Donald Hebb

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Donald Hebb (1904-1985) est un psychologue et neuropsychologue canadien. Ses travaux sur l'apprentissage par des réseaux de neurones artificiels ont eu une influence décisive sur les neurosciences cognitives et l'intelligence artificielle. Ils sont également l'une des sources de la révolution cognitive aux États-Unis en fournissant à la psychologie une alternative empiriquement crédible au béhaviorisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après son enfance passée à Chester en Nouvelle-Écosse, Donald Hebb étudie à l'Université Dalhousie jusqu'en 1925 puis devient enseignant au Québec. Attiré par la psychologie, il entreprend en parallèle des études supérieures (graduate studies) à l'Université McGill.

N'appréciant que peu le conditionnement pavlovien, Hebb déclare avoir été plus attiré par « la Gestalt de Köhler et la critique de la réflexologie par Lashley ». Il part donc à Harvard pour écrire une thèse sur l'effet de la privation sensorielle pendant le développement sur la perception de la luminosité chez le rat sous la direction de Lashley.

En 1936, après son doctorat, il retourne au Québec pour travailler avec Wilder Penfield à l'Institut de neurologie de Montréal sur l'effet des lésions cérébrales sur l'intelligence et le comportement.

En 1942, il retourne auprès de Lashley, mais cette fois-ci au Yerkes Laboratory of Primate Biology pour étudier les émotions chez le chimpanzé. C'est à cette époque qu'il commence à écrire The Organization of Behavior.

Il retourne à McGill comme professeur de psychologie puis publie l'une de ses œuvres les plus influentes, The Organization of Behavior : A Neuropsychological Theory. Dans ce livre, il défend une conception biologique de la psychologie et affirme qu'elle n'est ni plus ni moins que l'étude du système nerveux. Il y expose ses idées clés sur l'apprentissage et l'association entre les neurones et déclenche un regain d'intérêt pour la psychologie physiologique, alors sur le déclin.

En 1951 il pratique des expériences financées par la CIA sur des étudiants volontaires (qui pouvaient arrêter l'expérience à tout moment). Ses observations permirent la mise au point de la torture psychique appelée « privation sensorielle »[1]

Il a ensuite continué à exercer une forte influence par son enseignement et ses publications (entre autres, Textbook of Psychology) et restera à McGill jusqu'à la fin de sa carrière.

En 2001, il est nommé membre du Temple de la renommée médicale canadienne.

Apprentissage hebbien[modifier | modifier le code]

L'une des contributions les plus importantes de Hebb à la neuropsychologie est l'idée que deux neurones en activité au même moment créent ou renforcent leur connexion de sorte que l'activation de l'un par l'autre sera plus facile à l'avenir.

When an axon of cell A is near enough to excite B and repeatedly or persistently takes part in firing it, some growth process or metabolic change takes place in one or both cells such that A’s efficiency, as one of the cells firing B, is increased (The Organization of Behavior, p. 62)

C'est la synapse de Hebb, mécanisme de base de l'apprentissage hebbien. La proximité en question est bien entendu synaptique, non nécessairement géométrique.

Cette idée fournit un substrat matériel crédible aux phénomènes d'apprentissage et a ouvert la voie à de nombreuses recherches empiriques en neuropsychologie et en intelligence artificielle. En réalité, le fonctionnement du système nerveux est bien plus complexe et Hebb, qui considérait ses théories comme un simple moyen de progresser dans notre compréhension de l'esprit humain, en avait pleinement conscience. Néanmoins, plus de vingt ans après, des chercheurs en neurosciences vont mettre en évidence le phénomène de potentialisation à long terme, un équivalent biologique de la synapse de Hebb qui joue un grand rôle dans les théories neurobiologiques de la mémoire.

Une autre idée importante de Hebb est une sorte de généralisation des mécanismes d'association entre neurones. Par stimulation conjointe répétée, un groupe de neurones pourrait former une « assemblée de cellules » qui resterait activée après la présentation d'un stimulus et formerait ainsi une représentation mentale de ce stimulus. La pensée devient alors l'activation en séquence de ces assemblées de neurones. Cette théorie permet de rendre compte de la nature distribuée du fonctionnement nerveux qui fait que les capacités cognitives peuvent être étonnamment bien conservées en cas de lésion cérébrale. Elle fournit aussi une explication de l'attention comme facilitation de l'activation d'une assemblée de cellules par une autre, éclairant les phénomènes qui intriguaient le philosophe Maine de Biran.

L'hypothèse d'un renforcement synaptique par simultanéité avait été émise par S. Freud en 1895 dans son ouvrage "Esquisse d'une psychologie scientifique" (sans titre), traduction A.Berman, in "Naissance de la psychanalyse", PARIS, PUF 1979 : « [...] L'investissement correspondant à la perception d'un objet se produit [...]. D'autres points reçoivent l'annonce de la décharge [...]. Un frayage s'établit entre ces investissements [...] » « Or, il existe une loi fondamentale d'association par simultanéité [qui] donne le fondement de toutes les connexions entre neurones PSI. [...]. La charge s'avère équivalente au frayage, par rapport au passage de la quantité (Q'n) » « Dès la réapparition de l'état de tension ou de désir, la charge se transmet aussi aux deux souvenirs et les réactive. Il est fort probable que c'est l'image mnémonique de l'objet qui est, la première, atteinte par la réactivation ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Donald Olding Hebb, The Organization of Behavior : A Neuropsychological Theory, Wiley, New York, 1949.
  • Donald Olding Hebb in G. Lindzey (dir.), A History of Psychology in Autobiography Vol. VII, W. H. Freeman, San Francisco, 1980.
  • S. Glickman et Donald Olding Hebb, Returning the Nervous System to Psychology in G. Kimble, C. Boneau, & M. Wertheimer (dir.), Portraits of Pioneers in Psychology, Vol. 2, Erlbaum, Hillsdale, 1996.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Du bon usage de la torture, par Michel Terestchenko, édition la découverte, 2008. (ISBN 9782707149831)

Sur Hebb[modifier | modifier le code]

  • P. Milner, The Mind and Donald O. Hebb in Scientific American, 268, 124-129, 1986.

À voir aussi[modifier | modifier le code]