Doctrine nazie sur les races

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Le parti nazi adopte et développe plusieurs doctrines reflétant ses conceptions des différentes « races humaines ». L'idéologie nazie propose une classification de ces prétendues races et, au cours des années 1930 et 1940, des relevés morphologiques sont entrepris sur plusieurs échantillons de populations.

Ces doctrines ont conduit aux massacres et génocides en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Doctrine d'une hiérarchie des races[modifier | modifier le code]

Les nazis prétendaient constater l'existence d'une hiérarchie strictement scientifique dans l'espèce humaine. Les opinions d'Adolf Hitler sur les races et les peuples figurent dans divers passages de Mein Kampf et, en particulier, dans le chapitre 11 intitulé « Nation et race ». Les textes diffusés habituellement aux Jeunesses hitlériennes contenaient un chapitre consacré à « la race du peuple allemand », qui citait abondamment les documents de Hans Günther, pseudoscientifique et théoricien des races à l'ère nazie. Ce texte indiquait les races européennes en ordre descendant dans la hiérarchie du parti nazi[1] :

  1. race nordique en premier (y compris la branche des phaliques),
  2. occidentale (méditerranéenne)
  3. dinarique (en)
  4. orientale (alpine)
  5. baltique orientale (en).

Aryens[modifier | modifier le code]

Nordiques et germaniques[modifier | modifier le code]

Hitler considérait que la race aryenne constituait la catégorie supérieure de l'humanité. Selon la doctrine nazie, les Aryens au sang le plus pur étaient les Nordiques d'Allemagne[2], d'Angleterre, des Pays-Bas et de Scandinavie. D'après les nazis, les Allemands constituaient une branche méridionale de la population aryenne-nordique[3]. Néanmoins, ce type était particulièrement présent au Nord de l'Allemagne et la doctrine du parti reconnaissait la présence de nombreux Allemands de souche « alpine ».

Égaux aux Aryens ou Aryens d'honneur : les peuples d'Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Le nazisme voyait dans les Hans et les Japonais des « Aryens de l'Est », des Aryens d'honneur et le « Herrenvolk de l'Orient » (c'est-à-dire la « race supérieure » de l'Orient)[4],[5].

Finlandais[modifier | modifier le code]

Lorsque l'Allemagne envahit l'URSS en juin 1941, la Finlande participe pour récupérer les territoires cédés par le Traité de Moscou[6]. En raison de la contribution militaire des Finlandais sur le front de l'Est, Hitler publie un décret, en novembre 1942, selon lequel « désormais la Finlande et les Finlandais seront traités comme un État nordique et un peuple nordique », ce qui était une manière de souligner leur valeur[6].

Castes inférieures des Aryens[modifier | modifier le code]

Gunther considérait que les Nordiques les plus purs se trouvaient en Scandinavie et en Allemagne du Nord, notamment en Norvège et en Suède ; il écrit : « Nous devons peut-être considérer que le sang suédois est nordique à plus de 80 % et le sang norvégien à environ 80% ». En revanche, les Britanniques et les Allemands du Sud n'étaient pas considérés comme entièrement nordiques : l'Allemagne est vue comme nordique à 55 % et le reste de la population serait alpine (en particulier, les Allemands du Sud sont vus comme dinariques (en) et ceux de l'Est comme baltiques orientaux (en)). Gunther déclare que, sur les îles britanniques, la proportion est la suivante : 60 % de sang nordique, 30 % de méditerranéen et 10 % d'alpin[7].

Hitler considérait que les Français sont racialement proches des Allemands mais ne leur sont pas du tout égaux. Il déclare que « La France nous demeure hostile. Outre le sang nordique, elle comporte un sang qui nous sera toujours étranger »[8]. Gunther s'accorde à ces vues, considérant que les Français sont principalement alpins et méditerranéens plutôt que nordiques mais qu'une puissante souche nordique était encore présente. Il estime que les Français correspondent aux proportions suivantes : 25 % nordique ; 50 % alpin ou dinarique ; 25 % méditerranéen[9].

