Ion Mihai Pacepa

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Ion Mihai Pacepa
Ion Mihai Pacepa 1975cr.jpg
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Ion Mihai Pacepa (né le à Bucarest, Roumanie) est le fonctionnaire le plus haut placé des services d'espionnage de l'ancien bloc soviétique à avoir jamais fait défection. Il est maintenant citoyen américain.

En juillet 1978, le roumain Pacepa était général à deux étoiles dirigeant la Securitate et il avait en même temps le grade de conseiller du Président Nicolae Ceaușescu, étant à la fois chef de son service des renseignements à l'étranger et secrétaire d'État au Ministère de l'Intérieur de Roumanie. À ce titre, il était en contact permanent avec ses homologues soviétiques. Il s'enfuit aux États-Unis après que le Président Jimmy Carter eut agréé sa demande d'asile politique.

Par la suite, il collabora avec les services d'espionnage américains dans différentes opérations contre ce qui était alors le bloc de l'Est. Durant l'administration Bush, la Central Intelligence Agency a écrit que sa coopération fut pour les États-Unis « une contribution importante et exceptionnelle[1] ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Pacepa a étudié la chimie industrielle à l'Université Polytechnique de Bucarest. Peu de mois avant la remise de son diplôme, il fut recruté par la Securitate et ne passa son examen de construction mécanique que quatre ans plus tard. De 1957 à 1960 il a exercé les fonctions de chef de l'antenne d'espionnage roumaine en Allemagne de l'Ouest. De 1972 à 1978 il a été conseiller de Ceaușescu pour la sécurité nationale et le développement technologique en même temps que chef adjoint du service roumain de renseignements à l'étranger.

Pacepa fit défection en juillet 1978 en se rendant à l'Ambassade américaine de Bonn, quand Ceaușescu l'avait chargé d'un message pour le Chancelier Helmut Schmidt. Il fut alors secrètement conduit à la base aérienne militaire Andrews près de Washington D.C. dans un avion militaire américain.

En septembre 1978, Pacepa fut deux fois condamné à mort par la Roumanie communiste et Ceaușescu promit une récompense de deux millions de dollars américains à qui le tuerait. Yasser Arafat et Mouammar Kadhafi y ajoutèrent chacun une récompense d'un million de dollars supplémentaire. Au cours des années 1980 la police politique roumaine chargea Carlos d'assassiner Pacepa en Amérique en échange d'un million de dollars. Carlos échoua, mais le 21 février 1980, il fit sauter une partie du siège de Radio Europe Libre à Munich, qui donnait des informations sur la défection de Pacepa.

En dévoilant l'étroite imbrication de la Securitate et des autres polices politiques et services d'espionnage de l'Est, ainsi que la répression intérieure et les opérations contre l'Occident, la défection de Pacepa porta un coup terrible à l'image de « socialisme modéré et indépendant de l'URSS » que le régime communiste roumain s'efforçait d'accréditer sur la scène internationale. De plus cette défection révélait au grand jour le malaise intérieur de la Securitate et de la nomenklatura roumaines, qui commençaient à perdre confiance en Nicolae Ceaușescu, dont la mégalomanie se traduisaient par un endettement croissant du pays et des restrictions même pour les privilégiés du régime. Ceaușescu aussi perdit confiance dans ses camarades des « Organes du Parti et de l'État » et pour éviter de nouvelles défections, il accentua le népotisme familial et confia à sa femme Elena et à sa parentèle de plus en plus de postes importants dans le gouvernement.

Le 7 juillet 1999, par décision No. 41/1999 de la Cour suprême de la Roumanie, les condamnations à mort de Pacepa furent annulées, son grade dans l’armée lui fut rendu et on ordonna que ses biens confisqués sur les ordres de Ceaușescu lui fussent restitués. Le parlement et le gouvernement du pays refusèrent de se plier à cet arrêt, arguant qu’avant sa défection, Pacepa avait été un « sbire de la dictature totalitaire » dont le cas ne pourrait être tranché qu’après « jugement de ses actes antérieurs à 1978 ». Dans les médias roumains, des protestations s’élevèrent au nom du principe d’égalité : « Pourquoi ne devrait-on juger que celui des sbires qui est passé à l’Ouest ? » et « Pourquoi parmi tous ceux qui ont fui le régime, seuls Pacepa et la famille royale se voient restituer des biens ? » (journal România Liberă). Cela déchaîna une série d’articles en Europe de l’Ouest et aux États-Unis où l’on affirmait que la Roumanie n’était toujours pas un état de droit.

