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Saba (sourate)

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34e sourate du Coran
Sabah, parfois Shéba
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original سُورَةُ سَبَأٍ, Saba
Titre français Sabah, parfois Shéba
Ordre traditionnel 34e sourate
Ordre chronologique 58e sourate
Période de proclamation Période mecquoise
Nombre de versets (ayat) 54
Nombre de subdivisions (rukus) 6
Nombre de prosternations 0
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

Saba (arabe : سُورَةُ سَبَأٍ, français : Sabah) est le nom traditionnellement donné à la 34e sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 54 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nom

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Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate Sabah[2], en référence au peuple Sabah dont elle parle au verset 15 :

« 15. Il y avait assurément, pour la tribu de Saba un Signe dans leurs habitats ; deux jardins, l’un à droite et l’autre à gauche. “Mangez de ce que votre Seigneur vous a attribué, et soyez Lui reconnaissants : une bonne contrée et un Seigneur Pardonneur”. ».

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq (VIIIe siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-Azhar[3],[4], cette sourate occupe la 58e place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La Mecque[5]. Contestée dès le XIXe par des recherches universitaires[6], cette chronologie a été revue par Nöldeke[7],[8], pour qui cette sourate est la 85e.

Selon Angelika Neuwirth[Note 1], cette sourate date de la période mecquoise tardive, tandis que le verset 6 est traditionnellement associé à la période médinoise. Blachère évoque un remaniement et une augmentation de la période médinoise[9].

Certains versets de la sourate évoquent des événements liés aux « guerres d'apostasie » et au règne d’Abou Bakr. Bien que les allusions à ces événements historiques paraissent obscures, cela permettrait de dater ces versets. D’autres semblent liés au califat d’Ali. Ainsi, un contexte omeyyade transparaît dans certains aspects anti-alides[9].

Interprétations

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Cette sourate appartient au groupe des sourates 27 à 36 qui se trouvent presque au milieu du Coran. Hétérogène, en particulier en raison de leur style concis et allusif, cet ensemble se compose principalement d’histoire de prophètes et de prescription en lien avec les fins dernières. Elles ne sont pourtant qu’allusives, ce qui appuie l’hypothèse selon laquelle le Coran est construit comme un commentaire midrashique de textes bibliques connus de la communauté recevant cet enseignement[10].

Versets 10-14 : David et Salomon

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Plusieurs influences bibliques, mais aussi en lien avec une légende juive, transparaissent dans les premiers versets de ce passage. La légende des sources d’Airain rejoint ainsi des légendes juives, citées dans les homélies clémentines. Des échos se trouvent dans la littérature préislamique, ce qui atteste d’une diffusion de cette littérature avant la rédaction du Coran[9].

La description des lieux de culte provient, via une source yéménite, d’Éthiopie. La description de la mort de Salomon, dans le Coran, remonte à un texte du Talmud, lui-même exégèse du Livre du Qohelet. La variante coranique provient d’une source non-identifiée. Elle est en tout cas proche d’une version tardive de la biographie du roi, peut-être juive palestinienne[9].

Verset 16 : le barrage de Marib

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Une rupture de barrage est relatée dans le Coran. Elle serait une punition infligée aux incrédules[11]. Ce barrage est certainement celui de Marib, même s'il est improbable que ce passage soit un récit historique[12]. Le terme utilisé pour désigner ce barrage est el-'Arim, terme attesté dans les inscriptions himyarites pour le désigner. Les « deux jardins » peuvent désigner les deux espaces irrigués par cette retenue d'eau. Le wadi Dhana sépare ces deux espaces[11]. Pour Van Reeth, à l'inverse, cette description des deux jardins est une confusion avec Soba au Soudan. Pour cet auteur, cette description correspond à la région de Méroé, région entourée du Nil Bleu, du Nil Blanc et de l'Atbara[13].

