Les Protocoles des Sages de Sion

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Les Protocoles des Sages de Sion
Image illustrative de l'article Les Protocoles des Sages de Sion
Couverture d'une édition russe de 1912, réalisée par Sergueï Nilus

Auteur Matveï Golovinski
Pays Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Genre Propagande, forgerie, imposture
Version originale
Langue russe
Titre Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы
Date de parution 1901

Les Protocoles des Sages de Sion[1],[2], en russe : Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы, est un opuscule qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons.

Ce faux a été écrit à Paris en 1901 par Mathieu Golovinski, informateur des services secrets tsaristes. Il réunit les comptes-rendus d'une vingtaine de prétendues réunions secrètes exposant un plan de domination du monde qui utiliserait violences, ruses, guerres, révolutions et s'appuierait sur la modernisation industrielle et le capitalisme pour installer un pouvoir juif mondial.

L'ouvrage devient internationalement connu en 1920, lorsqu'il est traduit d'abord en allemand, puis en anglais et en français. L'objet initial de l'auteur et de ses commanditaires est de convaincre Nicolas II et son gouvernement des méfaits d'une trop grande ouverture à l'égard des Juifs de l'Empire russe.

La diffusion mondiale de l'ouvrage alimente l'argumentaire du parti antisémite, puissant dans la première moitié du xxe siècle. Adolf Hitler évoque l'ouvrage dans Mein Kampf puis en fait une pièce de la propagande du régime nazi. Cet opuscule joue également un rôle clé dans la théorie du ZOG apparue dans les milieux suprémacistes blancs d'extrême droite aux États-Unis[3].

Bien que la falsification ait été suspectée dès la publication, elle ne devient totalement patente qu'en 1999 lorsque l'identité de l'auteur est découverte dans les archives russes.

Les Protocoles des Sages de Sion sont devenus aujourd'hui un modèle emblématique de falsification.

Historique[modifier | modifier le code]

Les Protocoles des Sages de Sion, parfois surtitrés Programme juif de conquête du monde, paraissent en Russie en deux temps et deux versions : d'abord des extraits en 1903 dans le journal Znamia (Знамя), puis une version complète en 1905 éditée par le moine mystique Serge Nilus et, en 1906, par Gueorgui Boutmi, officier et écrivain nationaliste[4]. Dès avril 1902, ils avaient fait l'objet d'un article dans Novoyé Vriemia[5]. Il est possible qu'ils circulèrent d'abord sous forme manuscrite ou en impression artisanale.

Les Protocoles sont traduits en allemand en 1909 et lus en séance au Parlement de Vienne[6]. Avec la Révolution d'Octobre en 1917 et la fuite de Russes antirévolutionnaires vers l'Europe de l'Ouest, leur diffusion s'élargit[7]. Ils deviennent internationalement connus en 1920 lorsqu'ils paraissent en Allemagne (janvier).

La notoriété de l'ouvrage s'accroît à la faveur d'un article du quotidien britannique The Times. Dans son édition du , un éditorial titré Le Péril juif, un pamphlet dérangeant. Demande d'enquête évoque ce « singulier petit livre », et tend à démontrer le caractère authentique du texte[8] en insistant sur sa nature de prophétie réalisée. Cet article est publié alors que les Russes blancs sont en train de perdre la guerre civile et que les « durs » du parti conservateur veulent discréditer les nouveaux maîtres du Kremlin en dénonçant une « Pax Hebraica »[9]. Les thèmes des Protocoles sont repris au cours des années suivantes dans de nombreux ouvrages antisémites (polémistes, savants ou de fiction) publiés à travers l'Europe[8],[10]

Les premières traductions françaises sont publiées en 1920 et 1922 par le prêtre catholique Ernest Jouin dans la Revue internationale des sociétés secrètes sous le titre Les Protocoles de 1901 puis en 1921 par l'écrivain monarchiste Roger Lambelin[11] et en 1924 par le journaliste antisémite Urbain Gohier sous le titre Les Protocoles des sages d'Israël[12].

Adolf Hitler y fait référence dans Mein Kampf[13] comme argument justifiant à ses yeux la théorie du complot juif et en fait ensuite l'une des pièces maîtresses de la propagande du Troisième Reich[14].

