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Victor Séjour

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Victor Séjour
Portrait photographique de Gustave Le Gray.
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Œuvres principales
Sépulture au Père-Lachaise.

Jean-Baptiste Victor Marcou-Séjour ou Juan Victor Séjour Marcou et Ferrand dit Victor Séjour, né à La Nouvelle-Orléans et mort le à Paris 10e[1], est un écrivain américain d'expression française ayant vécu à Paris.

Bien que grandement méconnue des auteurs afro-américains postérieurs, sa nouvelle Le Mulâtre est l'œuvre de fiction la plus ancienne connue écrite par un auteur afro-américain.

Séjour est né dans la communauté des Créoles de Louisiane de La Nouvelle-Orléans, d'un père libre haïtien, Jean François Louis Victor Séjour Marcou, et d'une mère libre afro-américaine, Éloïse Philippe[2]. Ses parents sont fortunés et peuvent lui offrir une éducation dans une école privée. À 19 ans, il part pour Paris afin de continuer son éducation et de travailler. Il y rencontre des membres de l'élite littéraire parisienne, tel Cyrille Bissette, éditeur du journal La Revue des Colonies. Bisette publie en 1837 Le Mulâtre, la première œuvre de Séjour. Racontant l'histoire d'un esclave loyal se vengeant sur un maître cruel de la mort de sa femme, Le Mulâtre contient un réquisitoire contre l'esclavage au Nouveau Monde qui n'apparaîtra dans aucune des œuvres postérieures de Séjour.

Séjour se détourne alors du roman et compose une ode à Napoléon en 1841 et le drame en vers, Le juif de Séville, en 1844. Ce dernier fait sa réputation de dramaturge. Il continue en composant Richard III, un drame costumé inspiré de Shakespeare à propos de Richard III d'Angleterre, qui devient son œuvre la plus appréciée.

Écrit en français, Le Mulâtre a un effet limité sur la littérature américaine et n'est même pas traduit en anglais avant la fin du XXe siècle. Toutefois sa condamnation de l'esclavage est annonciatrice des œuvres des écrivains afro-américains postérieurs tels Frederick Douglass et William Wells Brown.

En 1859, il publie une pièce de théâtre intitulée La Tireuse de cartes, inspirée de l'affaire Mortara (kidnapping d'un enfant juif par les autorités pontificales pour être élevé dans la foi chrétienne), où il utilise des notions d'émancipation en termes religieux et raciaux, reliant le sort des Noirs en Amérique à celle des Juifs en Europe et aux plus grandes batailles pour la liberté et la nation qui progressaient à travers le continent[3],[4].

Ses pièces sont critiquées dans le journal Le Temps, où Louis Ulbach évoque, en avril 1862, la censure infligée à sa pièce les Volontaires de 1814[5]. Cependant, vers la fin de sa vie, les pièces de Séjour tombent en défaveur, ce qui eut un effet sur son statut d'écrivain.

Le journal « La République-Moniteur de la garde nationale et de la garde mobile », daté du dimanche , insère une lettre de Victor Séjour adressée au ministre de la Justice, dont voici le texte :

« J'ai l'honneur, monsieur le Ministre, de vous demander d'office ma naturalisation comme Français pour avoir le droit de concourir à la défense de Paris. Depuis 33 ans que j'habite Paris, je crois avoir prouvé, par mes travaux et mes états de service, aux journées de Juin, que je ne suis pas indigne de l'honneur que je réclame. La grande république d'Amérique, ma première patrie, ne nous autorise pas à combattre les Prussiens.
Je n'ai donc pas à hésiter : devant les périls qui menacent la France, je revendique ma place, une place au feu, la place qu'aurait occupée mon père comme Français s'il n'était pas mort. »

Mort à la Maison municipale de Santéde la rue du Faubourg-Saint-Denis, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Redécouverte américaine

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De nos jours, les chercheurs de l’histoire littéraire des États-Unis à l’Institut Longfellow à Harvard s'intéressent à la diversité linguistique des écritures littéraires aux États-Unis (« littérature américaine écrite dans des langues autres que l’anglais ») et « un article sur les écrivains louisianais dits de couleur figure dans l’ouvrage collectif Multilingual America[6], et The Multilingual Anthology of American Literature inclut la nouvelle anti-esclavagiste Le Mulâtre, de Victor Séjour »[7]. Aussi, le professeur émérite Norman R. Shapiro[8] de l'université Wesleyenne a-t-il traduit en anglais en 2002 des pièces de Séjour : Le Juif de Séville, La Tireuse de cartes : The Jew of Seville et The Fortune-Teller[9],[10].

  • Diégarias [Le Juif de Séville], drame en cinq actes et en vers représenté pour la première fois, à Paris, au Théâtre-Français, en 1844, Paris, C. Tresse, , 31 p., in-4º (OCLC 763411819, lire en ligne sur Gallica).
  • La Chute de Séjan, drame en cinq actes et en vers. Représenté pour la première fois, à Paris, au Théâtre-Français, en 1849
  • Les Grands Vassaux, drame en trois époques et en cinq actes. (Représenté pour la première fois, à Paris, au Théâtre impérial de l’Odéon, en 1851
  • Affiche du Fils de la nuit, drame en trois journées et un prologue de Victor Séjour - Théâtre de la Porte Saint Martin à Paris, le , avec Henri Lafontaine (1826-1898), Pierrette Louise Devoyod (1838-1905?) et Maurice Desrieux (1830-1876).
    Les Volontaires de 1814, drame en cinq actes et quatorze tableaux. (1851) Paris, Michel Lévy Frères, 1862
  • Richard III, drame en cinq actes, théâtre de la Porte-Saint-Martin, , Paris, D. Giraud et J. Dagneau, 1852
  • Les Noces vénitiennes, drame en cinq actes en prose, théâtre de la Porte-Saint-Martin, en 1855
  • Le Fils de la nuit, drame en prose, en trois journées et un prologue, théâtre de la Porte-Saint-Martin, . Télécharger et lire en ligne
  • André Gérard, drame en cinq actes en prose. Représenté pour la première fois, à Paris, au Théâtre impérial de l’Odéon, le
  • Le Martyre du Cœur, drame en cinq actes en prose, en collaboration avec Jules Brésil. Représenté pour la première fois, à Paris, au Théâtre de l'Ambigu-Comique, le . Édition Théâtre Contemporain Illustré, Paris: Michel Lévy Frères - Éditeurs, 1858
  • La Tireuse de cartes, mélodrame, théâtre de la Porte-Saint-Martin, , Paris, Michel Lévy Frères, 1860
  • Les Aventuriers, drame en 5 actes et 1 prologue, créé au théâtre de la Gaîté, le 12 avril 1860, Paris, Michel-Lévy frères, , 136 p., in-18 (lire en ligne sur Gallica).
  • Compère Guillery, drame en cinq actes et neuf tableaux ; musique d’Alexandre Artus, Paris, Michel-Lévy Frères, , 132 p. (OCLC 764286252, lire en ligne sur Gallica).
  • Les Massacres de la Syrie, drame en huit tableaux, Paris, J. Barbré, , 136 p., in-18 (OCLC 27531609, lire en ligne sur Gallica).
  • Les Mystères du Temple, drame en cinq actes et huit tableaux. Édition Théâtre Contemporain Illustré, Paris, Michel Lévy Frères, 1861
  • Le Fils de Charles Quint, drame en cinq actes et un prologue, en deux tableaux, Paris, Michel Lévy Frères, 1864
  • Le Marquis Caporal. 1864
  • Les Enfants de la louve, drame en cinq actes et un prologue, en collaboration avec Théodore Barrière. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Gaîté, le , Paris, Michel Lévy Frères, 1865
  • La Madone des roses, drame en cinq actes, en prose, Paris, Michel-Lévy Frères, , 149 p., in-18 (OCLC 21789779, lire en ligne sur Gallica).
  • Le Paletot blanc, comédie en un acte, en prose, théâtre de la Porte-Saint-Martin. Édition Théâtre Contemporain Illustré, Paris, Michel Lévy Frères.
  • Jaime fils, L’Argent du Diable, comédie en 3 actes en prose, théâtre des Variétés, Paris, Michel-Lévy Frères, , 18 p., 31 cm (OCLC 18844166, lire en ligne sur Gallica).
  • « Le Mulâtre », Revue des colonies : recueil mensuel de la politique, de l’administration, de la justice, de l’instruction et des mœurs coloniales, par une société d'hommes de couleur, dirigée par A. C. Bissette, 3e série, no 9,‎ , p. 376-392 (ISSN 2390-9544, lire en ligne sur Gallica).

Sitographie

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Notes et références

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  1. Archives numérisées de la Ville de Paris, état-civil du 10e arrondissement, registre des décès de 1874, acte n° 3430 (vue 19/31) [1] L'acte précise qu'il était célibataire.
  2. (en) Emily Clark, The Strange History of the American Quadroon : Free Women of Color in the Revolutionary Atlantic World, Chapel Hill, UNC Press Books, , 296 p., illustr. ; in-8º (ISBN 978-1-46960-752-8, OCLC 811591339, lire en ligne), p. 231.
  3. (en-US) Nicole Winfield, « Memoir of secretly baptized Jewish boy kidnapped by Vatican under fresh scrutiny », sur www.timesofisrael.com, (consulté le ).
  4. (en) Writing for Justice - Victor Sejour, the Kidnapping of Edgardo Mortara, and the Age of Transatlantic Emancipations [« Écrire pour la justice - Victor Séjour, le kidnapping d'Edgardo Mortara et l'âge des émancipations transatlantiques »], Hanovre (États-Unis), Dartmouth College Press, , 352 p. (ISBN 978-1-61168-790-3, lire en ligne).
  5. « Revue théâtrale », Le Temps, Paris, vol. 2, no 368,‎ , p. 1-2 (ISSN 1150-1073, lire en ligne sur Gallica).
  6. Michel Fabre, « The New Orleans Press and French-Language Literature by Creoles of Color » dans Multilingual America: Transnationalism, Ethnicity, and the Languages of American Literature, Werner Sollors (dir.), New York, NYU Press, 1998, p. 29–49.
  7. Texte original accompagné d’une traduction d’Andrea Lee, « The Mulatto », dans The Multilingual Anthology of American Literature: A Reader of Original Texts with English Translations, Werner Sollors and Marc Shell (dir.), New York, New York University Press, 2000, 146–81. La nouvelle de Séjour avait également reçu l’honneur d’une traduction de Philip Barnard dans The Norton Anthology of African American Literature, 2e éd., Henry Louis Gates, Jr. et Nellie Y. McKay (dir.), New York, Norton, 2004, p. 353–365.
  8. Norman R. Shapiro est professeur émérite de traduction littéraire et professeur de langues et littératures romanes à l'université Wesleyenne. Il est également écrivain en résidence à Adams House, Université Harvard. Nombre de ses traductions ont été primées.
  9. Juif de Séville, La Tireuse de cartes : The Jew of Seville, traduit par Norman R. Shapiro avec une introduction par M. Lynn Weiss, Urbana, University of Illinois Press, 2002, et The Fortune-Teller, traduit par Norman R. Shapiro, avec une introduction par M. Lynn Weiss, Urbana, University of Illinois Press, 2002.
  10. Clint Bruce, « Entre redécouverte et création contemporaine : le double jeu des Éditions Tintamarre, (petite) presse universitaire louisianaise », Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes / Port Acadie: An Interdisciplinary Review in Acadian Studies, nos 20-21,‎ , p. 223–241 (ISSN 1498-7651 et 1916-7334, DOI https://doi.org/10.7202/1010391ar, lire en ligne, consulté le ).

Liens externes

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