Hitler avait prévu de chasser une large portion de la population française au profit de colons allemands. Il était prévu de soumettre entièrement la France puis de rattacher la zone interdite (à l'Est de la France) au Reich allemand. Les habitants français de cette zone, soit 7 millions de personnes (20 % de la population française) serait déportés et les terres occupées par au moins un million de colons allemands. Néanmoins, ce programme est ajourné ou abandonné après l'opération Barbarossa, qui tourne les prétentions coloniales vers l'Est de l'Europe[10].

Aryens de l'Est : les Iraniens[modifier | modifier le code]

À partir de 1933, les dirigeants nazis tentent d'influencer l'Iran et financent un journal raciste, l'Iran-e Bastan, co-rédigé par un Iranien pro-nazi, Sheikh Abdul-Rahman Seif. Cette publication, et d'autres journaux chauvinistes, deviennent populaires dans les années 1930 chez les élites iraniennes[11].

En 1936, le Rassenpolitisches Amt, en réponse à une question du Ministère allemand des Affaires étrangères, classe les Turcs non-juifs comme des Européens mais « ne répond pas à la question concernant les Arabes, Perses et Musulmans, visiblement non européens »[12].

Sous-hommes (Untermenschen)[modifier | modifier le code]

Roms, Slaves et Juifs[modifier | modifier le code]

Dans l'idéologie nazie, l'Europe de l'Est, et notamment les secteurs où les habitants parlent des langues slaves, est la plus inférieure d'Europe et diffère profondément du reste du continent[13],[14],[15]. Hans Gunther déclare : « l'Est de l'Europe montre une transition progressive des mélanges raciaux d'Europe centrale vers des régions à prédominance baltique orientale (en) et asiatique de l'intérieur (en)... En raison des caractéristiques physiques proches entre les baltiques orientaux et les asiatiques de l'intérieur, il sera difficile de fixer une frontière nette entre les deux races ». Il considère que la Russie comporte 25 % de nordiques et les autres régions en comptent moins[16].

Le parti nazi ne considère pas comme Aryens les Juifs, les Roms et les Slaves (y compris les Polonais), les Serbes et les Russes). Ils étaient considéré comme des Untermenschen de race inférieure[13],[14],[17],[15]. Hitler considérait que la défaite allemande dans la Première Guerre mondiale était l'effet d'« ennemis de l'intérieur ». Les difficultés issues du traité de Versailles étaient imputées aux Juifs habitant en Allemagne, accusés de saboter le pays. Les nazis les classaient donc tout en bas de leur échelle des races humaines et les désignaient sous le terme inurieux d'Untermensch (sous-hommes).

Dans leur volonté d'expansion (conquête du Lebensraum), les nazis ont appliqué leurs catégorisations aux Slaves, en particulier aux Polonais, aux Serbes, aux Russes ainsi qu'aux Roms[18].

