Sainte-Sophie (Constantinople)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

(Redirigé depuis Hagia Sophia)

41° 00′ 31″ N 28° 58′ 48″ E / 41.0085, 28.98

Musée de Sainte-Sophie (Ayasofya Müzesi), Istanbul
Intérieur de Sainte-Sophie

Sainte-Sophie (du grec Ἁγία Σοφία / Hagía Sophía, qui signifie « Sainte Sagesse », « Sagesse Divine », nom repris en turc sous la forme Ayasofya) est une ancienne basilique chrétienne de Constantinople du VIe siècle, devenue une mosquée au XVe siècle sous l'impulsion du sultan Mehmed II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d'Istanbul. Depuis 1934, elle n'est plus un lieu de culte mais un musée. Son esplanade est à la mesure de la gloire de Byzance. La dédicace de l'église, souvent surnommée la Grande Église, a été vouée au Christ, « Sagesse de Dieu », selon les théologiens.

Sommaire

[modifier] Histoire

[modifier] Les premières basiliques

Localisation de Sainte-Sophie dans le centre de Constantinople

La première basilique consacrée à la « Sagesse Divine » (Ἁγία Σοφία / Hagía Sophía) a été voulue par l'empereur Constantin en 330, après sa conversion au christianisme. Elle fut probablement érigée sur les ruines d'un ancien temple d'Apollon, sur une colline surplombant la mer de Marmara. C'est l'empereur Constance II qui consacra ce premier édifice, le 30 octobre 360. C'était alors la plus grande église de la ville, elle était communément appelée Μεγάλη Ἐκκλησία (Megálē Ekklēsíā, « la Grande Église »). On suppose qu'il s'agissait d'un bâtiment en pierre au toit de bois. Au début du Ve siècle, l'empereur Arcadius ratifia la déposition et l'exil de l'archevêque de Constantinople saint Jean Chrysostome, à la suite d'un bras de fer avec le patriarche Théophile d'Alexandrie que Jean avait été chargé de juger. L'édifice fut alors incendié lors d'une émeute en 404.

Il fut reconstruit en 415 par l'empereur Théodose II. Le bâtiment retrouva un plan basilical classique sous la direction de l'architecte Roufinos. La basilique fut consacrée le 8 octobre 415. Un siècle plus tard, elle subit une nouvelle fois le même sort funeste, le 13 janvier 532 pendant la sédition Nika, qui a embrasé la ville de Constantinople pendant six jours. Des vestiges subsistent devant le mur ouest de l'édifice actuel depuis 1935. De ces ruines, on distingue un escalier de cinq marches accédant à un portique, et trois portes vers le narthex. Le bâtiment faisait 60 mètres de large.

Après les émeutes de Nika en 532, l'empereur Justinien entreprend de refonder l'édifice dont il pose lui-même la première pierre.

[modifier] La basilique de Justinien

Plan de Sainte-Sophie sous Justinien

À la demande de son épouse Théodora, l'empereur Justinien ordonne que l'on édifie, sur les cendres de l'ancienne basilique, un monument qui devait être le plus beau jamais vu, surpassant le temple de Salomon. Il choisit, pour construire cette église qu'il voulait magnifique, des mathématiciens et architectes grecs de l'université de Constantinople, Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, auxquels il laisse une totale liberté. Anthémius meurt pendant la première année[réf. nécessaire].

Les architectes dessinent un bâtiment d'un style inspiré du Panthéon de Rome et de l'art chrétien primitif d'Occident. Ce style, qui a également subi, dans d'autres bâtiments, des influences iraniennes (sassanides), est aujourd'hui qualifié de « byzantin ». Ce style byzantin a inspiré, à son tour, des architectes arabes, vénitiens et ottomans. Le chantier, qui mobilise 10 000 ouvriers et 100 maîtres maçons de 532 à 537, dure 5 ans 10 mois et 10 jours, une durée étonnamment courte à cette époque pour un ouvrage d'une telle ampleur. Si la structure est en brique, permettant ainsi d'alléger la coupole, elle est néanmoins puissante. L'ornementation met en œuvre les matières les plus nobles que l'on n'hésite pas à prélever sur les temples de Grèce, de Phénicie ou d'Égypte. Les pierres de certaines tours proviennent du temple d'Artémis.

