Monde iranien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le monde iranien.
Carte du Ve siècle av. J.-C..

Le monde iranien (en persan : ایران بزرگ pron: Iran-e Bozorg, aussi ایران‌زمین pron: Iran-zamîn) est un terme servant à désigner la région où les langues iraniennes étaient ou sont parlées, ainsi que les régions qui faisaient partie de la Perse et/ou de l'empire Perse. L'Encyclopedia Iranica utilise le terme Continent culturel iranien [1], et d'autres noms comme la Grande Perse ou le continent culturel perse ont aussi été employés, particulièrement en Afghanistan et au Tadjikistan.

Traditionnellement, jusqu'à une période récente, l'ethnicité n'a jamais été un critère déterminant de séparation dans ces régions. Richard Nelson Frye dit:

« J'ai souvent souligné que les peuples actuels de l'Asie centrale, qu'ils parlent une langue iranienne ou turque, ont une culture, une religion et des valeurs sociales communes, seule la langue les sépare. »

C'est seulement à l'époque moderne que les interventions coloniales occidentales et l'ethnicité sont devenues un facteur de séparation parmi les provinces du monde iranien. Mais le "monde iranien" était plus un super-état culturel plutôt qu'un état politique.

De manière claire, le « Monde iranien » n'a jamais eu de frontières fixes, ni même de définition précise. Alors que certaines sources définissent le monde iranien comme incluant les républiques actuelles de l'Iran, de l'Afghanistan, d'Azerbaïdjan et les républiques d'Asie centrale[2], d'autres sources telles que Richard Nelson Frye donnent une définition bien plus large et le définissent comme ayant regroupé "la plupart du Caucase, de l'Afghanistan et de l'Asie centrale, avec des influences culturelles s'étendant en Chine, en Inde et aux pays parlant une langue sémite." D'après Frye, "Iran signifie tous les territoires et les peuples où les langues iraniennes sont ou étaient parlées, et où, dans le passé, des cultures iraniennes à facettes multiples existaient." (p.xi, Greater Iran).

Carte française de 1748 par Le Rouge intitulée L'Empire de Perse.

Dans l'œuvre Nuzhat al-Qolub (نزهه القلوب), le géographe médiéval Hamdollah Mostowfi écrit:

چند شهر است اندر ایران مرتفع تر از همه
Combien de villes d'Iran sont mieux que toutes autres,
بهتر و سازنده تر از خوشی آب و هوا
avec leur climat agréable et plein de promesses,
گنجه پر گنج در اران صفاهان در عراق
La riche Gandja d'Arran, et aussi Esfahan,
در خراسان مرو و طوس در روم باشد اقسرا
Merv et Tus au Khorasan, et Konya (Aqsara).

Une liste détaillée de ces provinces suit dans l'article.

Origine[modifier | modifier le code]

Carte du XIXe siècle représentant le monde iranien.
Une carte britannique de la Perse datant de 1808.

En Persan, Le monde iranien est appelé Iranzamin (ایران‌زمین), ce qui signifie "La terre d'Iran". Iranzamin était dans les temps mythiques opposé au Turanzamin, la "terre du Turan", qui était situé dans la partie nord de l'Asie centrale. (voir Dictionnaire Dehkhoda à l'entrée "Turan")

Durant la période pré-islamique, les Iraniens distinguaient deux régions principales du territoire sur lesquels ils régnaient; l'un était nommé Iran et l'autre Aniran. Par Iran, ils entendaient alors toutes les régions habitées par des peuples iraniens anciens. Cette région était beaucoup plus vaste que ce qu'elle est aujourd'hui. La notion de Iran en tant que territoire (opposé à Aniran) peut être vue comme l'origine de cette notion ancienne de monde iranien. Plus tard, de nombreux changements intervinrent dans les frontières et les territoires où les iraniens vivaient, mais les langues et la culture sont restées un moyen de communication dans de nombreuses parties du monde iranien.

Afin d'illustrer par un exemple, la langue persane était la langue littéraire principale et la langue de la correspondance en Asie centrale et dans le Caucase avant l'occupation des russes, l'Asie centrale étant le berceau du Persan moderne. De plus, d'après le gouvernement britannique, le Persan était aussi utilisé au Kurdistan irakien avant le mandat de la Grande-Bretagne entre 1918 et 1932[3].

Avec l'Empire russe avançant régulièrement vers le sud au cours de deux guerres contre la Perse, les traités de Turkmanchai et du Golestan à propos des frontières occidentales, la mort inattendue de Abbas Mirza en 1823, le meurtre du grand vizir de Perse (Mirza AbolQasem Qa'im Maqām), beaucoup de khanats d'Asie centrale commencèrent à perdre espoir dans un soutien de la Perse contre les armées Tsaristes. (Homayoun, p.78). Les armées russes occupèrent les côtes de la Mer d'Aral en 1849, Tachkent en 1864, Boukhara en 1867, Samarcande en 1868, Khiva et l'Amou-Daria en 1873.

