At-Tawba

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9e sourate du Coran
Le Repentir
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original سورة التوبة, At-Tawba
Titre français Le Repentir
Ordre traditionnel 9e sourate
Ordre chronologique 113e sourate
Période de proclamation Période médinoise
Nombre de versets (ayat) 129
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

La sourate At-Tawba (arabe : سورة التوبة, Le Repentir) est la 9e sourate du Coran. Elle comporte 129 versets. C'est la seule sourate à ne pas commencer par la formulation caractéristique Au nom de Dieu le Miséricordieux le Bienveillant, particularité généralement expliquée par le fait que Mahomet serait mort avant d'avoir explicité sa place dans le Coran. Ainsi, les savants de l'Islam considèrent que la sourate 9 est une suite continue de la sourate 8 et qu'elle profite donc implicitement de sa formule introductive, requise à chaque début de sourate.[réf. nécessaire]

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate Le Repentir[2].

Période de proclamation[modifier | modifier le code]

Selon la tradition musulmane, cette sourate a été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La Mecque[3]. Les savants musulmans s'accordent pour dire que cette sourate occupe la 113e place dans l'ordre chronologique[4].

D'après l'exégèse scientifique cependant cette distinction en deux ensembles de sourates est peu probante puisque qu'elle fait reposer l'organisation du Coran suivant un ordre chronologique de proclamation, hypothèse hautement spéculative car elle repose sur les « convictions que le Coran n’a qu’un seul auteur, qu’il n’a aucun rédacteur, et qu’il reflète l’expérience d’une communauté ayant existé autour de Muḥammad, à la Mecque et à Médine, entre 610 et 632 »[5]. Le « relatif consensus des spécialistes » admettant une élaboration du Coran « jusqu'à plus d'un demi-siècle après la mort du Prophète » principalement sur la mise en forme du texte mais pouvant aussi concerner les contenus, de ce fait la datation du Coran n'est pas formellement admise comme remontant à la fin de vie de Mahomet[6].

Le Coran est constitué de 114 sourates de longueurs inégales, présentées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, et non dans l'ordre chronologique des révélations. Dans l'ordre traditionnel, An-Nisa est la 4e sourate[3]. Les manuscrits anciens montrent des variations dans l'ordonnancement des sourates. Pour M.-A. Amir-Moezzi, « En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des 926 groupes de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu »[7]. Certains versets supprimées dans la forme canonisée du Coran ont été rajoutés au corpus des hadiths[8].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Verset 5 : le verset de l'épée[modifier | modifier le code]

Le verset 5 de la sourate 9 ordonne de combattre tous ceux (les païens et les idolâtres[9]) qui ne croient pas « à la religion vraie »[10].

Ce verset est considéré par les islamistes comme un verset abrogeant « tout autre verset appelant à une attitude conciliante à l’égard des non-musulmans. »[11], plus d'une centaine selon certains auteurs[12]. Il est appelé le « verset de l’épée » ([âyat al-sayf]). Ce nom est donné entre le XIe et le XIIIe siècle[12].

Cette vision abrogeante, qui se développe principalement à partir des recherches d'Ibn Taymiyya (1263 -1328 Damas) et d'Ibn Kathir (1301-1373 Damas) « est privilégiée aujourd’hui dans l’enseignement destiné à former les imams et les docteurs, et ce jusqu’à el-Azhâr, la grande mosquée-université du Caire. »[12] Pour Marongiu-Perria, le principe d'abrogation de versets par le verset de l'épée est admis par « une majorité d'exégètes traditionnels musulmans »[13]

« Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

— Le Coran (trad. Muhammad Hamidullah), « Le repentir (At-Tawbah) », IX, 5.

