Affaire Mortara

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Edgardo Mortara (à droite) avec sa mère, entre 1878 et 1890

L'affaire Mortara est nommée d'après Edgardo Mortara (né à Bologne (Italie), le et mort à Bressoux (Belgique), le ), un garçonnet juif de 6 ans, vivant alors à Bologne, ville des États pontificaux en Italie et qui, après avoir été ondoyé secrètement par sa nourrice catholique, fut enlevé par les autorités papales en 1858 pour être élevé au sein de la religion catholique.

Cette affaire devint un scandale international.

Les faits[modifier | modifier le code]

Le , à dix heures du soir, la police pontificale (le lieutenant‑colonel des carabiniers Luigi De Dominicis, le maréchal Lucidi et le brigadier Agostini), accompagnée de représentants des forces de l'ordre (laïc) de Bologne qui faisait alors partie des États de l'Église, fait irruption au 196 via delle Lame, le domicile de la famille juive de Salomone Levi (dit « Momolo ») et Mariana Mortara (née Padovani). Ils réveillent leurs huit enfants (les jumelles Ernesta et Erminia 11 ans, August 10 ans, Arnoldo 9 ans, Edgardo 6 ans, Ercole 4 ans et le bébé Imelda) et s'emparent d'Edgardo, six ans et dix mois, en annonçant aux parents que l'enfant a été ondoyé secrètement par leur ancienne employée, Anna Morisi, lors d'une maladie[1]. La jeune servante ne « révèle » ce « baptême » que six ans plus tard[2].

Le rapt d'Edgardo Mortara peint en 1862 par le peintre Moritz-Daniel Oppenheim

Selon la loi des États pontificaux, l'enfant ne peut rester dans une famille juive, car, ayant été baptisé, il aurait été considéré comme apostat, et donc excommunié[3]. Afin de « sauver son âme », l'Église considérait avoir le devoir moral d'empêcher cette apostasie. L'enlèvement a été orchestré par l'inquisiteur Pier Gaetano Feletti (de), père dominicain et neveu du pape, sur ordre de Rome[4].

Un voisin juif témoigne après avoir été alerté par l’agitation nocturne chez les Mortara :

« J’ai vu une maman éperdue de douleur, le visage ruisselant de larmes, et un père qui s’arrachait les cheveux, tandis que leurs enfants agenouillés suppliaient les policiers d’avoir pitié d’eux. C’est une scène si poignante que je suis incapable de la décrire »[1].

Devant les suppliques des parents, les gendarmes leur accordent le temps d'intercéder auprès des autorités ecclésiastiques mais le cardinal Feletti resta inflexible. A une heure du matin, le petit Edgardo Mortara est retiré à ses parents et conduit immédiatement à Rome pour être élevé à la Maison des catéchumènes fondée en 1543 par le pape Paul III et dédiée aux Juifs et musulmans nouvellement convertis au catholicisme, où il reçoit un second baptême en présence de Feletti[4]. Au cours du voyage, il est renommé Pio, c'est-à-dire Pie, du nom du souverain pontife et on échange la petite mezouzah qu'il porte autour du cou contre un crucifix[5],[1].

Du fait de sa maladie, le nourrisson avait seulement été ondoyé : l'ondoiement est en effet un baptême réservé en cas de danger de mort imminent ; dans ce cas, tout chrétien laïc a le pouvoir de l'administrer : il consiste en l'effusion d'eau accompagnée de la formule sacramentelle : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Canoniquement licite et valide, l'ondoiement doit être, si possible, complété ultérieurement si le baptisé survit[6].

Répercussions[modifier | modifier le code]

À l'automne 1858, le journal catholique de Bologne, oubliant les cris et les pleurs de ses parents et de sa fratrie, rapporte que l'enlèvement (appelé « le retrait ») de l'enfant « a été fait avec douceur, uniquement grâce à l'utilisation de la persuasion » et que « chaque fois que la voiture s'est arrêtée dans une ville [sur son chemin vers Rome], la première chose qu'il a demandé était d'entrer dans l'église... montrant la dévotion la plus émouvante ». Dans la même veine, la revue jésuite du Vatican, La Civiltà Cattolica, affirme qu'Edgardo a montré un « bonheur extraordinaire » en entrant chez les catéchumènes, contrastant avec « l'immense malheur pour ses parents d'être et de vouloir restent Juifs »[7].

L'article de La Civiltà cattolica romaine, « Il piccolo neofito Edgardo Mortara », paraît à Bruxelles dans une version française sous forme de brochure, peu de temps après, sous le titre La Vérité sur l'affaire Mortara[8].

L'affaire fit grand bruit tant en Italie qu'à l'étranger. Dans le royaume de Sardaigne, qui était alors un État distinct mais travaillait activement à l'unification nationale italienne, le gouvernement comme la presse firent état de l'incident pour renforcer leurs revendications visant à libérer les terres italiennes de l'influence temporelle des États pontificaux.

