Délire

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Délire
Classification et ressources externes
CIM-10 F22
CIM-9 297
MeSH D003702
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Un délire est, dans le domaine de la psychologie, une perturbation globale, parfois aiguë et réversible, parfois chronique, du fonctionnement de la pensée. En tant que pathologie, il se distingue d'une croyance basée sur une information fausse ou incomplète, dogme, faible mémoire, illusion ou autres effets de perception.

Les délires surviennent habituellement dans le contexte d'une maladie mentale ou neurologique, bien qu'ils ne soient liés à aucune maladie particulière et qu'ils puissent apparaître dans le contexte de certains états pathologiques (aussi bien physiques que mentaux). Cependant, ils sont d'une importance particulière dans le diagnostic des troubles psychotiques incluant schizophrénie, paraphrénie, épisodes maniaques du trouble bipolaire et la dépression psychotique.

Définition[modifier | modifier le code]

Le psychiatre et philosophe Karl Jaspers a été le premier à définir trois principaux critères de délires de son ouvrage de 1913 intitulé General Psychopathology[1].

Ces critères sont :

  • le fait d'être sûr de cette croyance tenue avec une conviction absolue ;
  • le fait que la croyance ne puisse pas être changée par des contre arguments convaincants ou par la preuve du contraire ;
  • la fausseté ou l'impossibilité de la croyance.

Le diagnostic est donc délicat à établir du fait que chacun de ces critères peut être plus ou moins ambigus, il est bien sûr important de considérer d'autres critères avant d'établir une maladie mentale dans le but de soigner uniquement les gens souffrant.

Il existe d'autres définitions du délire, qui sont elles aussi sujettes à ambiguïté.

Signe et symptômes[modifier | modifier le code]

Il est difficile pour une personne non avertie de reconnaître un délire.

C'est pourtant bien utile car d'une part le délirant a besoin d'aide et peut être considérablement amélioré par les divers moyens thérapeutiques disponibles aujourd'hui, d'autre part les délires sont à l'origine — mais pas nécessairement — de comportements causant de graves dommages relationnels, économiques ou sociaux.

Analyse[modifier | modifier le code]

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Par convention le délire est dit « chronique » s'il évolue plus de 7 mois et « aigu » sinon. Le discours délirant peut être analysé selon cinq axes : mécanisme, thème, degré d'adhésion, degré de systématisation, extension. C'est-à-dire que chaque délire est caractérisé par un ou plusieurs mécanisme(s), un ou plusieurs thème(s), etc. La caractérisation du syndrome délirant sur ces cinq axes permet de repérer différents types de pathologies psychotiques, dites « psychoses ». Le délire du schizophrène est dit délire paranoïde, le délire du paranoïaque est dit délire paranoïaque, ils se différencient par leur structure du délire de la psychose hallucinatoire chronique et de la paraphrénie[réf. nécessaire].

Mécanismes[modifier | modifier le code]

Il peut y avoir un ou plusieurs mécanismes suivant lequel la croyance s'installe : hallucination, le sujet croit voir, entendre, sentir, toucher des choses qui n'existent pas ; illusion ; interprétation, un élément de la vie du sujet est interprétée de manière peu habituelle et va être la ou une des source(s) de la croyance ; intuition ; et imagination.

Degré de systématisation[modifier | modifier le code]

Le délire est dit systématisé si la croyance parait cohérente même si celle-ci ne s'établirait que dans l'esprit de peu de personnes. Par exemple, lors de délire paranoïaque (délire qui est systématisé), le patient explique être persécuté, il donne des raisons possibles de cette persécution, et parfois même l'interlocuteur adhère au discours. Le délire est dit non systématisé si la croyance parait aux oreilles du clinicien ou de l'entourage comme incohérentes. Par exemple lors d'un délire paranoïde, s'il s'agit d'un délire basé sur la persécution, le sujet ne trouvera que difficilement une réponse à la question : « pourquoi cette personne vous voudrait du mal ? », et la réponse serait certainement peu plausible.

Degré d'adhésion[modifier | modifier le code]

Plus le degré d'adhésion est important, plus le sujet sera persuadé de la croyance en question.

