Anouar el-Sadate

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Anouar el
Anouar el-Sadate en 1980.
Anouar el-Sadate en 1980.
Fonctions
Président de la République arabe d'Égypte[N 1]
[N 2]
(11 ans et 8 jours)
Élection
Réélection
Vice-président Ali Sabri
Mahmoud Fawzi
Hosni Moubarak
Premier ministre Mahmoud Fawzi
Aziz Sedki
Lui-même
Abdelaziz Hejazi
Mamdouh Salem
Moustapha Khalil
Lui-même
Prédécesseur Gamal Abdel Nasser
Successeur Soufi Abou Taleb (intérim)
Hosni Moubarak
Premier ministre égyptien

(1 an, 4 mois et 21 jours)
Président Lui-même
Prédécesseur Mustafa Khalil
Successeur Hosni Moubarak

(1 an, 5 mois et 30 jours)
Président Lui-même
Prédécesseur Aziz Sedki
Successeur Abdelaziz Hejazi
Vice-président de la République arabe unie

(9 mois et 25 jours)
Président Gamal Abdel Nasser
Prédécesseur Hussein el-Shafei
Successeur Ali Sabri

(1 mois et 6 jours)
Président Gamal Abdel Nasser
Prédécesseur Hussein el-Shafei
Successeur Hassan Ibrahim
Président de l'Assemblée nationale

(8 ans, 5 mois et 30 jours)
Prédécesseur Abdel Latif Boghdadi
Successeur Mohamed Labib Skokeir
Biographie
Nom de naissance Mohammed Anouar
el-Sadate
Date de naissance
Lieu de naissance Mit Abou al-Koum (Égypte)
Date de décès (à 62 ans)
Lieu de décès Le Caire (Égypte)
Nature du décès Assassinat
Nationalité égyptienne
Parti politique Union socialiste arabe
(1972-1978)
Parti national démocratique (1978-1981)
Conjoint Jihane Safwat Raouf
Religion Islam

Signature de Anouar el

Anouar el-Sadate Anouar el-Sadate
Premiers ministres égyptiens
Présidents de la République arabe d'Égypte
Prix Nobel de la paix de 1978

Anouar el-Sadate, transcrit également ʼAnwar as-Sādāt (en arabe : أنور السادات ; nom complet Muhammad Anouar el-Sadate arabe : محمد أنور السادات Muḥammad ʼAnwar as-Sādāt, prononcé en arabe égyptien [mæˈħæmmæd ˈʔɑnwɑɾ essæˈdæːt]), né le et assassiné le , est un homme d'État égyptien.

Président de l'Assemblée nationale, vice-président de la République du général Gamal Abdel Nasser, il occupe les fonctions de président de la République de 1970 jusqu'à son assassinat, en 1981. Il occupe également le poste de Premier ministre par deux fois durant sa présidence. Son régime se caractérise par des pratiques autocratiques, telles que des rafles de centaines d'opposants et des persécutions contre la presse.

Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1978, conjointement avec le Premier ministre israélien Menahem Begin pour son rôle dans les accords de Camp David.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et études[modifier | modifier le code]

Sadate est né dans un village du Delta du Nil à Mit Aboul Koum dans le Gouvernorat de Menufeya, au sein d'une famille pauvre comptant treize enfants, d'un père, Anouar Mohammed El Sadate, originaire de Haute-Égypte et d'une mère, Sit Al-Berain, d'origine soudanaise.

Il étudie à l'académie militaire royale du Caire, en 1936 et en sort diplômé en 1938[1]. À l'issue de ses études, il est affecté au corps des télécommunications.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

En 1942, Sadate est emprisonné par les troupes britanniques pour les activités qu'il mène contre l'occupation britannique en animant un réseau d'espionnage en faveur de l'Afrika Korps, les Allemands ayant promis en cas de victoire allemande de libérer l'Égypte[2].

En 1945, il se rapproche des Frères musulmans avec lesquels il participe à des attentats comme celui contre le ministre des Finances Amin Osman[3]. Il est arrêté, passe 3 ans en prison[3]. Il est expulsé de l'armée en 1948 ne participe pas à la première guerre israélo-arabe où l'Égypte figure parmi les perdants. Réintégré en 1950, il participe à la création de l'association clandestine du Mouvement des officiers libres[3] dont le but est de libérer l'Égypte du contrôle britannique, et participe en juillet 1952 au coup d'État qui détrône le roi Farouk Ier[3].

