As-Saaffat

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37e sourate du Coran
Les rangées
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original سورة الصافات, As-Saaffat
Titre français Les rangées
Ordre traditionnel 37e sourate
Ordre chronologique 56e sourate
Période de proclamation Période mecquoise
Nombre de versets (ayat) 182
Nombre de subdivisions (rukus) 5
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

As-Saaffat (arabe : سورة الصافات, français : "Les rangées") est le nom traditionnellement donné à la 37e sourate du Coran, le livre sacré de l'Islam. Elle comporte 182 versets.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le titre de la sourate fait référence à son premier verset « Par ceux qui sont disposés en rang » qui mentionne les hiérarchies célestes, décrites comme des rangées.

Période de proclamation[modifier | modifier le code]

Selon la tradition musulmane, cette sourate a été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La Mecque[1]. Les savants musulmans s'accordent pour dire que cette sourate occupe la 56e place dans l'ordre chronologique.

D'après l'exégèse scientifique cependant cette distinction en deux ensembles de sourates est peu probante puisque qu'elle fait reposer l'organisation du Coran suivant un ordre chronologique de proclamation, hypothèse hautement spéculative car elle repose sur les « convictions que le Coran n’a qu’un seul auteur, qu’il n’a aucun rédacteur, et qu’il reflète l’expérience d’une communauté ayant existé autour de Muḥammad, à la Mecque et à Médine, entre 610 et 632 »[2].Le « relatif consensus des spécialistes » admettant une élaboration du Coran « jusqu'à plus d'un demi-siècle après la mort du Prophète » principalement sur la mise en forme du texte mais pouvant aussi concerner les contenus, de ce fait la datation du Coran n'est pas formellement admise comme remontant à la fin de vie de Mahomet[3].

Le Coran est constitué de 114 sourates de longueurs inégales, présentées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, et non dans l'ordre chronologique des révélations. Dans l'ordre traditionnel, An-Nisa est la 4e sourate[1]. Les manuscrits anciens montrent des variations dans l'ordonnancement des sourates. Pour M.-A. Amir-Moezzi, « En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des 926 groupes de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu »[4]. Certains versets supprimées dans la forme canonisée du Coran ont été rajoutés au corpus des hadiths[5].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le contenu de cette sourate est de prime abord désorganisée mais certains savants y décèlent quand même une organisation en trois parties :

  • Une première partie, du premier verset jusqu'au verset 74 qui traite de l'eschatologie
  • Une seconde partie, du verset 75 au verset 148 , dont le contenu est assez confus mais traitant du moins de l'existence après la mort tout en faisant des rappels à l'histoire de Noé, de Jonas ou encore d'Abraham.
  • Une troisième partie, du verset 149 à la fin, qui revient sur le jour du jugement dernier.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Versets 6–11 : Les étoiles[modifier | modifier le code]

Pour Crone, le mythe évoqué dans ce passage (l’idée que des démons tentent d’atteindre le ciel et sont repoussés par les étoiles) possède des origines anciennes qui se retrouve dans le Zoroastrisme, le judaïsme et par diffusion en Arabie. C’est le cas dans le Testament de Salomon, écrit des premiers siècles du christianisme[6]. Pour Lülling, ce passage est une réécriture de textes chrétiens.[6]

Dye fait des parallèles avec d’autres passages du Coran, mais rappelle que « le Coran est moins un livre qu’un corpus (au demeurant fort composite), et on court parfois le risque, en interprétant le Coran par lui-même, de postuler une cohérence et une systématicité qui peuvent être étrangères aux textes originellement épars et indépendants qui, réunis en un codex, ont fini par constituer le Coran »[6]

Pour Dye, la place des Djinn dans le Coran participe à une réinterprétation de récits préislamiques ne niant pas ces démons mais les réinterprétant.[6]  Pour Tengour, ce récit peut être une réponse aux accusations d’emprise djinnique sur Mahomet. Mais le Coran, pour « servir sa cause », a supprimé aux djinns leurs fonctions de transmissions aux poètes, aux sorciers et aux devins, des secrets divins[6].

Pour Pregill, l’élément « Reciter l’ecriture » ne doit pas être compris ainsi mais comme « chanter son souvenir », ce passage étant une référence au chant du Trisagion par les anges (Is 6.3)[6].

Tesei s’intéresse à la vision cosmologique du Coran. Pour lui, elle est un mélange de la vision gréco-romaine -imaginant la terre au centre de l’univers, lui-même composé de plusieurs ciels- et de la vision sémitique imaginant la terre comme plate et surmonté d’un dôme. L’existence des étoiles comme protection d’un firmament au-dessus du ciel le plus bas, paraît en contradiction avec le modèle des ciels multiples[6].

Versets 149–182 : l’engendrement par Dieu[modifier | modifier le code]

Pour Tesei et Grodzki, l’évocation d’anges femelles pourrait être une référence à la secte des Elchasaites principalement active entre le IIe et le IVe siècle[7]. Pour Pregill, les Filles d'Allah doivent être comprise comme des anges et non comme des déesses païennes[7]. Pour Tengour, le Coran nie la fonction procréatrice d’Allah. « Ce thème apparaît dans le Coran vers le milieu de la période mecquoise et s’accompagne d’une mise en avant de plus en plus nette de la figure d’Allāh, en même temps que d’un évincement progressif des autres déités locales. »[7].

De cet extrait, Khalfallah présente quelques traits de la méthode argumentative du Coran. L’anonymat des adversaires du contre-discours est ainsi une manière de rendre celui-ci universel[7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Blachère R., Le Coran, 1966, p. 103.
  2. Gabriel Said Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica, no 58,‎ , p. 477
  3. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 17
  4. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 22
  5. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 23
  6. a b c d e f et g Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 32 Q 37:6–11
  7. a b c et d Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. passage Q 37:149–182