Şanlıurfa

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Şanlıurfa
Riha, Urfa, Édesse
Image illustrative de l'article Şanlıurfa
Administration
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Région Région de l'Anatolie du sud-est
Province Şanlıurfa
District Şanlıurfa
Maire
Mandat
Eşref Ahmet Fakıbaba
2009
Indicatif téléphonique international +(90)
Plaque minéralogique 63
Démographie
Population 472 238 hab. (2007)
Géographie
Coordonnées 37° 09′ N 38° 48′ E / 37.15, 38.8 ()37° 09′ Nord 38° 48′ Est / 37.15, 38.8 ()  
Localisation
Districts de la province de Şanlıurfa
Districts de la province de Şanlıurfa

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Şanlıurfa

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Şanlıurfa
Liens
Site de la mairie http://www.sanliurfa-bld.gov.tr
Site de la province http://www.sanliurfa.gov.tr
Sources
« Index Mundi/Turquie »

Şanlıurfa (souvent appelée simplement Urfa) est une ville du sud-est de la Turquie. Elle fut d'abord nommée Urhai (en arménien, ou Orhai, en araméen), puis Édesse (ou Édessa), puis Urfa et aujourd'hui Şanlıurfa ou Riha en kurde. Le nom antique d'Édesse est Osroé, qui provient peut-être du nom du satrape Osroès qui gouverna la région. Selon la légende, Adam et Ève séjournèrent dans la cité, qui serait la ville natale d'Abraham et qui abriterait la tombe de sa femme Sarah. D'autres textes désignent la ville comme celle de Rûh, l'une des villes construites après le Déluge.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Édesse fut la capitale d'un important État dès le IIe millénaire av. J.‑C., le Hourri. Vers -1200, après la chute de l'Empire hittite, la ville fut rattachée à la principauté néo-hittite de Karkemish. Au VIIe siècle av. J.-C., elle subit l'invasion assyrienne d'Assurbanipal (-669/-626), mais aujourd'hui rien ne permet de l'identifier avec une des nombreuses cités conquises par l'empereur d'Assyrie.

Périodes hellénistique et romaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Osroène.

Plus tard, lors de la victoire d'Alexandre le Grand (-336/-323) sur les Perses achéménides et de sa libéralisation, Urhai est occupée par une population araméenne. En -303, les Macédoniens reconstruisent la ville et la rebaptisent Édesse, en souvenir d'une cité de leur pays (selon l'historien et le géographe grec Appien et Étienne de Byzance). La ville devient alors la capitale de la province d'Osroène et est peuplée, ainsi que plusieurs autres villes, de vétérans de l'armée.

Vers -132 (ou -136), un chef de tribu, Aryu (ou Ariou, -132/-127 ou -136/-127), s'affranchit des Séleucides qui gouvernaient la ville et fonda un royaume (ou principauté) indépendant avec Édesse pour capitale. À part quelques souverains d'origine arménienne ou parthe, la plupart étaient nabatéens. Ce royaume, qui sera quelquefois appelé principauté des Abgar (11 souverains porteront ce nom), parviendra à conserver son autonomie pendant près de quatre siècles, malgré les divers conquérants qui traverseront son histoire.

Selon Pline l'Ancien, à l’époque romaine, les habitants étaient des Arabes et leurs souverains auraient porté le titre de phylarque (chef d’une phylé) ou toparque (magistrat). Le royaume s'étendait au nord jusqu'aux Monts Taurus, à l'ouest jusqu'à l'Euphrate, qui le séparait de la Commagène, et à l'est jusqu'au Tigre. Il comprenait, à part Édesse, des villes importantes comme Carrhes (Harran), Nisibe (en Mésopotamie), Rhesaena, Saroug, Singara (Sinjar, Irak), Zeugma sur l'Euphrate, qui était la réunion des villes d'Apamée (rive gauche) et de Séleucie de l'Euphrate (rive droite) et un passage obligé pour les caravanes.