Les protestations reçurent l'appui d'organisations juives et de personnalités politiques et intellectuelles britanniques, américaines, allemandes et françaises ; à Paris cet épisode, ainsi que d'autres actes antisémites commis, furent le point de départ de la naissance de l'Alliance israélite universelle (AIU)[9]. Mais même chez les catholiques les critiques ne manquèrent pas. L'abbé Delacouture, professeur de théologie, publia dans Le Journal des débats du , une analyse indignée de l'affaire, où il déplorait que l'enlèvement du petit Mortara se fût fait au mépris des lois de la religion comme de celles de la nature.

Il ne se passa pas longtemps pour que les gouvernements de ces pays s'unissent au chœur de ceux qui réclamaient qu'on rendît Edgardo à ses parents. L'empereur des Français Napoléon III protesta lui aussi, avec un poids particulier puisque seules ses garnisons permettaient au pape de maintenir le statu quo en Italie[10]. Pie IX resta sourd à de tels appels, et a fortiori à ceux qui venaient des protestants, des athées et des Juifs.

Pie IX en 1863

Quand une délégation de notables juifs rencontra Edgardo en 1859, celui-ci âgé de 8 ans déclara : « Je ne m'intéresse à rien de ce qu'en pense le monde. » Par ailleurs, il écrivit dans ses mémoires :

« Lorsque j'ai été adopté par Pie IX, tout le monde criait que j'étais une victime, un martyr des jésuites. Mais, en dépit de tout cela, je remercie la Providence qui m'avait ramené à la vraie famille de Jésus-Christ, je vivais heureusement à Saint-Pierre-aux-Liens, et l'Église manifestait ses droits sur mon humble personne, en dépit de l'empereur Napoléon III, de Cavour et des autres grands personnages de la terre. Que reste-t-il de tout cela ? Seulement l'héroïque non possumus du grand Pape de l'Immaculée Conception »[10].

Le pape fit participer Edgardo à une autre rencontre pour montrer que le garçon était heureux sous sa protection. En 1865, il déclara : « J'avais le droit et l'obligation de faire pour ce garçon ce que j'ai fait, et si c'était à refaire, je le referais. »

Ceux qui soutenaient que le pontife avait agi correctement faisaient remarquer que les parents, contrevenant à une loi précise de l'État pontifical, avaient engagé une domestique chrétienne (analphabète), Anna Morisi, qui, voyant le petit sur le point de mourir, l'avait baptisé en cachette, sur les conseils d'une connaissance. Ce n'est que quelques années plus tard qu'une série de circonstances l'amena à révéler le fait : confessant son acte à son prêtre qui fit remonter l’information l'archevêque de Bologne, le cardinal Viale-Prela, jusqu'à l’inquisiteur puis au souverain pontife[11],[4]. L'Église interdisait le baptême des enfants de familles non catholiques, mais elle ajoutait - et ajoute encore aujourd'hui - qu'en danger de mort, le sacrement peut être administré, même contre la volonté des parents (Code du droit canonique, peut. 868 §2)[12]. La liberté religieuse n'en est qu'aux balbutiements.

Les parents Mortara déployèrent de grands efforts pour tenter de récupérer leur enfant[13] mais l'affaire Mortara s'embrouilla dans ces controverses doctrinales et morales, et malgré les appels à ses sentiments de justice et de charité, malgré le rappel des dispositions libérales que le pape avait prises par le passé, il prononça finalement son « Non possumus » (Nous ne pouvons pas)[14] qui devint son leitmotiv[12]. Puisque le baptême était religieusement valable, d'un point de vue catholique, il était du devoir du pape d'assurer à l'enfant une éducation chrétienne (Code de droit canonique, peut. 794 §1), sans tenir compte du fait que l'enfant était déjà marqué par la chair et dans sa chair par son alliance au judaïsme, qu'il n'était pas conscient quand il avait reçu le baptême, ni du désir et de la religion de sa famille d'origine. La validité de cette alliance (visible) à vie chez les Juifs fait écho à celle (invisible) du baptême chez les catholiques, comme le remarque Thomas d'Aquin, pour qui le baptême « configure » une personne au Christ, laissant quelque chose de permanent dans le baptisé ; Augustin compare cela à la marque d'un fer à marquer sur une bête et cette marque serait indélébile[12].