Les Untermenschen étaient déchus de tous leurs droits, traités comme des animaux et voués à mener une Lebensunwertes Leben (« Vie indigne d'être vécue »), à savoir être réduits en esclavage et exterminés[19],[20],[21],[22]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Harwood L. Childs (translator). "The Nazi Primer." New York: Harper & Brothers Publishers, 1938. Page 34.
  2. Randall Bytwerk, « Nazi anti-Semitic Catechism », sur research.calvin.edu
  3. Adolf Hitler, Mein Kampf, p. 240
  4. The Spear of Destiny: The occult power behind the spear which pierced the side of Christ and how Hitler inverted the force in a bid to conquer the world, Trevor Ravenscroft, p. 229, June 1982.
  5. Michael Keevak, « How Did East Asians Become Yellow? », sur Universiteit Leiden, (consulté le )
  6. a et b Rich, Norman (1974). Hitler's War Aims: the Establishment of the New Order, pp. 400-401. W. W. Norton & Company Inc., New York.
  7. Gunther 1927, Chapter: Distribution of European Races in Europe: Britain, France, Germany, and Belgium. Pages 62 to 66.
  8. Adolf Hitler: table talk January 31st, 1942 (in: Hitler's Table Talk, Weidenfeld & Nicolson, 1953).
  9. Gunther 1927, p. 65
  10. Kroener, Bernhard R.; Müller, Rolf-Dieter; Umbreit, Hans (2000). "Germany and the Second World War: Organization and mobilization of the German sphere of power. Wartime administration, economy, and manpower resources 1939-1941." Oxford University Press. pp. 160–162. (ISBN 0-19-822887-2).
  11. Asgharzadeh, Alireza. Iran and the Challenge of Diversity: Islamic Fundamentalism, Aryanist Racism, and Democratic Struggles. Palgrave Macmillan, pp. 91-94.
  12. Jeffrey Herf, Nazi Propaganda for the Arab World (Yale University Press, 2009), pp. 18-24.
  13. a et b Historical Dictionary of the Holocaust - Page 175 Jack R. Fischel - 2010 The policy of Lebensraum was also the product of Nazi racial ideology, which held that the Slavic peoples of the east were inferior to the Aryan race.
  14. a et b Hitler's Home Front: Wurttemberg Under the Nazis, Jill Stephenson p. 135, Other non-'Aryans' included Slavs, Blacks and Roma .
  15. a et b The Politics of Fertility in Twentieth-Century Berlin - Page 118 Annette F. Timm - 2010 The Nazis' singleminded desire to "purify" the German race through the elimination of non-Aryans (particularly Jews, Gypsies, and Slavs)
  16. Günther (1927), p.171-72 (Chapter 10)
  17. Race Relations Within Western Expansion - Page 98 Alan J. Levine - 1996 Preposterously, Central European Aryan theorists, and later the Nazis, would insist that the Slavic-speaking peoples were not really Aryans
  18. (de) Alfred Rosenberg, Der Mythos des 20. Jahrhunderts, Hoheneichen Verlag, (ASIN B000MC6M5S), p. 234
  19. André Mineau, Operation Barbarossa: Ideology and Ethics Against Human Dignity, Amsterdam; New York, Rodopi, (ISBN 90-420-1633-7), p. 180
  20. Tadeusz Piotrowski, « Project InPosterum: Poland WWII Casualties », (consulté le )
  21. Czesław Łuczak, « Szanse i trudności bilansu demograficznego Polski w latach 1939–1945 », Dzieje Najnowsze, nos 1994/2,‎
  22. Simone Gigliotti, Berel Lang. The Holocaust: A Reader. Malden, Massachusetts, USA; Oxford, England, UK; Carlton, Victoria, Australia: Blackwell Publishing, 2005. Pp. 14.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Biddiss, Michael D. 1970. Father of Racist Ideology: The Social and Political Thought of Count Gobineau. New York: Weybright and Talley.
  • Peter Black et Martin Gutmann, The Waffen-SS: A European History, Oxford, Oxford University Press, (1re éd. 2016) (ISBN 9780198790556, OCLC 970401339, DOI 10.1093/acprof:oso/9780198790556.003.0002, S2CID 157309772), « Racial theory and realities of conquest in the Occupied East: The Nazi leadership and non-German nationals in the SS and police »
  • Florin Curta, The Making of the Slavs: History and Archaeology of the Lower Danube Region, c. 500–700, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 9781139428880, lire en ligne)
  • Hans Günther (trad. G. C. Wheeler), The Racial Elements of European History,
  • Ehrenreich, Eric. 2007 The Nazi Ancestral Proof: Genealogy, Racial Science, and the Final Solution. Bloomington, IN: Indiana University Press.
  • Kühl, Stefan. 1994. The Nazi Connection: Eugenics, American Racism, and German National Socialism. New York, NY: Oxford University Press.
  • Lombardo, Paul A. 2002. "‘The American Breed’: Nazi Eugenics and the Origins of the Pioneer Fund." Albany Law Review 65:743–830.
  • Mintz, Frank P. 1985. The Liberty Lobby and the American Right: Race, Conspiracy, and Culture. Westport, CT: Greenwood.
  • Poliakov, Leon. 1974. Aryan Myth: A History of Racist and Nationalist Ideas in Europe. New York, NY: Basic Books.
  • Tucker, William. 2002. The Funding of Scientific Racism: Wickliffe Draper and the Pioneer Fund. Urbana, IL: University of Illinois Press.