Vlad III l'Empaleur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Basarab.
Vlad Țepeș
Vlad Țepeș portrait du XVe siècle (château d'Ambras).
Vlad Țepeș portrait du XVe siècle (château d'Ambras).
Titre
Prince de Valachie
Prédécesseur Vladislav II
Successeur Vladislav II
Prédécesseur Vladislav II
Successeur Radu III
Prédécesseur Basarab III
Successeur Basarab III
Biographie
Dynastie Drăculea
Nom de naissance Vlad Basarab
Date de naissance
Lieu de naissance Târgoviște (probable) ou Sighișoara (légendaire)
Date de décès (à 45 ans)
Lieu de décès Bucarest
Père Vlad II le Dragon (Vlad Dracul)
Mère Vasilisa Cneajna Muşat, princesse de Moldavia
Conjoint (1) ép. Ileana de Hunedoara-Nelipic, cousine de Matei Corvin, roi de Hongrie
(2) illég. fille de l'armas Dracea de Mănești
Enfants Mihnea Ier cel Rău

Le voïvode Vlad III Basarab, surnommé « l'Empaleur » (en roumain Țepeș, prononcé ˈt͡sepeʃ), né entre 1431 et 1436 probablement à Târgoviște en Valachie (mais, selon la légende moderne, à Sighișoara en Transylvanie) et mort en décembre 1476 près de Bucarest, est prince de Valachie en 1448, puis de 1456 à 1462 et en 1476. Un autre surnom de Vlad III, Drăculea (signifiant « fils du dragon »), fut repris par Bram Stoker pour nommer le personnage littéraire du comte vampire Dracula.

Biographie[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Le contexte de la première moitié du XVe siècle est mouvementé : le Saint-Empire romain germanique et les pays chrétiens d'Europe de l'Est, en particulier l'Autriche et les royaumes de Hongrie et de Pologne, sont sérieusement menacés par la poussée de l'Empire ottoman, lequel a déjà conquis les Balkans et encerclé Constantinople (la capitale ottomane est à Andrinople jusqu'en 1453). Réduit à sa capitale, à quelques îles de l'Égée, à Mistra et à Trébizonde, l'Empire byzantin vit ses dernières années avant sa chute le 29 mai 1453. Les régions qui se situent entre les deux empires constituent le dernier rempart de la chrétienté (catholique et orthodoxe) contre les musulmans et sont le théâtre de batailles acharnées. Les sultans consolident leur contrôle sur les Balkans, balayant un à un les États chrétiens (Serbie, Bulgarie, despotat d'Épire, Despotat de Dobroudja) et ne s'arrêtent qu'aux portes de la Hongrie.

Durant cette période, la Valachie est une principauté qui résiste encore à la pression ottomane. Ses relations avec l'empire turc oscillent entre guerres et périodes de vassalité envers le Sultan ottoman, qui offre la paix moyennant le paiement d'un tribut[N 1]. Le Voïvode étant élu, le trône était disputé, à l'époque de Vlad Țepeș, entre les familles cousines Basarab des Basarab-Dǎnescu et des Basarab-Drǎculescu. Alors que les Drǎculea négociaient la paix avec les Turcs, les Dǎnescu appelèrent les Hongrois pour les aider à combattre le Sultan.

En 1447, le père de Vlad, Vlad II Dracul (« le Dragon », surnom dû au fait qu'il était membre de l'Ordre du Dragon), conclut une paix avec les Ottomans. Étant en guerre contre les Turcs, Jean Hunyadi, voïvode de Transylvanie et gouverneur de Hongrie depuis 1446, entreprend en novembre de la même année, en partant de Brașov, une expédition punitive contre Vlad II, considéré comme traître à l'ordre du Dragon. Ce dernier est capturé et tué à Bǎlteni, avec son premier fils Mircea II le Jeune. Parvenu à Târgoviște, Jean Hunyadi se proclame le 4 décembre 1447 « voïvode des régions transalpines » (c'est-à-dire, pour lui, « au-delà des Alpes de Transylvanie », en Valachie). Ce titre lui permet de faire élire au trône de la Valachie un des Dǎnești, le fils de Dan II, Vladislav II. Les Drǎculești sont alors évincés du pouvoir.