Débuts dans la politique avec Nasser[modifier | modifier le code]

De 1960 à 1968, après avoir assumé quelques fonctions ministérielles dans le gouvernement égyptien, il devient président de l'Assemblée du peuple[3]. Il est ensuite nommé vice-président de la République par le président Gamal Abdel Nasser le [4].

Plus tard, il condamnera la politique de Nasser, accusant ce dernier de manquer d'une vision claire pour l'évolution de l'Égypte et d'intérêt pour le bien-être des citoyens[5].

Présidence de la République[modifier | modifier le code]

Menahem Begin, Jimmy Carter et Anouar el-Sadate en 1978, à Camp David.

Élection à la présidence[modifier | modifier le code]

Le , après la mort de Gamal Abdel Nasser, en sa qualité de vice-président, il devient président de la République par intérim.

Le 5 octobre 1970, il est désigné par l'Union socialiste arabe - parti unique - comme candidat unique à la présidence de la République arabe unie. Sa désignation par le parti surprend les experts qui voyaient comme successeur possible à Nasser le pro-soviétique Ali Sabri, ou le pro-américain Zakaria Mohieddin[2]. Henry Kissinger va jusqu’à déclarer à Golda Meir qu'Anouar el-Sadate est « un imbécile, un clown, un bouffon »[6].

Le 15 octobre 1970, il est élu président de l’Égypte suite à un referendum où il obtient 90 % des voix[3].

Décidé à réorienter la politique gouvernementale vers le capitalisme, il entre rapidement en conflit les ministres du gouvernement de Nasser. Ceux-ci sont arrêtés, ainsi que les chefs de l'armée, sous l'accusation de s’apprêter à mener un coup d’État[6].

Guerre du Ramadan[modifier | modifier le code]

En 1973, Sadate, de concert avec la Syrie, mène l'Égypte dans la Guerre du Ramadan / Guerre du Kippour contre Israël pour tenter de reprendre le Sinaï perdu en 1967 lors de la guerre des Six Jours[4].

Il élabore dans ce but une manœuvre militaire afin de masquer ses plans en faisant passer ses mouvements de troupes le long du canal de Suez pour des exercices militaires, fréquents à l'époque dans l'armée égyptienne. Il met ainsi l'armée égyptienne dans une position favorable sans éveiller les soupçons israéliens. En parallèle, il s'assure suffisamment de soutien militaire et logistique, sans que ses alliés ne soient au courant du jour où l'armée passerait à l'offensive. Seul Hafez el-Assad, président syrien, est informé afin de mener une offensive coordonnée avec l'assaut égyptien.

Le 6 octobre, jour de Yom Kippour (jour du Grand Pardon, le jour le plus saint pour les Juifs), alors que Sadate ordonne le début des hostilités, avec l'opération Badr, l'état-major israélien est surpris et doit se rendre à l'évidence : malgré une nette supériorité militaire de Tsahal, les forces égyptiennes sont décidées à reprendre les territoires perdus en 1967, profitant de la diminution des effectifs du fait de la fête religieuse en Israël.

Même si l'effet escompté par Sadate est réussi, les Égyptiens tout comme les Syriens, ne peuvent contenir les contre-attaques israéliennes. Finalement, un cessez-le-feu est négocié par les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques, alliés respectifs d'Israël et de l'Égypte, et des pourparlers de désengagement peuvent alors débuter au Kilomètre 101 de la route Le Caire-Suez.

Le sentiment général qui prédomine dans le monde arabe, et notamment en Égypte, est celui d'une grande victoire. Les Égyptiens sont de nouveau présents dans le Sinaï, après en avoir été chassés en 1967. Anouar el-Sadate tire profit de cette situation et devient, à la suite de son rapprochement avec les Américains à la fin de la guerre du Kippour, un interlocuteur privilégié dans la région. Les Soviétiques perdent du coup un de leurs alliés et la Syrie reste le dernier pays de la zone à leur être encore favorable. Cette dernière peut donc négocier avec Moscou en position de force[7].

Le monde arabe sort grandi de cette guerre car il a prouvé, grâce au soutien militaire d'une dizaine de pays de la région dont l'Algérie, l'Irak ou la Jordanie pour ne citer qu'eux, qu'il pouvait compter sur ses différents membres dans les moments difficiles. Le pétrole, utilisé comme une arme, lui a aussi permis de donner une tribune internationale à ce conflit en obligeant les superpuissances américaines et soviétiques à intervenir[7].

