Maryam (sourate)

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19e du Coran
Marie
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original ْمَرْيَم Maryam
Titre français Marie
Ordre traditionnel 19e
Ordre chronologique 44e
Période de proclamation mecquoise
Nombre de versets (ayat) 98
Nombre de prosternations 1 (verset 58) ou 1 Ruku (si le verset est récité lors d'une prière)
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

Maryam (arabe : مَرْيَم , français : "Marie") est le nom traditionnellement donné à la 19e sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 98 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre, elle fut proclamée durant la période mecquoise.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Bien que le titre Marie ne fasse pas partie du texte coranique de cette sourate[1], la tradition musulmane l'a nommée ainsi car elle parle de Marie, la mère de Jésus de Nazareth[2].

Datation[modifier | modifier le code]

Selon la tradition musulmane, contestée par certaines recherches universitaires, cette sourate a été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La Mecque[3]. Les savants musulmans s'accordent pour dire que cette sourate occupe la 44e place dans l'ordre chronologique[4].

Selon Neuwirth, reprenant l'ordre traditionnel, la sourate 19 aurait été révélée à la Mecque avant de faire l'objet d'une relecture dans la sourate 3 à Médine. Dye remarque que, contrairement à ce que l'auteur affirme, « on voit mal quelles  données coraniques indiqueraient, par exemple, que la sourate 19 est mecquoise ». Cet ordre s'appuie davantage sur la Sira[5].  Pour der Velden, la sourate 19 est contextualisé à la fin du Ier siècle de l'hégire et est alors liée à la Sira et placée dans un « cadre dogmatique sûr »[6]. A propos des recherches menées par der Velden, Dye évoque le « caractère légendaire des récits de la Sīra sur la sourate 19 »[7].

Pour Dye, la sourate 19 est « la version retravaillée d'un texte qui a très probablement été composé après les conquêtes ». En effet, pour l'auteur, le texte s'explique davantage dans un contexte plus long que celui d'une composition uthmanienne.[8] Dye et Bell voient dans les versets 34 à 40 un changement de rythme pouvant signifier une interpolation tardive de ceux-ci. Un débat existe pour savoir si cette interpolation est mecquoise ou, par les scribes, lors de la « collecte » du Coran[9].

Description[modifier | modifier le code]

Cette sourate a fait l'objet d'une attention particulière, aussi bien pour l'exégèse musulmane que pour la recherche islamologiques[10].

Cette sourate est la seule qui porte le nom d’une figure féminine, qui plus est la seule femme dont le nom est cité dans le Coran[11]. Elle raconte l’histoire de Marie mère de Jésus (versets 16-35)[12] avec des détails qui dénotent l’importance du personnage pour les musulmans. D’après le Coran, elle est née au sein d’une famille juive sacerdotale dévouée au service du temple ayant joué un rôle central dans l’établissement de la chrétienté à coté de son fils Jésus, prophète occupant une place exceptionnelle dans l’islam[13]. Dans sa traduction et son commentaire coranique[Note 1], Nasr considère que ceci fait d’elle un trait d’union entre les trois grandes religions monothéistes : islam, judaïsme et chrétienté[11].

Dans ces mêmes versets et sur ceux qui suivent sont rapportés certains aspects de la vie d’un nombre de prophètes ayant bénéficié de grâces divines. La divinité de Jésus y est rejetée. Et enfin, y sont discutés des affirmations arrogantes des mécréants de la Mecque à qui est promis un châtiment (versets 66-98)[12].

Commentaires[modifier | modifier le code]

Manuscrits anciens[modifier | modifier le code]

La sourate 19 est présente dans certains manuscrits anciens. Dans le palimpseste de Sanaa DAM 01-27.1, seul texte conservé de tradition non-ʿuṯmānienne,  elle est placée à la suite de la sourate 9 et dès les premiers versets, plusieurs variantes sont présentes. A l'inverse, le manuscrit de Birmingham contient la séquence conforme à la vulgate, sourate 19 suivi de la sourate 20[14]. Selon les listes des sourates des codex non-uthmaniens, la sourate Maryam serait la 12e sourate. Urvoy conclut : « on ne peut que supposer que les sourates en question étaient nettement plus courtes ou au contraire plus longues que dans la version officielle. »[15].