Son vrai nom[modifier | modifier le code]

Vlad est un boyard et prince Basarab, à l'origine du toponyme Bessarabie (qui désigna initialement la Valachie avant de désigner une partie de la Moldavie). Le premier représentant connu de cette dynastie est Basarab Ier de Valachie qui délivra le pays de la vassalité hongroise. Selon les historiens Mihnea Berindei et Matei Cazacu, ce nom pourrait être couman (signifiant « père sévère »). Selon l'historien Pierre Năsturel, ce Besserem-Bem des chroniques turques pourrait être une déformation de Bessarion-Ban (Ban étant un titre hongrois de vassalité désignant un commandant militaire d'une marche-frontière et ayant donné le nom du Banat).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Immeuble présenté comme la « maison natale de Dracula » à Sighișoara.

Issu de la dynastie princière valaque des Basarab, Vlad Țepeș, né entre 1431 et 1436, a pu voir le jour à Târgoviște alors capitale de la Principauté, à Curtea de Argeș autre ville princière, ou encore à Bucarest comme l'affirment toutes les sources anciennes[1]. Mais, depuis 1990, le mythe de Dracula lancé par Bram Stoker étant parvenu en Roumanie où il est commercialement exploité, une légende popularisée par l'historien roumano-américain Radu Florescu[2] situe sa naissance à Sighișoara, ville de Transylvanie où son père exilé est censé avoir séjourné et où l'on montre depuis lors sa « maison natale »[3],[4].

Quoi qu'il en soit, en 1442, Vlad Țepeș est envoyé comme otage au sultan Mourad II, avec son jeune frère Radu III le Beau (qui, lui, est dispensé d'une naissance mythique en Transylvanie). Le jeune Vlad est retenu à Andrinople (alors capitale de l'Empire ottoman, qui n'avait pas encore pris Constantinople) jusqu'en 1448, et son frère Radu jusqu'en 1462. Cette période de captivité dorée chez les Turcs a joué un rôle important dans la montée au pouvoir de Vlad. Probablement s'est-il fait durant cette période des relations utiles à son ambition, et à son désir de revanche contre les Dǎnești. En sa qualité d'otage princier, il avait certains privilèges tel que celui de pouvoir étudier, correspondre, disposer de pages et de serviteurs. La légende raconte que c'est à cette époque qu'il aurait assisté à ses premiers empalements, un des supplices dans l'Empire ottoman[5].

La lutte pour le trône[modifier | modifier le code]

En 1448, profitant de l'absence de Vladislav, éloigné de Târgoviște par les combats de la seconde bataille de Kosovo contre les Turcs, Vlad III Țepeș rentre d'Andrinople avec une troupe de cavalerie turque et un contingent de troupes prêtées par le pacha Mustafa Hassan pour s'emparer du trône. Mais Vladislav le chasse dès son retour, deux mois plus tard (octobre-novembre 1448), et Vlad doit s'exiler en Moldavie où règne Bogdan II Mușat. Là, il se lie d'amitié avec le futur Étienne III de Moldavie.

La chute de Constantinople aux mains des Turcs en 1453 change la donne : les chrétiens doivent faire feu de tout bois et Jean Hunyadi, qui part défendre Belgrade contre les assauts ottomans, confie à Vlad Țepeș une armée pour défendre la Valachie et la Transylvanie. Mais Vlad en profite, avec l'aide de boyards de Munténie, pour reprendre le trône de Valachie : il écrase et tue Vladislav II au combat en août 1456. Il règne ensuite pendant six ans, consolidant son pouvoir en centralisant l'autorité, de la même façon que Matthias Corvin en Hongrie ou Louis XI en France. Il élimine sans pitié tous les boyards qui tentaient le déstabiliser. Selon la légende du régime communiste, antérieure de quarante ans à celle liée à Dracula, il se serait appuyé sur le petit peuple, qui l'adulait, et aurait combattu l'aristocratie, de telle façon que tous le redoutent et le craignent.

La légende « du pal »[modifier | modifier le code]

Libelle de 1462 représentant Vlad Țepeș.

Toujours selon la légende du régime communiste, la plus petite infraction, du mensonge jusqu'au crime, pouvait être punie de mort (le mythe dit « du pal », mais toutes les forêts du pays n'y auraient pas suffi). En fait, Vlad n'a empalé que quelques personnages, mais de haut rang : c'est ce qui a frappé les imaginations et lui a valu son surnom de Țepeș (l'empaleur). Il combat la corruption et l'intrigue en s'appuyant sur l'« Oastea domnească », l'armée princière, recrutée parmi les paysans libres. Sûr de l'efficacité de son système, Vlad place un jour une coupe en or à la fontaine de la place centrale de Târgoviște. Les voyageurs assoiffés auront le droit de se servir de la coupe, mais elle doit rester en place. La coupe ne fut jamais dérobée, et resta à sa place tout le temps du règne de Vlad.