Accords de Paix israélo-égyptien[modifier | modifier le code]

En , Sadate devient le premier dirigeant arabe à effectuer une visite officielle en Israël. Il y rencontre le premier ministre Menahem Begin, et prend la parole devant la Knesset à Jérusalem. Il effectue cette visite après avoir été invité par Begin et recherche un accord de paix permanent. Beaucoup d'autorités du monde arabe réagissent très défavorablement à cette visite, du fait qu'Israël est alors considéré comme un état « voyou » et un symbole de l'impérialisme.

Le , les accords de Camp David sont signés, pour lesquels Sadate et Begin reçoivent le prix Nobel de la paix. Néanmoins, cet accord est extrêmement impopulaire dans le monde arabe et musulman. L'Égypte est alors la plus puissante des nations arabes et une icône du nationalisme arabe. De nombreux espoirs reposaient en effet dans la capacité de l'Égypte à obtenir des concessions d'Israël pour les réfugiés, principalement palestiniens, dans le monde arabe. En signant les accords, Sadate fait défection aux autres nations arabes qui doivent désormais négocier seules. Ceci est donc considéré comme une trahison du panarabisme de son prédécesseur Nasser, détruisant la vision d'un front arabe uni.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Sur le plan économique, il lance la politique de l'Infitah (ouverture) qui vise, en réduisant le rôle de l’État, à attirer les investissements étrangers et favorise les relations avec les États-Unis. Une classe de nouveaux riches se développe rapidement. En 1975, on compte plus de 500 millionnaires en Égypte mais plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et des bidonvilles se développent autour de la capitale. Par ailleurs, le pays accumule une dette monumentale durant les années de l'Infitah. Pour la restructurer, le FMI demande la suppression de toutes les subventions aux produits de base ce qui provoque des émeutes en janvier 1977. Le gouvernement fait intervenir l'armée, générant un nombre de victimes inconnu[6].

La réorientation de l’économie conduit Sadate à rechercher le soutien des élites rurales traditionnelles, dont l'influence avait décliné sous le nassérisme. Des paysans sont expulsés des terres contestées[8]. Dans les villes, pour contrecarrer les organisations nasseriennes et marxistes, Sadate fait libérer des milliers de détenus islamistes et leur octroie des libertés politiques. En 1972, les autorités font transporter dans des véhicules de l’État des militants islamistes pour reprendre par la violence le contrôle des universités et les leaders étudiants de gauche sont arrêtés[6].

Confortée par cette alliance avec le pouvoir, la Gamaa al-Islamiy gagne en influence et la société égyptienne s’islamise, également en raison du renforcement des relations avec l'Arabie saoudite. Finalement, la Gamaa al-Islamiy se scinde en deux factions : l'une favorable au gouvernement de Sadate, souhaitant poursuivre cette islamisation par des réformes, et l'autre qui s'oriente vers le terrorisme. Dans les années 1980, le gouvernement favorise le départ des militants de cette seconde faction vers l'Afghanistan, avec le soutien financier de l'Arabie saoudite[6].

Assassinat[modifier | modifier le code]

En , Sadate lance une offensive majeure contre les intellectuels et les activistes de tout le spectre idéologique. Sont ainsi emprisonnés des communistes, des nasséristes, des féministes, des islamistes, des professeurs d'université, des journalistes et des membres de groupes d'étudiants. Il fait également assigner le patriarche copte orthodoxe Chénouda III à résidence, dans le Monastère Saint-Bishoy et emprisonne aussi un grand nombre de prêtres et évêques de son Église. Au total, 1 536 personnes sont arrêtées. Parallèlement, le soutien interne de Sadate disparait sous la pression d'une crise économique, et en réaction à la violence de la répression des dissidents.

Le 6 octobre, un mois après la vague d'arrestations, Sadate est assassiné durant une parade militaire filmée[9] au Caire par des membres de l'armée qui appartiennent à l'organisation du Jihad islamique égyptien, fondée par d'anciens membres des Frères musulmans. Ils s'opposaient à la négociation entamée par Sadate avec Israël ainsi qu'à son usage de la force durant l'opération de septembre. Une fatwa approuvant l'assassinat avait été émise par Omar Abdel Rahman, un imam qui sera par la suite inculpé par les États-Unis pour son rôle dans l'attaque à la bombe du World Trade Center le . Des règles de retrait des munitions lors de la parade avaient été mises en place afin de parer à tout risque de révolte, mais les officiers chargés de leur application étaient en pèlerinage à La Mecque. Selon une estimation ultérieure du ministère de l'Intérieur, 70 % des militants de ce groupe avaient initialement été recrutés par les autorités pour soutenir la politique de Sadate[6].