L'empereur, qui assistait à la consécration de la basilique le 27 décembre 537, se serait écrié « Oh ! Salomon, je t'ai surpassé ! » (Νενίκηκά σε Σολομών / Neníkêká se Solomốn), et il fit placer, à proximité de celle-ci, une statue de Salomon admirant Sainte-Sophie.

Une légende raconte que Justinien Ier soignait ses migraines en appuyant sa tête contre l'une des colonnes de Sainte-Sophie [réf. nécessaire].

[modifier] L'occupation latine

Coupe de Sainte-Sophie

Sainte-Sophie était le siège du patriarcat orthodoxe de Constantinople et le lieu d'accueil privilégié des cérémonies impériales. Après la prise de la ville par les Croisés de la Quatrième croisade en 1204, elle devint une cathédrale catholique romaine jusqu'à leur départ en 1261.

[modifier] L'époque ottomane

Lorsque les Ottomans s'emparèrent de Constantinople le 29 mai 1453, le sultan Mehmed II, émerveillé par la magnificence de l'église, fit immédiatement cesser la destruction des mosaïques, à laquelle avaient commencé à se livrer ses soldats, et décida de transformer Sainte-Sophie en mosquée. Afin de ménager la branche conservatrice de l'islam qui considère la représentation de l'homme comme blasphématoire, les mosaïques furent recouvertes de plâtre. Cependant les sultans ottomans s'assurèrent qu'elles fussent périodiquement déplâtrées et restaurées avant d'être à nouveau cachées aux yeux des fidèles. Au cours du temps, les Ottomans ont érigé quatre minarets (le premier par Mehmed II, le deuxième par Bayezid II et les deux derniers par Selim II) et ajouté les noms d'Allah, de Mahomet et des premiers califes sur des panneaux circulaires en peau de chameau.

Demeurant pendant 500 ans la principale mosquée d'Istanbul, Sainte-Sophie servit de modèle à de nombreuses autres mosquées ottomanes, et en premier lieu, à la Süleymaniye construite par Sinan.

[modifier] La République de Turquie

À son arrivée au pouvoir, Mustafa Kemal Atatürk décide de poursuivre la restauration de Sainte-Sophie. La direction des travaux est attribuée au Byzantine Institute of America en 1931[1]. En 1934, Atatürk désaffecte le lieu du culte pour « l'offrir à l'humanité », il fait décrocher les grands panneaux circulaires portant le nom d'Allah, du Prophète et des Califes : Sainte-Sophie devient un musée.

En 1951, le gouvernement Menderes fait remettre en place les grands panneaux aux caractères arabes[2].

En 1993, une mission de l'UNESCO en Turquie constate plusieurs altérations : le plâtre s'effrite, la pollution a sali les parements de marbre, des fenêtres sont cassées, des peintures décoratives sont endommagées par l'humidité, le toit en plomb est vétuste. Les efforts de restauration de l'édifice sont renforcés et continuent à ce jour.

Le long héritage de Sainte-Sophie, successivement basilique chrétienne, mosquée et musée très fréquenté, pose un défi délicat en termes de restauration. L'héritage iconographique de mosaïques chrétiennes est progressivement dévoilé mais des créations artistiques musulmanes doivent être détruites pour les mettre au jour. Les restaurateurs tentent d'offrir au visiteur le meilleur des deux expressions artistiques et religieuses.

[modifier] Architecture

Colonne de porphyre rouge, cerclée de métal

Sainte-Sophie est l'un des plus grands exemples de l'architecture byzantine. Sa décoration intérieure, ses mosaïques, ses colonnes de porphyre et sa couverture en coupole sont d'une immense valeur artistique. Justinien a lui-même supervisé l'achèvement de la basilique, la plus grande jamais construite à ce moment, qui devait rester la plus grande église du monde jusqu'à l'achèvement de la cathédrale de Séville.

La basilique de Justinien est à la fois le point culminant des réalisations architecturales de l'Antiquité tardive et le premier chef-d'œuvre de l'architecture byzantine. Son influence s'est exercée profondément et de manière durable, sur l'architecture orthodoxe orientale, mais tout autant sur celles de l'Église catholique et du monde musulman.

Les plus hautes colonnes atteignent 20 mètres, et un diamètre d'au moins 1,50 m. Elles sont constituées de différents granites, marbres, porphyres, et l'on peut calculer que les plus importantes pèsent au moins 70 tonnes. Huit d'entre elles, d'ordre corinthien, ont été transportées depuis les temples de Baalbek.

