Epte

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49° 03′ 42″ N 1° 31′ 40″ E / 49.06167, 1.5278

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Epte
L'Epte à Gisors.
L'Epte à Gisors.
Caractéristiques
Longueur 113 km
Bassin 1 490 km2
Bassin collecteur Seine
Débit moyen 9,8 m3/s (Gommecourt (exutoire))
Régime pluvial océanique
Cours
Source près du Mont Bénard (262 m)
· Localisation entre Compainville et le Thil-Riberpré
· Altitude 192 m
· Coordonnées 49° 39′ 02″ N 1° 33′ 44″ E / 49.65056, 1.56222 (Source - Epte)  
Confluence Seine
· Localisation entre Limetz-Villez et Giverny
· Altitude 14 m
· Coordonnées 49° 03′ 42″ N 1° 31′ 40″ E / 49.06167, 1.5278 (Confluence - Epte)  
Géographie
Principaux affluents
· Rive gauche Troesne, Réveillon, Aubette de Magny, Cudron
· Rive droite ruisseau de Mesangueville, Levrière, Morette
Pays traversés Drapeau de la France France
Régions traversées Haute-Normandie, Picardie, Île-de-France
Principales villes Gisors, Gournay-en-Bray

L’Epte est une rivière française, affluent en rive droite de la Seine. Longue de 113 kilomètres[1], elle naît en Seine-Maritime, dans le pays de Bray, près de Forges-les-Eaux, et rejoint la Seine près de Giverny, dans l’Eure. La rivière marque la limite entre la Normandie et l'Île-de-France ; cette situation géographique a marqué profondément son histoire au Moyen Âge, avec la construction de toute une série de places fortes sur chacune de ses rives.

Géographie[modifier | modifier le code]

L'Epte au moulin de Fourges

Cours[modifier | modifier le code]

L'Epte prend sa source à Compainville, à côté de Thil-Riberpré et Serqueux, à quelques kilomètres au nord de Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), au sud du Mont Bénard (232 m)[2], à l'altitude 192 mètres.

Elle coule d'abord en direction du sud-est. Peu après Gournay-en-Bray, elle s'oriente vers le sud. À Gisors, elle prend brusquement vers l'ouest avant de reprendre la direction du sud à Beausséré (hameau de Courcelles-lès-Gisors). Par la suite, elle longe Saint-Clair-sur-Epte, Gasny et Giverny.

Sur la quasi-totalité de son parcours, elle marque la limite entre la Haute-Normandie, d'une part, et la Picardie et l'Île-de-France d'autre part, séparant d'abord la Seine-Maritime de l'Oise, puis, à partir de Bouchevilliers, marquant la limite de l'Eure avec successivement l'Oise, le Val-d'Oise et les Yvelines.

Elle conflue entre les communes de Limetz-Villez et Giverny avec la Seine à l'altitude 19 mètres[2], avec un bras au nord, qui la sépare de la commune de Sainte-Geneviève-lès-Gasny et, en face, de Port-Villez.

Hydrologie[modifier | modifier le code]

L'Epte présente un régime pluvial océanique typique avec un étiage estival et un maximum hivernal, son débit est modeste : 9,8 m³ par seconde à Gommecourt, à la confluence avec la Seine[3].

Comme la plupart des cours d'eau de l'extrémité ouest du bassin versant de la Seine, l'Epte est une rivière remarquablement régulière. Son débit moyen annuel, calculé sur 48 ans à Fourges (de 1961 à 2008), est de 9,3 m³ par seconde pour une surface de 1 403 km², soit près de 95 % de la totalité du bassin.

La rivière présente un régime très régulier, avec de faibles fluctuations saisonnières de débit. Les hautes eaux sont hivernales et poussent les moyennes mensuelles à un niveau de 10,5 à 12,7 m³ de décembre à avril inclus. Les basses eaux d'été, d'août à octobre, restent confortables et caractérisées par une faible baisse du débit moyen mensuel, jusque 6,26 m³ par seconde au mois d'août[4].

Débit moyen mensuel (en m3/s)
Station hydrologique : Fourges - données calculées sur 48 ans
(données calculées sur 48 ans)

Aux étiages, le VCN3 peut chuter à 3,5 m³ par seconde, en cas de période quinquennale sèche, ce qui reste relativement fort élevé.

