Les Protocoles des Sages de Sion

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Les Protocoles des Sages de Sion
Image illustrative de l'article Les Protocoles des Sages de Sion
Couverture d'une édition russe de 1912, réalisée par Sergueï Nilus

Auteur Matveï Golovinski
Genre Propagande, forgerie, imposture
Version originale
Titre original Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы
Langue originale russe
Pays d'origine Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Date de parution originale 1901
Version française

Les Protocoles des Sages de Sion[1] (le titre varie en fonction des éditions en langue française, dont certaines sont intitulées Protocoles des Sages de Sion, sans l'article Les[2], ou « Protocols » de Sages de Sion[3] ou Les Protocoles des Sages d'Israël[4]), en russe : Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы, est un faux qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons. Ce document fut fabriqué à la demande de l'Okhrana, la police secrète de l'Empire russe, et destiné à Nicolas II de Russie en vue de favoriser des politiques antisémites. Pourtant, le tsar refusa d'en faire un instrument de propagande, ayant rapidement découvert la supercherie et estimant que ce texte décrédibiliserait son combat[5].

Ce document fut rédigé à Paris en 1901[6] par un faussaire russe et informateur de la police politique tsariste, Mathieu Golovinski[7]. Celui-ci a plagié le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly, pamphlet satirique décrivant un plan fictif de conquête du monde par Napoléon III. Son texte voulait faire croire qu'il existait un programme mis au point par un conseil de sages juifs afin d'anéantir la chrétienté et de dominer le monde. Mais l'auteur et ses commanditaires avaient des intentions plus directes et plus politiques : convaincre le tsar et son gouvernement des méfaits qui découleraient selon eux d'une trop grande ouverture à l'égard des Juifs de l'Empire, réputés comme les chantres inconditionnels de la vie moderne, et intéressés au premier chef par un changement libéral de régime[8] depuis que leur statut avait été dégradé par les gouvernements réactionnaires comme celui d'Alexandre III[9].

Le livre se compose de supposés comptes-rendus d'une vingtaine de réunions secrètes exposant un plan secret de domination du monde. Ce plan imaginaire utiliserait violences, ruses, guerres, révolutions et s'appuierait sur la modernisation industrielle et le capitalisme pour installer un pouvoir juif.

Adolf Hitler y fait référence dans Mein Kampf[10] comme argument justifiant à ses yeux la théorie du « complot juif » et en fait ensuite l'une des pièces maîtresses de la propagande du Troisième Reich[11]. Ce livre joue également un rôle clé dans la théorie du ZOG apparue dans les milieux suprémacistes blancs d'extrême droite aux États-Unis[12]. Il est devenu aujourd'hui tout à la fois une figure emblématique de l'antisémitisme et de la falsification.

Introduction[modifier | modifier le code]

Les Protocoles des Sages de Sion, parfois surtitrés Programme juif de conquête du monde, sont parus en deux temps et deux versions proches, toutes deux éditées en Russie, d'abord partiellement en 1903 dans le journal Znamia (Знамя), puis, dans une version complète, en 1905 par le moine mystique itinérant Serge Nilus, et en 1906 par Gueorgui Boutmi, officier et écrivain nationaliste[13]. Mais dès 1902, ils avaient fait l'objet d'un article paru en avril dans Novoyé Vriemia[14]). En fait, il est probable qu'ils circulèrent d'abord sous forme manuscrite ou sous la forme d'une impression très artisanale. Durant les quinze années suivantes, les Protocoles circulent dans les cercles restreints de la police secrète et des antisémites russes. Ils sont traduits en allemand dès 1909 et lus en séance au Parlement de Vienne[15]. Avec la Révolution d'Octobre en 1917, et la fuite en masse de Russes antirévolutionnaires vers l'Europe de l'Ouest, l'aire d'influence des Protocoles s'élargit[16]. Ils ne deviennent cependant célèbres à l'échelle internationale qu'en 1920 lorsqu'ils paraissent en Allemagne (janvier) puis sont traduits en anglais (février) et en français[17].