Aux États-Unis, le constructeur automobile Henry Ford les diffuse à travers son journal The Dearborn Independent. Pour Ford les Protocoles des Sages de Sion sont un ouvrage « trop terriblement vrai pour être une fiction, trop profond dans sa connaissance des rouages secrets de la vie pour être un faux »[15],[16]. Les protocoles joueront également un rôle clé dans la théorie du ZOG apparue dans les milieux suprémacistes blancs d'extrême droite aux États-Unis[3].

Un faux[modifier | modifier le code]

Article dans The Times du 16 août 1921 expliquant au public britannique que Les Protocoles est un faux.

Dès leur publication, Les Protocoles sont suspectés d'être un faux : un an après avoir présenté l'opuscule comme véridique, le Times de Londres revient sur le sujet, mais cette fois pour publier la preuve du faux sous le titre La fin des Protocoles. Jacques Bainville, dans l’Action française, reconnait la falsification vers 1921[17]. Henri Rollin, membre du deuxième bureau français, publie en 1939 un ouvrage intitulé L'Apocalypse de notre temps (réédité aux Éditions Allia en 2005) qui montre le processus de création puis d'utilisation de ce texte par les courants d'abord pro-tsaristes, puis fasciste et nazi. Lors du procès de Berne de 1933 à 1935, les juges suisses reconnaissent la fausseté des Protocoles.

La confirmation définitive de la falsification des Protocoles est fournie en 1999 par l'identification de leur auteur, Mathieu Golovinski, dans les archives russes, par l'historien de littérature russe Mikhaïl Lepekhine.

Les historiens universitaires sont d'accord sur l'identification du faussaire, la structure du texte falsifié et l'analyse des causes de la falsification et il ne subsiste plus de doute sur ce document. Malgré tout, Les Protocoles des Sages de Sion sont encore mentionnés par des groupes antisémites, voire certains régimes, comme preuve de l'existence d'un complot juif international[18],[19],[20].

Origine et causes[modifier | modifier le code]

Les Protocoles des Sages de Sion ont été rédigés à Paris en 1901[21] par un informateur de l'Okhrana (la police secrète de l'Empire russe), Mathieu Golovinski[22]. Envoyé à Paris à l'époque de l'Alliance franco-russe, Mathieu Golovinski travaille au Figaro avec Charles Joly, le fils de Maurice Joly ; il exerce aussi ses talents auprès de Pierre Ratchkovski agent de la police politique russe (l'Okhrana) en France. Mathieu Golovinski connaît bien les techniques de la propagande, pour avoir travaillé dans les années 1890 pour le Département de la presse à Saint-Pétersbourg.

Le tsar Alexandre II avait promu, au milieu du xixe siècle une politique assez libérale, avec l'abolition du servage ou l'allégement des restrictions imposées au Juifs. Son successeur, Alexandre III revient, dans tous les domaines, à une politique autoritaire, pro-russe et pro-slave. En particulier, le statut des Juifs est de nouveau durci[23]. C'est l'époque oùu la Russie connaît un extraordinaire développement industriel et financier qui devrait donner lui rapidement une puissance comparable à celle des États-Unis[24]. Le fils d'Alexandre III, le faible Nicolas II, montre de la mollesse dans l'application d'une politique autoritaire. Les milieux conservateurs à la tête de la Russie veulent conforter l'empereur dans une politique de fermeté, en particulier à l'égard des Juifs, voire l'inciter à la durcir.

L'entourage conservateur de Nicolas II envisage divers procédés pour influencer le tsar. C'est ainsi que Ratchkovski commande à Golovinski un faux, Les Protocoles, destinés à l'origine à l'empereur seulement. Le texte, « authentifié » par le ministère de l'Intérieur malgré la réticence du plus proche conseiller de Nicolas II, le comte de Witte[25], se présente comme une preuve décisive d'un plan juif de domination du monde reposant sur la modernisation industrielle et financière.