Influences[modifier | modifier le code]

Pour Reynolds, la référence à Jésus parlant dans son berceau renvoit à l'évangile apocryphe du pseudo-Mathieu, dans sa forme latine et probablement daté du début du VIIe siècle.[16] L'auteur développe dans son ouvrage[17] les liens et influences entre les écrits chrétiens et le texte coranique, en particulier l'Évangile de Luc et certains apocryphes comme le proto-évangile de Jacques. Pour Mourad, il est aussi possible d'associer les versets 23-26 aux récits mythologiques de la naissance d'Apollon, hypothèse non impossible pour Dye mais soulevant une difficulté « assez sérieuse » [18].

La référence au palmier est une évocation de traditions chrétiennes pré-coraniques en lien, non avec la nativité, mais avec la fuite en Egypte[19]. L'association des deux, ainsi que d'autres éléments du texte pourrait être liée aux traditions liturgiques et populaires en lien avec l'église de Kathisma[20]. Pour l'auteur, « Il y a par conséquent tout un faisceau d'indices concordants et indépendants qui rendent très plausible l'hypothèse d'un lien extrêmement étroit entre l'église du Kathisma et la composition de la sourate 19 » [21]. Pour Dye, si ces traditions pourraient avoir été connues à La Mecque, l'hypothèse d'une composition après la prise de Jérusalem « mérite d'être prise au sérieux », ainsi que la possibilité d'un rédacteur hors du Hijaz[22]. Les contre-arguments -présentés par l'auteur dans son article- ne lui semblent pas convainquant[23]. Ce contexte historique est partagé par Shoemaker[24].

Analyse formelle[modifier | modifier le code]

La sourate 19, composée de 98 versets peut être divisés en deux parties, la première allant jusqu'au verset 63[25]. D'autres découpes ont été proposées (au verset 65 par exemple). En 2006, Gökkir propose de finir la première partie, plus narrative au verset 57[26]. La première peut-elle même être divisées en subdivisions (2-15 : Histoire de Zacharie et de Jean-Baptiste, 16-33 : Histoire de Marie et Jésus, 34-40 : interlude polémique, 41-50 : Histoire d'Abraham et de son père, 51-53 : histoire de Moïse, 54-55 : Histoire d'Ismaël, 56-57 : Histoire d'Idris, 58-63 : Conclusion). Elle commence par un ensemble de « lettres mystérieuses » [27].

La première partie de la sourate est composée sous forme de strophe, avec la présence d'un refrain. Les parties narratives et dialoguées sont comparables au genre littéraire de la soghitha, genre religieux syriaque. Malgré des particularités coraniques, Dye parle d'une « soghitha coranique », centrée sur Marie et la Nativité[28]  Les derniers passages, relatifs à Moïse, Ismaël et Idris, posent question. En raison de l'absence de dialogues, Dye se demande s'il s'agit d'une série d'eulogie concluant les soghita ou s'il ne s'agit pas que des « titres de chapitres » [29].

Analyse littéraire[modifier | modifier le code]

Un des récits de la sourate 19 est celui, « particulièrement obscur », de la naissance de Jésus. Dye remarque que d'autres passages, en particulier sur la question des locuteurs, sont peu clairs[30].

Hormis l'interpolation des versets 34-40, la première partie de la sourate est « un texte que l'on pourrait  quasiment qualifier de chrétien (hormis peut-être quelques éléments dans Q 19 : 27-32, qui peuvent avoir une saveur plus spécifiquement islamique) ». Ce texte est, en cela, un texte de convergence[31], le plus grand dénominateur commun sur les sujets de la mariologie et de la christologie[32]. Pour Dye, ce texte présente ce qui unit les mu'minûn et différents groupes chrétiens : « le moindre ajout d'ordre christologique entraînerait un désaccord, soit entre mu'minûn et chrétiens, soit entre les différents groupes chrétiens. Le Christ n'est certes pas appelé « fils de Dieu », mais il est doté d'une nature exceptionnelle et suréminente »[33].