La structure interne est complexe. La nef principale est couverte d'un dôme central d'un diamètre maximal de 31,25 m, un quart plus petit environ que la coupole du Panthéon de Rome, et d'une hauteur maximale de 55,60 m au-dessus du sol. Toutes les surfaces intérieures sont plaquées de marbres polychromes, avec des porphyres rouges et verts et des mosaïques d'or qui couvrent la structure de mortier et de brique. Les gros piliers centraux se trouvent ainsi camouflés et leur aspect considérablement allégé.

À l'extérieur, on eut recours au simple stucage des murs, qui révélait le dessin des voûtes et des coupoles. Le revêtement externe jaune et rouge a été ajouté par l'architecte Fossati au cours de sa restauration de la basilique, au XIXe siècle.

[modifier] Coupole

La coupole, vue depuis la galerie supérieure
Principe de la coupole sur pendentifs

La coupole semble ne reposer sur aucun appui solide, mais flotter en apesanteur au-dessus de sa galerie d'arcades ininterrompues de 40 fenêtres qui contribuent largement à inonder de lumière l'intérieur polychrome de la basilique. Les réparations successives au cours de l'histoire ont fait perdre au dôme sa base circulaire parfaite : elle apparaît aujourd'hui comme quelque peu elliptique et irrégulière, d'un diamètre variant de 31,24 m à 30,86 m.

La coupole est assise sur quatre pendentifs triangulaires concaves, solution déjà appliquée par les architectes romains dans des constructions de moindre ampleur, bien connue sous les noms de « rachat du plan carré » ou « rachat de l'octogone », classique dans les constructions byzantines et postérieures. Dans le cas de Sainte-Sophie, les pendentifs reportent les forces exercées par la coupole sur quatre piliers massifs disposés aux quatre angles et contrebutés par des demi-coupoles à l'est (abside) et à l'ouest (entrée du bâtiment).

Il n'en est pas de même des côtés nord et sud, où les arcs sont seulement fermés par de hauts murs en demi-cercle ajourés de nombreuses petites fenêtres. Cette disposition bilatérale est la cause directe de tous les désordres que la basilique a connus tout au long de son histoire, au point qu'il a fallu, à l'époque ottomane, doter le bâtiment d'énormes contreforts, bien visibles de l'extérieur.

Les architectes ottomans, Sinan et ses successeurs, ont montré aux yeux de tous que le contrebutement équilibré, soit par des contreforts suffisamment robustes et écartés (mosquée Süleymaniye), soit par un plan octogonal supportant beaucoup mieux les forces verticales (mosquée Selimiye d'Andrinople), soit encore par des demi-coupoles sur les quatre côtés (Mosquée bleue), apporte à ce problème une solution aussi mathématique que définitive. Apparemment, l'architecte de Sainte-Sophie tenait à conserver un plan basilical en longueur partagé par un seul axe de symétrie, au lieu du plan à deux axes croisés adopté pour les constructions d'époque ottomane.

[modifier] Jarre de marbre

Jarre de marbre, provenant de Pergame

La grande jarre de marbre appartient à la période hellénistique. Taillée dans un seul bloc de marbre, elle fut apportée de Pergame durant le règne du sultan Murad III.

[modifier] Narthex et portails

Porte impériale

Réservée à l'empereur, la porte impériale était la porte principale d'entrée de la basilique, entre l'exonarthex et l'ésonarthex. Sa partie supérieure est ornée d'une mosaïque byzantine représentant le Christ et l'empereur Léon VI le Sage.

Une longue rampe, à partir de la partie nord du narthex extérieur, mène à la galerie supérieure.

[modifier] Galerie supérieure

Loge de l'impératrice

La galerie supérieure, traditionnellement réservée à l'impératrice et à sa cour, présente la forme d'un fer à cheval qui entoure la nef jusqu'à l'abside. Les mosaïques les mieux conservées sont situées dans la partie sud de la galerie.

Porte de marbre

[modifier] Loge de l'impératrice

La loge de l'impératrice est située dans le centre de la galerie supérieure. De là, l'impératrice et les dames de la cour dominaient les cérémonies. Une pierre verte marque l'emplacement du trône de l'impératrice.

