Elena Ceaușescu

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Elena Ceaușescu
Illustration.
Elena Ceaușescu en 1978.
Fonctions
Vice-Première ministre de Roumanie
[1]
(9 ans, 8 mois et 23 jours)
Président Nicolae Ceaușescu
Premier ministre Ilie Verdeț
Constantin Dăscălescu
Biographie
Nom de naissance Lenuța Petrescu
Date de naissance
Lieu de naissance Petrești (Dâmbovița, Roumanie)
Date de décès (à 73 ans)
Lieu de décès Târgoviște (Roumanie)
Nature du décès Exécution par arme à feu
Nationalité Roumaine
Parti politique PCR
Conjoint Nicolae Ceaușescu
Diplômée de Université de Bucarest

Elena Ceaușescu

Elena Ceaușescu, née Lenuța Petrescu le à Petrești (Dâmbovița, Roumanie) et exécutée le , à Târgoviște (Roumanie), est une femme politique roumaine.

Elle est l'épouse du dirigeant communiste Nicolae Ceaușescu (donc de fait première dame de Roumanie) et une dignitaire de la République socialiste de Roumanie ; elle fut notamment vice-Première ministre du pays.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Elena Petrescu naît dans le județ de Dâmbovița dans une famille d'origine rurale qui s'installe dans le département d'Ilfov, en Valachie, et finit par tenir un bar dans la banlieue de Bucarest où elle termine une scolarité médiocre en quatrième (son carnet scolaire ayant été publié à la chute du régime confirma l'écart entre ses capacités réelles et celles que le régime communiste lui reconnaissait)[2]. Avec son frère, elle travaille comme assistante de laboratoire d'analyses avant de devenir ouvrière dans une usine textile[3].

Mariage et engagement politique[modifier | modifier le code]

Elena Ceaușescu, en 1939.

Elle rejoint le Parti communiste roumain en 1937, à l'âge de 21 ans, et y rencontre deux ans plus tard Nicolae Ceaușescu, son futur époux. Ils se marient le [3], journée durant laquelle elle falsifie son certificat de naissance (changeant l'année « 1916 » en « 1919 ») afin de se rajeunir de trois ans, Nicolae Ceaușescu étant en réalité de deux ans son cadet. C'est à ce moment aussi qu'elle fait changer officiellement son prénom (Lenuța voulant dire « petite Hélène », trop diminutif), en Elena.

De cette union, naissent trois enfants : un fils Valentin (en) (né en 1948), une fille Zoia (1949-2006), officiellement mathématicienne, qui dirigea la branche féminine des pionniers (jeunesses communistes) et un fils Nicu (1951-1996), qui présida la branche masculine et fut considéré comme étant l'héritier du régime. Ce dernier, grand amateur de fêtes, de femmes et d'alcool, eut une relation, qui apparaîtra par la suite forcée, avec la gymnaste Nadia Comăneci, triple championne olympique aux Jeux d'été de Montréal en 1976.
La légitimité du fils ainé, Valentin, né en 1948 avait été contestée : on a prétendu qu'il fut adopté par le couple Ceaușescu après la Seconde Guerre mondiale, rumeurs totalement infondées puisque des analyses ADN sur les restes des époux Ceaușescu ont été réalisées à des fins d’identification en novembre 2010 à la demande de Valentin lui-même[4],[5]. Celle-ci étant probablement due au fait que Valentin fut le seul membre de la famille à être en désaccord avec ses parents, n'ayant pas la « fibre communiste », il ne s'impliquait pas autant que son frère et sa sœur dans la politique de son pays. De plus, Valentin avait osé commettre l'« ultime affront » de s'être marié avec Iordana (dit « Dana ») Borilă, fille de Petre Borilă (en), l'un des plus sérieux rivaux de son père au sein du parti.

Carrière scientifique et politique[modifier | modifier le code]

Une chimiste controversée[modifier | modifier le code]

Portrait d'Elena Ceaușescu non daté.

Deux ans après la prise du pouvoir par les communistes, en mars 1945, la Roumanie devient officiellement la République populaire roumaine en décembre 1947 : Elena Ceaușescu travaille alors comme secrétaire au ministère des Affaires étrangères, ce qui fait d'elle une figure de la nomenklatura qui ne manquera de rien et ne sera jamais menacée, même aux moments les plus rigoureux de la dictature communiste. À partir de 1948 elle est affectée au prestigieux département international du Comité central du PC[3]), où elle reste une personnalité de second rang jusqu'à la nomination de son mari au poste de secrétaire général du parti, en 1965. À partir de juillet 1971, lui sont confiés des postes de haut niveau de responsabilité au sein du Parti communiste roumain.

Après avoir obtenu pendant les années 1950 un diplôme d’ingénierie chimique à l’Université Politehnica (Bucarest), elle devient directrice générale de l’Institut de recherches chimiques roumain et devient également membre de l’Académie des sciences[2],[3]. Son niveau d’instruction limité ne l’empêche pas d’accaparer de nombreux prix scientifiques internationaux en chimie, notamment en matière de polymères, durant la période où son mari est à la tête du pays : il fallait à tout prix que l’ex-assistante de laboratoire devenue l’épouse du no 1 roumain apparaisse comme le fruit d’une réussite sociale exemplaire et aucun scientifique n’était assez téméraire pour refuser d’écrire les articles qu’elle signait. Certains tel Ion Ursu s’en firent une spécialité, ce qui leur valut une fulgurante carrière et de nombreux avantages réservés aux apparatchiks. Mais cela se savait tant dans la population[3] que dans la communauté scientifique du pays, qui est très fermement invitée par la Securitate (police politique du régime) à taire ses railleries, certains scientifiques ayant été emprisonnés[2].