L'antisémitisme du propos va de pair avec l'antimaçonnisme. Selon Pierre-André Taguieff, le titre en russe d'une des deux premières éditions en 1905 était Extraits des protocoles anciens et modernes des Sages de Sion de la société mondiale des francs-maçons[26] » : il s'agissait de promouvoir l'image de « Sages de Sion, figures fictives du mythe anti-judéo-maçonnique[27] ». L'auteur des Protocoles fait en effet dire aux Juifs : « La Loge maçonnique joue, inconsciemment, dans le monde entier, le rôle d'un masque qui cache notre but. »

Rédaction[modifier | modifier le code]

Maurice Joly était l'auteur d'un pamphlet contre Napoléon III intitulé : Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, publié à Bruxelles en 1864. L'ombre de Nicolas Machiavel est le porte-parole de l'empereur Napoléon III qui explique son complot pour la domination du monde.

En 1897, un cambriolage exécuté par l'Okhrana dans la villa suisse de l'exilé russe Élie de Cyon entraîne le vol d'un grand nombre de documents. Parmi ceux-ci figure un pamphlet rédigé par Élie de Cyon contre le comte de Witte, ministre de Nicolas II, à l'imitation du pamphlet de Maurice Joly.
Il est maintenant établi que le pamphlet de De Cyon, sans doute fourni comme modèle à Mathieu Golovinski par l'Okhrana, constitue la source des Protocoles[28]. Napoléon III est remplacé par un conseil de sages juifs qui projette d'anéantir la chrétienté et dominer le monde.

La supercherie est évidente par comparaison ligne à ligne des deux textes. C'est que fait Pierre Charles dans son étude critique et comparative[29]. Le discours de Machiavel dans le dialogue est transposé ; l'internationale juive y remplace l'empereur des Français.

L'auteur[modifier | modifier le code]

L'identité de l'auteur, Mathieu Golovinski n'a été découverte qu'à la fin du XXe siècle par un historien en littérature russe, Mikhaïl Lepekhine, grâce à l'ouverture des archives soviétiques à partir de 1992. Le faussaire était devenu compagnon de route des Soviétiques. La découverte de 1999 ne vint donc que corroborer ce que l'on savait déjà.

Modèles[modifier | modifier le code]

Selon Umberto Eco, le Protocole des Sages de Sion et de façon plus générale le mythe du complot juif, trouve son origine littéraire dans le roman-feuilleton français du XVIIIe siècle[30] : « [le texte des Protocoles] révèle son origine romanesque car il est peu crédible, sauf dans l'œuvre de Sue, que les « méchants » expriment de façon si voyante et si éhontée leurs projets maléfiques […] : « nous avons une ambition sans limites, une cupidité dévorante, nous sommes acharnés à une vengeance impitoyable et brûlante de haine. » ». Le modèle du pamphlet de Maurice Joly contre Napoléon III, copié par Golovinski, est le complot jésuite de Monsieur Rodin dans Le Juif errant et Les Mystères du peuple d'Eugène Sue[30]. Un autre modèle littéraire se trouve dans Joseph Balsamo d'Alexandre Dumas (1849) : Cagliostro y rencontre les Illuminés de Bavière pour ourdir le complot maçonnique de l'affaire du collier de la reine[30].

En 1868, un auteur de libelles calomnieux, Hermann Goedsche publie, sous le pseudonyme de sir John Retcliffe, un roman populaire, Biarritz, où il plagie Dumas, en mettant en scène le Grand Rabbin annonçant son plan de conquête du monde aux représentants des douze tribus d'Israël réunis dans le cimetière juif de Prague. En 1873, le roman est repris par un pamphlet russe, Les Juifs, maîtres du monde, présenté comme une vraie chronique[30]. En 1881, Le Contemporain le publie comme venant d'un diplomate anglais, sir John Readcliff. En 1896, c'est le Grand Rabbin qui se nomme John Readcliff, dans Les Juifs, nos contemporains de François Bourmand. Le plan jésuite de Sue, mélé à la réunion maçonnique de Dumas, attribué par Joly à Napoléon III, devient ainsi le complot juif, et sera repris sous diverses formes, avant le faux de Golovinski[30].