Au passage des avions de combat Mirage, un camion de transport de troupes, simulant une panne, s'arrête devant la tribune présidentielle, le lieutenant Khalid Islambouli (qui avait vu son frère cadet Mohamed el-islambouli arrêté au cours d'une rafle d'islamistes) en sort, et se dirige vers le président. Sadate se tient debout pour recevoir son salut, lorsqu'Islambouli jette une grenade fumigène, signal de l'assaut. Les trois autres conjurés sortent alors du camion, lancent des grenades et tirent à l'aide de fusils d'assaut. Khalid Islambouli fait feu à plusieurs reprises sur le président égyptien, secondé par d'autres assaillants, au cri de « Mort au Pharaon ». Il sera par la suite jugé coupable de cet acte et exécuté en avril 1982. De nombreux dignitaires présents sont blessés, parmi lesquels James Tully (en), alors ministre irlandais de la Défense[10].

Dans la fusillade qui s'ensuit, sept personnes sont tuées, dont l'ambassadeur de Cuba et un évêque copte orthodoxe, et vingt-huit sont blessées. Sadate est aérotransporté dans un hôpital militaire où onze médecins l'opèrent. Il est déclaré mort deux heures après son arrivée à l'hôpital. Le vice-président Hosni Moubarak, qui a été blessé à la main durant l'attaque, lui succède. Un nombre record de dignitaires du monde entier se rendent aux funérailles de Sadate, incluant notamment les trois anciens présidents américains Gerald Ford, Jimmy Carter et Richard Nixon, mais en l'absence du président en exercice Ronald Reagan pour des raisons de sécurité. Aucun dirigeant arabe ni musulman n'assiste aux obsèques. Contrairement à ce qui s'était produit pour Nasser, en 1970, la cérémonie, très sobre, n'est pas perturbée par un débordement de foule : les autorités ont ordonné de tenir le peuple à l'écart, en faisant boucler les rues proches du monument au soldat inconnu. C'est aux côtés de la dépouille de ce dernier qu'est inhumé Anouar el-Sadate[10].

Hommages[modifier | modifier le code]

Le nom d'Anouar el-Sadate a été donné à un BPC de la classe Mistral acheté par l'Egypte au groupe français DCNS[11].

Un buste en glaise d'Anouar el-Sadate fut réalisé par le sculpteur français Daniel Druet[12].

La chanteuse Dalida lui rend également hommage avec une chanson, Comment l'oublier (1981).

Le chanteur Enrico Macias lui rend également hommage avec une chanson, Un berger vient de tomber (1981).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Président de la République arabe unie du au .
  2. Par intérim du 28 septembre au .

Références[modifier | modifier le code]

  1. Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - Anouar el- Sadate en arabe Anwar al-Sādāt », sur www.larousse.fr (consulté le 10 novembre 2017)
  2. a et b Chronique du XXe siècle, p. 1067
  3. a, b, c, d, e et f Lisa Romeo, http://www.lesclesdumoyenorient.com/Anouar-al-Sadate.html, Les clés du Moyen-Orient.
  4. a et b « Egypte: Anouar el-Sadate », allAfrica.fr,‎ (lire en ligne)
  5. Joseph Finklesotne, Anwar Sadat. Visionary Who Dared, Frank Cass, 1996, p.26.
  6. a, b, c, d, e et f Les Pharaons de l'Egypte moderne, Arte,
  7. a et b Pierre Razoux, « La guerre du Kippour : le point vingt-cinq ans après », dans CEHD, Nouvelle Histoire Bataille (II), Centre d’études d’histoire de la Défense, coll. « Cahiers du CEHD » (no 23), , 355 p. (ISBN 2110947292, lire en ligne), p.329
  8. « Des islamistes aux zapatistes, la révolte des « marginaux de la terre » », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  9. (en)The Assassination of Anwar El Sadat
  10. a et b Jean-Christophe Buisson, Assassinés, Perrin, , 368 p. (ISBN 978-2-262-03650-8)
  11. « L’Egypte hisse son pavillon sur le BPC Anwar el-Sadat », (consulté le 19 septembre 2016)
  12. Bustes sculptés par Daniel Druet

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]