Dès leur apparition sur la scène publique, leur authenticité a fait l'objet de questionnements. Dans son édition du , The Times de Londres évoque ce « singulier petit livre » dans un éditorial titré « Le Péril juif, un pamphlet dérangeant. Demande d'enquête » ; l'article, malgré le titre dubitatif, tend à démontrer le caractère authentique du pamphlet[18], en particulier en insistant sur sa nature de prophétie réalisée. L'article du Times sort au moment où les Russes Blancs (contre-révolutionnaires) étaient en train de perdre la guerre civile qui avait débuté en 1918, et où le premier ministre britannique, Lloyd George, envisageait de négocier avec les bolchéviques ; il s'agissait alors pour les durs du parti conservateur de discréditer les nouveaux maîtres du Kremlin en agitant l'épouvantail d'une « Pax Hebraica », et le Times se prêta à la manœuvre[19]. Un an plus tard, le 17 août 1921, le Times revient sur son erreur et publie la preuve du faux sous le titre La fin des Protocoles — mais sans convaincre grand monde puisque les thèmes développés dans les Protocoles seront repris au cours des années suivantes dans de nombreux ouvrages (pseudo-scientifiques, polémistes, ou de fiction) antisémites publiés à travers l'Europe[20],[21]. Les premières traductions françaises sont publiées en 1921 par Roger Lambelin[22], en 1920 et 1922 par Ernest Jouin dans la Revue internationale des sociétés secrètes sous le titre Les Protocols de 1901, et en 1924 par Urbain Gohier sous le titre Les Protocoles des Sages d'Israël[23].

Un faux[modifier | modifier le code]

Article dans The Times du 16 août 1921 expliquant au public britannique que Les Protocoles est un faux.

L'examen attentif a mis en évidence le caractère fictif de ce texte : les Protocoles sont un plagiat du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, publié à Bruxelles en 1864 par Maurice Joly, où l'ombre de Nicolas Machiavel est le porte-parole de l'empereur Napoléon III qui explique son complot pour la domination du monde. La supercherie devient évidente par simple comparaison ligne à ligne des deux textes. Ce que fit Pierre Charles dans son étude critique et comparative[24]. Le discours de Machiavel dans le dialogue est transposé, l'internationale juive remplaçant l'empereur des Français.

La vérité sur son auteur n'a, quant à elle, été découverte qu'à la fin du XXe siècle par un historien en littérature russe : Mikhail Lépekhine grâce à l'ouverture des archives soviétiques à partir de 1992. Le faussaire était devenu compagnon de route des Soviétiques, qui détenaient les documents. Cependant, Henri Rollin, un membre du deuxième bureau français, a écrit et publié en 1939 un ouvrage intitulé L'Apocalypse de notre temps (réédité aux Éditions Allia en 2005) qui montre le processus de création puis d'utilisation de ce texte par les courants d'abord pro-tsaristes, puis fasciste et nazi. La découverte de 1992 ne vient donc que corroborer ces affirmations.

En Suisse, pendant le procès de Berne entre 1933 et 1935, la fausseté des Protocoles a été retenue par le juge d'instruction.

La structure du texte falsifié découverte, puis le faussaire et les causes de la falsification identifiées, il ne subsiste plus aujourd'hui aucun doute sur la nature de ce document. Pourtant, certains partis ou groupes antisémites, voire certains régimes continuent de citer les Protocoles des Sages de Sion comme preuve irréfutable d'un complot juif international[25]. Les historiens universitaires sont cependant unanimes sur cette falsification grossière, aux conséquences paradoxalement considérables.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mathieu Golovinski connaît bien les techniques de la propagande, ayant travaillé dans les années 1890 pour le Département de la presse à Saint-Pétersbourg dirigé par Michel Soloviev, un antisémite qui fait de Golovinski son protégé.

Exilé à Paris, il travaille au Figaro avec Charles Joly, le fils de Maurice Joly, et il exerce ses talents auprès de Pierre Ratchkovski pour la police politique russe (l'Okhrana) en France. La politique de discrimination à l'égard des juifs par le régime de Nicolas II y suscite des critiques. Des antisémites russes en exil veulent conforter l'empereur dans sa politique, voire l'inciter à la durcir.

En 1897, un cambriolage exécuté par l'Okhrana dans la villa suisse de l'opposant russe Élie de Cyon permet la saisie d'un grand nombre de papiers, dont un pamphlet politique contre le comte de Witte, rédigé par de Cyon à l'aide des Dialogues de Joly. Il s'agit de la source d'inspiration des Protocoles[26].