Livres et Articles[modifier | modifier le code]

En 1987 Pacepa a publié un livre, Red Horizons: Chronicles of a Communist Spy Chief, qui a été émis sous forme de feuilleton par Radio Europe Libre, suscitant « un énorme intérêt parmi les Roumains ». Par la suite, l’ouvrage commença à être publié en feuilleton dans le nouveau journal roumain Adevărul, qui écrivit que ce livre avait « joué un rôle incontestable dans la chute des Ceaușescu » (selon le texte imprimé sur la quatrième de couverture de la deuxième édition du livre, parue en 1990). Red Horizons a été par la suite réédité dans 27 pays et on ne cesse de le réimprimer.

Michael Ledeen, ancien conseiller contre le terrorisme du président Reagan, a écrit que Pacepa « mérite des éloges, car il est l'un des très peu nombreux connaisseurs des services de renseignement de l'Empire soviétique, et parce qu'il écrit avec une rare lucidité, toujours dans le but de nous aider à comprendre notre monde. Son premier livre, Horizon rouge, est indubitablement le plus brillant portrait d'un régime communiste que j'ai jamais lu[2].» Quant à son éditeur en France, il décrit Horizon rouge comme « une description de la dictature de Ceausescu qui rejoint et dépasse parfois celle qu'avait faite Alfred Jarry de la Poldavie d'Ubu. »

En 1993 Pacepa a publié The Kremlin's Legacy, où il affirme avoir essayé de libérer réellement son pays natal de sa dépendance vis-à-vis du Kremlin, tandis que Ceaușescu et sa clique faisaient seulement semblant. En 1999 il fit paraître une trilogie The Black Book of the Securitate, qui devint un best-seller en Roumanie.

Il écrit de temps à autre des articles pour les journaux américains conservateurs, comme National Review Online, The Wall Street Journal, The Washington Times et le journal on-line FrontPage Magazine. Dans un article en 2006, Pacepa rapporte une conversation qu'il aurait eue avec Nicolae Ceaușescu, ce dernier lui parlait de « dix dirigeants internationaux que le Kremlin avait tués ou essayé de tuer » : Laszlo Rajk et Imre Nagy en Hongrie ; Lucrețiu Pătrășcanu et Gheorghe Gheorghiu-Dej en Roumanie ; Rudolf Slansky et Jan Masaryk en Tchécoslovaquie ; le Chah en Iran ; Palmiro Togliatti en Italie ; John F. Kennedy et Mao Tsé Toung. Pacepa fournit quelques détails supplémentaires au sujet d'un complot visant à tuer Mao Tsé Toung avec l'aide de Lin Piao organisé par le KGB, et ajoute que « parmi les chefs des services des renseignements des pays satellites de Moscou tout le monde reconnaissait que le KGB avait été impliqué dans l'assassinat du président Kennedy ». Dans un article en 2007, il affirme que « dans mon autre vie, quand j'étais au centre des intrigues menées par les services d’espionnage de Moscou, je fus moi-même mis au courant d’une tentative délibérée du Kremlin de noircir le Vatican, en décrivant le pape Pie XII comme ayant froidement décidé de sympathiser avec les Nazis[3] ».

Ses livres et articles qui mêlent des faits vérifiés à des souvenirs invérifiables auraient discrédité Pacepa aux yeux des historiens roumains[réf. nécessaire], bien que tous reconnaissent la réalité de son implication dans la direction de la Securitate.

Liste des ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • Red Horizons: Chronicles of a Communist Spy Chief, 1987. (ISBN 0-89526-570-2)
  • Horizons rouges, traduction française du précédent, Presses de la Cité 1988 (ISBN 2-258-02607-5); France Loisirs c1988 (ISBN 2-7242-4882-1); Presses Pocket 1990 (ISBN 2-266-03768-4).
  • Red Horizons: the 2d Book. The True Story of Nicolae and Elena Ceaușescu's Crimes, Lifestyle, and Corruption, 1990. (ISBN 0-89526-746-2)
  • The Kremlin Legacy, 1993
  • Cartea neagră a Securității, ("Le livre noir de la Securitate"), Ed. Omega, Bucarest, 1999. (ISBN 973-98745-4-1)
  • Programmed to Kill: Lee Harvey Oswald, the Soviet KGB, and the Kennedy Assassination, 2007. (ISBN 978-1-56663-761-9)
  • Ion Mihai Pacepa et Ronald Richlak, Disinformstion, WND Books, Washington, 2013. (ISBN 978-1936488605) (eBook (ISBN 978-1936488988).

Choix d'articles[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. "Red past in Romania's present", par Arnaud de Borchgrave , The Washington Times, 13 janvier 2004
  2. (en) Kennedy Assassination and Soviet KGB Connection — Les premiers chapitres de Horizon rouge contiennent aussi des révélations sur l'OLP, Yasser Arafat et Khadafi.
  3. (en) "Moscow's Assault on the Vatican", National Review Online, January 25, 2007

Source[modifier | modifier le code]