Versets 29–32 : Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier [...][modifier | modifier le code]

Le manuscrit 27.1 DAM, dit Coran de Sana'a, soulève de nombreuses questions quant à ce passage. Ce passage est, en effet, absent du manuscrit mais certaines expressions se retrouvent dans d'autres versets avec des variations par rapport à la forme actuelle du Coran[14]. Dye reconnait que ce passage est un « passage obscur, qui a visiblement subi plusieurs remaniements »[14].

Le verset 29, appelé « verset de la guerre », mobilise au combat à mort contre les juifs et les chrétiens (ceux qui « ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit ») et est interprété littéralement par les islamistes alors qu'il a été révélé dans le contexte d'une guerre dont la cause était l'hostilité des juifs et des chrétiens au message de l'Islam[10]. Dans ce verset, contrairement aux traductions usuelles, le terme ʿan yadin ne peut signifier l'idée de soumission, sens tardif de ce terme. De plus, la capitation imposée proviendrait, pour l'auteur, des institutions perses découvertes lors conquêtes arabes, après la vie de Mahomet. La seconde partie de ce verset pourrait être, pour Dye, une interpolation tardive[14]. Le verset 29 est pour Kropp un ajout tardif lié au développement d'une administration[14].

L'auteur du verset 30 invente une parallélisme entre ʿUzayr dans le judaïsme et Jésus dans le christianisme. Si certains auteurs y reconnaissent Esdras, il s'agit pour Comerro et Dye plus probablement d'ʿAzarya, compagnon de Daniel. Cette « mise en parallèle forcée » est à but polémique[14]. Pour Pregill, ce verset permet d'appuyer l'association des chrétiens et des juifs au concept de kufar (« mécréant »)[14]. Pour Azaiez, le verset 30, contenant deux citations afin de les contredire, appartient au domaine de la polémique et au style du "contre discours". Ce style correspond à 10 % du corpus coranique[14].

Pour Pregill, en associant cette sourate à la fin de la vie de Mahomet, la tradition musulmane s'est servi de ce passage pour établir la doctrine classique du Jihad : « combattre les polythéistes jusqu'à leur conversion, monothéistes jusqu'à ce qu'ils se soumettent et paient la ǧizya »[14]. Cette datation tardive de la tradition permet de l'inclure dans le système d'abrogation des versets contradictoires, dans ce cas précis de versets plus tolérants[14].

Versets 111-118[modifier | modifier le code]

Ce passage évoque plusieurs épisodes inconnus en dehors de la tradition islamique[15]. Pour Hilali, ce passage est absent du manuscrit 27.1 DAM, dit Coran de Sana'a, mais certaines expressions comme "dans le chemin de Dieu" se retrouvent dans d'autres versets avec des variations par rapport à la forme actuelle du Coran[15].

Sourate 9, V. 111 : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah: ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Evangile et le Coran. Et qui est plus fidèle qu’Allah à son engagement? Réjouissez-vous donc de l’échange que vous avez fait: Et c’est là le très grand succès. »

L'idée de Salut en échange de bien matériels et de la vie du fidèle est un discours présent dans le christianisme syriaque. Mais à la différence de celui-ci, ce n'est plus sur le choix du fidèle mais celui de Dieu et cela ne concerne plus seulement quelques bien mais l'intégralité de ceux-ci. Cela crée dans le Coran un rapport à Dieu de dominateur-dominé contraire à l'idée chrétienne de paternité divine[15]. Pour Rippin, ce verset utilise du vocabulaire propre aux transactions[15].

Citant la Torah, l’évangile et le Coran comme trois livres appelant à combattre "dans le sentier d’Allah", le rédacteur coranique cherche à réunir l'ensemble de ceux qui reconnaissent une révélation. Pregill ne comprend pas les références à des appels à la violence s'appuyant sur les textes juifs et chrétiens dans l'antiquité[15]. Cette comparaison, pour Stewart, s'explique par la volonté du rédacteur coranique de s'inscrire dans un genre littéraire particulier, les « révélations »[15].