Dans son optique devenue anachronique - le spirituel prenant la préséance sur le temporel et bien que contestée déjà en son temps -, le pape pensait qu'il ne pouvait agir autrement (Non possumus)[12] et il se comporta en conséquence, cherchant d'abord un compromis avec les Mortara : il essaya de les convaincre de faire entrer le garçon dans un collège catholique de Bologne : ainsi, il aurait été en contact avec sa famille et à 17 ans, il aurait décidé « librement » de son avenir. Il proposa même aux parents Mortara une solution qui réunirait toute la famille : d'accueillir la lumière du Saint-Espirt à travers le baptême pour entrer tous ensemble (les Mortara et leurs sept autres enfants) dans la maison des Catéchumènes afin de retrouver Edgardo. Ne désiraient-ils pas si fort récupérer leur fils ? Évidemment, il ne parvint pas à un accord avec les parents et au cours de l'été 1858, l'enfant fut conduit à Rome[10]. La presse catholique en conclut qu'en définitive, les parents Mortara tenaient plus au judaïsme qu'à leur fils ou s'ingéniaient plus à ce que leur fils ne soit pas chrétien qu'à le récupérer :

« lls font les désespérés, non point parce qu’on leur a temporairement soustrait un de leurs huit enfants ; alors que même ainsi, il leur en reste sept à la maison, mais parce que c’est l’Eglise catholique qui l’a gagné ». - la Civiltà Cattolica[11]

Effet Mortara[modifier | modifier le code]

En 1861, une autre affaire où Sarah Linnerviel, une jeune fille juive de 18 ans, soustraite à sa famille pendant près de deux ans à l'aide d'une série de complicités dont des congrégationnistes jésuite et mariste, provoqua la colère de Gustave RouIand, ministre de l'Instruction publique et des Cultes. Dans un rapport à Napoléon III, il dénonça « la légitimité du prosélytisme catholique, c'est-à-dire le droit du prêtre à convertir l'enfant malgré la volonté paternelle. C'est la doctrine Mortara de Rome »[4].

Contexte[modifier | modifier le code]

À cette époque, les 200 Juifs de Bologne subissent de nombreuses restrictions :

  • ils n'ont pas de synagogue ni de rabbin officiel ;
  • ils vivent dans un petit ghetto cadenassé la nuit ;
  • ils sont soumis à des taxes particulières ;
  • ils doivent parfois suivre des sermons catholiques ;
  • ils ne sont pas autorisés à aller à l'université[15] ;
  • ils subissent des vexations et humiliations, notamment lors du carnaval du Mardi gras[11] ;
  • il leur est interdit d'avoir des employés chrétiens[16] ;
  • ils ne peuvent témoigner contre des chrétiens.

Impact international[modifier | modifier le code]

La tragédie de la famille Mortara devient bientôt une « affaire » internationale, mais ne parvint jamais devant un tribunal impartial. Les Mortara accumulent les preuves de vices de forme et de machination, font d'innombrables tentatives pour rejoindre et récupérer leur fils, et reçoivent des appuis de nombreux pays d'Europe[17] :

Rien ne vient infléchir la décision de Rome qui, au contraire, multiplie les obstacles et les fins de non recevoir. Cette position jugée anachronique isole les États pontificaux et expliquera en partie l'absence de réaction des États catholiques lors de leur annexion par l'Italie[4].

La création de l'Alliance israélite universelle, en 1860, sera en partie liée à l'affaire Mortara, afin de défendre et émanciper les Juifs partout où ils sont opprimés. L'AIU participera également aux tentatives pour faire rendre le jeune Mortara à sa famille.

Relayant la presse italienne, la presse outre-atlantique s'affole également[12] : Le New-York Herald décrit l'affaire Mortara comme ayant des « dimensions colossales » ; The Times publie plus de vingt articles sur le sujet en décembre 1858 ; les journaux du Milwaukee ou de Baltimore expriment un soutien similaire et demandent aux États-Unis d'intervenir...[19].

Procès[modifier | modifier le code]

En 1860, l'inquisiteur Feletti est emprisonné en janvier par le gouvernement provisoire de la Romagne avec De Dominicis, chef des gendarmes pontificaux, puis jugé le 16 avril sur des accusations d'enlèvement du garçon, d'attentat à la tranquillité publique, de soustraction violente et d'abus de pouvoir mais il argua du fait qu'il avait agi sur les ordres de Rome et les deux hommes furent acquittés[4]. La procédure laisse dans les archives de nombreux et précieux témoignages[20].

Réitération[modifier | modifier le code]

Malgré le scandale provoqué par l'affaire Mortara dès 1858, Pie IX ne changea pas sa politique : six ans plus tard, « en 1864, à Rome, un garçon de onze ans, Giuseppe Cohen, fut attiré sous un subterfuge à la Maison des Catéchumènes et ni la mort, sous l'effet du chagrin, d'une de ses sœurs, ni l'intervention de l'ambassadeur de France ne firent fléchir le pape et son secrétaire d'Etat ». Il entra chez les Carmes et ne revit plus jamais sa famille[4],[21].