Ainsi, Ratchkovski commande les Protocoles, destiné à l'origine au tsar seulement. Le texte, « authentifié » par le ministère de l'Intérieur malgré la réticence du plus proche conseiller du tsar, le comte de Witte[27], se veut une preuve décisive d'un plan juif de domination du monde reposant sur la modernisation industrielle et financière.

L'antisémitisme du propos va de pair avec l'antimaçonnisme. Pierre-André Taguieff indique que le titre en russe d'une des deux premières éditions en 1905 était « Extraits des protocoles anciens et modernes des Sages de Sion de la société mondiale des francs-maçons[28] » et qu'il s'agissait de promouvoir l'image de « Sages de Sion, figures fictives du mythe anti-judéo-maçonnique[29] » . L'auteur des Protocoles fait en effet dire aux juifs : « La Loge maçonnique joue, inconsciemment, dans le monde entier, le rôle d'un masque qui cache notre but. »

Origines littéraires[modifier | modifier le code]

Le Protocole des Sages de Sion et de façon plus générale le mythe du complot juif, trouve son origine littéraire dans le roman-feuilleton français du XIXe siècle. Selon Umberto Eco, le protocole « révèle son origine romanesque car il est peu crédible, sauf dans l'œuvre de Sue, que les « méchants » expriment de façon si voyante et si éhontée leurs projets maléfiques [...] : « nous avons une ambition sans limites, une cupidité dévorante, nous sommes acharnés à une vengeance impitoyable et brûlante de haine »[30]. » Le modèle du pamphlet anti-bonapartiste de Maurice Joly, copié par Golovinsky, est le complot jésuite de Monsieur Rodin dans Le Juif errant et Les Mystères du Peuple d'Eugène Sue.

Un autre modèle littéraire est la rencontre entre Cagliostro et les Illuminés pour ourdir le complot maçonnique de l'affaire du collier de la reine dans Joseph Balsamo (1849) d'Alexandre Dumas. En 1868, un auteur de libelles calomnieux, Hermann Goedsche publie sous le pseudonyme de sir John Retcliffe, un roman populaire Biarritz, où il plagie Dumas, en mettant en scène le Grand Rabbin annonçant son plan de conquête du monde aux représentants des douze tribus d'Israël réunis dans le cimetière juif de Prague. En 1873, le roman est repris par un pamphlet russe Les Juifs, maîtres du monde, présenté comme une vraie chronique. En 1881, Le Contemporain le publie comme venant d'un diplomate anglais, sir John Readcliff. En 1896, c'est le Grand Rabbin qui se nomme John Readcliff, dans Les Juifs, nos contemporains de François Bourmand. Le plan jésuite de Sue, mêlé à la réunion maçonnique de Dumas, attribué par Joly à Napoléon III, devient ainsi le complot juif, et sera repris sous diverses formes, avant le faux de Golovinski. Selon Jacques Halbronn, il conviendrait de rappeler que la fin des années 1880 est le théâtre d'une résurgence de l'antitalmudisme, du fait de la traduction en français des ouvrages d'August Rohling : les Protocoles constitueraient une tentative d'élaboration d'un Talmud laïc — d'où l'usage du mot Sages qui a une connotation talmudique — permettant d'inclure les Juifs non religieux au sein du champ antijuif. À partir de ce faux Talmud pourrait dès lors se développer, par réaction, un nouvel antitalmudisme. Rohling serait donc directement ou indirectement une sources des Protocoles, son cadre, qu'il faudrait croiser avec celle du plagiat de Joly qui en constitue le contenu. Golowinski aurait été marqué par le contexte antitalmudique parisien tel qu'il régnait au début des années 1890, celles de la rédaction des Protocoles.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le Serpent symbolique du troisième protocole, dessin paru en France, environ 1920.

Au terme d'une de ses études sur les Protocoles, Pierre-André Taguieff propose cinq fonctions qu'ils peuvent remplir dans l'imaginaire — et dans la réalité, puisque la mise au jour d'un complot (n'existant que dans l'esprit de ses découvreurs) est souvent suivie de l'organisation bien réelle d'un contre-complot :

  1. aider à l'identification des forces occultes à l'origine du complot chimériques — et confirmer qu'elles sont impitoyables ;
  2. lutter contre ces forces en révélant les secrets qui les rendent puissantes ;
  3. justifier la contre-attaque contre l'ennemi désormais clairement identifié comme totalement néfaste ;
  4. mobiliser les foules (et/ou les autorités) pour la cause que les révélateurs du complot défendent ;
  5. recréer un monde enchanté, fût-il épouvantable et terrorisant[31].