Les crues sont généralement peu importantes mais nullement inexistantes. Ainsi le débit instantané maximal enregistré a été de 50,7 m³ par seconde le 24 mars 2001, tandis que la valeur journalière maximale était de 48,8 m³ par seconde le même jour. Le QIX 10 est de 38 m³ par seconde, le QIX 20 de 43 m³ et le QIX 50 de 50 m³. Les QIX 2 et QIX 5 valent quant à eux respectivement 25 et 33 m³. D'où il ressort que les crues de mars 2001 étaient cinquantennales.

La lame d'eau écoulée dans le bassin est de 210 millimètres annuellement, un peu inférieure à la moyenne du bassin versant de la Seine (220 millimètres), mais nettement inférieure à la moyenne française (environ 300 millimètres). Le débit spécifique (ou Qsp) atteint 6,6 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin.

Affluents[modifier | modifier le code]

L'Epte a vingt-un affluents[5] et un bras référencés au SANDRE (de l'amont vers l'aval)  :

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue du donjon du château de Gisors

Cette rivière forme la frontière historique entre la Normandie et la France, puis l’Île-de-France, depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte signé en 911 par Charles III le Simple et Rollon, chef viking[8]. À l'occasion de cet accord, les aventuriers du Nord reçurent les territoires compris entre le cours de l'Epte et celui de la Dives, à savoir le Vexin à l'ouest de la rivière, désormais appelé Vexin normand, le Pays de Caux, le Roumois, l'Évrecin[9], le Lieuvin et le Pays d'Auge[10]. La signature de ce traité donna lieu à un épisode cocasse, relaté par une chronique anonyme, dont fut victime le roi de France: Rollon refusant de baiser les pieds du souverain, pourtant son suzerain[11].

« Celui qui reçoit un tel don, lui disaient les évêques, doit baiser le pied du Roi.
Jamais, répondit-il, je ne fléchirai le genou devant quelqu'un, ni ne baiserai son pied.
Cependant, poussé par les prières des Francs, il ordonna à l'un de ses guerriers de le faire à sa place,
Celui-ci saisit le pied du Roi et le porta à sa bouche, mais il le baisa sans s'incliner et fit tomber le Roi à la renverse.
De là de grands éclats de rire, un grand tumulte dans la foule.... »

L'étang aux nympheas de Claude Monet alimenté par un bras de l'Epte à Giverny

Zone frontalière, la vallée de l'Epte se couvrit de mottes castrales surmontées de tours de surveillance, puis de châteaux forts; quelque peu en arrière, une seconde ligne de forteresses servait de couverture en cas d'attaque[12]. Du côté normand, la première ligne de fortification s'organisait autour du puissant château de Gisors[13] encadré par les ouvrages secondaires de Gournay-en-Bray, Neuf-Marché au nord, Neaufles-Saint-Martin, Dangu, Château-sur-Epte, Baudemont, et Gasny au sud[14]. Ce premier rideau était complété par une seconde série de places fortes édifiées le long de la vallée de l'Andelle, à Radepont et à Douville-sur-Andelle, mais également par un réseau intermédiaire de forteresses: châteaux d'Étrépagny, de Lyons-la-Forêt et surtout des Andelys (le célèbre Château-Gaillard), tours de guet sur mottes à Hacqueville et à Longchamps. Du côté français, la ligne de défense s'appuyait sur les ouvrages militaires de Gerberoy, Trie-Château, Chaumont-en-Vexin, Courcelles-lès-Gisors, Boury-en-Vexin, Saint-Clair-sur-Epte et La Roche-Guyon, ce dernier près de la confluence de l'Epte et de la Seine[14].

La vallée de l'Epte et le Vexin furent ravagés pendant plus de deux siècles et demi (surtout entre 1087 et 1204) par des combats incessants, des pillages, des dévastations; ce fut l'annexion de la Normandie au royaume de France par Philippe Auguste en 1204 qui amena la paix[11]. La région n'en avait pas pour autant terminé avec les malheurs de la guerre car elle fut de nouveau ruinée par la Guerre de Cent Ans qui, conjuguée à l'épidémie de peste noire, entraîna déclin démographique et déprise agricole. Sa reconquête définitive par les Français, en 1449, mit un terme à ces périodes sombres[11].