Famille Mortara[modifier | modifier le code]

Cardinal Giacomo Antonelli, 1873

Après des protestations internationales, il fut concédé à titre exceptionnel aux Mortara de rendre une visite au petit Egdardo à la maison des Catéchumènes où, selon ses parents, une nouvelle scène déchirante eut lieu, l'enfant désemparé et effrayé, les aurait suppliés de ne pas l’abandonner car il voulait rentrer à la maison rejoindre ses frères et sœurs[réf. souhaitée]. Cette version vient en contradiction avec celle de journaux catholiques européens et américains qui répandirent l’histoire rapportée par le duc de Gramont après son entrevue avec le pape qui lui parla de la métamorphose miraculeuse du garçonnet de six ans, une fois libéré des griffes de sa famille juive, qui implorait le recteur des Catéchumènes de ne pas laisser ses parents l’approcher[22].

Après une tentative infructueuse de kidnapping dans l'autre sens, Edgardo-Pio Mortara est placé sous un faux nom dans un couvent du Tyrol en Autriche[12].

En 1867, à seize ans, le néophyte, considéré comme un oblat, entre au séminaire de l'ordre des chanoines réguliers du Latran à Poitiers, en vue de devenir prêtre, malgré la promesse en 1859 du secrétaire d'Etat du pape, le controversé cardinal Antonelli[23] à Sir Moses Montefiore de laisser la liberté de choix au jeune homme à ses dix-sept ou dix-huit ans[4].

Le premier concile œcuménique du Vatican, convoqué par Pie IX, 1869-70

En 1870, après l'entrée des troupes piémontaises à Rome et une entrevue dramatique avec son père et l'un de ses frères, il choisit de s'enfuir de la ville, avec la complicité de La Marmora, lieutenant-général du roi Victor-Emmanuel II, et se réfugia sous un faux nom au couvent de Neustift au Tyrol[4].

La même année, il prêche au Ier concile œcuménique du Vatican. Il reçoit les ordres religieux au monastère de Beauchêne, en 1872[4]. L'année suivante, il est ordonné prêtre dans l'ordre des Augustins et prononce sa première prédication publique à Poitiers, le 25 novembre 1874[4].

Son père Salomone Mortara meurt précocement en 1871, victime de sa notoriété internationale, après avoir été la cible du parti clérical, et faussement accusé d'avoir jeté une servante par la fenêtre ; après sept mois de prison, il sera disculpé en appel[12],[11].

En 1878, Edgardo-Pio se retrouve à l'abbaye de Mattaincourt dans les Vosges. La même année, sa mère rencontre finalement son fils de 27 ans à Paris puis à Perpignan où il tente de la convertir, elle et les membres de la famille, au catholicisme. Devenu chanoine de Latran, sous le nom de « Père Pio Maria », il est envoyé à partir de 1878 comme « missionnaire pontifical » en Europe, en Italie, dans de nombreuses villes de France, d'Espagne, d'Allemagne : Mayence, Breslau ; il prêche aussi à New York[24],[11]. C'est un hyperpolyglotte (italien, allemand, espagnol, basque, français, latin, grec, hébreu, anglais)[25].

Il remet à sa mère un portrait de lui en 1881 avec cette dédicace : « Ma mère bénie et bien-aimée ! Puisse Dieu te garder heureuse entourée de l’affection de ton fils bien-aimé Pio-Edgardo, qui t’aime énormément. Venise 15/XI/81 ». Celle-ci meurt en Suisse en 1895 ; Edgardo-Pio l'assiste à ses derniers instants et est présent aux funérailles. Il écrit Dans une lettre à « Le Temps »[1] :

« J’ai toujours ardemment désiré que ma mère embrasse la foi catholique et j’ai essayé à maintes reprises de l’en convaincre. Néanmoins, elle ne l’a jamais fait, et bien que je me sois tenu à ses côtés pendant son ultime maladie, aux côtés de mes frères et sœurs, elle n’a jamais manifesté le moindre signe de conversion. »

Après la mort de sa mère, il reste en contact régulier avec les membres de sa famille et son portrait trône longtemps sur un mur de la maison de sa soeur Imelda qui veille à ce qu'il ne prêche pas les enfants[1].

Edgardo-Pio Mortara fut toujours reconnaissant à Pie IX de son action et le considérait comme un saint. Pio Nono resta « son ange gardien, son père et protecteur, à qui, après Dieu, il doit tout ». Il écrivit : « il m'a aimé comme une mère qui préfère le fils qui l'a fait souffrir le plus »[12]. A travers sa soumission totale à l'Eglise et à la mémoire de Pie IX, ses écrits montrent qu'en l'absence d'esprit critique, « il n'a jamais compris l'enjeu dont il avait été l'objet dans son enfance, ni l'importance que son enlèvement avait revêtu dans l'histoire des idées politiques du XIXe siècle »[4].

Il décède à l'abbaye du Bouhay, à Bressoux, près de Liège, où il s'était retiré depuis 1906, le , à l'âge de 88 ans, juste avant l'invasion allemande[26].

Durant la Shoah, une partie de sa famille est assassinée[1]. Jusque de nos jours, ses descendants restent marqués par cette affaire[15][réf. à confirmer].