Les dernières années du xixe siècle sont marquées par l'antisémitisme qui culmine en France de façon passionnelle avec l'affaire Dreyfus. En 1889 paraît Le Juif selon le Talmud, traduction du Talmudjude d'August Rohling avec une préface d'Édouard Drumont. Cet ouvrage a une influence considérable. Il prétend prouver que les Juifs ont ordre de blesser et tuer les Chrétiens chaque fois que possible en vue d'assurer leur domination sur le monde. Selon Jacques Halbronn, les Protocoles constituent une tentative d'élaboration d'un Talmud laïc — d'où l'usage du mot Sages qui a une connotation talmudique — permettant d'inclure les juifs non religieux au sein du champ antijuif. Rohling serait donc, au moins indirectement, une source des Protocoles, son cadre, qu'il faudrait croiser avec le pamphlet de Joly qui en constitue le contenu.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le Serpent symbolique du troisième protocole, dessin paru en France, environ 1920.

Au terme d'une de ses études sur les Protocoles, Pierre-André Taguieff propose cinq fonctions qu'ils peuvent remplir dans l'imaginaire — et dans la réalité, puisque la mise au jour d'un complot (n'existant que dans l'esprit de ses découvreurs) est souvent suivie de l'organisation bien réelle d'un contre-complot :

  1. identifier les forces occultes à l'origine du prétendu complot — et confirmer qu'elles sont impitoyables ;
  2. lutter contre ces forces en révélant les secrets qui les rendent puissantes ;
  3. justifier la contre-attaque contre l'ennemi désormais identifié ;
  4. mobiliser les foules (et/ou les autorités) en faveur de la cause opposée au complot ;
  5. recréer un monde enchanté[31].

Les Protocoles remplissent ces fonctions depuis leur diffusion dans les années 1920. Leur utilisation sans cesse réactualisée montre la recherche permanente d'explications prétendument rationnelles à la marche du monde[32] : rédigés pour appuyer la politique autoritaire du tsar Nicolas II, les Protocoles ont servi depuis aux politiques antisémites, antisionistes, antiaméricaines ou antimondialistes.

Dans l'Allemagne nazie[modifier | modifier le code]

Couverture d'une édition polonaise.

Dans Mein Kampf, Adolf Hitler écrit[14],[13] : « Les Protocoles des sages de Sion, que les Juifs renient officiellement avec une telle violence, ont montré d'une façon incomparable combien toute l'existence de ce peuple repose sur un mensonge permanent. « Ce sont des faux », répète en gémissant la Gazette de Francfort et elle cherche à en persuader l'univers ; c'est là la meilleure preuve qu'ils sont authentiques. Ils exposent clairement et en connaissance de cause ce que beaucoup de Juifs peuvent exécuter inconsciemment. C'est là l'important[33]. ».

Pendant de nombreuses années, Joseph Goebbels n'utilise pas les Protocoles dans la propagande antisémite qu'il orchestre. Ce n'est qu'après une lecture du texte et une discussion du 13 mai 1943 avec Hitler qu'il pense pouvoir les utiliser. Dans la recension qu'il fait de la discussion, Goebbels se dit « stupéfait » à la fois par la modernité du texte et par la rigueur dans l'exposition du projet juif de domination mondiale[34].

En Union soviétique[modifier | modifier le code]

Dans l'Union soviétique de Staline, dans les années 1933-1935, les journaux soviétiques firent totalement silence sur l'arrêt du procès de Berne qui concluait à la fausseté des Protocoles.

Pourtant les Izvestia avaient dépêché sur place Ilya Ehrenbourg. Celui-ci était chargé de suivre les développements du nazisme et de l'antisémitisme, questions spécialement débattues alors à la Société des Nations. L'article d'Ehrenbourg, dûment écrit et transmis, ne parut jamais[35].

Dans le monde arabe[modifier | modifier le code]

La première traduction des Protocoles des Sages de Sion en arabe (à partir d'une version française) est publiée au Caire en 1925 puis à Jérusalem en 1926. Selon Gilbert Achcar, ils n'ont « néanmoins connu qu'une diffusion marginale dans les pays arabes avant 1948 » ; il souligne qu'elle a été le fait de chrétiens et non de musulmans[36].

Muhammad Rashid Rida, que Gilbert Achcar décrit comme « le père spirituel de l'intégrisme islamique arabe moderne[37] » s'en inspire dans un texte qui fait suite aux émeutes de 1929 en Palestine mandataire : son « argumentaire anti-juif […] y puis[e] à toutes les sources en combinant des arguments conformes à la tradition musulmane la plus hostile aux juifs »[38].

