé « trésor », dont l'utilisation est très discutée par les historiens. Trois minarets sont élevés sur les tours carrées romaines : deux aux angles du mur de la qibla, le troisième au-dessus de la porte, au milieu de la façade opposée.

Élévation[modifier | modifier le code]

Sur ses côtés nord et sud, le riwâk (arcade) est actuellement constitué uniquement de piliers de section carrée, mais il est probable qu'à l'origine, deux colonnes alternaient avec un pilier, comme c'est encore le cas sur les côtés est et ouest. Dans la salle de prière, des colonnes sont utilisées ; elles sont pour la plupart des remplois romains, provenant notamment des rues à portiques avoisinantes. On y trouve aussi quatre gros piliers qui soutiennent la coupole.

Les colonnes de la salle de prière supportent une arcature qui est elle-même surmontée d'un étage à claire-voie permettant à la fois de rehausser le toit et de donner aux supports plus de transparence. Des éléments du téménos romain ont été conservés pour les murs extérieurs de la mosquée, qui ont toutefois été rehaussés, comme le montre une nette différence dans l'appareillage. Le mur de qibla est percé en hauteur de petites fenêtres cintrées qui permettent à la lumière de pénétrer dans la salle de prière.

Couvrement[modifier | modifier le code]

La salle de prière est actuellement couverte par une charpente soutenant un toit en bâtière, c’est-à-dire à double pente. L'organisation tripartite de ce couvrement met en valeur la disposition interne à trois nefs. Par contre, le fait que des fenêtres en partie supérieure des murs (notamment du mur de qibla) aient été coupées montre que la pente des toits a dû être retouchée, sans doute lors de l'une des reconstructions dues aux incendies. En effet, la charpente étant en bois, c'est cet élément qui est le plus fréquemment détruit lors de feux.

Une coupole surmonte également le transept. On sait qu'il en existait déjà une, sans doute en bois, avant l'incendie de 1069, car elle est mentionnée par Nâbigha ash Shaibâni (mort en 742-743[5]), poète de cour du calife al-Walid Ier et de ses successeurs, et par l'historien al-Muqqadasi (al-Maqdisi). La comparaison avec le dôme de la mosquée Ibn Touloun permet de supposer qu'elle était montée sur des poutres en forme de croix. Le dôme actuel, dit dôme de l'aigle, n'a été construit que sous Malik Shah (1082 - 1083).

Décor[modifier | modifier le code]

Le décor le plus remarquable à Damas est constitué par les mosaïques de verre à fond d'or qui recouvrent en grande partie les murs. Néanmoins, outre le fait que ces mosaïques sont pour la plupart des reconstitutions, en raison des dommages causés par l'incendie de 1893, elles ne sont pas les seules composantes d'une décoration qui comprend aussi beaucoup de bois sculpté (charpente, entraits, portes à vantaux, maqsura, etc.), et des revêtement de marbre blanc sur les murs et le sol. Six grilles de marbre à motifs géométriques sont également conservées. Il fallait aussi compter avec des peintures, actuellement disparues, et sans doute des apports de bronze (lustres et feuillets recouvrant le bois, comme au dôme du Rocher), qui n'existent plus non plus.

Les mosaïques[modifier | modifier le code]

La mosaïque s'étendait autrefois sur toutes les parties hautes de la mosquée, dans la cour et le haram, créant une couverture qui commençait juste au-dessus des panneaux de marbre. On la trouve actuellement dans le vestibule est, sur une large surface de la face nord du transept, sur les arcs du riwaq (arcade). Mais le panneau le plus célèbre est le panorama de la rivière Barada, mis au jour au début du XXe siècle sur le portique ouest, et qui mesure 34,5 mètres de long pour 7 mètres de haut. Recopié grandeur nature par trois artistes syriens au moment de sa découverte, il est actuellement toujours conservé in-situ, mais la copie se trouve au musée du Louvre, les parties du panneau étant présentés en alternance au niveau haut des nouvelles salles du Département des Arts de l'Islam ouvertes le .