Les Protocoles ont effectivement rempli ces fonctions à travers les décennies et bientôt les siècles, et leur utilisation sans cesse réactualisée démontre s'il le faut la recherche permanente d'explications pseudo-rationnelles à la marche du monde[32] : rédigés pour lutter contre les révolutionnaires anti-tsaristes, les Protocoles ont servi aux visées antisémites, antisionistes, antiaméricaines et, plus récemment, antimondialisations.

Antisémitisme nazi[modifier | modifier le code]

Couverture d'une édition polonaise.

Ce texte servit par la suite d'instrument de propagande antisémite, aux nazis notamment[33]. Dans Mein Kampf, Adolf Hitler peut ainsi écrire[34] : « Les Protocoles des sages de Sion, que les Juifs renient officiellement avec une telle violence, ont montré d'une façon incomparable combien toute l'existence de ce peuple repose sur un mensonge permanent. « Ce sont des faux », répète en gémissant la Gazette de Francfort et elle cherche à en persuader l'univers ; c'est là la meilleure preuve qu'ils sont authentiques. Ils exposent clairement et en connaissance de cause ce que beaucoup de Juifs peuvent exécuter inconsciemment. C'est là l'important[35]. ».

Pendant de nombreuses années, Goebbels n'a pas utilisé les protocoles dans la propagande antisémite qu'il orchestrait. Ce n'est qu'après une lecture du texte et une discussion du 13 mai 1943 avec Hitler qu'il pense pouvoir les utiliser. Dans la recension qu'il fait de la discussion, Goebbels se dit « stupéfait » à la fois par la modernité du texte et par la rigueur dans l'exposition du projet juif de domination mondial[36].

En Union soviétique[modifier | modifier le code]

Les journaux soviétiques firent unanimement silence sur l'arrêt du procès de Berne. Pourtant les Izvestia avaient dépêché sur place Ilya Ehrenbourg qui avait été chargé de rendre compte du développement du nazisme et de l'antisémitisme, question spécialement débattue alors à la SDN. L'article d'Ehrenbourg, dûment écrit et transmis, ne parut pas[37].

Diffusion dans le monde arabe[modifier | modifier le code]

Les Protocoles des Sages de Sion ont fait leur apparition dans le monde arabe dans le contexte de la Guerre israélo-arabe de 1948-1949 et de l'immigration juive en Palestine mandataire. La première traduction (à partir d'une version française) fut publiée au Caire en 1925 puis à Jérusalem en 1926[38]. Selon Gilbert Achcar, ils n'ont « néanmoins connu qu'une diffusion marginale dans les pays arabes avant 1948 » et il souligne qu'il fut le fait de chrétiens et non de musulmans, à l'encontre des thèses sur le sujet défendues par Bernard Lewis[38].

Rachid Rida, que Gilbert Achcar décrit comme « le père spirituel de l'intégrisme islamique arabe moderne »[39] s'en inspire dans un texte sur la question palestinienne qui fait suite aux émeutes de 1929 et dans lequel son « argumentaire antijuif (...) puis[e] à toutes les sources en combinant des arguments conformes à la tradition musulmane la plus hostile aux Juifs »[40].

La première traduction de l'ouvrage par un musulman date de 1951 et se répandra à partir de ce moment dans le monde musulman suite à « l'intense exacerbation du conflit palestinien de 1948 » et l'exode arabe qui en découla : la Nakba (« catastrophe »)[38]. En 1967, les Presses Islamiques de Beyrouth publient la version française de Roger Lambelin sous le titre « Protocoles des Sages de Sion : texte complet conforme à l'original adopté par le congrès sioniste réuni à Bâle (Suisse) en 1897 »[41]. Gilbert Achcar souligne que les « insanités que contient ce pamphlet ont connu une diffusion beaucoup plus vaste que le pamphlet lui-même » et qu'elles ont largement contribué à la « diffusion de l'antisémitisme dans le monde arabe »[38] mais il insiste sur les motivations différentes entre les diffuseurs des Protocoles en Europe, qui n'avaient que des desseins antisémites, et celui des diffuseurs du pamphlet dans le monde arabe nationaliste qui par ignorance ou inculture sur le vrai caractère des Protocoles, cherchaient à « excuser la défaite infamante (...) des États arabes devant le mouvement sioniste et à expliquer pourquoi ce dernier avait pu gagner le soutien de l'ensemble des puissance du camp victorieux de la Seconde Guerre mondiale »[42].