À l'époque du premier triumvirat, Édesse fut l'alliée des Romains. Le proconsul Crassus, à la tête d'une armée de 42 000 hommes, franchit l'Euphrate sur les conseils d'Abgar II Bar Abgar et attaqua la Mésopotamie dans le but de prendre Séleucie du Tigre. Mais il fut trahi par Abgar II qui se rangea du côté des Parthes. Crassus fut battu à la bataille de Carrhes et dut fuir en Arménie (selon Plutarque, v.48-125). Ce serait sous Abgar V Ukomo ou Ukkama Bar Ma'Nu, que le christianisme aurait été prêché pour la première fois à Édesse par Thaddée d'Édesse (ou Jude, cousin de Jésus-Christ). Dans la réalité, il semble que ce fut sous Abgar IX. Quoi qu'il en soit, Abgar V contribua beaucoup à la propagation du christianisme parmi ses sujets. Mais un de ses successeurs, son arrière-petit-fils, reviendra au paganisme.

Plus tard, Abgar VII Bar Ezad fut détrôné par l'empereur romain Trajan, qui garda la ville sous sa tutelle deux ans avant de la laisser à deux princes étrangers, Yalur et Parthamaspatès. En 123, Ma'Nu VII Bar Ezad, frère d'Abgar VII, réussit à reprendre le trône. À partir de cette époque, comme beaucoup de régions sous tutelle romaine, les monnaies furent frappées avec l'effigie du souverain régnant d'un côté et celle de l'empereur romain de son époque au dos. En 163, Wa'Il Bar Sahru prit les Parthes comme alliés dans sa lutte contre les Romains.

Christianisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Édesse (chrétienne).

Vers 204, Abgar IX se convertit au christianisme. À la suite de cette conversion, le christianisme syriaque se développa autour d'Édesse et de nombreux monastères furent construits, en particulier celui de la colline, le Torâ-dOurhoï.

En 216, sous le règne d'Abgar X Severus Bar Abgar (IX), l'empereur Romain Caracalla s'empara définitivement du petit royaume, qui devint une province romaine. Cependant on a trouvé des monnaies au nom d'un Ma'Nu IX Bar Abgar(X) Severus et d'un Abgar XI Farhat Bar Ma'Nu avec sur l'autre face la tête de l'empereur romain Gordien III le Pieux, ce qui laisse supposer aux spécialistes que les Romains laissèrent encore quelque temps des souverains en place.

En 262, le roi des Perses sassanides Chahpuhr Ier occupa brièvement Édesse puis l'abandonna du fait de l'arrivée du roi de Palmyre Odenath II venu défendre la ville. Celui-ci, allié de l'empereur romain Gallien, avait en charge la défense de ses territoires en Orient.

Bassin Ayn-i Züleyha

À partir de 250, Édesse, où le christianisme avait bien progressé, accueillit les chrétiens chaldéens, chassés de Perse par les Sassanides. Dans la ville même existaient des sources (auxquelles les Grecs donnèrent le nom de kallirroé) qui sont encore connues aujourd'hui. Les carpes sacrées toujours élevées dans le bassin (Ayn-i Züleyha), sont la manifestation de la légende du miracle d'Abraham. Selon celle-ci, ce serait à cet emplacement que le roi d'Assyrie Nimrod aurait jeté Abraham dans une fournaise qui se changea aussitôt en eau poissonneuse.

En 605, Édesse devint à nouveau perse puis fut reprise par l'empereur byzantin Héraclius. Le syriaque édessénien resta la langue pour la littérature et l'Église, ainsi que celle des grands écrivains comme par exemple Jacques de Nisibe, Éphrem le Syrien et plus tard Jacques d'Édesse.

Voir aussi: Théodore Abu Qurrah évêque d'Edesse.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Citadelle d'Édesse
Article détaillé : Comté d'Édesse.