Une traduction de 1951 est diffusée dans le monde musulman après « l'intense exacerbation du conflit palestinien de 1948 » et de la Nakba (« catastrophe », exode palestinien de 1948)[36]. En 1967, les Presses islamiques de Beyrouth publient la version française de Roger Lambelin sous le titre Protocoles des Sages de Sion : texte complet conforme à l'original adopté par le congrès sioniste réuni à Bâle (Suisse) en 1897[39].

Pour Achcar, les « insanités que contient ce pamphlet ont connu une diffusion beaucoup plus vaste que le pamphlet lui-même » et elles ont largement contribué à la « diffusion de l'antisémitisme dans le monde arabe[36] ». Il insiste sur les différences de motivation des propagandistes des Protocoles en Europe, qui n'avaient que des desseins antisémites, et celle de leurs diffuseurs dans le monde arabe qui cherchaient à « excuser la défaite infamante […] des États arabes devant le mouvement sioniste et à expliquer pourquoi ce dernier avait pu gagner le soutien de l'ensemble des puissances du camp victorieux de la Seconde Guerre mondiale[40] ».

Des personnalités arabes font référence aux Protocoles dans des rencontres officielles ou dans des écrits :

Par exemple, en 1929, à la suite de sa comparution devant la Commission Shaw chargée d'étudier les causes des émeutes de 1929 en Palestine mandataire, le mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini se réfère aux Protocoles pour démontrer que les sionistes ont attaqué les Arabes[41].
Tom Segev rapporte le cas d'un notable palestinien qui, bien que conscient du discrédit qui pèse sur les Protocoles, ne peut expliquer la défaite arabe dans la guerre de 1948 sans une collusion entre le sionisme et le communisme dans le cadre d'un plan visant à la domination du monde[42].
En septembre 1958, le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui n'est pas antisémite, demande cependant à un journaliste, lors d'un entretien, s'il connait les Protocoles et lui en conseille la lecture car ils démontreraient que « 300 Sionistes, dont chacun connaît tous les autres, gouvernent le destin du continent européen et élisent leurs successeurs parmi leur entourage[43] ».
En 2003, la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie inaugure son musée de manuscrits où figure une traduction en arabe des Protocoles à côté de manuscrits de la Torah. Le directeur le justifie en déclarant : « Il se peut que le livre des Protocoles des Sages de Sion soit plus important pour les juifs que la Torah, puisqu'ils gèrent leur vie selon ses principes[44] ».

Usages et références actuels[modifier | modifier le code]

La charte du Hamas fait référence aux Protocoles et à d'autres poncifs antisémites[45]. L'article 32 y indique que « le plan sioniste […], après la Palestine […] ambitionne[] de s'étendre du Nil à l'Euphrate […] [comme stipulé] dans « Les Protocoles des Sages de Sion » »[46].

Gilbert Achcar rapporte cependant que la charte serait en cours d'amendement en se référençant à Azzam Tamimi, un proche du Hamas qui, « sensible au dommage causé à l'image du mouvement palestinien [par l'antisémitisme de la charte] » a déclaré dans le Jerusalem Post en février 2006 que : « Toutes ces absurdités sur Les Protocoles des Sages de Sion et les théories du complot – toutes ces bêtises – seront éliminées » dans la version amendée[47].

Le propos des Protocoles est également popularisé dans le monde arabe par divers feuilletons télévisés :

  • un feuilleton télévisé égyptien, repris par de nombreuses télévisions arabes, Le cavalier sans monture, évoque de façon centrale dans l'intrigue les Protocoles des Sages de Sion présentés comme un écrit tenu secret par des Juifs mais supposé authentique[48] ;
  • le feuilleton Diaspora, diffusé par Al-Manar, la télévision du Hezbollah ;
  • une série télévisée Al-Sameri wa Al-Saher, sur Al-Alam Télévision, la télévision iranienne, comprenant non seulement une dénonciation du supposé pouvoir des Juifs sur le monde, mais un négationnisme ouvertement exprimé à l'égard des crimes commis envers les Juifs.