Retour sur l'Histoire[modifier | modifier le code]

L'affaire Mortara aboutit en France, « à un renversement de la politique de Napoléon III à l'égard du parti catholique, au renforcement des idées anticléricales et à la création d'institutions destinées à promouvoir les droits individuels face aux pouvoirs de l'Eglise et de l'Etat ». En Italie, elle facilita la cause de l'unité italienne et la chute de l'Etat pontifical[4]. C'est également la première fois que l'opinion publique libérale prit fait et cause pour une famille juive, au nom du droit naturel et de la liberté de pensée.

L'historien René Rémond considère encore en 1976, que cette affaire doit plus à l'anticléricalisme républicain qu'à la « tyrannie romaine » et qu'elle a été déterminante dans l'évolution des idées anti-cléricales au XIXe siècle[27],[4]. Vingt ans plus tard, l'anthropologue David I. Kertzer affirme que pour les historiens de l’Eglise, l’affaire Mortara « a une certaine importance mais que leur intérêt (il cite Giacomo Martina et Roger Aubert) se concentre surtout sur l’impact négatif qu’elle eut sur l’Eglise »[11].

Mémoires falsifiées[modifier | modifier le code]

En 1888, Edgardo-Pio Mortara avait rédigé ses mémoires en castillan alors qu'il vivait en Espagne, qui donnent un récit de première main des événements autour et après son entrée dans l'Eglise du Christ. Pour diverses raisons, le manuscrit reste dans les archives après sa mort en 1940. Le journaliste Vittorio Messori les récupère mais sans rien n'en dire, modifie notablement le texte dans sa traduction en italien publiée aux éditions Mondalori en 2005 sous le titre «Io, il bambino ebreo rapito da Pio IX». Il memoriale inedito del protagonista del «caso Mortara»[28]. Les éditions Ignatius Press rendent ensuite ce document disponible en anglais en 2018 avec les mêmes manipulations, sous le titre Kidnapped By The Vatican[29],[12].

L'historien et anthropologue américain David Kertzer, prix Pulitzer 2015, qui consacra un ouvrage à l'affaire Mortara[30], conteste farouchement l'exactitude des dernières versions de Messori et Ignatius Press, en pointant du doigt des paragraphes entiers ajoutés ou supprimés par rapport à l'original de Mortara (qui lui-même comporte des erreurs historiques vérifiables), où sont notamment effacés les traits violents et antisémites (preuves notamment de la haine et de l'antijudaïsme de l'éducation catholique dont bénéficia Egdardo), donnant finalement une vision idyllique, du moins heureuse de cette affaire[20]. L'agence Associated Press confirme les conclusions de Kertzer, après avoir retrouvé le texte original en espagnol et avoir enquêté sur l'affaire[31].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Film[modifier | modifier le code]

Après la publication du livre de Kertzer, Pie IX et l'enfant juif : l'enlèvement d'Edgardo Mortara, en 1997, la production d'une adaptation cinématographique sur l'affaire est lancée en 2016. Elle est réalisée par Steven Spielberg, à partir d'un scénario de Tony Kushner, met en vedettes Mark Rylance et Oscar Isaac, présentée sous le titre The Kidnapping Of Edgardo Mortara, et sa sortie est prévue en 2021[32],[33],[1]. Selon IMDB, certaines difficultés de la production et dans la recherche du personnage principal mettent en veilleuse la poursuite de ce projet[34].

Précédents et autres cas d'enlèvements pour baptême[modifier | modifier le code]

Position des papes[modifier | modifier le code]

Les enlèvements d'enfants non chrétiens trouvent leur source dans les décisions du quatrième concile de Tolède (633), dont le corpus de droit canon reconnaissait à l'Église le droit « d'arracher à des familles non chrétiennes des enfants oblats, offerts à l'Église en état d'inconscience invitis parentibus, c'est-à-dire sans l'accord explicite des parents ; il suffisait qu'un chrétien affirmât les avoir baptisés ». Le théologien Thomas d'Aquin considérait au XIIIe siècle que les baptêmes d'enfants juifs n'ayant pas encore l'âge de raison et contre les souhaits de leurs parents sont « contraires aux ressources naturelles de la justice » (Summa Theologiae II-II, 10, 12)[35]. Les papes s'opposèrent souvent sur les interprétations de cette question : au XIIIe siècle, Innocent IV interdit le baptême des enfants de moins de douze ans sans le consentement des parents ; Boniface VIII désapprouva le baptême par traîtrise d'enfants juifs mais considéra qu'il demeurait valide en tous les cas ; au XVe siècle, le prélat Martin V fixa la limite d'âge à 12 ans ; en 1740, Benoit XIV considéra que l'enfant baptisé pouvait être laissé aux parents si ceux-ci s'engageaient à le rendre quand il aurait atteint l'âge convenable de sept ans (et non plus douze) et à condition de ne rien lui enseigner contre la foi catholique ; en 1764, Clément XIII déclara nul un tel baptême et menaça de châtiments celui qui tenterait de baptiser par traîtrise à un enfant juif qui devait être ramené chez des siens[36],[4]. Néanmoins, les baptêmes subreptices ou forcés continuèrent et restait valable l'édit de 1682, rendu contre les protestants et les Juifs et ordonnant d'élever leurs enfants illégitimes dans la religion catholique[4].