Une autre légende encore, lancée par des sources hostiles comme Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian von Engel, publiées au début du XIXe siècle, veut que lors de la guerre contre les Ottomans, Vlad ait empalé ses propres soldats blessés dans le dos (donc ayant fui devant l'ennemi) ou aurait ordonné d’empaler un soldat sur douze parmi ceux qui refusaient d’aller au combat. Le bourreau refusant, Vlad l'aurait transpercé sur le champ[6].

Représentation de Vlad Țepeș dans un tableau dépeignant le calvaire du Christ (détail), Vienne, église Notre-Dame-du-Rivage, 1460.

Il semble en revanche acquis que Vlad a dirigé sa vengeance contre les boyards responsables de la mort de son père et de son frère Mircea. Le dimanche de Pâques 1457, il arrête toutes les familles de boyards qui faisaient la fête à la cour princière. Après avoir empalé quelques chefs des grandes familles, il oblige les autres à marcher une centaine de kilomètres, sur un difficile chemin de chèvres. Il ne permet pas aux survivants de se reposer à leur arrivée, il leur ordonne immédiatement de construire une forteresse sur les ruines d'un ancien avant-poste de son grand-père, avec vue sur la rivière. Cette place forte est bâtie au sommet du mont Poienari. Elle permet à Vlad d'avoir une vue au sud sur les terres de Valachie et au nord sur la Transylvanie. Il contrôle de cette manière la vallée qui mène de l'une à l'autre. Le chantier dure des mois et beaucoup meurent. Vlad crée une nouvelle noblesse d'armes parmi ses paysans, et réussit à se faire construire rapidement une forteresse avec l'ancienne. La légende moderne dit que ce serait le château de Bran, bien que celui-ci ne se situe pas en Valachie, mais en Transylvanie, et si ses fondations sont bien antérieures au règne de Vlad (elles datent de l'Ordre Teutonique, cantonné là entre 1211 et 1242), les murailles actuelles sont bien postérieures, datant des Habsbourg. La véritable forteresse de Vlad est identifiée aujourd'hui aux ruines de la citadelle de Poenari sur l'Argeș, en Valachie.

Plus sûr encore, car recoupé par plusieurs sources[7], en 1457, les marchands saxons de Transylvanie de Sibiu et de Brașov essaient de le remplacer par un « prêtre des Roumains », identifié comme étant le futur souverain Vlad IV Călugărul (Vlad IV le Moine), qui leur promet des avantages douaniers. Les commerçants de Brașov choisissent un autre prétendant, Dan III Dănicu, le frère de Vladislav II. Vlad franchit alors les Carpates et, une fois à Brașov, punit ses ennemis, jusqu'au moment où Matthias Corvin, fils de Jean Hunyadi, intervient en négociant un accord, ce qui montre les limites de l'indépendance du pouvoir de Vlad Țepeș face au pouvoir hongrois. Dan III, soutenu par Matthias, passe les Carpates depuis Brașov vers la Valachie, où il est pris et exécuté par Vlad le 22 avril 1460. Les rétorsions financières envers les marchands saxons de Transylvanie établis en Valachie sont alors sévères, et, bien qu'aucun n'ait été empalé, Vlad acquiert ainsi sa réputation de monstre auprès des Occidentaux.

Contre les Turcs[modifier | modifier le code]

Vlad Țepeș et les ambassadeurs turcs par Theodor Aman (1862-1863).

Début 1462, Vlad se sent plus fort, et la participation que lui promet Matthias Corvin en personne à une expédition contre les Turcs l'enhardit jusqu'à briser son alliance avec les Ottomans. Il lance alors une campagne contre ces derniers sur le Danube, tuant plus de 30 000 hommes. Vlad perd alors l'allégeance de son frère Radu cel Frumos (Radu le Beau) et provoque la colère du sultan Mehmed II, fils de Mourad, lorsqu'il refuse d'accéder à la demande des émissaires turcs Hamza Bey et Thomas Catavolinos de payer le tribut au sultan.