Plusieurs personnalités arabes furent convaincues de la véracité du contenu des Protocoles au point d'y faire référence dans des rencontres officielles ou de se questionner sur leur contenu dans des écrits. Par exemple, en 1929, suite à sa comparution devant la Commission Shaw chargée d'étudier les causes des Émeutes de 1929 en Palestine mandataire, le Mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini se référa à titre de preuve aux Protocoles pour démontrer que les sionistes avaient attaqué les Arabes[43]. Dans un ouvrage sur l'histoire de la Palestine mandataire, Tom Segev rapporte à titre illustratif le cas d'un notable palestinien de l'époque qui bien que conscient du discrédit qui pèse sur les Procoles s'interrogea sur ces derniers car il ne pouvait s'expliquer la débâcle arabe dans la guerre de 1948 sans une collusion entre le sionisme et le communisme dans le cadre d'un plan visant à la domination du monde tel que décrit dans les Protocoles des Sages de Sion[44]. En septembre 1958, le président égyptien Gamal Abdel Nasser lui-même, et bien que non antisémite[45], demanda à un journaliste lors d'un interview s'il connaissait les Protocoles et lui en conseilla la lecture car ils démontraient que « 300 sionistes, dont chacun connaît tous les autres, gouvernent le destin du continent européen et élisent leurs successeurs parmi leur entourage »[46].

En 2003, la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie inaugure son musée de manuscrits. Une traduction en arabe des Protocoles figure à côté de manuscrits de la Torah. Le directeur justifie ainsi: "... Il se peut que le livre des Protocoles des Sages de Sion soit plus important pour les Juifs que la Torah, puisqu'ils gèrent leur vie selon ses principes."[47].

Usages et références actuels[modifier | modifier le code]

La Charte du Hamas fait également référence aux Protocoles et à d'autres poncifs antisémites[48]. L'article 32 y indique que « le plan sioniste (...), après la Palestine (...) ambitionne[] de s'étendre du Nil à l'Euphrate (...) [comme stipulé] dans « Les Protocoles des Sages de Sion » »[49].

Il est également popularisé par divers feuilletons télévisés :

  • un feuilleton télévisé égyptien, repris par de nombreuses télévisions arabes, Cavalier sans monture, qui évoque de façon centrale dans l'intrigue les Protocoles des Sages de Sion présenté comme un livre tenu secret par des Juifs mais supposé authentique[50] ;
  • le feuilleton Diaspora, diffusé par Al-Manar, la télévision du Hezbollah ;
  • une série télévisée Al-Sameri wa Al-Saher, sur Al-Alam Télévision, la télévision iranienne, comprenant non seulement une dénonciation du supposé pouvoir des juifs sur le monde, mais un négationnisme ouvertement exprimé à l'égard des crimes commis envers les Juifs.

Gilbert Achcar rapporte cependant que la charte serait en cours d'amendement en se référençant à Azzam Tamimi, un proche du Hamas qui, « sensible au dommage causé à l'image du mouvement palestinien [par l'antisémitisme de la charte] » a déclaré dans le Jerusalem Post en février 2006 que : « Toutes ces absurdités sur Les Protocoles des Sages de Sion et les théories du complot - toutes ces bêtises - seront éliminées » dans la version amendée[51].

Interdictions[modifier | modifier le code]

L'ouvrage avait été interdit en France par un arrêté de mai 1990 pris par Pierre Joxe, ministre de l'Intérieur, comme « œuvre de provenance étrangère[52] ». Cette décision n'est plus en vigueur[53]. Il a été réédité en 2010 par Les Éditions Déterna dirigées par Philippe Randa[54].

