Immaculée Conception

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L'Immaculée Conception
Image illustrative de l'article Immaculée Conception
L'Immaculée Conception par Pierre Paul Rubens au musée du Prado
Naissance vers 18 av. J.-C.
Jérusalem selon une tradition orientale
Bethléem, Nazareth ou Sepphoris selon trois traditions occidentales[1]
Décès vers 41 ap. J.-C. 
mont Sion (abbaye de la Dormition ou Éphèse (Église de la Vierge Marie) selon des traditions locales[2]
Nom de naissance Marie
Vénérée par Église Catholique
Fête 8 décembre
Sainte patronne Portugal, Corse, États-Unis d’Amérique

L'Immaculée Conception ou encore la Conception Immaculée de Marie, est un dogme de la foi catholique énonçant que la conception de la Vierge Marie dans le sein de sa mère n'a pas été marquée par la tache du péché originel.

La proclamation de ce dogme par le pape en 1854 est le fruit d'une lente évolution et réflexion dans l’Église catholique. La fête de la Conception de la Vierge est célébrée en Orient au VIIIe siècle, elle arrive en Occident autour du Xe siècle et se répand progressivement en Europe. Un débat théologique s'établit entre des théologiens et des religieux de différents ordres, divisés entre les "pro-immaculée conception" et ceux qui se disent opposés à ce dogme. Les uns et les autres s'appuient sur des citations des pères de l’Église qui dès les premiers siècles avaient évoqué cette croyance. Le débat se développe au XIVe siècle et XVe siècle, et s'étend jusqu'au XVIIIe siècle avec des prises de positions de plus en plus répétées des papes, qui tout en soutenant et encourageant les fidèles à célébrer la fête de « l'Immaculée Conception » se refusent toujours à en prononcer le dogme. Au XIXe siècle, les évêques font pression sur différents papes pour qu'ils officialisent le dogme de foi. Pie IX, après avoir consulté l'ensemble des évêques catholiques (qui marquent leur agrément à une très large majorité) ainsi que des commissions de théologiens, définit ce dogme de manière solennelle le , par la bulle Ineffabilis Deus.

La fête de l'Immaculée Conception est liturgiquement fixée au 8 décembre.

Si la fête de la Conception de Marie est célébrée dans l'Église orthodoxe, et que les orthodoxes nomment Marie « l'Immaculée », ils ne reconnaissent cependant pas ce dogme de l'Immaculée conception ; de même que les protestants ou les autres églises chrétiennes.

De très nombreuses églises de par le monde sont dédiées à l'Immaculée Conception. Dans l'art, en peinture comme en sculpture, l'Immaculée Conception est l'objet d'une iconographie importante.

Définition[modifier | modifier le code]

Statue de l'Immaculée Conception en Slovaquie (XVIIIe siècle)

Le dogme de « l'Immaculée Conception » signifie que Marie, mère de Jésus-Christ, fut conçue exempte du péché originel. La bulle Ineffabilis Deus le pape Pie IX déclare le [3] :

« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. »

La constitution dogmatique de Vatican II, Lumen gentium (1964), précise qu'elle a été « rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils » (LG 53) et que « indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l'Esprit saint, [elle a été] formée comme une nouvelle créature »[4].

Ce dogme n'est pas directement lié au dogme de la virginité perpétuelle de Marie ni à celui de la conception virginale de Jésus, c'est-à-dire la croyance dans le fait que Jésus soit né d'une mère vierge par l'action du Saint Esprit, et demeurée vierge après sa naissance et jusqu'à la fin de sa vie.

Fêtes religieuses[modifier | modifier le code]

Fête de l'Immaculée Conception[modifier | modifier le code]

L'Immaculée Conception se fête le 8 décembre, date « supposée » de la conception de Marie, depuis 1477, par décision de Sixte IV.

Les premières traces de cette fête de « l'Immaculée Conception » dans la chrétienté remontent au VIIIe siècle dans l'Église grecque. Elle était alors célébrée le 9 décembre à Constantinople. Certains émettent l'hypothèse que cette fête était déjà célébrée au VIe siècle dans les laures monastiques. Georges de Nicomédie, au IXe siècle y fait référence comme étant « la fête de la Vierge la plus récente ». En Occident, cette fête apparaît pour la première fois dans deux calendriers liturgiques de Winchester[N 1] au IXe siècle[5].