Ici la légende entre à nouveau en jeu : lorsque les émissaires du souverain ottoman refusent d'ôter leurs turbans face à lui, Vlad les leur fait clouer sur le crâne. Quand le sultan apprit l'exécution de ses émissaires, il aurait décidé d'envahir la Valachie avec une armée de deux tiers plus importante que celle de Vlad, pour transformer le pays en province turque. L'aide hongroise tardant à se manifester, Vlad Țepeș se serait retiré à Târgoviște, brûlant ses propres villages et empoisonnant les sources sur sa route, de façon à ne plus rien laisser à boire et à manger à l'armée turque. Il aurait livré plusieurs escarmouches dont la plus célèbre est l'attaque de nuit du [8]. Lorsque le sultan arriva à Târgoviște, il aurait trouvé des officiers turcs empalés par centaines : une scène terrifiante nommée « la Forêt des Pals » et qui, elle aussi, marqua les imaginations.

Toujours est-il que c'est Radu cel Frumos, frère de Vlad et candidat des Turcs pour le trône de Valachie, qui, à la tête de l'armée turque et d'une partie de l'« Oastea domnească » qu'il convainc de rejoindre son camp, poursuit son frère jusqu'à la forteresse de Poenari. D'après la légende, la femme de Vlad, qui voulut s'échapper, trouva la mort en tombant du haut de la falaise que la forteresse surplombe (une scène exploitée par Francis Ford Coppola dans son film Dracula). Vlad, lui, réussit à s'échapper du siège de Poenari en empruntant un passage secret à travers la montagne ou, selon la légende, en ferrant ses chevaux dans le mauvais sens pour s'échapper de nuit : ses ennemis, le lendemain, voyant des traces de sabots allant vers la forteresse, en déduisent que des cavaliers ont pénétré dans Poenari alors que Vlad en était sorti. Il est très difficile de démêler le mythe de la réalité dans cette historiographie déjà romancée du vivant de Vlad. En tout cas, Radu le Beau monte sur le trône de Valachie le 15 août 1462.

Prisonnier en Hongrie[modifier | modifier le code]

Vlad retourne alors en Transylvanie pour rencontrer Matthias Corvin qui, pense-t-il, arrive à Brașov pour se porter à son secours. Mais ses excès lui ont déjà aliéné ses alliances, et les autorités locales de Brașov qui reconnaissent Radu comme souverain depuis deux mois, achèvent de convaincre Matthias Corvin d'arrêter Vlad (arrestation effectuée par un chef hussite connu, Jan Jiskra, en novembre 1462). Vlad est maintenu prisonnier à Buda, capitale de la Hongrie (aujourd'hui une partie de Budapest) pendant douze ans ; une fois libéré, il retourne en Valachie et s'installe à Bucarest qui, à l'époque, n'était qu'une petite bourgade parmi d'autres. Selon de nombreuses sources, c'est l'arrivée de Vlad et son troisième règne qui auraient fait prospérer la ville. Selon ces mêmes sources, Vlad lui-même aurait fait de Bucarest la capitale de la principauté.

Une fin tragique[modifier | modifier le code]

En 1476, Vlad est reconnu à nouveau comme prince de Valachie, mais il ne jouit que peu de temps de son troisième règne car il est tué à la fin du mois de décembre 1476 à Bucarest, dans des circonstances aussi nébuleuses que sa naissance[N 2]. Vlad Țepeș est décapité et sa tête envoyée au sultan qui l'expose sur un pieu comme preuve de sa mort.

Sa tombe[modifier | modifier le code]

La réalité des faits est loin de la fiction du roman Dracula ou de nombreux films et spectacles y faisant référence, mettant tous en scène un cercueil dans une crypte gothique entourée de ténébreuses montagnes.

Le « tombeau » de Vlad Țepeș est censé se situer au monastère de Snagov, sur une île proche de la capitale roumaine. Selon le célèbre historien Constantin Rezachevici, son tombeau pourrait être en fait situé au monastère de Comana[9]. Le monastère de Comana a été fondé au milieu du XVe siècle par Vlad Țepeș et se situe dans le Județ de Giurgiu au sud de la Roumanie.