L'Epte dans la peinture[modifier | modifier le code]

Peupliers au bord de l'Epte par Claude Monet (huile sur toile National Gallery of Scotland)

Parmi les localités arrosées par l’Epte figure Giverny, où le peintre Claude Monet vécut plus de quarante ans (de 1883 à 1926) et y aménagea un jardin aquatique, avec un étang aux nénuphars et son célèbre pont japonais, en faisant détourner un bras de l’Epte. La rivière figure dans plusieurs de ses œuvres, notamment la série des « Peupliers au bord de l’Epte »[15].
Un autre peintre impressionniste, Camille Pissarro, a quant à lui vécu et peint à Éragny-sur-Epte (Tableaux sur Commons).

Communes et cantons traversés[modifier | modifier le code]

Dans les cinq départements de l'Eure (27), l'Oise (60), la Seine-Maritime (76), les Yvelines (78) et le Val-d'Oise (95), l'Epte traverse quarante-six communes et neuf cantons :

Soit en termes de cantons, l'Epte prend source dans le canton de Forges-les-Eaux, traverse les cantons de Gournay-en-Bray, de Songeons, du Coudray-Saint-Germer, de Gisors, de Chaumont-en-Vexin, de Magny-en-Vexin et conflue dans les cantons d'Écos et de Bonnières-sur-Seine.

Toponymes[modifier | modifier le code]

L'Epte a donné son hydronyme à cinq communes : Bazincourt-sur-Epte, Château-sur-Epte, Éragny-sur-Epte, Montreuil-sur-Epte, Saint-Clair-sur-Epte. La forme ancienne du nom était Itta au Xe siècle, puis Epta en 1119. D'une racine pré-latine *itt- que l'on retrouve aussi dans Iton, affluent rive gauche de l'Eure.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Hennetier, Aux sources normandes: Promenade au fil des rivières en Seine-Maritime, éd. Bertout, Luneray, 2006 (ISBN 2-86743-623-0)
  • André Châtelain, Châteaux forts et féodalité en Ile-de-France - XIe-XIIIe siècles, éd. Créer, 1983. (ISBN 2-902894-16-3)
  • Darvil - Eriamel - Balland, L'Epte des Vikings aux Plantagenêts (t. 1): Le Sang de Rollon pour Saint-Clair coulera, AssorBD, 1987, Fichtre! Distribution. (ISBN 2-9502410-5-0)
  • Darvil - Eriamel - Balland, L'Epte des Vikings aux Plantagenets (t. 2): Le Face à face des rois, AssorBD, 2000, Fichtre! Distribution. (ISBN 2-9516660-2-0)
  • Yves Boisset, 1974 : Film Un Condé Avec Michel Bouquet, Françoise Fabian, John Garko, M Constantin au Moulin de Fourges scènes à partir 1h25m

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche de l'Epte sur le site du SANDRE.
  2. a et b Géoportail - IGN, « Géoportail »
  3. Débit de l'Epte à l'exutoire selon l'AREHN.
  4. Station hydrologique de Fourges. Naviguer sur la page pour obtenir les différentes données hydrologiques, code de la station : H8042010.
  5. dix-neuf au SANDRE + deux en rajoutant la Morette non lié et le Cudron sur un bras
  6. non lié sur le sandre mais référencé et vu sur Géoportail
  7. SANDRE, « Fiche rivière la morette (H3113000) »
  8. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte et les limites territoriales du premier duché de Normandie sur entraideweb.org.
  9. Région d'Evreux, le terme est peu usité aujourd'hui.
  10. D'autres traités permirent l'extension du territoire normand en direction du sud et de l'ouest : évêchés de Bayeux, de Sées et du Mans en 924, de Coutances et d'Avranches en 933.
  11. a, b et c Le traité de Saint-Clair-sur-Epte.
  12. Certains historiens, comme André Châtelain, ont employé le terme de ligne Maginot médiévale. Voir son ouvrage, Châteaux forts et féodalité en Ile-de-France - XIe-XIIIe siècles, p. 117.
  13. Histoire du château de Gisors.
  14. a et b Guide bleu Normandie, Hachette, éd. de 1988, p.352.
  15. Site de la fondation Claude Monet à Giverny.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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