Au concile de Verceil, en 1050, le pape saint Léon IX recommande de célébrer la conception de la Vierge[N 2]. Cette fête se répand progressivement dans l’Église d'occident, et au début du XIVe siècle elle est célébrée dans presque toute l'Église latine. Au XVe siècle, le roi Alphonse V d'Aragon incite l’Église à rendre obligatoire cette fête. Le Concile de Bâle, en 1439, rend la fête de la Conception de la Vierge obligatoire dans toute l'Église[5]. Pierre d'Ailly, aumônier du roi Charles VI, lui conseille la célébration de la fête de l'Immaculée Conception. La Chapelle royale commence cette célébration en décembre sous le règne de Charles VI, vraisemblablement en 1389[6].

Malgré les débats théologiques du XVe siècle entre les pro et anti Immaculée Conception, les papes continuent de soutenir la fête de la Conception de la Vierge et la croyance en l'Immaculée Conception par toutes sortes de documents et de privilèges aux associations de fidèles[N 3]. Le concile de Trente (1545-1563) confirme les dispositions précédentes concernant la fête de la Conception, et les possibilités de célébrer la fête de l'Immaculée Conception. En 1602, le pape Clément VIII promeut la fête de l'Immaculée Conception au rite double majeur[5].

Fin XVIIe siècle, le pape Innocent XI décrète une octave[N 4] pour la fête de l'Immaculée Conception, et quelques années plus tard, le pape Clément XI, dans sa bulle Commissi nobis du 6 décembre 1708, en fait une fête de précepte pour l’Église universelle. Cette fête est à nouveau confirmée par Clément XI en 1708[5].

Aujourd'hui, dans l’Église Catholique, la fête de l'Immaculée Conception est célébrée le 8 décembre avec rang de solennité[7]. En France, cette fête est particulièrement marquée dans le diocèse de Lyon depuis 1852. La fête a été renommée de manière profane en Fête des lumières[8],[9]. Le 8 décembre est férié dans les cantons suisses de culte majoritaire catholique (Argovie, Fribourg, Jura, Lucerne, Nidwald, Obwald, Saint-Gall, Tessin, Uri, Valais, Zoug)[10].

Fête Orthodoxe de la Conception de la Vierge Marie[modifier | modifier le code]

L'Église Orthodoxe, depuis le VIIIe siècle célèbre la fête de la Conception de la Très Sainte Mère de Dieu par Anne et Joachim le 9 décembre. Cependant, si l’Église Orthodoxe célèbre la conception de la Vierge Marie, et appellent la Vierge Marie du nom d'Immaculée, ils rejettent, pour des raisons théologiques, le dogme de l'Immaculée Conception[11],[12].

Fête du Cœur Immaculé de Marie[modifier | modifier le code]

Vitrail du Cœur Immaculé de Marie, en l'église d'Étais-la-Sauvin.

La dévotion au Sacré-Cœur de Marie, ou au Cœur Immaculé de Marie (en référence à l'Immaculée Conception), est une dévotion qui a pris son essor au XVIIe siècle et qui a été popularisée par le Normand saint Jean Eudes. Elle permet de contempler le Cœur de Marie uni à celui de son Fils. Pie VII accorda une fête du Cœur Très Pur de Marie à quelques églises, le dimanche dans l'octave de l'Assomption, puis Pie IX fit de même[13].

La fête du Cœur Immaculé de Marie est fixée le lendemain de la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Cette dévotion (au Cœur Immaculé de Marie) s’est beaucoup répandue après des apparitions de la Vierge Marie à Fatima en 1917. En 1944, le pape Pie XII a étendu cette fête à toute l’Église[14].

Le monde a été consacré au Cœur Immaculé de Marie en 1942 par le Pape Pie XII, puis par le Pape Jean-Paul II en 1982[N 5] et une troisième fois par le Pape François, en 2013[15]. Cette consécration est liée aux demandes qu'aurait faites la Vierge Marie lors des apparitions de Fátima[16].

Patronne de la France, du Portugal, de la Corse et des États-Unis[modifier | modifier le code]

L'Immaculée Conception, patronne du Portugal, de la Corse et des États-Unis.

Si la Vierge Marie a été proclamée sainte patronne principale de la France par Pie XI en 1922, à la suite entre autres du vœu de Louis XIII, c’est sous le vocable de Notre Dame de l’Assomption, fêtée le 15 août et non celui de l’Immaculée Conception[17].