Le tombeau est censé se situer en plaine, au bord d'un lac aux rives fleuries, au monastère de Snagov, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bucarest. Mais des études récentes ont montré que ce « tombeau » ne contient que quelques ossements de chevaux sauvages fossiles, des tarpans datés du Néolithique, et ne correspondent pas aux restes du prince valaque. D'après le livre de Radu Florescu et Raymond McNally À la Recherche de Dracula, il y a deux autres tombes à Snagov : la première à l'entrée de la chapelle du monastère et la seconde au pied de l'autel. On s'accorde généralement à dire que c'est la seconde qui devrait contenir le corps (décapité) de Vlad. En 1932, une mission archéologique roumaine ouvrit cette tombe et n'y trouva que des fragments d'ossements humains, mâchonnés par des bêtes. L'autre tombe fut également ouverte. L'équipe d'archéologues y découvrit un squelette d'homme très friable et privé de son visage, sa tête recouverte d'un tissu de soie, une épée, une médaille de l'Ordre du Dragon, une couronne, les restes d'une cape pourpre et une bague de femme, cousue à l'intérieur de ce qui fut autrefois la manche d'un vêtement (tradition d'amour courtois très répandue en Europe à la fin du Moyen Âge) : l'inventaire du Musée d'Histoire et d'Archéologie de Bucarest, et des photos en témoignent, mais leur attribution à Vlad est néanmoins sujette à caution, compte tenu de la « Draculomanie » sévissant en Roumanie[10], d'autant qu'entre-temps, le Musée d'Histoire et d'Archéologie de Bucarest, ainsi que ses réserves, ont déménagé plusieurs fois, subi des bombardements et des incendies, et la malle contenant les restes de Snagov reste à ce jour introuvable.

Le monastère de Snagov est orthodoxe, or Vlad avait abjuré sa foi orthodoxe et s'était converti au catholicisme pour pouvoir bénéficier du soutien de Mathias Corvin afin de remonter sur le trône. Il était donc considéré comme un « hérétique » par les moines orthodoxes, qui n'auraient pas mis son corps en terre dans cette tombe. Un « hérétique », mais baptisé orthodoxe et de sang princier : on aurait pu lui accorder de reposer dans la chapelle, mais à l'entrée, les fidèles et les moines marchant alors sur sa tombe chaque jour en signe de contrition pour lui.

Avec l'avènement de la génétique, on s'intéressa de nouveau au corps trouvé à l'entrée de la chapelle en 1932 pour tenter de l'authentifier en comparant son ADN à celui des descendants de Vlad III encore en vie. Mais le nombre de candidats à ce titre est si élevé, que c'est financièrement inenvisageable.

Surnoms, légendes et postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Surnoms[modifier | modifier le code]

Vlad Basarab a eu de nombreux surnoms : Țepeș (« l'Empaleur » en roumain), Drăculea (« Petit dragon » en roumain, d'où Dracula - son père Vlad II le Dragon ayant été membre de l'Ordre du Dragon).

Vlad Țepeș connaît déjà une célébrité importante de son vivant, répandue surtout par ses ennemis : les marchands saxons de Transylvanie, et Matthias Corvin, le roi de Hongrie, qui l'ont fait passer pour un souverain cruel qui empale ses ennemis. Selon leurs dires, il aurait empalé des centaines de milliers d'hommes, et en particulier, les négociants allemands de Transylvanie, les membres de la vieille noblesse, tous ceux qui se dressaient contre lui, ainsi que les prisonniers turcs.

Mais, oubliée avec sa mort, cette mauvaise réputation, consignée dans les documents et les gravures d'époque, s'est repropagée avec la diffusion du personnage de Dracula, inventé par Bram Stoker pour son roman en 1897. Ce roman ne se fonde pourtant pas sur la réalité du règne de Vlad Țepeș : c'est une fiction censée se dérouler en Transylvanie et au Royaume-Uni au XIXe siècle. Néanmoins, en raison du succès de cette fiction, Vlad Țepeș est assimilé au personnage de Dracula qui a été immortalisé par Stoker sous la forme d'un vampire buvant le sang de ses victimes. L'image de la Transylvanie, et de la Roumanie, par le biais du roman de Stoker, est maintenant associée pour longtemps au comte vampire Dracula, dont le nom est celui du Diable, et qui occulte la mémoire historique de Vlad Țepeș.

Origines de la légende[modifier | modifier le code]

Sa vie est connue grâce aux sources écrites qui relatent les faits et gestes de Vlad III, prince de Valachie au milieu du XVe siècle. Mais beaucoup de ces sources romancent déjà sa biographie et en exagèrent les détails dès son vivant. Des historiens comme A. Bonfini, L. Chalcocondyle, ainsi que l'auteur anonyme des Histoires slavonnes et plus récemment Nicolae Iorga ou Dinu Giurescu ont pu supposer que les récits mettant en valeur son courage et sa probité eurent son assentiment, afin d'impressionner ses sujets et ses adversaires. En revanche les récits et les dessins qui en font un monstre de cruauté, une brute sanguinaire dont les victimes se seraient comptées par centaines de milliers, sont pour la plupart postérieurs à sa mort.

