Justin Bonaventure Pranaitis

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Beilis Affair expert Pranaitis.jpg

Justin Bonaventure Pranaitis ou Pronaitis[1] (27 juillet 1861 - 28 janvier 1917[2]) est un prêtre séculier catholique lituanien, qui fut professeur d'hébreu à l'académie impériale de théologie de Saint-Pétersbourg. Ce fut également l'un des promoteurs de l'antijudaïsme à la fin du XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1894, Pranaitis fut poursuivi pour extorsion de fonds et se retrouva banni quelque temps à Tver[3].

Justin Bonaventure Pranaitis est connu pour son livre sur le Talmud, publié en latin (1892) avec l'imprimatur de Mgr Kozlowski, archevêque métropolite de Moguilev. Cet ouvrage se présente comme une enquête sur les enseignements juifs sur le christianisme. Le texte, intitulé Christianus in Talmude Iudaeorum (Le Talmud démasqué), est en réalité un faux, contenant de fausses citations du Talmud avec une pagination imaginaire. Il s'agit d'un ouvrage de propagande antisémite, comparable aux Protocoles des sages de Sion et antérieur de quelques années. Ce texte est régulièrement traduit et réédité dans les milieux antisémites[4].

En 1902, Pranaitis fut nommé à Tachkent[2] auprès des communautés polonaises et lituaniennes et entreprit d'évangéliser l'Ouzbékistan[5].

Il intervint durant le procès de Beilis, réitérant l'accusation de crime rituel contre les Juifs en 1912[6]. Comme il se prétendait spécialiste du Talmud, il fut choisi comme expert par l'accusation dans cette affaire où le commis juif Mendel Bejlis (Beilis) avait été accusé de l'assassinat rituel d'un enfant chrétien dont le corps avait été découvert portant de nombreux coups de couteau. L'expertise de Pranaitis aurait dû confirmer l'accusation, mais sa compétence parut au jury des plus douteuses, puisqu'il n'arrivait à comprendre aucun des mots en hébreu du Talmud qu'on lui présenta, au point que le public se mettait à rire chaque fois qu'il se retrouvait incapable de donner une réponse à l'avocat de la défense[1]. Il suffit de lire la transcription sténographique des procès[6].

Question : Que signifie le mot Hullin ?
Pranaitis : Je ne sais pas.
Question : Que signifie le mot Erubin ?
Pranaitis : Je ne sais pas.
Question : Que signifie le mot Yebamot ?
Pranaitis : Je ne sais pas.
Question : Quand vivait Baba Batra et qu'a-t-elle fait ?
Pranaitis : Je ne sais pas[7].

Pour comprendre la dernière question, il faut imaginer que l'on demande à quelqu'un qui prétendrait habiter Londres à qui rendait hommage la "Victoria Station". Comme on l'expliqua au jury, Baba Batra est un traité du Talmud, les érudits, les étudiants et même de nombreux simples fidèles juifs le savent bien[8].

Un agent de la police secrète du tsar remarqua que le contre-interrogatoire de Pranaitis démontrait son manque de connaissance des textes et de la littérature juive. Selon cet agent, un tel amateurisme et une telle ignorance disqualifiaient son « opinion d'expert »[3]. Beilis n'en avait pas moins passé deux années en prison avant de se voir acquitté. Le procès fut suivi dans le monde entier. L'affaire inspira à Bernard Malamud le roman L'Homme de Kiev, dont John Frankenheimer tira un film du même nom.

Pranaitis mourut en janvier 1917 après une courte maladie.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Christianus in Talmude Iudaeorum sive Rabbinicae doctrinae de Christianis secreta, Petropoli [St. Petersbourg] 1892
  • The Talmud Unmasked, Lima 1981.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Scapegoat on Trial: The Story of Mendel Beilis - The Autobiography of Mendel Beilis the Defendant in the Notorious 1912 Blood Libel in Kiev, Beilis, Mendel, Introd. & Ed. By Shari Schwartz, CIS, New York, 1992
  2. a et b Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexikon, PRANAITIS, Justinas
  3. a et b Царская Россия и дело Бейлиса, Tager, A., Moscow, 1934, [1].
  4. http://www.talmudunmasked.com/
  5. Les catholiques d'Ouzbékistan se préparent à célébrer le centième anniversaire de l'arrivée du premier prêtre dans leur pays.
  6. a et b Blood Accusation: The Strange History of the Beiliss Case, Samuel, Maurice, Alfred A. Knopf, 1966.
  7. Transcription sténographique du procès, citée d'après Costin, Rebekah Marks: Mendel Beilis and the blood libel. In: Bruce Afran et al. (ed.): Jews on Trial. Princeton 2004, p. 69-93, ici p. 87.
  8. Costin, Rebekah Marks: Mendel Beilis and the blood libel. In: Bruce Afran et al. (ed.): Jews on Trial. Princeton 2004, pp. 69-93, ici p. 87 et sqq.

Liens externes[modifier | modifier le code]