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de Sion est souvent pris comme symbole de Jérusalem
  2. Version française de l'édition par l'« Organisation de propagation islamique », Téhéran, 1981
  3. Édition chez Grasset, Paris, 1921
  4. édition de la « Vieille France » due à Urbain Gohier, pour la version de 1924 et celle, revue, de 1925
  5. Pierre-André Taguieff, Les protocoles des sages de Sion, histoire d'un faux.
  6. La langue de l'original, russe ou français, est incertaine. Voir Cesare De Michelis en bibliographie, et Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, Paris, Fayard, 2004, chapitre II, 1.2. Alexandre du Chayla.
  7. (en) Binjamin W. Segel, A Lie and a Libel: The History of the Protocols of the Elders of Zion, University of Nebraska Press (ISBN 0-8032-9245-7) p. 97.
  8. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, éd. Mille et une nuits, 2006, p. 118-119.
  9. Léon Poliakov, Mémoires, éd. Grancher, 1999, pp. 21-22.
  10. Adolf Hitler, Mein Kampf, p.160 consultable sur fr.calemeo.com
  11. Norman Cohn, Warrant for Genocide: The Myth of the Jewish World-Conspiracy and the Protocols of the Elder of Zion (New York: Harper & Row Publishers, 1966), pp. 32–36.
  12. Deborah Lipstadt, « The Protocols of the Elders of Zion on the Contemporary American Scene », dans Richard Allen Landes (dir.), Steven T. Katz (dir.), The Paranoid Apocalypse: A Hundred-year Retrospective on the Protocols of the Elders of Zion, NYU Press, 2012, 264 p. (ISBN 978-0814748923), p. 181.
  13. Pour la généalogie et les différences entre versions, voir Cesare G. de Michelis Les Protocoles des Sages de Sion, philologie et Histoire, 1997, en bibliographie.
  14. Jacques Halbronn (thèse d'État, université Paris X, 1999, Le texte prophétique en France. Formation et Fortune
  15. Jacques Halbronn, Le Sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, éd. Ramkat, 2003, [réf. incomplète]
  16. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, Mille et une nuits, 2006, p. 120-121.
  17. sur la réception des Protocoles en Allemagne, France et pays anglo-saxons, voir Jacques Halbronn, Aspects du processus de traduction des Protocoles, 2002 ; cf. bibliographie
  18. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, Mille et une nuits, 2006, p. 123.
  19. Léon Poliakov, De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, Calmann-Lévy, 1983, p. 27. (ISBN 2-7021-1240-4)
  20. P.-A. Taguieff, op. cit., p. 123 ; et L. Poliakov, De Moscou à Beyrouth, op. cit., p. 27.
  21. Cependant, à en croire Les Protocoles des sages de Sion : Faux et usages d'un faux de Pierre-André Taguieff, (Fayard, 2004), Jacques Bainville dans l'Action française avait reconnu le plagiat (P.A.T. ne donne pas la date mais il semble d'après le contexte que ce soit dès 1921).
  22. Édition Grasset, Paris, 1921
  23. Édition de la « Vieille France ».
  24. Pierre Charles: Les protocoles des sages de Sion, dans Nouvelle Revue théologique, vol. 65, 1938, pp.56-78, 966-969, 1083-1084.
  25. Tristan Mendès France, Michaël Prazan, Une tradition de la haine: Figures autour de l'extrême-droite, Paris-Méditerranée, 1998, 153 p. (ISBN 9782842720544) p. 14.
  26. texte en ligne Forms of hatred: the troubled imagination in modern philosophy and literature, par Leonidas Donskis, p.46
  27. Vladimir Fédorovski, De Raspoutine à Poutine, éd. Tempus, p. 26.
  28. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, Mille et une nuits, coll. Les petits libres n° 63, 2006, p. 114.
  29. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, Mille et une nuits, coll. Les petits Libres n° 63, 2006, p. 116.
  30. Umberto Eco De la Littérature Grasset 2003, p.367-370
  31. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, p. 192-193.
  32. P.-A. Taguieff, op. cit.
  33. Norman Cohn, Warrant for Genocide: The Myth of the Jewish World-Conspiracy and the Protocols of the Elder of Zion, New York, Harper & Row Publishers, 1966, pp. 32–36.
  34. Adolf Hitler, Mein Kampf, p.160 consultable sur sur fr.calemeo.com
  35. Adolf Hitler, Mein Kampf, chap. XI, p. 307, Nouvelles Éditions latines.
  36. Jeffrey Herf, L'Ennemi juif, p. 194
  37. Arkadi Vaksberg, Staline et les juifs- L'antisémitisme russe : une continuité du tsarisme au communisme, Robert Laffon, 2003, p.76
  38. a, b, c et d Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, pp. 183-184.
  39. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, p. 179
  40. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, p. 185.
  41. Pierre-André Taguieff, L'imaginaire du complot mondial: aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits, 2006, p. 143.
  42. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, p. 320.
  43. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p. 134.
  44. Tom Segev, One Palestine. Complete, Holt Paperbacks, 1999, pp. 508-511.
  45. Gilbert Achcar dans Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, pp. 313-323, en se basant sur différents discours et actes de Nasser, indique que ce dernier ne pouvait être antisémite. Il considère que cette référence aux Protocoles marque plus un manque d'éducation que du racisme. Il place également les mesures antijuives prises par Nasser dans le contexte du conflit israélo-arabe.
  46. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, p. 319.
  47. Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, faux et usages d'un faux, édition de 2004, en bibliographie. Chapitre "Chronologie".
  48. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, p.374.
  49. Traduction française de la Charte du Mouvement de la Résistance Islamique - Palestine (Hamâs) publiée dans Jean-François Legrain, Les voix du soulèvement palestinien 1987-1988, Le Caire, Centre d'Études et de Documentation Économique, Juridique et Sociale (CEDEJ), 1991.
  50. Plot Summary: Horseman Without A Horse
  51. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, pp. 374-380.
  52. Arrêté du 25 mai 1990 interdisant la circulation, la distribution et la mise en vente d'un ouvrage (JORF n°121 du 26 mai 1990), pris sur le fondement d'un décret-loi abrogé du 6 mai 1939
  53. Bernard Joubert, Dictionnaire des livres et des journaux interdits, Paris, Édition du Cercle de la librairie, 2007, (ISBN 978 2 7654 0951 9), p. 1043.
  54. Sous le titre Protocoles des Sages de Sion : un paradoxe politique théorique et pratique, dépôt légal mars 2010, n° ISBN 978-2-36006-012-2. L'ouvrage comporte une préface, le texte des Protocoles, le Dialogue de Maurice Joly et un appendice rédigé par Éric Delcroix expliquant comment ce livre est devenu de nouveau « légal ».