Représentation tirée des chroniques de Brodoc montrant Vlad Țepeș dînant devant une « forêt de pals ».

Ces récits hostiles, compilés par Johann Christian von Engel au début du XIXe siècle, expriment le ressentiment de ses adversaires, les marchands saxons de Transylvanie et les boyards de Valachie, qui ont toujours lutté pour conserver leurs privilèges dans ces régions. La diffusion en Europe centrale au XVe siècle d'écrits inspirés par cette version a été encouragée par Matthias Corvin qui cherchait à justifier son changement d'alliance : après avoir soutenu Vlad dans ses actions contre les Turcs, il soutint son frère Radu III le Beau (Radu cel Frumos), candidat des Ottomans, alors que Vlad était vaincu et demandait de l'aide, seul à Brașov. Il était alors fort opportun que Vlad Țepeș passe pour un monstre incontrôlable.

Les historiens modernes remettent en cause ces légendes, considérant que :

  • un lieu de naissance hors de la sécurité (relative) des villes princières de Valachie, est très peu vraisemblable ;
  • les seuls monuments historiques que l'on peut rapporter avec certitude au règne de Vlad, sont la tour de Chindia à Târgoviște et, selon l'historien Lucian Boia, une aile de l'ancienne citadelle de Bucarest ("Curtea Veche" : son buste marque d'ailleurs l'endroit) ;
  • le supplice à Târgoviște (non précisé, mais humiliant et mortel) des boyards hostiles que Vlad tenait pour les assassins de son père ;
  • l'empalement en 1461 de l'ambassadeur turc Hamza Bey et son chambellan Thomas Katavolinos, qui avaient tenté de s'emparer de Vlad par la ruse (ou de l'empoisonner, selon les sources).

Ces deux graves atteintes à la condition nobiliaire (les aristocrates ne pouvaient être exécutés qu'après jugement, sans être suppliciés, ni astreints à travailler) et à l'immunité diplomatique, n'ont pu que marquer les imaginations en ce temps, mais ne font pas pour autant de Vlad Țepeș un « ami du peuple et ennemi juré de tous les aristocrates », et encore moins un « vampire »[11].

Vlad Țepeș dans la culture[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Les récits qui, comme la chronique de Brodoc, ont représenté Vlad Țepeș, au moyen de gravures sur bois et de libelles reproduits à des centaines d'exemplaires, en « vampire sanguinaire se repaissant de chair humaine et buvant du sang, attablé devant une forêt de pals », affirment aussi qu'il aurait systématiquement fait écorcher, bouillir, décapiter, aveugler, étrangler, pendre, brûler, frire, clouer, enterrer vivants, mutiler atrocement et bien sûr empaler tous ses contradicteurs. La connexion avec le mythe gothique du vampire date seulement du XIXe siècle, lorsque de tels récits ont pu arriver à la connaissance de Johann Christian von Engel, mais aussi d'Ármin Vámbéry de l'Université de Budapest que Bram Stoker cite nommément (Arminius Vambery) dans son roman Dracula comme « ami et source de renseignements » du personnage d'Abraham Van Helsing[12].

Un Vlad Țepeș mythifié apparaît aussi en tant que personnage central :

  • dans le roman La Croisade des Carpates des écrivains Vanessa et Diana Callico (premier tome de la trilogie « Les sept portes de l'Apocalypse », éditions Asgard) ;
  • dans la bande dessinée Sur les traces de Dracula de Herman (dessinateur) et Yves (scénario) : premier tome de la série « Vlad l'Empaleur », éditions Casterman).
  • dans le comic book en trois parties Dracula : Vlad the Impaler par Roy Thomas (scénario) et Esteban Maroto (dessin), éditions Topps Comics, 1993

Vlad Țepeș en tant que personnage secondaire ou tertiaire apparaît par exemple :

  • dans la série de romans Chasseuse de la nuit de Jeaniene Frost, Edition Bragelonne Milady

(Il y est un ami du maître du héros et devient l'ami de l'héroïne) ;

  • dans la série de romans Le Prince des ténèbres de Jeaniene Frost, Edition Bragelonne Milady

(Il y est le compagnon de l'héroïne et les intrigues tournent autour de son passé humain, essentiellement).