En Afrique[modifier | modifier le code]

Dans le documentaire Général Idi Amin Dada : Autoportrait du réalisateur Suisse Barbet Schroeder le dictateur Ougandais Idi Amin Dada fera référence et présentera les protocoles des sages de Sion en sa possession pour prétendre l’existence d'un complot juif mondial.

Les Protocoles des Sages de Sion aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs, dont Pierre-André Taguieff et Catherine Nicault, ont mis en évidence les multiples utilisations des Protocoles à travers le temps : dénonciation de prétendus complots judéo-bolchéviques ou judéo-capitalistes, propagande nazie[49].

Le texte est encore diffusé, en particulier dans les milieux antisémites et/ou antisioniste et dans le monde arabo-musulman. Voir par exemple les sites cités en référence[50],[51],[52],[53].

Alain Goldschläger écrit en 1989 que bien que leur fausseté soit reconnue, les Protocoles n’en demeurent pas moins pour certains une « vérité intrinsèque »[54].

En droit français[modifier | modifier le code]

Les Protocoles ont été interdits de diffusion en France pendant une vingtaine d’années à la suite de l’arrêté du 25 mai 1990 du ministre de l’Intérieur français Pierre Joxe, « considérant que la mise en circulation en France de cet ouvrage est de nature à causer des dangers pour l’ordre public en raison de son caractère antisémite »[55]. Cette interdiction n'est plus en vigueur[56] : la diffusion des Protocoles des Sages de Sion est légale en France. Leur dernière publication est celle de 2010, éditée et présentée par Philippe Randa[57], éditeur et militant politique d'extrème droite[58]. Le texte intégral est disponible en ligne (voir "Liens externes" ci-dessous).