Il y a une certaine naïveté dans le traitement, malgré les emprunts à la tradition classique dans nombre de motifs (acanthes, vases jaillissant, cornes d'abondance, arbres traités de manière réaliste), qui existaient déjà au dôme du Rocher. Par contre la référence au monde sassanide est ici inexistante.

Selon Richard Ettinghausen[6], le thème dominant et nouveau est celui de l'architecture. On trouve ainsi représentés des palais (architectures riches à étage), des maisons, assemblées comme dans un village, et des constructions uniques, un hippodrome, un portail à ciel ouvert. Cette iconographie pacifique (sans fortification) servirait à montrer l'étendue du dar al-islam.

Une autre lecture peut être menée, par comparaison avec les mosaïques à visée eschatologique de la Grande Mosquée de Médine, réalisées dans la même technique et les mêmes tons. Les arbres seraient alors une référence au paradis tel que présenté dans la religion musulmane, comme un vaste jardin, les perles pourraient être une référence aux houris. De plus, ces mosaïques sont marquées par la tradition chrétienne, peut-être parce qu'elles ont été réalisées dans un lieu à majorité chrétienne, et peut-être par des artisans byzantins. Or, les arbres prennent plus ou moins la place des martyrs, tels qu'on les trouve sur les mosaïques chrétiennes de la rotonde de Saint-Georges de Thessalonique, par exemple. On peut donc construire tout un faisceau de références eschatologiques ou paradisiaque à partir de ces décors, références que mentionne également Al-Maqdisi.

Tombeaux et reliques[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Par ses dimensions (157 × 77 m), cet édifice était alors le plus grand bâtiment du monde musulman et servit de modèle à toutes les autres mosquées de l'Empire.

La décoration est une mosaïque datant du VIIIe siècle. Il s'agit d'une œuvre byzantine. On y lit deux thèmes :

  • sur l'édifice en pierre, une représentation du monde « pacifié » et islamisé ;
  • sur les décors floraux, une vision omeyyade de la ville idéale.

La mosquée sera dorénavant une œuvre religieuse mais aussi politique. La Mosquée de Damas a subi des influences byzantines pour les travaux qui furent effectués par des architectes et des artistes byzantins. Les chapiteaux eux-mêmes, avec leur abaque en tronc de pyramide, étaient déjà utilisés à la période byzantine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oleg Grabar, La formation de l'art islamique, Flammarion, coll. « Champs », Paris, 2000 (ISBN 2-08-081645-4), p. 146 ; Henri Stierlin, l'Architecture islamique, Paris : PUF, coll. « Que sais-je ? », p. 21. Cependant, les dates peuvent changer d'un auteur à l'autre. FB. Flood (dans The great mosque of Damascus, the making of an Umayyad visual culture, Leyde : Brill, 2001 (ISBN 90-04-11638-9) p. 2) donne les deux dates de 87H/705 et 88H/706. Le site ArchNet, de manière plus étonnante, indique la date de 709.
  2. Texte reproduit dans Golvin, Lucien. Essai sur l'architecture religieuse musulmane T. II L'art religieux des Umayyades de Syrie. Paris : Klinckseck, 1971, p. 141-147.
  3. (en) K. A. C. Creswell, A short account of early muslim architecture. Harmondsworth : Penguin Books, 1958.
  4. Lucien Golvin, Essai sur l'architecture religieuse musulmane, t. II « L'art religieux des Umayyades de Syrie. », Paris, Klinckseck, 1971, p. 125-184.
  5. « Page mentionnant le nom complet et la date de décès de Nâbigha ash Shaibâni » (consulté le 17 octobre 2012)
  6. Richard Ettinghausen, La peinture arabe, Skira, 1962.[réf. incomplète]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Oleg Grabar, La formation de l'art islamique, Flammarion, coll. « Champs », Paris, 2000 (ISBN 2-08-081645-4)
  • Gérard Degeorge, La Grande Mosquée des Omeyyades - Damas, Imprimerie Nationale, Paris, 2010 (ISBN 978-2-7427-9032-6)
  • Loreline Simonis, Les relevés des mosaïques de la grande mosquée de Damas, Paris, Coédition musée du Louvre / Somogy éditions d'Art,‎ 2012, 64 p. (ISBN 978-2-7572-0569-3)