Arts séquentiels[modifier | modifier le code]

Vlad Țepeș apparaît très rapidement à la fin du dernier épisode dans Hellsing : dans le dernier épisode de cette série animée japonaise, la face du visage du vampire Alucard s'éclaire dans l'obscurité au moment où surgit un éclair, laissant apparaître à moitié la face du portrait historique de Vlad Țepeș.

Famille[modifier | modifier le code]

Ascendants[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Vlad, après avoir contracté vers 1452/1456 une première union avec une inconnue originaire de Transylvanie dont il eut deux fils, Mihail présent au Château de Buda en 1486[N 3] et Vlad († 1485), épouse pendant sa captivité en Hongrie une cousine de Matthias Corvin parfois identifiée avec Ileana de Hunedoara-Nelipic[14]. Sa descendance est issue de cette union. Elle est mieux connue et a régné sur la Valachie[15] :

Pierre le Boîteux aurait eu trois épouses successives[16] : Maria Amiralis, avec qui il eut un fils : Vlad, Irène « la Tzigane », et, peut-être, une Maria Aroisali. Sa fille Maria Basarab, dont la filiation est incertaine, épousa Peter Bornemisza de Kapolna. Ils auraient à leur tour eu une fille, Zsuzsanna (Suzanne) Bornemisza de Kapolna qui, avec son mari Gaspar Kendeffy de Malomviz (ou Malmoliz), pourraient être parmi les ascendants de la famille royale de Windsor[N 4]. Les incertitudes généalogiques sont telles, et la « dilution génétique » si grande en 25 à 30 générations, que quiconque prétendrait aujourd'hui descendre en droite ligne de Vlad Țepeș se situerait ainsi hors du champ scientifique et historique... ce qui n'empêche pas de nombreuses personnes d'émettre de telles prétentions[17].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Academia Română (Académie Roumaine), Istoria Românilor vol.IV (Histoire des Roumains), Bucarest, Editura Enciclopedicǎ, 2001.
  • Matei Cazacu, « À propos du récit russe Skazanie o Drakule voevode », Cahiers du monde russe et soviétique, Paris, École Pratique des Hautes Études, vol. 15, no 3-4,‎ , p. 279-296 (lire en ligne).
  • Matei Cazacu, L'Histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (XVe siècle) : présentation, édition critique, traduction et commentaire, Genève, Droz, coll. « Hautes études médiévales et modernes » (no 61), , XVI-217 p. (ISBN 978-2-84734-801-9, présentation en ligne).
  • Matei Cazacu, Dracula : suivi du Capitaine Vampire, une nouvelle roumaine par Marie Nizet, 1879, Paris, Tallandier, coll. « Biographie », , 632 p. (ISBN 2-84734-143-9, présentation en ligne)
    Matei Cazacu, Dracula, Paris, Tallandier, coll. « Texto : le goût de l'histoire », , 2e éd., 497 p., poche (ISBN 978-2-84734-801-9).
  • Constantin Dobrilă, Entre Dracula et Ceaucescu. La tyrannie chez les Roumains, Bucarest, Institut culturel roumain, 2006.
  • Jean Nouzille, La Moldavie. Histoire tragique d'une région européenne, Paris, Éditions Belier, 2004, (ISBN 2952001219)
  • (ro) Nicolae Stoicescu, Vlad Țepeș, Bucarest, Editura Academiei Republicii socialiste Romania, , 238 p. (présentation en ligne).

Sur l'assimilation de Vlad III à la figure mythique de Dracula[modifier | modifier le code]