Cette description a en outre une dimension mythique, liée à une cosmologie mésopotamienne ancienne. Le début de ce passage (« Mangez... ») place celui-ci dans un contexte paradisiaque, alors que la liste des arbres au verset 16 évoque une végétation steppique, manquant d'irrigation[13]. Ce passage peut ainsi être lu en lien avec le mythe de l'Éden, et doit trouver ses sources dans la littérature juive ou chrétienne[13].

Dans ce passage, il est possible d'observer une concordance entre le texte coranique et les observations archéologiques. Néanmoins, Robin précise que le « rédacteur coranique ne raconte pas l'histoire réelle ». Ainsi, à partir de la connaissance des ruines de ce barrage, celui-ci l'associe au mythe de la reine de Saba et de sa population qui adore le soleil. En effet, lors de la rupture de ce barrage, cette région était déjà monothéiste depuis deux siècles[11],[14]. Dans cet épisode, un événement historique devient une « fable édifiante »[15], une simple « illustration de la punition divine », selon le schéma des « récits de châtiments divins »[12]. Il est plus probable que ce barrage se soit dégradé lentement, faute d'entretien, que d'y voir une rupture rapide, tel que cité dans le Coran[12].

L'accusation d'incrédulité peut être liée à la résistance de Saba au pouvoir califal au cours des guerres de la Ridda. Les descriptions coraniques en lien avec des événements historiques étant généralement obscures, si ce lien était accepté, cela permettrait de déduire que « les versets concernant Saba' » n'ont pu être écrits dans leur forme actuelle qu'au temps des premiers califes[13]. L'historien Ibn Khaldun écrivit : « Les travaux furent commencés par Saba', fils de Yashjub, qui dirigea vers Ma'rib soixante-dix rivières. La mort l'empêcha d'achever son œuvre. Celle-ci fut menée à son terme par les rois himyarites, ses successeurs » (al-Muqaddima, IV, IV).


Articles connexes

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Bibliographie

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  • J. Van Reeth, "Sourate 34", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1149 et suiv.
  • R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980[Note 2].

Liens externes

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Notes et références

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  1. Les islamologues ont utilisé plusieurs approches pour tenter de dater les différentes sourates du Coran. Paret et Neuwirth appartiennent à l’« école allemande » qui, à la suite de Nöldeke, s’appuie sur la chronologie traditionnelle et sur un récit « laïcisé » des traditions musulmanes. Autrefois dominant dans les études islamologiques, ce paradigme nöldekien n'est plus qu'« en partie présent ». Les auteurs du Coran des historiens appartiennent davantage à l’autre courant (dit « sceptique ») qui prend davantage en compte une critique des sources traditionnelles. Voir : Historiographie de l'islam et du Coran
  2. En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate

Références

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  1. A. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. (en) « Le Coran/Sourate 34 : Saba - Bibliowiki », sur biblio.wiki (consulté le )
  3. G.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p. 477-502.
  4. R. Blachère, Introduction au Coran, p. 244.
  5. R. Blachère, Le Coran, 1966, p. 103.
  6. M. Azaiez, « Chronologie de la Révélation »
  7. G. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus no 95, 2011, p. 247-270.
  8. E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p. 13.
  9. a b c et d J. Van Reeth, "Sourate 34", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1149 et suiv.
  10. J. Van Reeth, « Introduction aux sourates 27-36 », Le Coran des historiens, 2019, p. 976.
  11. a b et c Ch. Robin, L'Arabie préislamique, Le Coran des historiens, vol. 1, 2019, p. 127 et suiv.
  12. a b et c Ch. Robin, L'Arabie dans le Coran, Les origines du Coran, le Coran des origines, 2015, p.31 et suiv.
  13. a b c et d J. Van Reeth, Sourate 34, Le Coran des Historiens, t.3, p. 1156 et suiv.
  14. Pour Robin, « il ne semble pas que l’abandon de la Digue se soit produit comme le rapporte le récit coranique. »
  15. Mikhaïl Piotrovski, « La fin de la civilisation himyarite. Une archéologie coranique », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 158, no 2,‎ , p. 641–649 (DOI 10.3406/crai.2014.95000, lire en ligne, consulté le )