Fihrides

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Le terme Fihrides se rapporte à une famille d'aristocrates arabes issus du clan qurayshite des Banu Fihr. Cette famille s'installa en Ifriqiya et à al-Andalus où elle joua un rôle de premier plan notamment jusqu'à la fin du VIIIe siècle.

Dans l'histoire, cette famille fut appelée de différentes manières, toutes destinées soit à rappeler leur filiation avec Oqba, soit à rappeler leur origine qurayshite : Banu Fihr, Fihrides, Oqbades, Banu al-jad (dans ce dernier cas, en référence à l'aïeul commun avec le prophète Mahomet, Kaâb Ibn Manaf)

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Fihrides ou Oqbids sont les membres et descendants du clan qoraïchite des Banu Fihr. Le nom de ce clan, provient du nom de l'ancêtre fondateur de la tribu : Fihr surnommé Quraysh (en arabe : qurayš : قريش : « petit requin »).

C'est au sein de cette tribu que naquit Oqba Ibn Nafi Al Fihri (عقبة بن نافع) en 622. Ce membre du clan des Banu Fihr est le neveu d'Amru ben al-As[1], lieutenant du premier calife omeyyade Muawiya et gouverneur de l'Égypte musulmane. Il est envoyé en 670, à la tête des armées musulmanes, par Muawiya Ier, calife omeyyade de Damas dans le but de conquérir et propager l'islam en Afrique du Nord. Il assure ainsi l'occupation permanente du Fezzan[2] puis de l'Ifriqya dont le calife omeyyade lui confie le gouvernement en 663. C'est dans une plaine, à soixante kilomètres de la côte tenue par les Byzantins et loin des montagnes, bastion de la résistance amazighe, qu'il choisit d'installer en 670 le camp qui donne naissance à la ville tunisienne de Kairouan, sur la ligne de confrontation entre Byzantins et musulmans. Il y édifie la Grande Mosquée de Kairouan et, tout à côté, le siège du gouverneur[3].

C'est à sa suite que son clan s'installe à Kairouan, avant, pour certains, de participer à l'invasion de l'Andalousie (comme c'est le cas pour Abu Obeida ibn Oqba al-Fihri, fils de Oqba). Ses membres bénéficièrent alors d'un double prestige lié à la fois à leur lignée qurashite et à l’héroïsme de leur ancêtre, ce qui leur permit d'occuper une place de premier plan en Ifriqiya et à Al-Andalus jusqu'à la fin du VIIIe siècle[4]. De nombreux gouverneurs et chefs militaires de ces provinces ont ainsi été issus de cette famille, et les Fihryin furent réputés pendant près de quatre siècles par leur haut rang, leur savoir et leur fortune dans des villes comme Niebla, Séville, Grenade et Malaga, comme le rapportent de nombreux historiens andalous dont Ibn Khaldoun ou Ibn el Abbar.

Après la Grande révolte berbère de 740-743, l'ouest de l'Empire arabe tombe dans l'anarchie. Le califat omeyyade de Damas, faisant face à des révoltes en Perse, n'avait pas les ressources suffisantes pour rétablir son autorité dans les provinces d'Ifriqiya et d'Al-Andalus . Profitant de ce vide de pouvoir, les Fihri prirent le pouvoir : Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri en Ifriqyia (745-755) puis, aidé par ce dernier, Yusuf ibn 'Abd al-Rahman al-Fihri à Al-Andalus (747-755). Ils gouvernèrent ces régions dans une indépendance de fait par rapport au califat omeyyade et faillirent transformer ces régions en royaumes familiaux.