Types[modifier | modifier le code]

  • Type lent : une reprogrammation progressive de l'interne sur l'externe se fait petit à petit sur une longue période (environ 3 mois), les mêmes préoccupations ancrées à l'intérieur du psychisme étant utilisées pour passer du mode réel au mode plus ou moins délirant jusqu'à nécessiter un isolement total pour que l'agitation redescende.
  • Type moyen : en 1 mois, sans se rendre compte qu'on a progressivement quitté la réalité, on se retrouve perdu dans son esprit prisonnier d'un système propre à chaque délirant.
  • Type rapide : suite à un stress psychique important, il est possible de quitter la réalité en une semaine pour se retrouver ailleurs[réf. nécessaire].

Thèmes[modifier | modifier le code]

Certains délires possèdent des thèmes particuliers et peu répandus tandis que d'autres possèdent des thèmes répandus[2].

  • Délire de filiation : le délire repose sur la conviction d’un préjudice subi. Le patient est en règle générale actif, il se livre à de nombreuses démarches administratives et souvent judiciaires. Plusieurs figures types ont été étudiées : l’inventeur méconnu qui revendique l’antériorité de ses découvertes, le délire de filiation où le patient veut prouver son ascendance illustre, le quérulent processif qui intente procès sur procès afin de faire reconnaître son bon droit supposé.
  • Délire de référence : l'individu croit à tort que tout ce qui l'entoure ou ce qui se passe possède une signification personnelle.
  • Érotomanie : caractérisé par la conviction délirante d’être aimé. En général, le patient pense être aimé d’un personnage jouissant d’un certain prestige avec lequel il n’a que des relations lointaines. Il est question de délire passionnel qui s’observe en général chez un patient paranoïaque. Le délirant passe par trois phases : d’espoir, de déception puis de rancune quand il s’aperçoit qu’il n’est pas aimé, dernière phase où le passage à l’acte meurtrier est vraisemblable.
  • Hypocondrie : préoccupations corporelles, hors de toute réalité, centrées sur la maladie, la transformation corporelle, centrées souvent sur les modifications d’un organe particulier.
  • Jalousie : le délirant jaloux a la conviction erronée que l’être qu’il aime lui en préfère un ou une autre. Il fonde cette conviction sur les plus petits indices. Toute son action va alors être guidée par la recherche de la preuve absolue de sa conviction délirante grâce à des investigations inquisitoriales multiples. Cette attitude insupportable va provoquer la rupture ce qui, aux yeux du délirant, apporte la justification de ses soupçons.

Délire mégalomaniaque[modifier | modifier le code]

Le délire mégalomaniaque est différent de la mégalomanie, durant laquelle les patients n'ont aucune réelle connexion avec la réalité. Un individu est convaincu de posséder des pouvoirs ou des talents spéciaux. Quelques fois, l'individu peut se prendre pour un individu historique ou célèbre (par exemple, Napoléon Bonaparte).

Les délires mégalomaniaques, ou délires de grandeur, sont principalement un sous-types de trouble délirant mais peut, d'une manière, exposer des symptômes de schizophrénie et d'épisodes maniaques du trouble bipolaire[4]. Les délires mégalomaniaques sont caractérisés par une croyance dans laquelle le patient se croit célèbre, « intouchable », voire puissant. Les délires sont généralement du domaine fantastique, souvent avec des tendances surnaturelles ou religieuses.

Délire de persécution[modifier | modifier le code]

Les délires de persécution sont le type de délire le plus répandu dans laquelle le patient se sent suivi, humilié, embarrassé, empoisonné ou drogué, espionné ou attaqué. L'individu croit - à tort – qu'il est persécuté. Deux éléments centraux sont définis[5] : l'individu pense que quelqu'un lui fait ou lui a fait préjudice ; il pense que son persécuteur va lui porter préjudice.