Au VIIe siècle, Édesse tombe aux mains de la dynastie arabo-musulmane sunnite des Omeyyades à qui elle appartient jusqu'en 1095 (en dehors de quelques années sous le contrôle de Philaretos Brakhamios, sous son gouverneur Basile Apokapès), date à laquelle elle est prise par l'Arménien Thoros. La ville passe ensuite aux croisés qui en font la capitale d'une principauté latine qui subsiste jusqu'en 1144 : le comté d'Édesse.

Conquise et mise à sac par les troupes de Zengi en 1147, elle passe, durant les siècles qui suivirent, entre plusieurs mains.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Edesse est reprise de manière définitive par les Ottomans en 1637. Elle prend alors son nom d'Urfa.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Article connexe : Génocide arménien.

Durant la Première Guerre mondiale et dans le cadre du génocide arménien, la ville reçoit à l'été 1915 les premiers rescapés venant du nord[1]. Après le massacre par les gendarmes turcs de centaines d'Arméniens et l'arrestation de l'élite arménienne de la ville, devenue entre mai et octobre 1915 un centre de transit des déportés[1], une centaine d'hommes et de femmes rescapés et réorganisés décide à partir du 29 septembre de résister dans les quartiers arméniens[2]. L'insurrection durera vingt-cinq jours durant lesquels l'armée ottomane tente vainement à plusieurs reprises de prendre le contrôle des quartiers arméniens[3]. Après deux assauts les 13 et 19 octobre, l'armée prend le contrôle le 23 octobre de toute la ville et assassine les rares rescapés, viole les femmes et enlève des jeunes filles « comme dans un marché aux esclaves »[4].

Les 20 et 28 octobre, Şanlıurfa verra transiter un premier convoi de deux mille femmes et enfants et un deuxième de trois mille cinq cents vers le désert syrien[4]. La ville continue de servir de centre de transit pour plusieurs dizaines de milliers d'Arméniens jusqu'en juillet 1916[5].

Prise par la France pendant la Première Guerre mondiale, la ville voit la garnison française massacrée le 11 avril 1920 par les kémalistes en dépit d'un accord leur accordant la vie sauve.

N’ayant pu supporter l’honneur fait à Antep, devenue Gaziantep (« Antep l’héroïque »), elle obtient d'être débaptisée à son tour pour célébrer sa libération de l'occupation française. L’adjectif Şanlı (« glorieux ») est accolé à son nom en 1984.

Elle est aujourd'hui majoritairement peuplée par des Arabes et une minorité Kurde[6] qui l'appellent Riha.

Géographie[modifier | modifier le code]

La ville est bâtie dans une grande plaine du sud-est de l'Anatolie et au nord-ouest de la Mésopotamie qui fut une importante étape sur la route reliant la Mésopotamie à la Méditerranée.

La frontière actuelle avec la Syrie n'est qu'à quelques kilomètres au sud de la ville.

Elle est la préfecture de la province du même nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Raymond H. Kévorkian, Le génocide des Arméniens, Odile Jacob,‎ 2006, 1007 p. (ISBN 9782738118301), p. 762.
  2. Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 766.
  3. Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 767-768.
  4. a et b Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 769.
  5. Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 770.
  6. Documents De Seance: Session Ordinaire D'octobre 2006, vol. 6, Conseil de l'Europe,‎ 2006, 493 p. (ISBN 9789287161048, lire en ligne), p. 44.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Walter Bauer Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, 1934
  • (de) A. von Gutschmid, « Untersuchungen über die Geschichte des Könligliches Osroëne », dans Mémoires de l'Académie impériale des Sciences de St.-Petersbourg, series 7, vol. 35.1, Saint-Pétersbourg, 1887
  • (de) Mathias Schulz, « Wegweiser ins Paradies », Der Spiegel 2372006, p. 158-170, 1909
  • (en) J.B. Segal, Edessa, The Blessed City, Oxford and New York, University Press, 1970