[modifier] Porte de marbre

La porte de marbre est située au sud de la galerie supérieure : elle était utilisée par les membres du synode.

[modifier] Mosaïques et autres éléments décoratifs

À l'origine, du temps de Justinien, le décor intérieur était composé de motifs abstraits de placage de marbre sur les murs et, sur les courbes des voûtes, de mosaïques, parmi lesquelles subsistent celles des deux archanges Gabriel et Michael, sur les tympans de la tribune (bêma). Mais on trouvait déjà en ce temps-là quelques décorations figuratives, comme en témoigne l'éloge funèbre de Paul le Silentiaire.

Les tympans de la galerie sont revêtus d'opus sectile, figurant des fleurs et des oiseaux en tessères de marbre blanc découpées avec précision, sur fond de marbre noir. Au cours des époques ultérieures ont été ajoutées des mosaïques figuratives, détruites durant la période iconoclaste (726-843).

Nombre d'objets précieux ou miraculeux, reliques, icônes de la sainte Sagesse vinrent enrichir progressivement le fabuleux trésor de la basilique. Une quantité de mosaïques et autres décors figuratifs furent ajoutés dans la seconde moitié du IXe siècle, notamment une célèbre image du Christ dans la coupole centrale, d'autres de saints orthodoxes, de prophètes, de Pères de l'Église et de figures historiques liées à l'Église orthodoxe, comme le patriarche Ignace de Constantinople ou encore des scènes de l'Évangile dans les galeries.

[modifier] Mosaïques

Mosaïques à motifs géométriques, galerie supérieure

Au cours des siècles, l'église fut décorée de riches mosaïques, figurant la Vierge Marie, Jésus, les saints, ou bien des empereurs et impératrices, ou encore de motifs géométriques dans un style purement décoratif.

En 1204, lors de la Quatrième croisade), les Croisés latins saccagérent les objets de valeur dans tous les grands édifices byzantins de la ville, y compris l'or des mosaïques de Sainte-Sophie. Beaucoup de ces objets furent envoyés à Venise par le doge Enrico Dandolo, qui avait organisé l'invasion et le pillage de Constantinople.

À la suite de la conversion du bâtiment en mosquée, en 1453, bon nombre des mosaïques furent recouvertes de plâtre, en raison de l'interdiction dans l'islam de représenter des scènes figuratives. Ce processus ne fut pas accompli d'un seul coup, et des rapports existent depuis le XVIIe siècle dans lesquels des voyageurs déclarent avoir vu des images chrétiennes dans l'ancienne basilique.

En 1847-1849, le bâtiment fut restauré par deux frères suisses, Gaspare et Giuseppe Fossati, qui obtinrent du sultan Abdülmecid la permission de relever toutes les mosaïques qu'ils seraient amenés à découvrir au cours des travaux. Toutefois, il n'était pas prévu de les restaurer, et même, les Fossati durent masquer à la peinture certaines figures qu'ils venaient de relever en détail : c'est le cas des visages de deux mosaïques de séraphins découvertes au cours des travaux sur les pendentifs, au centre de l'édifice. Les deux autres figures de séraphins symétriques des pendentifs n'ont pas été retrouvées par les Fossati, qui les ont entièrement recréées. Dans d'autres cas, les Fossati se sont efforcés de combler à la peinture les parties de mosaïques endommagées, au point de parfois les redessiner complètement.

Les archives des Fossati sont parfois les uniques sources de mosaïques aujourd'hui disparues, vraisemblablement détruites par un violent tremblement de terre, en 1894. Parmi celles-ci figurait une grande mosaïque du Christ Pantocrator sur le dôme, une mosaïque au-dessus d'une « porte des Pauvres » non identifiée, une grande image d'une croix incrustée de pierres précieuses et un grand nombre d'images d'anges, de saints, de patriarches, et de pères de l'Église. La plupart des images manquantes se trouvaient sur les deux tympans. Les Fossati ajoutèrent un minbar (chaire), ainsi que les quatre grands médaillons sur les murs de la nef, portant les noms de Mahomet et des premiers califes de l'Islam.

[modifier] Mosaïques de la porte impériale

Mosaïque de la porte impériale

Les mosaïques de la porte impériale ornent le tympan qui surmonte la porte réservée à l'empereur.