D'après le DSM-IV-TR, les délires de persécution sont la forme la plus commune de schizophrénie dans lequel l'individu se sent « tourmenté, suivi, piégé, espionné ou ridiculisé[6]. » Dans le DSM-IV-TR, les délires de persécution sont les principaux types persécutoires du trouble délirant. Lorsqu'il s'agit de réparer une injustice par un recours en justice, il est question de "paranoïa quérulente"[7].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Des études concernant des patients en psychiatrie montrent que les délires varient en intensité et en conviction selon les périodes, ce qui suggère que la certitude et le comportement adopté ne sont pas des éléments suffisant pour diagnostiquer un délire[8]. Il n'est pas obligé que les délires soient faux ou qu'ils montrent des « interférences incorrectes concernant la réalité extérieure [9]. » Certaines croyances religieuses ou spirituelles de par leur nature ne peuvent être considérées comme incorrectes ou fausses, peu importe si l'individu est diagnostiqué de délire ou non[10]. Dans d'autres situations, le délire peut devenir véridique[11]. Par exemple, le délire de jalousie, dans lequel un individu est persuadé que son/sa partenaire lui est infidèle (et peut le/la suivre à n'importe quel endroit), peut être causé lorsqu'un partenaire fidèle est trompé et que celui-ci est persuadé d'être trompé. Dans ce cas, le délire n'a de cesse d'envahir l'individu car ce délire devient plus tard réalité.

Dans d'autres cas, le délire peut être considéré comme faux par un docteur ou un psychiatre, car ce délire « semble » être excessif, bizarre voir impossible. Les psychiatres possèdent rarement le temps ou les ressources nécessaires pour vérifier la validité de ce que croit ou dit l'individu et peuvent parfois les diagnostiquer à tort de délire[12]. Il est important de distinguer les véritables délires à d'autres symptômes tels que l'anxiété, la peur ou la paranoïa. Pour diagnostiquer les délires, un examen psychologique est nécessaire. Ce test expose des résultats concernant l'apparence, l'humeur, le comportement, l'évidence des hallucinations ou croyances anormales, les pensées, les endroits et les personnes concernées, attention et la concentration et également la mémoire à court-terme[13].

Causes[modifier | modifier le code]

Pour définir les pensées délirantes d'un patient, il est important de consulter un psychiatre pour diagnostiquer le type de délire en question[14]. Les causes des délires ont été étudiées et de nombreuses théories ont été développées. Une théorie génétique ou biologique expliquant que les individus souffrant de troubles délirants ont un risque élevé de développer des traits de caractère délirant. Une autre théorie implique un dysfonctionnement cognitif. Une troisième théorie est appelée délire de défense ou de motivation[15]. Cette condition est répandue chez les individus ayant une faible audition ou une faible vision. Un stress intense peut également causer des délires. L'un de ces exemples inclut le statut socioéconomique d'un individu (faibles revenus ou complexe d'infériorité liés à ceux-ci)[16]. Le scientifique, Orrin Devinsky, MD, du NYU Langone Medical Center, a mené une étude qui révèle des lésions au lobe frontal et dans l'hémisphère droit du cerveau humain chez des patients souffrant de délires ou atteint de troubles mentaux. Devinsky explique que les déficits cognitifs causés par ces lésions à l'hémisphère droit, sont la cause d'une compensation faite sur la lésion par l'hémisphère gauche du cerveau, ce qui cause les délires[17].

Traitements[modifier | modifier le code]

Pour approcher la personne délirante et l'amener à accepter une issue thérapeutique il est fondamental de la rassurer et de soulager ou réduire sa souffrance morale. Pour ce faire il faut établir un rapport d'empathie avec la personne délirante et lui faire savoir que l'on[Qui ?] reconnait sa douleur et sa peur. Il s'agit d'un processus d'une extrême délicatesse qui doit au plus vite déboucher sur une prise en charge spécialisée.[réf. nécessaire]

Culture et société[modifier | modifier le code]