Les Protocoles dans la littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de Sion est souvent pris comme symbole de Jérusalem.
  2. Le titre varie en fonction des éditions en langue française, certaines sont intitulées Protocoles des Sages de Sion, sans l'article Les.
  3. a et b (en) « The Protocols of the Elders of Zion on the Contemporary American Scene », dans Richard Allen Landes (dir.), Steven T. Katz (dir.), The Paranoid Apocalypse: A Hundred-Year Retrospective on the Protocols of the Elders of Zion, NYU Press, , 264 p. (ISBN 978-0814748923), p. 181.
  4. Pour la généalogie et les différences entre versions, voir De Michelis 1997.
  5. Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse d'État, université Paris X, 1999.
  6. Halbronn 2002b.
  7. Taguieff 2006, p. 120-121.
  8. a et b Taguieff 2006, p. 123.
  9. Léon Poliakov, De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, Calmann-Lévy, (ISBN 2-7021-1240-4), p. 27.
  10. Poliakov 1983, p. 27.
  11. Édition Grasset, Paris, 1921.
  12. Édition de la Vieille France.
  13. a et b Adolf Hitler, Mein Kampf, p. 160 [lire en ligne].
  14. a et b (en) Norman Cohn, Warrant for Genocide: The Myth of the Jewish World-Conspiracy and the Protocols of the Elder of Zion, New York, Harper & Row Publishers, , p. 32–36.
  15. (en) Henry Ford, The International Jew.
  16. (en) « The Protocols of the Elders of Zion on the Contemporary American Scene: Historical Artifact or Current Threat? », dans Richard Allen Landes et Steven T. Katz, The Paranoid Apocalypse: A Hundred-year Retrospective on the Protocols of the Elders of Zion, NYU Press, , p. 172-176.
  17. Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion : Faux et usages d'un faux, Paris, Fayard, 2004. (Taguieff ne donne pas la date mais il semble d'après le contexte que ce soit dès 1921).
  18. Tristan Mendès France et Michaël Prazan, Une tradition de la haine : Figures autour de l'extrême-droite, Paris-Méditerranée, (ISBN 9782842720544), p. 14.
  19. « Les Protocoles des Sages de Sion sont sûrement authentiques », sur Bibliothèque de combat, (consulté le 6 décembre 2017).
  20. « Les protocoles des sages de Sion seraient vrais », sur Wikistrike, (consulté le 6 décembre 2017).
  21. La langue de l'original, russe ou français, est incertaine. Voir De Michelis 1997 et Taguieff 2006, chap. II, « 1.2. Alexandre du Chayla ».
  22. (en) Binjamin W. Segel, A Lie and a Libel: The History of the Protocols of the Elders of Zion, University of Nebraska Press (ISBN 0-8032-9245-7).
  23. Henri Troyat, Alexandre III : le tsar des neiges, Paris, Grasset, , 324 p. (ISBN 9782246661412).
  24. « Alexandre III et l'industrialisation de la Russie », sur Les Yeux du Monde, Sylvain Zuber, (consulté le 6 décembre 2017).
  25. Vladimir Fédorovski, De Raspoutine à Poutine, Tempus, p. 26.
  26. Taguieff 2006, p. 114.
  27. Taguieff 2006, p. 116.
  28. (en) Leonidas Donskis, Forms of Hatred: The Troubled Imagination in Modern Philosophy and Literature (lire en ligne), p. 46.
  29. Pierre Charles, « Les Protocoles des sages de Sion », Nouvelle Revue théologique, vol. 65,‎ , p. 56-78, 966-969, 1083-1084.
  30. a, b, c, d et e Umberto Eco, De la Littérature, Grasset, , p. 367-370.
  31. Taguieff 2006, p. 192-193.
  32. Taguieff 2006[Où ?].
  33. Adolf Hitler, Mein Kampf, Nouvelles Éditions latines, chap. XI, p. 307.
  34. Jeffrey Herf, L'Ennemi juif, p. 194.
  35. Arkadi Vaksberg, Staline et les Juifs. L'antisémitisme russe : une continuité du tsarisme au communisme, Robert Laffont, p. 76.
  36. a, b et c Achcar 2009, p. 183-184.
  37. Achcar 2009, p. 179.
  38. Achcar 2009, p. 185.
  39. Taguieff 2006, p. 143.
  40. Achcar 2009, p. 320.
  41. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, éditions Complexes, , p. 134.
  42. (en) Tom Segev, One Palestine. Complete, Holt Paperbacks, , p. 508-511.
  43. Selon Achcar 2009, p. 313-323, cette référence aux Protocoles marque plus un manque de culture que du racisme. Il resitue les mesures antijuives prises par Nasser dans le contexte du conflit israélo-arabe. Citation p. 319.
  44. Taguieff 2006, chap. « Chronologie ».
  45. Achcar 2009, p. 374.
  46. Traduction française de la Charte du Mouvement de la Résistance Islamique - Palestine (Hamâs) publiée dans Jean-François Legrain, Les Voix du soulèvement palestinien 1987-1988, Le Caire, Centre d'Études et de Documentation Économique, Juridique et Sociale (CEDEJ), 1991.
  47. Achcar 2009, p. 374-380.
  48. Plot Summary: Horseman Without A Horse.
  49. Pierre-André Taguieff, « Les Protocoles des Sages de Sion, ou le plus célèbre des faux anti-juifs », Le Point Hors-série, no 21,‎ janvier-février 2009, p. 88-89 ; Taguieff 2006 ; Catherine Nicault, « Le procès des protocoles des sages de sion, une tentative de riposte juive à l’antisémitisme dans les années 1930 », Vingtième Siècle, no 53,‎ janvier-mars 1997, p. 68-84.
  50. Les Protocoles des Sages de Sion sont vrais.
  51. Les Protocoles des Sages de Sion sont surement authentiques.