Cela contredit le point de vue de Neuwirth qui, sans exclure les versets 34-40, considère cette sourate comme opposée aux chrétiens, ce qui fit l'objet d'une relecture dans la sourate 3, plus favorable à ces derniers[34]. Les versets 34-40 forment, en effet, un « patchwork de topoi coraniques anti-chrétiens » reprenant des motifs présents dans d'autres sourates (2, 10...) ou des citation d'autres (3...)[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Azaiez, cet ouvrage qui offre une analyse rigoureuse du texte, en partie grâce aux traditions sunnites, chiites, aux textes mystiques....  permet de donner « une image complète de la façon dont cette œuvre sacrée est lue par les musulmans depuis plus de 1 400 ans » (https://www.mehdi-azaiez.org/The-Study-Quran-A-New-Translation-and-Commentary-by-Seyyed-Hossein-Nasr-Caner-K). Pour  Geoffroy, cet ouvrage  est l'un des premier « commentaire quasi exhaustif du Coran » dans une langue occidentales mais « se refuse visiblement à inclure des thèses remettant en cause la nature même du Coran et de l'islam » (https://www.lescahiersdelislam.fr/Seyyed-Hossein-Nasr-The-Study-Quran-A-New-Translation-and-Commentary_a1251.html)

Références[modifier | modifier le code]

  1. André Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. André Chouraqui, , France, Robert Laffont, 1990, 625 p. (ISBN 2221069641)
  3. Blachère R., Le Coran, 1966, p. 103.
  4. André Chouraqui, Le Coran : L'appel, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  5. Dye G., « Le Coran et son contexte. Remarques sur un ouvrage récent »
  6. (de) Frank van der Velden, Harry Harun Behr et Werner Haussmann, Gemeinsam das Licht aus der Nische holen: Kompetenzorientierung im christlichen und islamischen Religionsunterricht der Kollegstufe, V&R unipress GmbH, (ISBN 9783847100188, lire en ligne)
  7.   « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  8. Dye G., « Pourquoi et comment se fait un texte canonique ? Quelques réflexions sur l'histoire du Coran » dans XXX, p.70.
  9. Reynolds G., The Qur'an and the Bible: Text and Commentary, p. 480.
  10. Toorawa S., « Sūrat Maryam (Q. 19): Lexicon, Lexical Echoes, English Translation »
  11. a et b (en) Seyyed Hossein Nasr et al., The Study Quran - A New Translation and Commentary, HarperOne, (ISBN 9780061125867), p. 2023-2085
  12. a et b (en) M. A. S. Abdel Haleem, The Qur'an, Oxford University Press, (ISBN 9780199535958), p. 191-195
  13.   « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  14. Emilio G. Platti, « Déroche, François, La voix et le calame. Les chemins de la canonisation du Coran », MIDÉO. Mélanges de l'Institut dominicain d'études orientales, no 32,‎ , p. 327–331 (ISSN 0575-1330, lire en ligne, consulté le 14 novembre 2019)
  15. Urvoy M.-T., « De quelques procédés de persuasion dans le Coran », Arabica, XLIX, 4, 2002, p. 456-476.
  16. Reynolds G., The Qur'an and the Bible: Text and Commentary, p. 120.
  17. Reynolds G., The Qur'an and the Bible: Text and Commentary, p. 473 et suiv.
  18. Dye G., "Lieux saints communs, partagés ou confisqués : aux sources de quelques péricopes coraniques (Q 19 : 16-33)", dans Isabelle Dépret & Guillaume Dye (éds), Partage du sacré : transferts, dévotions mixtes, rivalités interconfessionnelles, p.61 et suiv.
  19. « Lieux saints... », p.61 et suiv..
  20. « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  21. « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  22. « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  23. « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  24. Shoemaker S. « Christmas in the Quran... »,Jerusalem Studies in Arabic and Islam 28, 2003, p.11-12.
  25. « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  26. Toorawa S., « Sūrat Maryam (Q. 19): Lexicon, Lexical Echoes, English Translation », Journal of Qur'anic Studies, 13, 1, 2011, p. 25-78.
  27. « Lieux saints... », p.61 et suiv.
  28. « Lieux saints... », p.61 et suiv..
  29. « Lieux saints... », p.61 et suiv..
  30. « Lieux saints... », Note 17
  31. « Lieux saints... », p.61 et suiv..
  32. https://www.cairn.info/revue-diogene-2016-4-page-29.htm
  33. https://www.cairn.info/revue-diogene-2016-4-page-29.htm
  34. Dye G., « Le Coran et son contexte. Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus n°95, 2011, p. 247-270.
  35. https://www.cairn.info/revue-diogene-2016-4-page-29.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]