Al-Qadr

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97e sourate du Coran
La Destinée
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original االقدر, Al-Qadr
Titre français La Destinée
Ordre traditionnel 97e sourate
Ordre chronologique 25e sourate
Période de proclamation Période mecquoise
Nombre de versets (ayat) 5
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

Al-Qadr (arabe : االقدر, français : La Destinée) est le nom traditionnellement donné à la 97e sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 5 versets. Rédigée en arabe, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La Destinée[2], en référence au contenu du premier verset : « Nous l’avons fait descendre, la Nuit de la destinée. ».

Cette nuit fait l'objet pour les musulmans d'une fête particulière : Laylat al Qadr.

Historique[modifier | modifier le code]

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq (VIIIe siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-Azhar[3],[4], cette sourate occupe la 25e place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La Mecque[5]. Contestée dès le XIXe par des recherches universitaires[6], cette chronologie a été revue par Nöldeke[7],[8], pour qui cette sourate est la 14e.

Les sourates de la fin du Coran sont généralement considérées comme appartenant aux plus anciennes. Elles se caractérisent par des particularités propres. Elles sont brèves, semblent issues de proclamations oraculaires (ce qui ne signifie pas, pour autant, qu’elles en sont des enregistrements), elles contiennent de nombreux hapax[9]...

Pour Nöldeke et Schwally, la quasi-totalité des sourates 69 à 114 sont de la première période mecquoise. Neuwirth les classe en quatre groupes supposés être chronologiques. Bien que reconnaissant leur ancienneté, certains auteurs refusent de les qualifier de « mecquoise », car cela présuppose un contexte et une version de la genèse du corpus coranique qui n’est pas tranchée. Cette approche est spéculative[9].

En effet, ces textes ne sont pas une simple transcription sténographique de proclamation mais sont des textes écrits, souvent opaques, possédant des strates de composition et des réécritures Cela n’empêche pas ces sourates de fournir des éléments contextuels (comme l’attente d’une Fin des Temps imminente chez les partisans de Mahomet). Ces textes sont marqués par une forme de piété tributaire du christianisme oriental[9].

Interprétations[modifier | modifier le code]

La structure de cette sourate est relativement simple. Elle annonce au premier verset un événement s'étant déroulé durant la nuit d'al-Qadr. Au verset 2, la sourate s'interroge sur ce qu'est cette nuit. Enfin, les verset 3 à 5 répondent à la question[10].

La nature exacte de l'événement en question est obscure[10]. Selon l'interprétation sunnite traditionnelle, cette sourate aborde la révélation des sourates et du Coran à Mahomet[11]. Selon le chiisme ancien, cette nuit correspondrait à la descente annuelle de la connaissance sur les prophètes et leurs successeurs, les imams[11].

L'interprétation sunnite traditionnelle pose problème puisque, selon les traditions, le Coran aurait été révélé sur une période d'une vingtaine d'année. Pour résoudre cette incohérence, plusieurs explications ont été proposées. Il pourrait s'agir de la descente du Coran de la "table bien gardée" au ciel inférieur (interprétation étymologique "intenable" pour les chercheurs) ou la descente de la première révélation[10].

L'étude de l'étymologie d'origine syriaque de certains termes du Coran permet une autre approche. Le vocabulaire utilisé dans la 97e sourate parlant de la Nuit du Destin associe celle-ci au domaine de la liturgie de Noël. Pour certains auteurs, elle évoquerait la descente de Jésus et non du Coran[12]. Cette thèse est connue dès le XVIe siècle[13] et est soutenue par de nombreux chercheurs dont Moezzi, Lüling ou Shoemaker[11]. Le pronom personnel (3e sing. sans antécédent) du premier verset, traditionnellement identifié au Coran, pose question aux chercheurs. Dans les écrits syriaques, un tel usage désigne Jésus[14]. Pour El-Badawi, un tel usage est parfois utilisé dans le Coran pour désigner la révélation divine[15].

Il n'y a pas de consensus sur l'interprétation de cette sourate. Selon les auteurs, cette sourate, pourrait dans sa forme originelle, avoir évoqué la Nativité. Pour d'autres, le Coran aurait réutilisé une phraséologie chrétienne sur l'Incarnation, islamisé un texte chrétien préislamique[10]. Cette seconde approche font percevoir les auteurs du Coran davantage comme des rédacteurs/éditeurs que des compositeurs[10].