Le Portugal est placé sous le patronage de la Vierge Marie depuis le Moyen-Âge. Le , après 60 ans d’union avec l’Espagne, les Portugais reprennent leur indépendance. Six ans plus tard, le nouveau roi João IV place le pays sous la protection de l’Immaculée Conception : dans l’église de Vila Viçosa où se trouve le palais familial, il dépose la couronne royale sur la tête de Notre-Dame de la Conception (Nossa Senhora da Conceição) qui est proclamée Reine et patronne du Portugal[18],[19]. Par la suite, les rois du Portugal ne porteront plus jamais la couronne sur leur tête[20]. Aujourd’hui encore, le 8 décembre est au Portugal le jour férié où les catholiques portugais fêtent celle qui est reine, patronne et protectrice de leur pays.

Les insurgés corses, en 1735, qui venaient de faire sécession d’avec la république de Gênes, placèrent leur jeune nation sous la protection de l’Immaculée Conception, dotant la Corse de son hymne religieux Diu vi Salvi Regina consacré à la Vierge Marie et de son jour de fête nationale, le 8 décembre[21]. Ce jour est toujours considéré par une partie des insulaires comme la fête nationale de la Corse.

En 1846, le VIe concile provincial de Baltimore proclame la « bienheureuse vierge Marie conçue sans péché » patronne des États-Unis d’Amérique[22].

Histoire du dogme et des débats théologiques[modifier | modifier le code]

Le protévangile de Jacques[modifier | modifier le code]

L'Immaculée Conception n'est mentionnée dans aucun texte jugé canonique par les Églises chrétiennes. Une source indirecte de cette croyance se trouve dans le Protévangile de Jacques, texte apocryphe daté du milieu du IIe siècle[23]. En résumé : Anne et Joachim, les parents de la Vierge, ne peuvent avoir d'enfant. Mais un ange leur apparaît à tous deux, leur annonçant une naissance miraculeuse. Cependant, cet évangile n'affirme nullement que Marie fut exempte du péché originel. Neuf mois plus tard, Marie vient au monde[24]. Bien que non canoniques, les apocryphes ont exercé une très grande influence sur l'iconographie religieuse, et la foi populaire[25],[26].

Chez les Pères de l'Église[modifier | modifier le code]

L'expression de la doctrine de l'Immaculée Conception s'opère progressivement. Sans employer exactement la formulation moderne, de nombreux Pères de l'Église expriment déjà le contenu de la doctrine catholique dans leurs écrits. Quelques exemples :

  • Éphrem le Syrien (306-373): « Pleine de grâce,… toute pure, toute immaculée, toute sans faute, toute sans souillure, toute sans reproche, toute digne de louange, toute intègre, toute bienheureuse, … vierge d'âme, de corps et d'esprit,… arche sainte… belle par nature, tabernacle sacré que le Verbe... a travaillé de ses mains divines, … complètement étrangère à la toute souillure et à toute tache du péché. »[27]
  • Ambroise de Milan (340-397) : « Marie est sans défaillance, immaculée. »[28]
  • Augustin d'Hippone (354-430) : « De la sainte Vierge Marie, pour l’honneur du Christ, je ne veux pas qu’il soit question lorsqu’il s’agit de péchés. Nous savons en effet qu’une grâce plus grande lui a été accordée pour vaincre de toutes parts le péché par cela même qu’elle a mérité de concevoir et d’enfanter celui dont il est certain qu’il n’eut aucun péché. »[29]
  • Dans la Vulgate, Jérôme de Stridon (347-420) emploie l'expression inmaculata (Ct 5,2 ; cf. 4,7) et attribue à Marie le rôle d'écraser le serpent (Gn 3,15).
  • Jacques de Saroug (450-521) : « Sa nature originelle était préservée, avec une volonté pour les choses bonnes. »[30]
  • Les Églises de langue grecque appellent Marie la « Panaghia (Toute sainte) »[31].
  • Romain le Mélode (493-565): « [Marie a été] le Temple saint dès sa naissance... Anne a enfanté l'Immaculée. »[32]
  • Anastase d'Antioche (avant 599): « Le Verbe est descendu dans un sein virginal exempt de toute corruption. »[33]
  • Sophrone de Jérusalem (560-638) : « Marie, pure, sainte, sans tache, resplendissante, aux sentiments divins, sanctifiée, libre de toute souillure du corps, de la pensée, de l'âme. »[34]

Par la suite, les Pères grecs rivalisent d'éloges dans l'affirmation en Marie de l'absence de tout péché[35].