Traités[modifier | modifier le code]

Provinces du monde iranien[modifier | modifier le code]

Carte représentant l'Asie centrale datant de 1719.

Asie centrale[modifier | modifier le code]

"Khwarezm est une des régions de Iran-zamin, et est le lieu d'origine des anciens iraniens, Airyanem Vaejah, d'après le livre antique de l'Avesta[4]."

Tadjikistan[modifier | modifier le code]

L'hymne national du Tadjikistan, "Surudi milli", atteste de l'identité Perso-tadjike, qui a connu une renaissance après le détachement d'avec l'URSS. La langue Tadjike est pratiquement identique à celle qui est parlée en Afghanistan et en Iran, et les villes tadjikes portent des noms persans, e.g Doushanbe, Isfara (Esfarayen), et Kolyab.

Afghanistan[modifier | modifier le code]

Les Afghans tirent une grande fierté d'être des proches descendants des Aryens ou, pour être plus précis: Ariana - la prononciation grecque de Airyanem Vaejah en avestique ou de "Aryavarta" en sanskrit, signifiant Terre des Aryens. Aujourd'hui cette expression en vieux-persan ou en avestique est préservée dans le nom de la compagnie aérienne nationale afghane, Ariana Airlines. Le terme 'Ariana Afghanistan' est toujours populaire parmi de nombreuses personnes dans le pays.

L'Afghanistan faisait partie du Khorasan, et était donc connu sous le nom de Khorasan (avec les régions situées autour de Merv et Nishapur), ce qui en pahlavi signifie "la terre orientale" (خاور زمین en persan) [5]

L'Afghanistan est là où est située Balkh, ville natale de Rûmi, de Khajeh Abdollah Ansari et de nombreux autres figures de la littérature persane. La langue Dari parlée en Afghanistan est un dialecte très proche du Persan. Elle est largement parlée en Afghanistan[6].

Finalement, Nasseredin Shah perdit le contrôle de Herat au profit des britanniques en 1857.

ززابل به کابل رسید آن زمان
Il arriva depuis Zabol à Kaboul en ces temps-là,
گرازان و خندان و دل شادمان
goguenard, joyeux et hilare
---Ferdowsi dans le Shâh Nâmâ

Turkménistan[modifier | modifier le code]

Lieu d'origine de l'empire Parthe (Nysa). Merv est aussi l'endroit où le calife à moitié persan Al-Mamun a transféré sa capitale, afin de déplacer le centre du califat vers un endroit plus éloigné des terres où la langue arabe était parlée. La ville d'Eshgh Abad (Achgabat) porte un nom persan signifiant "Ville de l'amour", et, comme l'Iran, l'Afghanistan et l'Ouzbékistan, faisait autrefois partie de l'Airyanem Vaejah.

Ouzbékistan[modifier | modifier le code]

Les célèbres villes de Afrasiab, Boukhara, Samarcande sont situées ici. De nombreux experts désignent ces villes comme le lieu de naissance du Persan moderne. Les Samanides, qui se réclamaient de l'héritage des Sassanides ont construit leur capitale ici.

ای بخارا شاد باش و دیر زی
Oh Boukhara! Joie et longue vie à toi!
شاه زی تو میهمان آید همی
Ton roi vient vers toi.
---Roudaki

Chine occidentale[modifier | modifier le code]

Les régions du Xinjiang en Chine ont accueilli une population perse et leur culture[7].

Régions Kurdes[modifier | modifier le code]

Les régions Kurdes en Irak et en Turquie sont mêlées à la culture et à l'histoire de celle du reste du monde iranien. Les Kurdes et les Lors d'Iran sont répartis dans de nombreuses provinces et seraient des descendants des tribus aryennes de l'antiquité. Ardachîr Ier de Perse était de mère Kurde, originaire de la tribu Shabankareh de la province du Fars.

Nord-ouest du Pakistan[modifier | modifier le code]

De nombreux vestiges de l'architecture iranienne existent toujours dans cette région (e.g Mosquée Wazir Khan) et plus d'un million de locuteurs du persan oriental vivent encore dans cette région[8]

L'universitaire Muhammad Iqbal, originaire de Lahore est considéré comme un poids lourd de la littérature persane.

Toutefois, ces régions sont plus considérées comme des terres persanophones plus que des régions directement associées avec le monde iranien.

Régions du Caucase[modifier | modifier le code]

Des vestiges Sassanides peuvent être vus loin dans le nord, jusqu'à Darband, maintenant en Russie du sud. (les mots Daghestan et Darband sont tous deux d'origine perse). Ces régions ont été annexées par la Russie impériale au cours des XVIIIe siècle et XIXe siècle. Encore aujourd'hui, ces régions gardent leur identité iranienne, comme on peut le voir dans leurs traditions et coutumes. (e.g Norouz)[9].