  52. Pour une Histoire Débarrassée des Nombreux Mensonges.
  53. Loges Maçonniques - Les protocoles des Sages de Sion - Les Rothschild.
  54. Alain Goldschläger, « Lecture d’un faux ou l’endurance d’un mythe : Les Protocoles des Sages de Sion », Cahiers de recherche sociologique, no 12,‎ , p. 91-101.
  55. Arrêté du 25 mai 1990 interdisant la circulation, la distribution et la mise en vente d’un ouvrage. NOR: INTD9000211A (JORF n°121 du 26 mai 1990), voir en ligne.
  56. L'arrêté n’est plus en vigueur puisqu’il se basait sur l’article 14 de la Loi du 29 juillet 1881 relatif au contrôle de la presse étrangère, lequel article, après avoir été modifié à plusieurs reprises, notamment par le décret-loi du 6 mai 1939, fut définitivement abrogé à la suite de l'avis n° 380.902 du Conseil d’État rendu le 10 janvier 2008. (Voir le résumé des modifications concernant l’article 14 de la Loi du 29 juillet 1881.). Cet avis faisait suite à la décision n° 243634 du Conseil d’État en date du 7 février 2003, selon laquelle le décret-loi du 6 mai 1939, qui modifiait l'article 14 de la Loi du 29 juillet 1881, était abrogé par l'article 1er du décret no 2004-1044 du 4 octobre 2004 (Décret no 2004-1044 du 4 octobre 2004 portant abrogation du décret-loi du 6 mai 1939 relatif au contrôle de la presse étrangère. NOR: INTD0400141D. le texte).
  57. Philippe Randa (dir.), Protocoles des Sages de Sion. Un paradoxe politique, théorique et pratique, Paris, Déterna, .
  58. « […] La majorité des livres diffusant les thèses d'extrême d'extrême droite sont édités chez Dualpha. Son patron, Philippe Randa, est lui-même un ancien activiste de l'extrême droite musclée. Il assure la diffusion de ses propres livres et des auteurs qu'il édite (notamment la réédition d'ouvrages doctrinaux d'idéologues nazis comme Joseph Goebbels et Alfred Rosenberg, un théoricien du IIIe Reich). », Martine Vandemeulebroucke, « L'extrême droite en un clic », Le Soir, mardi 8 janvier 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Philip Graves, « The Truth about the Protocols: A Literary Forgery », The Times of London,‎ (lire en ligne).
  • Henri Rollin, L'Apocalypse de notre temps, Allia, (1re éd. 1939).
  • Norman Cohn (trad. Léon Poliakov), Histoire d'un mythe : la « conspiration » juive et les protocoles des sages de Sion [« Warrant for genocide »], Gallimard, coll. « La Suite des temps », , 300 p. (présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
    Réédition : Norman Cohn (trad. Léon Poliakov), Histoire d'un mythe : la « conspiration » juive et les protocoles des sages de Sion [« Warrant for genocide »], Gallimard, coll. « Folio / Histoire » (no 44), , 302 p., poche (ISBN 2-07-032692-6).
  • Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme (de Voltaire à Wagner), Paris, Calmann-Lévy, .
  • Léon Poliakov, La Causalité diabolique, Paris, Calmann-Lévy, .
  • Renée Neher-Bernheim, Le Best-seller actuel de la littérature antisémite : les « Protocoles des Sages de Sion », Pardès, .
  • Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, Paris, Berg International, 1992 :
    • Tome I : Un Faux et ses usages dans le siècle, 408 p. (2e édition revue et augmentée, Fayard, 2004 (ISBN 2-213-62148-9)) ;
    • Tome II : Études et documents, 816 p. (ISBN 2-911289-57-9).
  • Pierre-André Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits, coll. « Les Petits Libres », (ISBN 2-84205-980-8).
  • Cesare G. De Michelis (en), « Les Protocoles des sages de Sion : philologie et histoire », Cahiers du monde russe, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, vol. 38, no 3,‎ , p. 263-305 (lire en ligne).
  • [Harlbronn 2002a] Jacques Halbronn, Aspects du processus de traduction des Protocoles, Presses universitaires du Septentrion, (lire en ligne) — extrait de Le Texte prophétique en France. Formation et Fortune, thèse d'État, Paris X, 1999.
  • [Harlbronn 2002b] Jacques Halbronn, Le Sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Ramkat, .
  • Will Eisner (préf. Umberto Eco), Le Complot : L'Histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, Grasset et Fasquelle, (ISBN 2-246-68601-6) — bande dessinée.
  • Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, .
  • Catherine Nicault, « Le procès des protocoles des sages de sion, une tentative de riposte juive à l'antisémitisme dans les années 1930 », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, no 53,‎ , p. 68-84 (lire en ligne).
  • Jeffrey Herf (trad. de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat), L'Ennemi juif – La Propagande nazie, 1939-1945, Paris, Calmann-Levy, (ISBN 978-2-7021-4220-2).
  • (en) Richard Landes (dir.) et Steven T. Katz (dir.), The Paranoid Apocalypse : A Hundred-Year Retrospective on The Protocols of the Elders of Zion, New York University Press, coll. « Elie Wiesel Center for Judaic Studies Series », 2012, 264 p., présentation en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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