Théologie médiévale[modifier | modifier le code]

Avec l'arrivée de la fête en Occident autour du Xe siècle[5], un débat théologique va se mettre en place en Europe entre les tenants du dogme de l'Immaculée Conception (les immaculistes), et ses opposants (les maculistes). Ainsi, au XIIe siècle, saint Bernard de Clairvaux, pourtant célèbre pour sa dévotion mariale, s'oppose en 1146 à cette pratique[36]. Un siècle plus tard, saint Thomas d'Aquin (ainsi que d'autres grands scolastiques[N 6]), lui aussi s'opposera (dans une certaine mesure) au dogme de l'Immaculée Conception[37].

Parmi les premiers défenseurs du dogme de l'Immaculée Conception, nous pouvons citer le théologien Jean Duns Scot (1266-1308)[N 7] qui affirme qu'en tant que Mère de Dieu, Marie ne peut selon lui être entachée comme les autres par le péché originel[38]. Si le moine carme John Baconthorp était dans un premier temps opposé à ce dogme, en 1340 il en devient un fervent partisan[39]. Pierre Thomas (1305-1366), patriarche de Jérusalem et moine carme, rédige un traité où il affirme sa foi en « la conception immaculée de la Vierge Marie » (ce traité est parvenu jusqu'à nous)[40].

Le discours maculiste est porté par les Dominicains tandis que les arguments des immaculistes sont principalement l'œuvre de prédicateurs franciscains. Certains papes [N 8] soutiennent les Dominicains et s'opposent à la doctrine de l'Immaculée Conception. Face à eux, les Franciscains sont soutenus par les Carmes[41], les Augustins et les enseignants de l'université de la Sorbonne ainsi que le pape Clément VII (1378-1394) et la cour pontificale d'Avignon[42],[5].

Ces débats théologiques entrainent également des turbulences dans la société de l'époque : la Sorbonne est paralysée un an par cette querelle. En 1387, un théologien aragonais Johannes de Montesono (ou Jean de Montson en français), est condamné, car il enseignait que la Vierge Marie était née avec le péché originel[43]. Pierre d'Ailly, aumônier du roi Charles VI, défend en 1388 devant la papauté d'Avignon l'idée de l'Immaculée Conception. Sa plaidoirie remporte l'adhésion des autorités ecclésiastiques (face aux plaidoiries des Dominicains), et fort de son succès, à son retour à Paris, il fait renvoyer, de la maison royale, tous les Dominicains qui contestaient le dogme de l'Immaculée Conception[6].

À partir du XIVe siècle les théologiens s'emparent de cette question. Le débat se poursuit entre les Franciscains (qui sont pour la dévotion nouvelle), et les Dominicains qui sont contre. Cette bataille théologique entre les deux ordres religieux est illustrée dans des peintures murales découvertes à Saint-Flour et qui sont un hymne à sainte Anne et à la femme de la part des Dominicains[44].

Le Concile de Bâle (1439) confirme la position des Franciscains. Et au XVe siècle, des théologiens déclarent que Dieu a préparé à son Fils « une demeure digne de lui par la Conception Immaculée de la Vierge Marie »[45].

Concile de Trente et période baroque[modifier | modifier le code]

L'Immaculée Conception par Francisco de Zurbarán, 1661, Magyar Szépmüvészeti Múzeum de Budapest

La croyance en l'Immaculée Conception est réaffirmée par le concile de Trente (1545-1563). Le pape Pie V (1566-1572), dans la bulle Ex omnibus afflictionibus du , condamne les propositions contraires au dogme de l'Immaculée Conception. Dans la bulle Super speculam Domini () il confirme les constitutions antérieures favorables au culte de l'Immaculée Conception[5]. Les représentations artistiques se multiplient au XVIIe siècle, notamment en Espagne. La Vierge y apparaît sur un croissant de lune, drapée dans un manteau flottant dans le ciel, entourée d'une multitude d'angelots. Parfois elle foule aux pieds un serpent qui symbolise le démon.