D'après leur style, on peut les dater de la fin du IXe siècle ou du début du Xe. L'empereur représenté avec un halo (ou nimbe) pourrait être Léon VI le Sage ou son fils Constantin VII Porphyrogénète : il s'incline devant le Christ Pantocrator, assis sur un trône incrusté de pierres précieuses et donnant sa bénédiction, la main gauche sur un livre ouvert[3]. On peut lire sur le livre : EIPHNH YMIN. EΓΩ EIMI TO ΦΩC TOY KOCMOY. « La paix soit avec vous. Je suis la Lumière du monde. » (Jean 20:19; 20:26; 8:12). Les deux médaillons, de chaque côté des épaules du Christ, figurent, à sa gauche, l'archange Gabriel, fondateur de l'église, tenant une houlette, et à sa droite, sa mère, Marie. Cette mosaïque exprime le pouvoir intemporel conféré par le Christ aux empereurs byzantins.

[modifier] Mosaïques de l'entrée sud-ouest

La Vierge et l'Enfant, entourés de Justinien et Constantin

Les mosaïques du tympan de l'entrée sud-ouest datent de 944. Elles furent redécouvertes lors des restaurations de Fossati, en 1849. La Vierge est assise sur un trône sans dossier décoré de pierres précieuses. L'Enfant Jésus est assis sur ses genoux, donnant sa bénédiction et tenant un rouleau dans sa main gauche. Sur sa gauche se tient l'empereur Constantin, en costume de cérémonie, présentant à Marie un modèle de la ville. L'inscription à son côté dit : « KΩNCTANTINOC O EN AΓIOIC MEΓAC BACIΛEYC » « Constantin, le grand basileus parmi les saints ». À son côté droit se tient l'empereur Justinien, offrant un modèle de Sainte-Sophie, avec l'inscription : « IOYCTINIANOC O AOIΔIMOC BACIΛEYC » « Justinien, le basileus digne d'être chanté ». Les médaillons, des deux côtés de la tête de la Vierge, portent les monogrammes « MP » et « ΘY », abréviation de « MHTHP ΘEOY », « Mère de Dieu ».

[modifier] Mosaïques de l'abside

Mosaïque de l'abside : la Théotokos (la Vierge et l'Enfant Jésus)

La mosaïque de la Théotokos (la Vierge et l'Enfant) est la première mosaïque de la période post-iconoclaste. Elle a été inaugurée le 29 mars 867 par le patriarche Photius et les empereurs Michel III et Basile Ier. Cette mosaïque est située très en hauteur, dans la demi-coupole de l'abside. Marie est assise sur un trône sans dossier, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Ses pieds reposent sur un piédestal. Tant le socle que le trône sont ornés de pierres précieuses. Ces mosaïques sont considérées comme une reconstruction des mosaïques du VIe siècle qui furent détruites au cours de la période iconoclaste. Les figures des mosaïques sont disposées sur le fond d'or original du VIe siècle. Les portraits des archanges Gabriel et Michel (en grande partie détruits), sur le bêma de l'arche, datent également du IXe siècle.

[modifier] Mosaïque de l'empereur Alexandre

Mosaïque d'Alexandre III

La mosaïque de l'empereur Alexandre est assez difficile à trouver, cachée dans un coin très sombre du plafond du deuxième étage. Elle représente l'empereur Alexandre III, dans son manteau impérial, tenant un rouleau dans sa main droite et un orbe (ou globus cruciger) dans la gauche. Un dessin de Fossati montre que la mosaïque a survécu jusqu'en 1849, et on pensait qu'elle avait été détruite dans le tremblement de terre de 1894. Elle fut redécouverte en 1958, sous une simple couche de peinture[4].