Les « Protocoles » commentés[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Norman Cohn, Histoire d'un mythe, éd. Gallimard, coll. Folio Histoire, 1967, (ISBN 2-07-032692-6)
  • Will Eisner, Le Complot : L'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion (bande dessinée), préface d'Umberto Eco, Éd. Grasset & Fasquelle, 2005, (ISBN 2-246-68601-6)
  • (en) Philip Graves, « The Truth about the Protocols: A Literary Forgery », dans The Times of London, 16-18 août 1921. [lire en ligne]
  • Jacques Halbronn, Le Sionisme et ses avatars au tournant du XX e siècle, éd. Ramkat, 2002
    • complété par Aspects du processus de traduction des Protocoles, in Le texte prophétique en France. Formation et fortune, Thèse d'État, Paris X, 1999, éd. Presses Universitaires du Septentrion, 2002, extrait en ligne
  • Jeffrey Herf, L'Ennemi juif - La propagande nazie, 1939-1945, traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Calmann-Levy, Paris, 2011 (édition française), ISBN 978-2-7021-4220-2.
  • Renée Neher-Bernheim, « Le best-seller actuel de la littérature antisémite : Les Protocoles des Sages de Sion », éd. Pardès, 8, 1988
  • Cesare G. De Michelis (en), « Les Protocoles des sages de Sion », Cahiers du Monde Russe, no 38-3, 1997, [lire en ligne]
  • Léon Poliakov, La Causalité diabolique, Paris, éd. Calmann-Lévy, 1980
  • Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme (de Voltaire à Wagner), Paris, éd. Calmann-Lévy, 1968
  • Henri Rollin, L'Apocalypse de notre temps, éd. Allia, 1991 — 1re édition 1939
  • Pierre-André Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits, coll. Les petits libres no 63, 2006 : synthèse et analyse générale de la création d'un complot, avec l'exemple du complot antisémite : la seconde partie, p. 109-192 relate la genèse et le destin à travers les décennies qu'ont connu les Protocoles des Sages de Sion. (ISBN 2-84205-980-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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