Des autorités politiques tentent d'influer dans le débat et de faire pression sur les papes pour faire imposer la fête de l'Immaculée Conception, et promouvoir ce dogme[N 9]. Malgré ces pressions politiques, le pape Urbain VIII refuse d'aller plus loin. Le pape Alexandre VII, le , à travers son document Sollicitudo omnium ecclesiarum affirme avec plus de force la croyance en l'Immaculée Conception, sans pour autant lui donner la force d'une vérité de foi définie[5]. Pendant ce temps, des religieux continuent de défendre et promouvoir le dogme de l'Immaculée Conception par des écrits et par des prêches[N 10].

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Apparitions de la rue du Bac[modifier | modifier le code]

Médaille de l'Immaculée Conception, ou Médaille Miraculeuse (1830).

Lors des apparitions mariales dont Catherine Labouré s'est dite favorisée à la rue du Bac à Paris en 1830, la Vierge se présente comme « conçue sans péché ». La popularité de la médaille miraculeuse, frappée avec l'invocation « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous », popularise la foi en la Conception Immaculée de Marie[46].

Demandes de formulations du dogme[modifier | modifier le code]

Dans l’Église Catholique, plusieurs voix se font entendre pour demander au pape la formulation officielle du dogme de l'Immaculée Conception. Ainsi :

  • le VIIe concile de Baltimore en 1849 conclut ses travaux « en estimant opportun de définir comme un dogme l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie »[22],[N 11].
  • Après la diffusion de la médaille miraculeuse, de nombreux évêques français demandent au pape de formuler le « dogme de l'Immaculée Conception ». La plupart des évêques français, appuyés par les Espagnols et Italiens, poussent le pape Grégoire XVI (1831-1846) à formuler ce nouveau dogme de foi. Mais celui-ci est « arrêté » par l'absence d'enthousiasme des évêques allemands et anglais[5].

Proclamation du dogme en 1854[modifier | modifier le code]

Pour répondre aux demandes des évêques, le pape Pie IX, après son élection, institue le une commission de vingt théologiens et une congrégation antépréparatoire de huit cardinaux[N 12]. Le pape sollicite ensuite par écrit l'avis de tous les évêques (via l'encyclique Ubi primum du 2 février 1849). Ayant recueilli une très large majorité d'avis favorables (546 évêques favorables sur 603), ainsi que les approbations conjuguées de la commission (17 votes pour sur 20) et de la congrégation, Pie IX demande en 1851 à deux groupes théologiens de préparer un projet de bulle. Le , le pape réunit une commission spéciale pour élaborer le texte définitif qui, après l'approbation par un consistoire, est promulgué le sous le titre d'Ineffabilis Deus[5].

Assassinat de l’archevêque de Paris[modifier | modifier le code]

Monseigneur Sibour (1792-1857), archevêque de Paris (détail), par Thomas Couture, musée Carnavalet.

Marie Dominique Auguste Sibour, archevêque de Paris, est poignardé en pleine église, à l'issue d'une cérémonie le par Jean-Louis Verger ancien curé, visiblement déséquilibré[47], et déjà sanctionné par l’Église[N 13]. Si lors de son crime il s'écrie « À bas les déesses », expliquant que son geste est une contestation du dogme de l'Immaculée Conception, quelques heures après il se rétracte, donnant une autre motivation à son meurtre (une protestation contre le célibat des prêtres)[48]. En plus d'avoir eu plusieurs problèmes avec les autorités religieuses (avant cette affaire) qui lui ont valu une série de sanctions, Verger avait déjà eu maille à partir avec la justice pour plusieurs affaires de vols ou de scandales sur la voie publique. Lors d'un précédent procès, un médecin avait déclaré « Il a toute sa lucidité, mais c'est un homme dangereux »[47]. Son procès, qui se conclura par sa condamnation et son exécution le 30 janvier 1857, donnera lieu à de nouveaux esclandres de sa part[49]. Une plaque scellée, à l'entrée de la nef de l'église Saint=Étienne-du-Mont commémore le meurtre de l'archevêque[50].

Apparitions de Lourdes[modifier | modifier le code]

A Lourdes, Bernadette Soubirous affirme que, le , soit quatre ans après la promulgation du dogme, la dame qui lui est apparue s'est elle-même présentée ainsi, en gascon, dans la grotte de Massabielle, à Lourdes : « Que soy era immaculada councepciou » (« Je suis l'immaculée conception »)[51]. Jean-Paul II indiquera dans une homélie que cette déclaration vient confirmer le dogme de l'Immaculée Conception puisque « à Lourdes, [Marie] s’appela du nom que Dieu lui a donné de toute éternité; oui, de toute éternité, il la choisit avec ce nom et il la destina à être la Mère de son Fils, le Verbe éternel »[52].