Accueillant avec satisfaction la chute du califat omeyyade en 749-750, les Fihri tentèrent de trouver un accord avec le nouveau califat abbasside afin de leur permettre de conserver leur pouvoir et une partie de leur indépendance en Ifriqyia et à al-Andalus. Face à l’intransigeance du califat Abbasid qui exigeait une complète soumission de ces régions à leur pouvoir direct, les Fihri rompirent tout lien avec le califat et déclarèrent l'indépendance de l'Ifriqyia et d'al-Andalus. Par une décision qui s'avérera ensuite fatale pour cette famille dans la région, Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri, maître de fait de l'Ifriqyia, offrit l'asile aux rescapés de la famille omeyyade, alors persécutés par le nouveau califat abbasside. Ces réfugiés ne tardèrent pas à s'impliquer dans les diverses conspirations ourdies par les familles de nobles de Kairouan, jalouses du pouvoir autocratique d'Ibn Habbib. Parmi ces réfugiés se trouvait notamment le jeun Abd ar-Rahman ibn Mu`āwîya ibn Hichām ibn `Abd al-Malik, qui ira par la suite à Al-Andalus, où il déposera de force les Fihri et érigera l'Émirat omeyyade de Cordoue en 756. Alors que la branche andalouse de la famille fut ainsi évincée du pouvoir par Abd al-Rahman ibn Mu'awiya, la branche africaine entra en 755 dans une guerre fratricide sanglante pour le pouvoir, menant l'ensemble de l'Ifriqiya au chaos. En conséquence, la famille perdit son pouvoir à la suite de la révolte berbère karijite en 757-758.

Cependant le nom al-Fihri continua d'exercer une influence quasi-magique en Andalousie, et des prétendants au pouvoir issus de cette famille continuèrent à défier l'autorité des Omeyyades jusqu'à la fin du VIIIe siècle. Ainsi, Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri , dit 'al-Saqaliba' (fils de Habib ibn Abd al-Rahman), allié au rebelle berbère Abu Ha'tem, mène la révolte ibère de 778-779. De même Muhammad ibn Yusuf al-Fihri (fils de Yusuf ibn 'Abd al-Rahman), mène la révolte ibère de 785.

C'est de cette même famille que seront plus tard issues Fatima el Fihria et sa sœur Meryem. Filles d'un riche marchand, Mohamed al-Fihri, qui leur laissa à sa mort un héritage colossale, elles sont à l'origine de la construction de la mosquée el-Qaraouiyyîn de Fès (en 859) pour la première, et de la Mosquée Al Andalus à Fès pour la seconde. Fatima el Fihria est notamment passée à la postérité sous le nom d'Oum al Banine (La mère des deux fils).[4] La Mosquée el-Qaraouiyyin est reconnue comme étant la plus ancienne université dans le monde, encore en activité[5]

En 1476-1476, deux frères issus de cette famille, Abd-er-Rahmane et Ahmed ben Abd-el-Malek, quittèrent Malaga pour s'installer à Fès. Surnommés "Chemaa" à Fès en raison de leur implication dans le commerce de cire, les deux frères auraient succombé en 1474 des suites d'une peste qui ravageait la ville de Fès, laissant un descendant, fils de Abd-er-Rahmane, appelé Abou-l-Hajjaj Youssef. Pour des raisons commerciales, ce dernier effectuait des allers retours incessants entre Fès et Ksar el Kebir (qui été alors la capitale florissante du Habt) où il trouva la mort en 1515, ce qui valu à lui et ses descendants le nom d'El Fassi ou Fassi-Fihri, tandis que les branches résidant à Fès furent corrélativement connues sous le nom d'El Qasri.[4]

C'est dans la capitale du Habt que naquit en 1530 son petit fils, Abou-l-Mahassin Youssef, grand savant et mystique, relégué au rang de Qotb par ses contemporains. Disciple de Sidi Abd-er-Rahmane Medjoub à Ksar Kebir, où il fonda une Zaouïa, il s'établit à Fès où il enseigna le soufisme à la Qaraouiyin et fonda la Zaouïa des Fassiyin d'obédiance Chadiliya. Mort en 1604, Abou-l-Mahassin laissa derrière lui trois fils : Larbi, Ahmed et Ali, lesquels laissèrent à leur tour une importante lignée. Les Fassi-Fihri contemporains sont les descendants directs de son arrière petit fils, Mhammed el Fassi. 1

Personnages historiques Fihrides[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]