« Au XVIe siècle, se développa aussi une croyance populaire prétendant que le baptême juif procurait des indulgences : cette rumeur est encore invoquée en 1860 par la jeune servante des Mortara pour expliquer son geste »[4],[37].

Série d'enlèvements[modifier | modifier le code]

Cette politique a entraîné à travers les siècles de nombreux rapts d'enfants juifs ou de familles « infidèles ». Ils furent plus nombreux dans les Etats pontificaux où le droit ecclésiastique tenait lieu de droit civil, et en raison de l'insuccès des prédications obligatoires auxquels les Juifs étaient tenus d'assister hebdomadairement (notamment à Rome, Carpentras)

En 1823, le pape Léon XII confirme l'édit sur les Juifs de 1775, tombé en désuétude et interdisant aux juifs d'employer des domestiques chrétiens[17]. Même s'il y en eut de nombreux auparavant dans les Etats français du pape et en divers endroits d'Europe[38], au XIXe siècle, rien qu'en Italie, une série d'enlèvements se produisent[39],[40],[41] :

  • 1814 : Saporina de Angeli, à Reggio de Calabre, baptisée par une servante alors que l'enfant était malade[30] ;
  • 1817 : enlèvement à Ferrare d'une fillette de six ans baptisée in periculo morris par une servante[41] ;
  • 1824 : Davide di Anselmo Tedeschi enlevé de chez lui à Gênes[41] ;
  • 1826 : le petit Diena à Modène ;
  • 1840 : l'Affaire Montel (affaire franco-romaine)[42] ;
  • 1844 : Pamela Maroni à Reggio Emilia de Calabre, fille d'Abraham, baptisée par une servante catholique, enlevée et élevée dans la foi catholique jusqu'à l'âge adulte[43] ;
  • 1864 : Giuseppe Coen, fils d’un petit cordonnier de Rome (sous Pie IX), enlevé pour être placé dans une maison de catéchumènes puis entré chez les Carmes, sans plus jamais revoir ses parents[11],[21] ;
  • et encore d'autres dans le royaume de Piémont-Sardaigne, à Lugo et à Ancône (1826), encore à Modène (1836) ou à Ferrare (1838)[41].

Soutiens[modifier | modifier le code]

Si la position du pape fut largement critiquée, elle eut naturellement ses soutiens parmi les catholiques ultramontains. Avec l'accord tacite du pape, le journaliste Louis Veuillot justifia ainsi avec violence, dans le journal catholique L'Univers, l'attitude du Vatican[44]. Il accusera les journaux qui défendent l'opinion contraire à la sienne de comploter contre l'Eglise, d'être « à la solde des Juifs » et les désignera comme étant la « presse juive »[45]. Ces articles constituent une des premières manifestations de l'antisémitisme moderne[8].