Aujourd'hui dans l'enseignement de l'Église Catholique[modifier | modifier le code]

Le Catéchisme de l'Église catholique, concernant ce dogme de foi, indique :

  • « Pour être la Mère du Sauveur, Marie fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche »[53], il ajoute « par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie. »[54].
  • « La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel »[55].

Il précisé également que ce dogme prononcé par Pie IX en 1854 est le fruit d'une lente prise de conscience de l’Église « au long des siècles »[53] qui remonte aux pères de la tradition orientale (c'est-à-dire aux premiers siècles de l’Église)[54].

Ce point de foi exprimé dans le catéchisme de l’Église est appuyé sur des citations bibliques (Lc 1,28,Ep 1,3-4) ainsi que sur l'encyclique Lumen Gentium (§ 53 et 56).

Une lecture politique du dogme de l'Immaculée Conception[modifier | modifier le code]

Claude Langlois dans son article « Lire le Syllabus »[56], est amené à replacer la promulgation de ce dogme dans le contexte des textes pontificaux de la même époque :

Pour lui, la proclamation d’un dogme marial au milieu d’une série concernant « les erreurs modernes » et les malheurs du temps, en particulier la montée en puissance du rationalisme (et son cortège en -isme : matérialisme, positivisme, athéisme) ne présente pas une évidente cohérence dans la série, comme dans le contexte de la crise moderniste et de la lutte du Vatican contre le catholicisme libéral. Pourtant, Claude Langlois insiste sur le fait que l’encyclique traite du péché originel dont seule Marie, la mère du Christ, serait exempte dès sa conception. Il s’agit donc (pour lui) de stigmatiser par là tous les courants qui revendiquent l’exercice autonome de la raison, celle-ci étant devenue faillible par une corruption de l’esprit humain conséquente à la faute d’orgueil originelle (le « péché originel »). Dans cette perspective, il estime que l’encyclique devient cohérente avec la série des autres documents. Dans sa conférence à l'École pratique des hautes études [57], Claude Langlois insiste cependant sur d'autres aspects (la tradition de cette croyance, le fait que c'est la première fois que le pape use de fait de l'infaillibilité pontificale avant que le dogme ne soit défini, la féminisation de Dieu etc.).

Point de vue des autres confessions chrétiennes[modifier | modifier le code]

L’Église Orthodoxe[modifier | modifier le code]

Le point de vue des orthodoxes peut être résumé par cette phrase du théologien orthodoxe Vladimir Lossky : « Si la Sainte Vierge avait été isolée du reste de l’humanité par un privilège de Dieu lui conférant d’avance l’état de l’homme avant le péché, alors son consentement libre à la volonté divine, sa réponse à l’archange Gabriel, perdraient le lien de solidarité historique avec les autres actes qui contribuèrent à préparer, au long des siècles, l’avènement du Messie »[58].

Les catholiques répliquent à cette objection qu'être libéré du péché originel n'enlève pas le libre arbitre.

L’Église Protestante[modifier | modifier le code]

Les protestants (ainsi que les chrétiens évangéliques) estiment que certains éléments de la dévotion à Marie peuvent être excessifs, voire tendre à la « mariolâtrie ». S'ils reconnaissent à la Vierge le titre de « Mère de Dieu » (issu du concile d'Éphèse), ils sont opposés au dogme de l'absence du péché originel chez Marie[59].

Néanmoins, Martin Luther, dans un sermon de 1516 pour la fête de l'Immaculée Conception, affirme que Marie est la seule goutte soustraite par Dieu à l'océan du péché originel[60]. Il revient souvent sur cette affirmation : « Marie fut libérée du péché originel pour que la chair du Rédempteur ne fût pas non plus effleurée par l'ombre du péché »[réf. nécessaire]. En réalité, le réformateur protestant expose la notion de la double conception, seminum commixtio, et conceptio naturarum. Dans un sermon de 1527 il écrit que « Le Christ voulut naître d'une vierge par l’opération de l'Esprit Saint, sans homme, pour ne pas être taché par le péché d'origine attaché à chaque naissance humaine de l'homme et de la femme… Et puisque la Vierge Marie naquit aussi de manière naturelle d'un père et d'une mère, nombreux sont ceux qui ont voulu dire qu'elle fut conçue dans le péché originel et ont fixé la croyance qu'elle fut sanctifiée dans l'utérus maternel [c'est la position de saint Thomas] »[61].