Certaines pensées et comportements sont répandues dans certaines cultures. Par exemple, croire en l'existence des phénomènes de possession par un djinn au Maghreb, ou bien de la sorcellerie-anthropophagique en Afrique de l'Ouest, ou encore à l'apparition des morts en Asie du sud-Est, ne constituent pas des croyances qui puissent être comprises localement comme des symptômes de maladie mentale. Si ces personnes sont examinées par des psychiatres occidentaux, elles sont susceptibles de recevoir des diagnostics erronés de psychose[18], du fait du biais culturel existant entre le patient et le clinicien. Les auteurs américains comme Arthur Kleinman, ont nommé ce phénomène misdiagnosis et category fallacy. En France, les travaux du champ de l'ethnopsychanalyse ont évoqué ces questions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Jaspers Karl, Allgemeine Psychopathologie. Ein Leitfaden für Studierende, Ärzte und Psychologen., Berlin, J. Springer,‎ 1913
  2. Source : http://www.minddisorders.com/Br-Del/Delusions.html
  3. (en) Berrios G.E., Luque R., « Cotard Syndrome: clinical analysis of 100 cases », Acta Psychiatrica Scandinavica, vol. 91, no 3,‎ 1995, p. 185–188 (PMID 7625193, DOI 10.1111/j.1600-0447.1995.tb09764.x)
  4. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR). Association américaine de psychiatrie (2000)
  5. (en) Freeman, D. & Garety, P.A. (2004) Paranoia: The Psychology of Persecutory Delusions. Hove: PsychoIogy Press. ISBN 1-84169-522-X
  6. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Washington, DC, Association américaine de psychiatrie,‎ 2000 (ISBN 0-89042-025-4), p. 299
  7. (en) Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Washington, DC, Association américaine de psychiatrie,‎ 2000 (ISBN 0-89042-025-4), p. 325
  8. (en) Myin-Germeys I, Nicolson NA, Delespaul PA, « The context of delusional experiences in the daily life of patients with schizophrenia », Psychol Med, vol. 31, no 3,‎ avril 2001, p. 489–98 (PMID 11305857)
  9. (en) Spitzer M, « On defining delusions », Compr Psychiatry, vol. 31, no 5,‎ 1990, p. 377–97 (PMID 2225797, DOI 10.1016/0010-440X(90)90023-L, lire en ligne)
  10. (en) Young, A.W., Pathologies of belief, Oxford, Coltheart M., Davis M.,‎ 2000, 47–74 p. (ISBN 0-631-22136-0), « Wondrous strange: The neuropsychology of abnormal beliefs »
  11. (en) Jones E, « The phenomenology of abnormal belief », Philosophy, Psychiatry and Psychology, vol. 6,‎ 1999, p. 1–16 (lire en ligne)
  12. (en) Maher B.A., Delusional Beliefs, New York, Wiley Interscience,‎ 1988 (ISBN 0-471-83635-4), « Anomalous experience and delusional thinking: The logic of explanations »
  13. (en) « Diagnostic Test List for Delusions » (consulté en 6 août 2010)
  14. (en) « Delusional Disorder Definition » (consulté en 6 août 2008)
  15. (en) « Delusional Disorder » (consulté en 6 août 2008)
  16. (en) « Causes of Delusional Disorder » (consulté en 6 août 2008)
  17. (en) « What causes delusions? » (consulté en 6 août 2008)
  18. Baubet T, Moro MR. Trauma et culture. In : Baubet T. et al. Soigner Malgré tout vol.1: Trauma, cultures et soins. Grenoble: La Pensée Sauvage, 2003.p.71-95. ISBN 978-2859191849

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Blackwood NJ, Howard RJ, Bentall RP, Murray RM, Cognitive neuropsychiatric models of persecutory delusions. Am J Psychiatry. 2001 Apr;158(4):527-39. Review. PMID: 11282685
  • (fr) Henri Ey, Hallucination et délire, les formes hallucinatoires de l'automatisme verbal en coll. avec Robert M. Palem, Jules Seglas, Ed: L'Harmattan, 2000, ISBN 2-7384-7843-3
  • (fr) Hanna Segal, Délire et créativité : Essais de psychanalyse clinique et théorique, Éditeur : Des femmes, 1986, ISBN 2-7210-0305-4
  • (fr) Hanania Alain Amar : Du Mysticisme au délire mystique. Paris, l'Harmattan, 2008.
  • (fr) Jean-Claude Maleval, Logique du délire, Paris, Masson, 2000.
  • (fr) S. Barthélémy, A. Bilheran, Le délire, Paris, Armand Colin, 2007.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Benjamin Ball, Du délire des persécutions ou Maladie de Lasègue, Éd. Asselin et Houzeau, Paris, 1890. (historique)
  • Gaëtan Gatian de Clérambault, Les délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie, Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale (février 1921).