Elena Ceaușescu devient ainsi docteur-ingénieur en chimie, bien que sa thèse ait été tout d’abord refusée par le professeur Cristofor I. Simionescu (ro), qui fut, pour cette outrecuidance, limogé et son nom retiré des encyclopédies. Un scientifique de moindre renom, le professeur Coriolan Drăgulescu, valida les travaux de la camarade Ceaușescu et se vit ainsi propulsé sur le podium scientifique du pays, voyant son nom entrer dans l’encyclopédie et intégrant lui aussi l’Académie des sciences. Cela permet à la première dame roumaine de recevoir des diplômes honorifiques de prestigieuses universités étrangères, elles-même sous la pression de leurs propres gouvernements (notamment celles d’Athènes, Buenos Aires, Lima, Manille, Mexico, Nice, New York, Quito et Téhéran) qui soignaient leurs bonnes relations avec le Bloc de l'Est. L’encyclopédie roumaine de l’époque consacre plus d’une demi-page à la seule énumération de ses titres et récompenses, qui lui furent retirés à titre posthume après la chute du régime.

Elena Ceaușescu recevant un diplôme honoris causa de l'université de Manille, aux Philippines, en 1975.

Ascension et domination politique[modifier | modifier le code]

Elena Ceaușescu lançant des fléchettes artisanales en compagnie d'Ion Iliescu en 1976, dans une résidence de repos du parti du județ de Iași.

Elena Ceaușescu commence à avoir un rôle politique dès l’été 1972, et celui-ci ne cessera d’augmenter[3]. Cette année-là, elle est ainsi élue membre titulaire du Comité central (l'organe officiel de direction du Parti communiste roumain), et, en 1973, nommée membre titulaire du Comité exécutif. La propagande du régime, notamment concernant le culte de la personnalité, la place petit à petit davantage en avant, notamment lors de la fête nationale du 23 août 1973 ; par la suite, elle suit de plus en plus près son époux dans l’ordre protocolaire, lors des représentations officielles. À partir de 1975, elle en occupe la deuxième place, devant les membres du gouvernement et le Premier ministre. Elle devient membre du Bureau permanent en [3]. Elle est alors le deuxième personnage de l’État et du Parti et, au même titre que Nicu (1951-1996), le fils benjamin du couple présidentiel, elle fait figure de successeur éventuel de son mari[3]. Son influence politique est alors considérable alors que la rotation des postes est assurée au minimum jusqu’en 1989 et éloigne ainsi toute opposition interne : en 1974, elle est notamment accusée d’avoir précipité la chute du Premier ministre Ion Gheorghe Maurer[3]. Bien que son influence politique dépasse largement les prérogatives du chef de la majorité, elle devient, en juin 1987 vice-Première ministre de Roumanie.

Elena Ceaușescu serait responsable du décret sur l'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse, disposition qui cause dès les années 1970 et 1980 une augmentation importante de naissances d'enfants non désirés. Ceux-ci sont alors placés dans des orphelinats dispersés dans tout le pays, dont le niveau d'hygiène et de compétence du personnel est déplorable. Elle est également nommée à la tête de Commission d'État chargée de la santé. À ce titre, elle nie notamment l'existence du sida en Roumanie, provoquant la plus grave épidémie pédiatrique d'Europe[6].

Le couple Ceaușescu, en 1975, avec l'empereur du Japon Hirohito.
Elena Ceaușescu signant le livre d'or de la ville de Toulouse en 1970.

Chute du régime[modifier | modifier le code]

La Révolution roumaine de 1989 permet aux conjurés, membres de la nomenklatura hostiles au couple Ceaușescu, de prendre le pouvoir. Elena et Nicolae s'enfuient en hélicoptère mais ce dernier les abandonne dans une base militaire près de Târgoviște, à 50 kilomètres de Bucarest, où ils sont mis aux arrêts. Durant la procédure juridique d'urgence que le régime réservait à ses opposants, d'une durée de 55 minutes, Elena refuse de répondre aux questions posées par les juges venus de Bucarest et conteste la légitimité de leurs accusations, adoptant à leur égard un ton arrogant, voire maternaliste (« vous me devez tout, je pourrais être votre mère »). À l'issue de cet expéditif procès (le dernier selon cette procédure), elle et son mari sont condamnés à mort pour génocide et aussitôt fusillés dans la cour de la caserne, le jour de Noël de 1989. Les membres de leur famille, dont leurs enfants, ne sont pas inquiétés, mais protégés par les forces de l'ordre jusqu'à la stabilisation du nouveau régime, dirigé par Ion Iliescu[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ro) Stelian Neagoe, Istoria guvernelor României: de la începuturi--1859 până în zilele noastre--1999, Editura Machiavelli, (ISBN 9789739659970).
  2. a, b et c Elena Ceausescu, savante... d'exception
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Pierre Bouillon, « Elena : l’éminence grise », in « Ceausescu, le dictateur courtisé », L'Histoire no 370, décembre 2011, page 72.
  4. « Des tests ADN confirment l'identité du dictateur roumain Ceausescu », dépêche AFP, 3 novembre 2010.
  5. Article de Métro-Montréal du 3/11/2010
  6. Assemblée parlementaire Compte rendu des débats Session de 2001, t. 1, Council of Europe, (ISBN 9789287146717, lire en ligne), p. 225.
  7. Radu Portocală, Autopsie du coup d'État roumain : au pays du mensonge triomphant, Calmann-Lévy, Paris 1990, 195p., ISBN 9782702174296.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]