Autres Églises[modifier | modifier le code]

Le Groupe des Dombes (réunissant des protestants et catholiques de langue française) écrit : « Dans la mesure où les catholiques admettent que le fiat de Marie lors de l'Annonciation n'était possible que moyennant la grâce de Dieu, ils peuvent justement présenter l'Immaculée Conception comme une expression radicale de cette grâce […]. Inversement, dans la mesure où les protestants reconnaissent que le don de la grâce ne dispense pas Marie de répondre librement et activement à la volonté de Dieu, ils peuvent alors mieux comprendre le sens de la position catholique selon laquelle l'Immaculée Conception n'a pas pour effet d'arracher Marie à la condition humaine, mais plutôt de la préparer à pouvoir un jour, comme toute créature rachetée, apporter sa réponse active à l'initiative de Dieu » (no 272)[62].

Dans Marie, mère de Jésus Jacques Duquesne doute du libre arbitre de Marie dans sa réponse à l'ange (qui lui demande de devenir mère de Jésus), du fait de son Immaculée Conception[63], mais Joseph Malègue estime lui, comme le groupe des Dombes, que Marie n'a jamais été privée de son libre arbitre : elle avait la possibilité de « refuser l'offre de Dieu »[64].

L'Église vieille-catholique n'accepte pas le dogme de l'Immaculée Conception[65].

Églises portant le nom de l’Immaculée Conception[modifier | modifier le code]

Cathédrales[modifier | modifier le code]

Autres églises[modifier | modifier le code]

Église de l’Immaculée-Conception située dans le troisième arrondissement de Lyon.
Église de l'Immaculée-Conception (1869) de Holving (Moselle).

En France ou dans le monde, on compte de nombreuses églises de l'Immaculée conception et chapelles de l'Immaculée conception. En voici quelques-unes :

L'immaculée conception dans l'art[modifier | modifier le code]

Le thème iconographique de l'Immaculée Conception est souvent issu du chapitre 12 du Livre de l'Apocalypse (Ap 12,1-4) :

« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement. Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème. Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né. »

Les représentations de l'Immaculée Conception, tant dans la peinture[N 14], que la sculpture[N 15], ou par des statues[N 16] sont très nombreuses et remontent au Moyen Âge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les Normands, lors de leur conquête de l'Angleterre en 1066 écarteront cette fête du calendrier
  2. La fête de la Conception de la Vierge est le prélude à ce qui sera la fête de l'Immaculée Conception, après un long débat théologique au cours des siècles suivants.
  3. Nous pouvons citer Alexandre VI (1492-1503) confirme la bulle Grave nimis (de Sixte IV) par la bulle Illius qui du 22 février 1502 ou Léon X.
  4. C'est-à-dire une solennité particulière pour cette fête.
  5. Le Pape Jean-Paul II a célébré à nouveau cette consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie en 1983 puis le en union avec tous les évêques du monde.
  6. Nous pouvons citer Pierre Lombard, saint Antoine de Padoue, Alexandre de Hales, ou Albert le Grand.
  7. Voir aussi Pierre Auriol.
  8. Comme Jean XXII (1316-1334), Benoît XII (1334-1342) ou Clément VI (1342-1352).
  9. Parmi eux, nous avons les rois d'Espagne Philippe III et Philippe IV, l'empereur Ferdinand II, Sigismond de Pologne, Léopold V d'Autriche-Tyrol ou le duc de Bavière.
  10. Chez les Carmes nous pouvons citer Olivier de Saint-Anastase et Olivier de Saint-Anastase.
  11. Lors du concile suivant, en 1855, ces mêmes évêques déclareront « recevoir avec joie la promulgation du dogme » (faite par le pape Pie IX l'année précédant leur concile).
  12. Congrégation composée d'un secrétaire et de cinq consulteurs. Elle est présidée par le cardinal Lambruschini.
  13. L'ouvrage indique que Rome lui avait retiré la prêtrise en 1856 (Larue 2009, p. 94).
  14. Voir la bibliothèque d'image des peintures de l'Immaculée.
  15. Voir la bibliothèque d'image des sculptures de l'Immaculée.
  16. Voir la bibliothèque d'image des statues de l'Immaculée.

Références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]