Sources textuelle[modifier | modifier le code]

Hymne sur la Nativité d'Ephrem[modifier | modifier le code]

Guillaume Dye a mené une étude approfondie sur cette sourate. Pour cet auteur, l'hymne sur la Nativité d'Ephrem de Nisibe aurait servi de source à la sourate[14],[16]. Le texte aurait été modifié et réinterprété par « une communauté de lecteurs postérieure »[14].

Le vocabulaire du verset 3, « shahr », évoque le terme « vigile nocturne » en syriaque[17]. Ce verset renvoie au verset « Ne comptons pas cette vigile comme une vigile ordinaire. C'est une fête dont le salaire dépasse cent pour un. » de l'hymne sur la nativité d'Ephrem[18],[14]. Pour Guillaume Dye, le verset 4 est "obscur". Le terme 'amr serait une déformation du terme z(a)mar, qui signifie le "chant". Il renvoie au chant du Gloria par les anges[14]. Le verset 5 utilise le terme "Salam", la paix, dans un sens non utilisé dans le Coran. Ce sens rappelle la paix apportée par la venue de Jésus dans la nuit de Noël[14]. Le terme "destin" serait à comprendre comme un synonyme de "naissance"[14].

Origine biblique[modifier | modifier le code]

Pour Cuypers, le vocabulaire de la sourate renvoie aux expressions ", silence paisible", "la nuit", "Parole toute-puissante s’élança" et "décret" du livre de la Sagesse (18, 14-15) que la liturgie chrétienne associe à la Nativité[19]. Dye considère que les rapprochements avec le Livre de la Sagesse sont "beaucoup plus limités" qu'avec l'Hymne sur la Nativité d'Ephrem[10].

Autres écrits[modifier | modifier le code]

Pour Cuypers, la sourate pourrait aussi être influencée par une version christianisée de l'apocryphe juif du IIe av. J.C., les Testaments des douze patriarches. Ce texte évoque l'envoi du Messie et de la paix qui en résulte. Pour Cuypers, l'allusion à la nuit de Noël est indirecte par l'emploi de textes du judaïsme déjà réinterprétés par le christianisme[19].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Dye, "Sourate 97", Le Coran des Historiens, 2019, p. 2121 et suiv.
  • R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980[Note 1].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate

Références[modifier | modifier le code]

  1. A. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. A. Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  3. Reynolds G., « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p. 477-502.
  4. Blachère R., Introduction au Coran, p. 244.
  5. Blachère R., Le Coran, 1966, p. 103.
  6. Azaiez M., « Chronologie de la Révélation »
  7. Dye G. « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus no 95, 2011, p. 247-270.
  8. Stefanidis E., « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p. 13.
  9. a b et c G. Dye, « Introduction aux sourates 69-99 », Le Coran des historiens, 2019, p. 1789 et suiv.
  10. a b c d e et f G. Dye, "Sourate 97", Le Coran des historiens, t.2b, 2019, p. 2121 et suiv.
  11. a b et c Mohammad-Ali Amir-Moezzi, « « La Nuit du Qadr » (Coran, sourate 97) dans le Shi’isme ancien », MIDÉO. Mélanges de l'Institut dominicain d'études orientales,‎ , p. 181–204
  12. Luxenberg Chr., Weihnachten im Koran. dans Streit um den Koran, Die Luxenberg Debatte: Standpunkte und Hintergründe, Berlin, 2004, p. 35-41.
  13. ʿEnbāqom,  Anqaṣa amīn (La porte de la foi), (cité par Cuypers, Michel, Une apocalypse coraniqueUne lecture des trente-trois dernières sourates du Coran, Pendé (France), 2014., p. 213-214
  14. a b c d e f et g The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar, A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques, Ed. by Azaiez, Mehdi / Reynolds, Gabriel Said / Tesei, Tommaso / Zafer, Hamza M., p. 427.
  15. The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar, A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques, Ed. by Azaiez, Mehdi / Reynolds, Gabriel Said / Tesei, Tommaso / Zafer, Hamza M., p. 428.
  16. Guillaume Dye, «La nuit du Destin et la nuit de la Nativité», dans Guillaume Dye et Fabien Nobilio, Figures bibliques en islam, Bruxelles-Fernelmont, EME, 2011, p. 107-169.
  17. Payne-Smith (ed.), Thesaurus Syriacus, Tome 2, , p. 4075.
  18. Hymne sur la Nativité, XXI:, 1-2
  19. a et b The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar, A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques, Ed. by Azaiez, Mehdi / Reynolds, Gabriel Said / Tesei, Tommaso / Zafer, Hamza M., p. 426.