Pour Reynolds, l'indication dans le verset 113 à ne pas prier pour ceux qui ne croient pas en Allah montre que Mahomet ne prêchait pas un "Dieu dans un sens abstrait mais un dieu avec des caractéristiques particulières"[15].

Younes considère que le verset 117 est mal traduit et doit se lire : « Après qu'Il (Dieu) eut presque dévié les cœurs d'une partie d'entre eux, alors Il [Dieu] se tourna vers eux avec miséricorde »[15].

Usages islamistes de la sourate At-Tawba[modifier | modifier le code]

Pour Mimelli, la sourate 9 est une des sourates les plus violente du Coran. Pour cette raison, elle est souvent cité par les jihadistes[11].

Ainsi, le militant musulman membre des Frères musulmans Sayyid Qutb appuie sa doctrine de la guerre sur plusieurs sourates mais en particulier sur les versets 93-129 de la Sourate At-Tawba. S'appuyant sur des versets considérés comme tardifs, il prétend qu'ils ne peuvent ainsi être adoucis par les versets antérieurs. Pour lui, « l’Islam est par essence combatif et seuls les combattants perçoivent la foi en vérité, dans la communauté. ». S'appuyant sur les versets 97-102, la guerre doit, pour lui, concerner la terre entière[16].

Pour Sayyid Qutb, les versets favorables aux "gens du livres", juifs et chrétiens sont abrogés par le verset 29 de la sourate 9. Ils sont « déclarés par Dieu en erreur manifeste, toute semblable à celle des polythéistes arabes et des idolâtres romains ou autres. ». Ce rejet se retrouve dans le corpus des hadiths. Pour Qutb, « le combat armé contre les gens du Livre est, par ces versets coraniques, identique à celui contre les autres polythéistes. Ils deviennent l’une des cibles du jihâd. »[17]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. André Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  3. a et b Blachère R., Le Coran, 1966, p. 103.
  4. André Chouraqui, Le Coran : L'appel, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  5. Gabriel Said Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica, no 58,‎ , p. 477
  6. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 17
  7. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 22
  8. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 23
  9. Le verset 4 de la sourate IX du coran aménage une reconnaissance aux scripturaires, aux gens de l'écriture (juifs et chrétiens), les Musulmans ne devant pas les combattre.
  10. a et b David Meyer, Yves Simoens, Soheib Bencheikh, Jacques Scheuer, Les versets douloureux. Bible, Évangile et Coran entre conflit et dialogue, Éditions Lessius, , p. 87.
  11. a et b Ben Laden Oussama, « « Déclaration du Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les croisés » », dans Al-Qaida dans le texte. Écrits d’Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou Moussab al-Zarqawi. Paris, Presses Universitaires de France, « Quadrige », 2008, p. 62-69.
  12. a b et c « L'avenir de l'islam européen », Le Débat, no 150,‎ , p. 4–15 (ISSN 0246-2346, DOI 10.3917/deba.150.0004, lire en ligne, consulté le 27 janvier 2018)
  13. La rédaction des Cahiers de l'Islam, « Rencontre avec G. Bencheikh et O. Marongiu-Perria : l'islam radical et la crise de la pensée musulmane », Les cahiers de l'Islam,‎ (lire en ligne, consulté le 27 janvier 2018)
  14. a b c d e f g h et i Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie QS 12 Q 9:29–32
  15. a b c d e f g et h Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie QS 13 Q 9:111–118
  16. Carré Olivier, « Chapitre IV. Le combat pour dieu selon le Ẓilâl », dans Mystique et politique. Lecture révolutionnaire du Coran par Sayyid Qutb, Frère musulman radical. Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), « Académique », 1984, p. 123-142.
  17. Carré Olivier, « Chapitre III. Juifs et chrétiens dans la société islamique idéale du Ẓilâl », dans Mystique et politique. Lecture révolutionnaire du Coran par Sayyid Qutb, Frère musulman radical. Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), « Académique », 1984, p. 103-122.