L'affaire Mortara s'est trouvée remise sous les feux de l'actualité lors de la béatification du pape Pie IX en 2000 quand notamment, les descendants des Mortara, marqués depuis des générations, s'y opposèrent farouchement[15],[35],[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Yvette Miller, « L'affaire Mortara : un scandale explosif au cœur du prochain film de Spielberg », sur www.aish.fr, (consulté le 4 novembre 2019)
  2. Gérard da Silva 2008.
  3. Code de Droit Canonique L'apostat de la foi, l'hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latae sententiae.
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Georges Jonas Weill, « L'Affaire Mortara et l'anticléricalisme en Europe à l'époque du Risorgimento », Aspects de l'anticléricalisme du Moyen Âge à nos jours (ULB),‎ , p. 103-134 (lire en ligne [PDF])
  5. Dans un texte d'Antonelli, secrétaire d'État du pape, Edgardo est décrit comme « fils du père suprême des croyants », Pie IX, car, ainsi qu'Edgardo l'a exprimé lui-même : « Je suis baptisé - Mon père est le pape », cité par Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, p. 29.
  6. L’Ondoiement Le curé suppléait à ce qui avait été omis précédemment : l’enfant était nommé, recevait l’onction du Saint Chrême, le sel, le cierge symbole de la lumière et les parrain et marraine prononçaient la profession de foi pour lui. Ils s’engageaient ainsi à aider les parents ou en cas de décès de ceux-ci à veiller à son enseignement chrétien.
  7. (en-US) David I. Kertzer, « The Doctored 'Memoir' of a Jewish Boy Kidnapped by the Vatican », sur The Atlantic, (consulté le 4 novembre 2019)
  8. a et b Michel Winock, « Affaire Mortara : les catholiques se déchaînent », sur www.lhistoire.fr, (consulté le 6 novembre 2019)
  9. David Gabrielli. Edgardo Mortara rapito con la benedizione di Pio IX.
  10. a b et c Messori, op. cit.
  11. a b c d e f et g Lionel Lévy, « « Saint Pie IX » et l'enfant Mortara », (Source : Jean Carasso, « Prigioniero del Papa » in la Lettre Sépharade, décembre 2000, p. 5.), sur www.genami.org, Association de la généalogie juive (GenAmi), (consulté le 4 novembre 2019)
  12. a b c d e f g h i et j (en) Romanus Cessario, « Non Possumus | Romanus Cessario, O.P. », sur First Things, (consulté le 4 novembre 2019)
  13. Laura Hobson Faure, « L’évolution de la philanthropie juive française à l’époque contemporaine (1791-1939) : un essai de synthèse », Les Cahiers de Framespa. Nouveaux champs de l’histoire sociale, no 15,‎ (ISSN 1760-4761, DOI 10.4000/framespa.2786, lire en ligne, consulté le 6 novembre 2019)
  14. Note : La première utilisation de « non possumus » remonte au début du IVe siècle, quand Dioclétien ordonne la destruction des Écritures et des églises chrétiennes et interdit les liturgies chrétiennes. Un groupe de quarante-neuf chrétiens dans la ville africaine de Abitinae désobéirent à cet ordre impérial et répondirent : « Sine dominico non possumus » (« Nous ne pouvons pas vivre sans cette chose du Seigneur »). Lire en ligne
  15. a b et c (en) John W. O'Malley, « The Beatification of Pope Pius IX », sur America Magazine, (consulté le 6 novembre 2019)
  16. Suivant l'édit sur les Juifs de 1775, tombé en désuétude mais ravivé en 1823 par le pape Léon XII.
  17. a b et c Riccardo Calimani, L’errance Juive, volume II, 1996, pp. 333-342. Aperçu en ligne sur UPJF
  18. AMAE, Correspondance politique, Rome, vol. 1008, p. 432-434
  19. Bertram Wallace Korn, The American reaction to the Mortara case: 1858-1859 (Publications of the American Jewish Archives), Hardcover, 1957
  20. a et b (en-US) David I. Kertzer, « The Doctored 'Memoir' of a Jewish Boy Kidnapped by the Vatican », sur The Atlantic, (consulté le 4 novembre 2019)
  21. a et b Cecil Roth, op. cit., p. 472 ; Milano, op. cit, p. 369 ; Prosper Mérimée, Correspondance générale, établie par M. Parturier, 2e série, 1. 6, Toulouse, 1958, p. 201 et 277.
  22. AMAE, Correspondance politique, Rome, vol. 1009, p. 8-16
  23. Note : Le cardinal Giacomo Antonelli occupait le poste de secrétaire d’État depuis presque dix ans, et était connu pour ses dons de diplomate, la tiédeur de sa foi et sa moralité douteuse. Le pape s’en remettait systématiquement à lui pour pallier sa propre ignorance des questions de politique internationale. – Sur Antonelli, voir Aubert, 1961; Coppa, 1990; Falconi, 1983 Dès juillet 1858, le duc de Gramont mit en garde le secrétaire d’État sur l’attitude de l’Église dans l’affaire Mortara, avant même d’en rendre compte à son propre ministre des Affaires étrangères, le comte Walewski. – AMAE, Correspondance politique, Rome, vol. 1008, p. 343-348, ambassade de France à Rome. Direction politique n. 54, Rome, 24 juillet 1858
  24. (en-US) Nicole Winfield, « Memoir of secretly baptized Jewish boy kidnapped by Vatican under fresh scrutiny », sur www.timesofisrael.com, (consulté le 4 novembre 2019)
  25. (en) Vittorio Messori, Kidnapped by the Vatican?: The Unpublished Memoirs of Edgardo Mortara, Ignatius Press, (ISBN 9781621641988, lire en ligne), p. 3