[modifier] Mosaïque de l'impératrice Zoé

Mosaïque de l'impératrice Zoé

Cette mosaïque de la galerie sud date du XIe siècle. Le Christ Pantocrator, vêtu d'une robe bleu foncé (comme c'est l'usage dans l'art byzantin), est assis au milieu, sur fond d'or, donnant sa bénédiction de la main droite et tenant la Bible de la gauche. De chaque côté de son visage sont disposés les monogrammes IC et XC, pour IHCOYC XPICTOC (Iēsous Khristos). Il est flanqué de Constantin IX Monomaque et de son épouse l'impératrice Zoé, tous deux en costumes de cérémonie. L'empereur présente une bourse qui rappelle le don qu'il a fait à l'église, alors que Zoé tient un livre, symbole de sa propre donation. L'inscription du côté de l'empereur dit : KΩNCTANTINOC EN X(PICT)Ω TΩ Θ(Ε)Ω AYTOKPATΩP ΠICTOC BACIΛEYC PΩMAIΩN O MONOMAXOC « Constantin, pieux empereur dans le Christ Dieu, roi des Romains, Monomachos ». L'inscription de l'impératrice se lit comme suit : ZΩH H EYCEBECTATH AYΓOYCTA « Zoé, la très pieuse Auguste ». Le visage et le nom de l'empereur ne sont pas ceux d'origine. Il est possible que la mosaïque ait d'abord représenté le premier mari de Zoé, Romain III Argyre, ou son fils adoptif, Michel IV le Paphlagonien.

[modifier] Mosaïque des Comnène

Mosaïque des Comnène

La mosaïque des Comnène est située, elle aussi, sur le mur oriental du côté sud de la galerie. Elle a été exécutée après 1122. La Vierge Marie est debout au milieu, dans sa robe bleu foncé habituelle dans l'art byzantin. Elle tient sur ses genoux le Christ enfant, qui donne sa bénédiction de la main droite tout en tenant un rouleau dans sa main gauche. Sur son côté droit, l'empereur Jean II Comnène est représenté dans un costume brodé de pierreries. Il tient à la main une bourse, symbole d'une donation impériale à l'église. L'impératrice Irène se tient au côté gauche de la Vierge, en vêtements de cérémonie, présentant un document. Leur fils aîné Alexis Comnène est représenté sur un pilastre de côté. Ses traits tristes sont le reflet de sa mort, la même année, de la tuberculose. On peut comparer ce groupe avec la mosaïque de l'impératrice Zoé, qui lui est antérieure d'un siècle, et voir l'évolution : l'expression des portraits se trouve maintenant plus réaliste, autrement dit, moins idéalisée. L'impératrice a des cheveux blonds tressés, des joues roses et des yeux gris, propres à montrer ses origines hongroises. L'empereur est représenté dans la dignité.

[modifier] Mosaïque de la déisis

La déisis : la Vierge et Jean-Baptiste implorent le Christ

La mosaïque de la Déisis (grec Δέησις : « supplication ») date probablement de 1261. C'est le troisième panneau de la loge impériale de la galerie supérieure. Cette mosaïque est considérée comme un chef d'œuvre pour la douceur des traits et de l'expression des visages, et aussi comme le début de la renaissance de l'art pictural byzantin. Le style est celui des peintres italiens des fin XIIIe-XIVe siècles, comme Duccio. La Vierge Marie (MP ΘΥ) et Jean-Baptiste (O AΓIOC IΩ. O ΠPOΔPOMOC : saint Jean Prodromos), tous deux de trois-quarts, implorent l'intercession du Christ Pantocrator (IC XC) pour les péchés de l'humanité lors du Jugement dernier. La partie inférieure de la mosaïque est très détériorée, probablement à cause de la pluie venant de la fenêtre voisine.

[modifier] Mosaïques du tympan septentrional

Les mosaïques du tympan nord, situées très en hauteur, figurent quelques saints personnages, parmi lesquels on reconnaît saint Jean Chrysostome (IΩANNHC O XPYCOCTOMOC) et le patriarche Ignace de Constantinople, dit le Jeune (IΓNATIOC O NEOC) debout, vêtus de robes blanches brodées de croix et tenant des bibles richement ornées. Les autres ont disparu, probablement lors du tremblement de terre de 1894.

[modifier] Images

Mosaïques
Vues intérieures (lumière naturelle, années 1980)

[modifier] Notes et références

  1. Critique (revue), Byzance - Istanbul. Seuil, 1992
  2. André Falk, Turquie. Seuil, 1956
  3. The Hagia Sophia Church
  4. Lord Kinross, Hagia Sophia : A story of Constantinople, Newsweek, New York, 1972, p.132-133.

[modifier] Voir aussi

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Sainte-Sophie.

[modifier] Bibliographie

  • Paul le Silentiaire, Description de Sainte-Sophie de Constantinople. Éditions A Dié, 1998
  • Stéphane Yerasimos, La Fondation de Constantinople et de Sainte-Sophie dans les traditions turques. Éditions Maisonneuve, 1990

[modifier] Liens externes


Créer un livre