Azerbaïdjan[modifier | modifier le code]

Séparée de l'Iran au milieu du XIXe siècle, en vertu du traité de Golestan et du Traité de Turkmanchai. La ville de Bakou (Bād-kubeh) est une autre ville au nom d'origine perse. Le mot Azerbaïdjan lui-même dérivent du vieux-persan "Azar-Padegan" (Atropatan).

Malgré l'annexion de cette région par la Russie impériale, la plus grande partie de l'Azerbaïdjan reste aujourd'hui territoire Iranien.

گزیده هر چه در ایران بزرگان

زآذربایگان و ری و گرگان

Tous les nobles et grands d'Iran

viennent d'Azerbaïdjan, de Rey et de Gorgan.

--Vis o Ramin

Arménie[modifier | modifier le code]

L'Arménie était une province du monde iranien depuis l'époque de l'empire Achéménide[10],[11]. L'Iran possède toujours une minorité arménienne non négligeable.

Nakhitchevan[modifier | modifier le code]

Tôt dans l'antiquité, Narseh de Perse fit construire des fortifications dans cette région. Beaucoup plus tard, des figures intellectuelles et littéraires de la période Qajare étaient originaires de cette région. Le Nakhitchevan a lui aussi été séparé de l'Iran au milieu du XIXe siècle en vertu du traité de Golestan et du traité de Turkmanchai.

که تا جایگه یافتی نخچوان
Oh Nakhchivan, tu as gagné le respect,
بدین شاه شد بخت پیرت جوان
Que ta chance continue avec ce roi.
---Nizami

Géorgie et Ossétie[modifier | modifier le code]

Prince Muhammad-Beik de Géorgie, 1620. L'artiste est Reza Abbasi. La peinture est conservée au Museum Für Islamische Kunst de Berlin.

La Géorgie, ou "Gorjestan" était une province Perse à l'époque Sassanide (plus particulièrement depuis Hormizd IV). À l'époque Safavide, les liens de la Géorgie sont devenus si étroits avec l'Iran que les géorgiens remplacèrent presque les Qizilbash dans les cours safavides. Le Persan était même la langue administrative officielle de la Géorgie à l'époque de Shah Tahmasp et Allah-verdi Khan, dont le fameux pont appelé "Si-o-se pol" à Esfahan faisait partie de l'élite géorgienne dans le gouvernement safavide. La Géorgie était une province perse de 1629 à 1762 quand l'influence russe commença à se faire sentir[12].

Ce qui vient d'être décrit est particulièrement vrai pour la "Géorgie orientale". La Géorgie orientale était historiquement liée au sud qui la soutenait, alors que la Géorgie occidentale cherchait son support au nord. La ville de "Teflis" (aujourd'hui Tbilissi) fut persanisée pendant un moment. Le Qajar Abbas Mirza passa quelque temps dans cette ville.

Finalement, la Perse fut incapable de faire face à la Russie en Géorgie, et abandonna officiellement ses vues sur la Géorgie en vertu du traité de Golestan et du traité de Turkmanchai. Aujourd'hui, la Géorgie s'européanise de plus en plus.

Irak moderne[modifier | modifier le code]

L'Irak fut autrefois la partie occidentale du monde iranien. À certaines périodes, cela incluait même ce qui est maintenant l'est de l'Irak, puisque c'est là où la capitale Sassanide était située (Ctésiphon). Il existe toujours des villes dans l'Irak contemporain dont le nom perse est toujours en usage (e.g Anbâr). Même après que l'Irak fut arabisé, la présence perse était toujours notable et même dominante à certaines périodes, puisque de nombreux saints chiites sont enterrés à Najaf et Karbala. Finalement, les Safavides ont perdu le contrôle de ces régions au profit de l'Empire ottoman.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) http://www.college.columbia.edu/cct/nov03/features5.php
  2. NOROOZ (New Day); THE NEW YEAR OF THE IRANIAN PEOPLES - (The Circle of Ancient Iranian Studies - CAIS)©
  3. Iraq Kurdish Language Policy Under British Mandate
  4. (en) Nasser Takmil Homayoun, Kharazm: What do I know about Iran?. 2004. ISBN 964-379-023-1
  5. Dictionnaire Dekhoda, p.8457
  6. Ethnologue report for language code:prs dans ethnologue.com
  7. p.443 de l'Encyclopedia Iranica pour les installations perses au sud-ouest de la Chine.
  8. Ethnologue report for Pakistan dans ethnologue.com
  9. voir l'article sur "l'Iran du Caucase" dans l'Encyclopedia Iranica, p.84-96.
  10. p.417-483 de l'Encyclopedia Iranica pour un exposé détaillé sur le sujet.
  11. http://web.archive.org/web/20071014072856/http://iranica.com/newsite/articles/sup/Persians_Armenia.html here
  12. cf. article sur le Gorjestan de l'Encyclopedia Iranica [1] (en)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

En persan[modifier | modifier le code]