  26. Georges J. Weill, L'affaire Mortara et l'anticléricalisme en Europe à l'époque du Risorgimento, in Aspects de l'anticléricalisme du Moyen Âge à nos jours, éd. ULB, 1988, p. 130, article en ligne sur la digithèque de l'ULB.
  27. René Rémond, L’anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, éd. Fayard, 1976 ; Bruxelles, rééd. éd. Complexe, 1985, pp. 156 & ss.
  28. Vittorio Messori, «Io, il bambino ebreo rapito da Pio IX». Il memoriale inedito del protagonista del «caso Mortara», sur Amazon.it, (consulté le 17 novembre 2019)
  29. (en) « Kidnapped by the Vatican? », sur www.ignatius.com, Ignatius Press (consulté le 4 novembre 2019)
  30. a et b David I. Kertzer, The kidnapping of Edgardo Mortara, New York, Alfred Knopf, (ISBN 0-679-76817-3). (Edition italienne la même année et française en 2001)
  31. (en-US) Nicole Winfield, « Memoir of secretly baptized Jewish boy kidnapped by Vatican under fresh scrutiny », sur www.timesofisrael.com, (consulté le 4 novembre 2019)
  32. « Steven Spielberg s'attaque à l'affaire Mortara », sur RTBF Culture, (consulté le 4 novembre 2019)
  33. Mathias Pisana, « Spielberg va adapter The Kidnapping Of Edgardo Mortara », sur Le Figaro.fr, (consulté le 4 novembre 2019)
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  35. a et b (en) Houx Taylor Coolman, « The Vatican kidnapped a Jewish boy in 1858. Why are we still talking about it? », sur America Magazine, (consulté le 6 novembre 2019)
  36. Riccardo Calimani, L'Errance juive, Denoël, 1996 ; les pages 333-342 (disponibles sur le site debriefing.org) concernent l'affaire Mortara.
  37. « Mortara Case » in Encyclopaedia Judaica, t. 12. Jérusalem, 1972. p. 354-355 ; Mourret, (...) p. 454, note, 2 ; Gemma Volli, Il casa Mortara nel primo centenario , Rome, 1960, 42 p . , 1 3 ill., p. 17.
  38. Attillio Milano, Storia degli Ebrei in Italia, Turin, 1963, pp. 590-594 ; Emmanuel Rodocanachi, Le Saint-Siège et les Juifs, Paris, 1891, pp. 281-287 ; René Moulinas, « Conversions et baptêmes chez les Juifs d'Avignon et du Comtat aux XVIIe et xvme siècles », in Archives Juives. l .12, 1976, n° 2, p. 25-28 ; du même, Les Juifs du Pape, Toulouse, 1981, pp. 373-374 ; Archives Israélites, 1859, pp. 157-158 et 205-207 ; Volli, « Centenario », op. cit. pp. 9-12 ; Encyclopaedia Judaica, notice citée, col. 186.
  39. (es) « Emisyon Muestra Lingua djueves 11 de marso: EL KAVZO MORTARA por Edmond Cohen », sur eSefarad, (consulté le 4 novembre 2019)
  40. Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, éd. Syllepse, 2008.
  41. a b c et d Sur les baptêmes forcés : Ermanno Loevinson, «Gli Israeliti dello Stato Pontificio nel periodo deI Risorgimento italiano fino al 1849», dans Rassegna Storica dei Risorgimento Italiano, 1929, pp. 768- 804, et à part, Rome, 1929, 36 p. ; Simon Doubnov, Histoire moderne du peuple juif, trad. du russe par S. Jankelevitch, t. II (1848-1914), Paris, 1933, p. 174-182 (éd. de New York, History ofthe Jews. 1873, p. 369-373) ; Cecil Roth, The History of the Jews of Italy, Philadelphie, 1946, p. 471-472 ; Attilio Milano, (Attilio), Storia degli Ebrei in Italia. Turin, 1963, pp. 368-639, 590-593, 366-368 ; Volli, «Centenario», art. cité p. 13-14 ; Bertrand Wallace Korn, The American Reaction to the Mortara Case : 1858-1859, Philadelphie, 1957, 196 p., p. 12-13 ; N. Samaja, «La situazione degli Ebrei nel periodo deI Risorgimento», in Rassegna Mensile diIsrael, t. XXIII, 1957, p. 298-309, 359-371, 412-421
  42. Note : Lors de l'affaire Montel, le comte Rayneval, ambassadeur au Saint-siège avait décrit ainsi l’état d’esprit des cercles dirigeants romains : « J’ai pu noter à propos de cette affaire, que la haine et le mépris contre la race juive, même chez les esprits les plus éclairés, se perpétuent ici dans toute leur force. ». Voir Jean Carasso, « Prigioniero del Papa » in la Lettre Sépharade, décembre 2000, p. 5. Lire en ligne la mise à jour.
  43. Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, p. 13.
  44. Lettre de von Grundlach, secrétaire de l'ambassade de Prusse à Rome, 7 décembre 1858 : « Pour expliquer la reprise de la polémique par l'Univers, après une accalmie apparente, on m'assure que Sa Sainteté elle-même a exprimé par écrit ses remerciements à M. Veuillot pour l'attitude de son journal. Cette gratitude semble avoir encouragé M. Veuillot à des combats renouvelés... ». Voir (de) Josef Meisl, « Beitrage zum Fall Mortara (1858) », in Monatschriftfür Geschichte und Wissenschaft des Judentums, 1933, p. 335
  45. Damien Guillaume et Redaktionmws, « Vers »l’agitation antisémitique« comme phénomène transnational: hostilité antijuive, équivoques libérales et solidarité juive internationale de l’Affaire Mortara au Congrès de Berlin (1858-1878) », sur Nineteenth-Century Anti-Semitism in International Perspective, (consulté le 6 novembre 2019)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]