  • Denis Buican, Dracula de Vlad l'Empaleur à Staline et Ceaușescu, La Garenne-Colombes, Éditions de l'Espace européen, 1991.
  • Denis Buican, Les Métamorphoses de Dracula. L'histoire et la légende, Paris, Le Félin, 1993.
  • Laurence Harf-Lancner, « Dracula : les métamorphoses d'un prince roumain », L'Histoire, no 131,‎ , p. 34-41.
  • Françoise Michaud-Fréjaville, « La véritable histoire de Dracula », L'Histoire, no 28,‎ .
  • Raymond T. McNally et Florescu (trad. Paule et Raymond Olcina), À la recherche de Dracula : l'histoire, la légende, le mythe [« In search of Dracula »], Paris, Robert Laffont, coll. « Les Ombres de l'histoire », , 267 p.
  • (en) Elizabeth Miller, Dracula : Sense and Nonsense, Westcliff-on-Sea, Desert Island Books Limited, (1re éd. 2000), 208 p. (ISBN 1-905328-15-X, présentation en ligne).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cela durera jusqu'au milieu du XIXe siècle et la Valachie ne sera jamais une province turque, comme le représentent par erreur la plupart des ouvrages historiques modernes, mais restera une principauté autonome, gouvernée par un "Voïvode" élu par la noblesse (plus tard "Hospodar") assisté d'un "Sfat" (conseil, plus tard "Divan domnesc"). Elle avait une législation ("Pravila"), une armée ("Oastea"), une flotte sur le Danube ("Bolozanele") et un corps diplomatique ("Logofeții").
  2. On parle aussi de janvier 1477 selon certaines sources ; l'hypothèse d'un assassinat politique est envisagée.
  3. qui serait le fils ainé donné en otage à la Sublime Porte au cours de son premier règne
  4. En fait seulement deux épouses de Pierre le Boîeux sont attestées : une Grecque, Maria Amiralis, et Irina Botezata, une Tzigane mère de son fils unique Ștefaniță mort sans descendant.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolae Iorga, Istoria românilor, Ediția I, 1936-1939, Constantin C. și Dinu Giurescu, Istoria Românilor din cele mai vechi timpuri și pînă astăzi, Editura Albatros, Bucarest 1971, Academia Română, Istoria românilor, 4 vol., Editura Enciclopedică, Bucarest 2001 et Cazacu 2004, p. 30.
  2. Radu Florescu et Raymond T. McNally, The complete Dracula, opley Pub. Group, Acton, Massachussets 1992, ISBN 0-87411-595-7.
  3. Cazacu 2004, p. 29
  4. Mircea Goga La Roumanie. Culture et civilisation P.U.P.S (Paris 2007) p. 223.
  5. (it) Paolo Chinazzi, Gli ordini cavallereschi. Storie di confraternite militari, Edizioni Universitarie Romane, , p. 196
  6. Jacques Berlioz, « Dracula, mon vampire bien-aimé », L'Histoire, no 290,‎ , p. 26
  7. Constantin C. și Dinu Giurescu, Istoria Românilor din cele mai vechi timpuri și pînă astăzi, Editura Albatros, Bucarest 1971.
  8. (en) Radu Florescu et Raymond T. McNally, Dracula: Prince of many faces - His life and his times, Little, Brown and Company, (ISBN 978-0-316-28656-5), p. 145-147
  9. Constantin Rezachevici, Unde a fost mormântul lui Vlad Țepeș? (II), Magazin Istoric, nr.3, 2002, p. 41).
  10. Octavian Paler : De ce mă deranjează Draculomania (« Pourquoi la Draculomanie me dérange ») sur [1] ; Ţara lui Dracula: o uriașă gogoașă turistică (« Le pays de Dracula : une escroquerie touristique grand format ») sur [2]
  11. Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, éd. Univers Enciclopedic, Bucarest 2008.
  12. Selon Denis Buican : Les métamorphoses de Dracula, Bucarest, Scripta, 1996 ; (ro) Neagu Djuvara (ill. Radu Oltean), De la Vlad Țepeș la Dracula vampirul, București, Humanitas, coll. « Istorie & legendă », (ISBN 978-9-735-00438-5 et 978-9-735-00582-5), et Marinella Lörinczi : Transylvania and the Balkans as Multiethnic regions in the Works of Bram Stoker in : « Europaea », Univ. of Cagliari, 1996, II-1, ISSN 1124-5425, pp. 121-137.
  13. Références généalogiques
  14. (de) Europäische Stammtafeln Vittorio Klostermann, Gmbh, Francfort-sur-le-Main, 2004 (ISBN 3465032926), Basarab (Bassaraba, Basaraba), Voievoden der Walachei II Volume III Tafel 194.
  15. Matei Cazacu, Dracula, Tallandier, Paris 2004 (ISBN 2847341439) p. 229
  16. Europäische Stammtafeln, ed. Vittorio Klostermann, Francfort-sur-le-Main 2004 (ISBN 3465032926) : article « Basarab (Bassaraba, Basaraba), Voievoden der Walachei », Volume III Tafel 194.
  17. Denis Buican, Les Métamorphoses de Dracula, l'histoire et la légende, ed. Le Félin, Paris 1993 ; Matei Cazacu, Histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (XVe siècle), ed. Droz, Genève 1988, coll. « Hautes études médiévales et modernes » n° 61, 217 pp., (ISBN 9782847348019), en ligne [3] et Dracula, Tallandier, Paris 2004, (ISBN 2847341439).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :