Historiographie juive du Nouveau Testament

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'historiographie juive du Nouveau Testament s'inscrit dans un courant d'études né au début du XXe siècle mais essentiellement ultérieur à la Seconde Guerre mondiale : ainsi différents chercheurs juifs ont contribué à réinsérer Jésus dans son milieu d'origine, prenant part à la Quête du Jésus historique[1].

Depuis les Lumières, nombre de chercheurs et théologiens, tant juifs que chrétiens, ont analysé les attitudes chrétiennes envers le judaïsme. En sens inverse, les attitudes juives face au christianisme, sans être totalement ignorées, ont reçu moins d'attention[2].

L'explication de cette indifférence réside dans le fait que les relations entre juifs et chrétiens ont été tragiques parce que les chrétiens furent longtemps les oppresseurs des juifs.

Cette prise de conscience résulte du désir exprimé par les deux parties d'étudier le passé afin d'en tirer des leçons morales, religieuses, sociales et politiques, comme on le voit notamment chez Marc Bloch ou Jules Isaac.

La controverse théologique[modifier | modifier le code]

La controverse théologique sur l'identité et l'importance de Jésus s'enracine dès le début dans l'histoire et la religion juives. Cette communauté spirituelle espère une libération messianique, une attente fondée dans la révélation prophétique de YHWH. Des communautés juives du Ier siècle se divisent sur le rôle messianique de Jésus[3]. Les évangiles et les Actes détaillent le conflit entre les contemporains religieux de Jésus sur le point de recevoir ou rejeter comme le messie promis le Nazaréen et le conflit entre les composantes du mouvement de Jésus. De même, les penseurs juifs ont toujours discuté le concept de Nouvelle Alliance supposée se substituer à une plus ancienne, l'accusation de nier la messianité du Christ[4] et quelques autres thèmes oppressifs comme les diverses campagnes de conversion[5] plus ou moins forcées au cours des siècles.

Le séisme de la Shoah conduit à reconsidérer toutes ces questions et à faire émerger une histoire du christianisme post-holocauste.

Les intellectuels juifs et l'identité de Jésus[modifier | modifier le code]

La New Standard Jewish Encyclopedia regroupe la question de Jésus en un commentaire général : « certaines sections [des évangiles] semblent refléter des idées et des situations du développement des Églises du christianisme ancien plutôt que celles de Jésus en son temps. »

Sous un aspect plus historique, des relations se tissent entre les chercheurs du domaine Nouveau Testament, les historiens de la période du Second Temple et du judaïsme rabbinique, ceux traitant du christianisme des premiers temps et encore les spécialistes des relations entre Juifs et Chrétiens.

Principales œuvres et chercheurs[modifier | modifier le code]

L'ouvrage de Strack et Billerbeck[modifier | modifier le code]

  • 1922-1961 Hermann Leberecht Strack[6]. & Paul Billerbeck, Kommentar zum Neuen Testament aus Talmud und Midrash[7], Munich

Les sujets le plus souvent retenus[modifier | modifier le code]

La litterature juive contemporaine de la littérature évangélique et leur rencontre[modifier | modifier le code]

  • Claude Montefiore (18581938), Rabbinic Literature and Gospel Teachings, London, 1930, New York, repr. New York, 1970 ;
  • Martin Buber, (1878-1965) Deux types de foi: foi juive et foi chrétienne, Cerf, Paris, 1991 (original anglais : Two Types of Faith, London, 1951) ;
  • David Flusser, Jewish Sources in Early Christianity, Tel Aviv, 1979 [Hebrew], E.T. New York, 1987 (Collected Papers);
  • David Flusser, Judaism and the Origins of Christianity, Magnes Press, Jerusalem, 1988
  • B. Finkelstein, L'écrivain juif et les Évangiles, Beauchesne, Paris, 1991; etc.
  • Armand Abécassis En vérité, je vous le dis. Une lecture juive des Évangiles. Éditions n°1, 1999; LGF, coll. Le livre de poche, 2001)
    • Judas, Jésus. Une liaison difficile, Editions n° 1, 2001
    • Judaïsmes. De l'hébraïsme aux messianités juives, Albin Michel, 2006
  • Daniel Boyarin, Mourir pour Dieu, Bayard, 2004 [8]

La réhabilitation des pharisiens[modifier | modifier le code]

  • Israël Abrahams, Studies in Pharisaism and the Gospels, Cambridge, 1917, reprint. New York, 1967 ;

Le cas Paul de Tarse[modifier | modifier le code]

La place de Paul de Tarse dans le Nouveau Testament et son rôle dans les origines du christianisme font l'objet d'études spécifiques[9].

La restitution de sa judaïté à Jésus[modifier | modifier le code]

On a adopté le classement chronologique, sachant que tous les auteurs se réfèrent à Joseph Klausner comme étant le père du genre[10]

Joseph Klausner[modifier | modifier le code]
  • son livre : Jésus de Nazareth, son temps, sa vie, sa doctrine, Paris, 1933 [11] ;
  • son concept : Klausner considère le texte reçu comme un document historique ou proche d'un document historique. À partir de quoi, il développe son concept de la façon suivante.

Jésus développe un judaïsme pharisien dont les enseignements s'enracinent chez Hillel ou Rabbi Akiba (né après la mort de Jésus). Après un travail intense sur les textes évangéliques, Klausner montre que Jésus n'a aucune idée de l'Incarnation non plus que de sa filiation divine. Il pense que les malédictions sur les pharisiens sont dues à une transcription tardive datant d'une époque où les judéo-chrétiens étaient exclus de la synagogue.

Il relève quelques divergences entre les pratiques religieuses de Jésus et les pratiques pharisiennes et considère que Paul est le fondateur du christianisme.

Autres auteurs[modifier | modifier le code]
David Flusser[modifier | modifier le code]
  • son livre : Jésus, Seuil, Paris, 1970 ;
  • son concept : En 1970, David Flusser ne prend pas les évangiles pour ce qu'ils ne sont pas. Il replace donc Jésus dans le contexte historique qui fut le sien, i.e. la société juive du Ier siècle, définit sa relation à la Loi. Relisant les textes à la lumière du corpus talmudique, il déclare Jésus fidèle à la Loi même dans le froissement des épis un jour de shabbat, pratique tolérée dans la tradition halakhique galiléenne (mais pas ailleurs).

La critique des pharisiens (voir Sotah 22b quand le Talmud est une production éminemment pharisienne) est replacée dans les luttes d'influences entre divers courants du judaïsme du 2d Temple au premier siècle et note que Jésus assume des positions pharisiennes dans l'histoire du bœuf et du puits, l'opposition, prêtée dans le texte aux scribes et aux pharisiens, est en fait la position essénienne classique.

Jésus est un réformateur du judaïsme qui ne s'intéresse pas vraiment aux païens bien que rien dans le Talmud n'interdise de soigner un non-juif.

Geza Vermes[modifier | modifier le code]

Geza Vermes, auteur de Jesus the Jew (Londres, 1973) est un ancien prêtre catholique et théologien, qui « prit conscience de ses propres racines » [juives] et décida d'y retourner.

Il classe Jésus parmi les hassidim, le rapprochant d'autres faiseurs de miracles comme Honi le traceur de cercle ou Hanina ben Dossa.

Hugh J. Schonfield[modifier | modifier le code]

Le complot de Pâques est l'œuvre très controversée de ce chercheur dans le domaine du Nouveau Testament qui le fit classer dans le courant radical. Schonfield expose que Jésus était un candidat messie innocent qui convint d'accomplir les prophéties pour soutenir sa proclamation. (Schonfield, pp 35-38).

Dans ce complot pour la foi, Jésus (Schonfield, pp 173), en secrète connivence avec un jeune homme Lazare, et Joseph d'Arimathie, feint de mourir sur la croix, de revivre dans la tombe, et démontre ainsi à ses disciples (restés ignorants du complot) qu'il est le Messie. Cependant, le plan tourne mal quand le soldat romain perce le flanc de Jésus qui meurt. Toutefois, les disciples en reconnurent d'autres pour lui et, quelques jours plus tard, crurent que Jésus était ressuscité (Schonfield, pp 170-72). C'est une adaptation de la thèse de l'évanouissement de Bardht (1780), qu'on retrouve dans la christologie des ahmadiyya.

Autres auteurs[modifier | modifier le code]
  • Schalom Ben-Chorin, Mon frère Jésus, Seuil, 1983
  • Dan Jaffé, Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle. Approche historique, perspectives historiographiques, analyses méthodologiques, Le Cerf, 2009
  • Pinchas Lapide, Fils de Joseph ? (Jésus dans le judaïsme d'aujourd'hui et d'hier), Desclée, 1978
  • Salomon Malka, Jésus rendu aux siens : Enquête en Israël sur une énigme de vingt siècles (1999)
  • Hyam Maccoby, Jesus The Pharisee (2003)

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

En écho à l'historiographie juive du Nouveau Testament, plusieurs spécialistes du christianisme ancien, comme Charles Perrot (Institut catholique de Paris) ou James H. Charlesworth (Enoch Seminar), replacent Jésus de Nazareth dans le contexte du judaïsme au Ier siècle e.c.

  • Armand Abecassis, En vérité je vous le dis : Une lecture juive des Évangiles, Livre de poche/Biblio
  • Schalom Ben-Chorin, Marie : un regard juif sur la mère de Jésus, préf. Michel Leplay, Desclée de Brouwer, 2001
  • James H. Charlesworth, Jesus within Judaism, Garden City, New York, 1988 ;
  • James H. Charlesworth (ed.), Jesus' Jewishness. Exploring the Place of Jesus within Early Judaism, The American Interfaith Institute, Philadelphia (Pen.), 1991 ;
  • James H. Charlesworth Hillel and Jesus, Comparisons of Two Major Religious Leaders
  • Charles Perrot, L'invention du Christ, naissance d'une religion, 1998, Paris, Odile Jacob
  • Charles Perrot, Jésus et l’histoire, Desclée, Paris, 1979 ;
    • Harvey Falk, Jesus the Pharisee : A New Look at the Jewishness of Jesus, New York-Mahwah (N.J.), 1985 ;
    • L. Volken, Jesus der Jude, Dusseldorf, 1985 ;
    • C. Evans, Jesus and his Contemporaries. Comparative Study, Brill, Leyde - New York, Cologne, 1995 ;
    • John Paul Meier A Marginal Jew : Rethinking the Historical Jesus Traduction française aux Éditions du Cerf : Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. Vol. 1, Les sources, les origines, les dates, 2004 ; vol. 2, La parole et les gestes, 2005 ; vol. 3, Attachements, affrontements, ruptures, 2005 ; vol. 4, La loi et l'amour, 2009.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dan Jaffé Jésus et les Évangiles sous la plume des historiens juifs, in Le Monde de la Bible n°170 mars-avril 2006, pp. 22-27
  2. Dan Jaffé op. cit. - voir aussi T. Frymer-Kensky, D. Novak, P. Ochs, D. F. Sandmel et M. A. Signer, Christianity in Jewish Terms, éd. Westview Press, 2000, recension en ligne((en))
  3. Folker Siegert, Les judaïsmes au Ier siècle, in Aux oigines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 200, pp. 11-28
  4. Marcel Simon, "Verus Israel". Étude sur les relations entre chrétiens et juifs dans l’Empire romain (135-425), éd. De Boccard, 1983
  5. Cf. article Juifs pour Jésus
  6. (1848—1922), un protestant dont lIntroduction au Talmud et au Midrash figure dans toutes les bibliographies pour les études juives, cf Dan Jaffé, op. cit.
  7. ouvrage dans lequel il n'est pas question de composition par accumulation de midrashim non plus que par inflation du texte
  8. (original en anglais : Dying for God)
  9. Alan F. Segal, « Paul et ses exégètes juifs contemporains », 2006.
  10. David Fox Sandmel,Joseph Klausner's approach to Judaism and Christianity in the Greco-Roman world, diss. U. Penn, 2002, article en ligne((en))
  11. (original anglais : Jesus of Nazareth. His Time, his Life, his Teaching, Londres, 1925)
  12. Jules Isaac, l’historien, le fondateur de l’amitié judéo-chrétienne 1877-1963
  13. 1907-1988
  14. (original anglais : Those incredible Christians, 1968)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]