Guerre folle

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Guerre folle
Le royaume de France, les duchés et domaines seigneuriaux en 1477, peu de temps avant la Guerre Folle
Le royaume de France, les duchés et domaines seigneuriaux en 1477, peu de temps avant la Guerre Folle
Informations générales
Date 1485-1488
Lieu France
Issue Victoire royale
Belligérants
Blason France moderne.svg Royaume de France Blason Lorraine.svg Duché de Lorraine
COA fr BRE.svg Duché de Bretagne
Armoiries Saint-Empire bicéphale.svg Saint Empire
England Arms 1405.svg Royaume d'Angleterre
Blason Castille Léon.svg Royaume de Castille et de Léon
Commandants
Blason France moderne.svg Charles VIII de France
Blason fr Anne de Beaujeu.svg Anne de Beaujeu
Blason Louis II de La Trémoille (1460-1525).svg Louis II de la Trémoille
Blason Lorraine.svg René II de Lorraine
COA fr BRE.svg François II de Bretagne
Armoiries empereur Maximilien Ier.svg Maximilien Ier du Saint-Empire
Blason duche fr Orleans (moderne).svg Louis d'Orléans
Blason Charles Ier d’Angoulême (1459-1496).svg Charles d'Angoulême
Blason Jean de Lescun Bâtard d'Armagnac.svg Odet d’Aydie
Blason ville fr Orange (Vaucluse).svg Jean IV de Chalon-Arlay
Armoiries Albret moderne.svg Alain d'Albret
Blason famille fr Jean IV de Rieux.svg Jean IV de Rieux
Guerres franco-bretonne
Batailles
Campagne de 1487

Ploërmel · Nantes
Campagne de 1488
Châteaubriant · Ancenis · Fougères · Saint-Aubin-du-Cormier
Campagne de 1489
Guingamp · Concarneau
Campagne de 1491
Rennes

La guerre folle est le nom donné à une guerre qui oppose entre 1485 et 1488 un parti princier, féodal et aristocrate, semblable à la Ligue du Bien public, à Anne de Beaujeu, régente de France[1] après la mort de Louis XI et en attendant la majorité du jeune roi Charles VIII. Menée parallèlement à la Guerre de Bretagne, elle se termine par le traité du Verger qui sera à l'origine de l'union de la Bretagne à la France un demi-siècle plus tard.

Du côté des princes, on compte les ducs René II de Lorraine, François II de Bretagne, Louis II d'Orléans — cousin du roi et futur Louis XII de France — le prince d’Orange, le comte d'Albret, le comte d’Angoulême. Odet d’Aydie, bâtard d’Armagnac, comte de Comminges et gouverneur de Guyenne, et Commines, soutiennent la révolte de leurs conseils. Enfin, cette révolte contre la régente est soutenue par les ennemis étrangers du roi de France : Angleterre, Castille-Aragon et Autriche-Bourgogne.

Nom et durée[modifier | modifier le code]

L’expression guerre folle pour désigner cette « entreprise sans lendemain » de grands féodaux contre le pouvoir royal est due à Paul Émile, dans son Histoire des faicts, gestes et conquestes des roys de France, parue en 1581[2].

Elle s’inscrit dans une longue suite de conflits entre la royauté et les grands princes du royaume dans la deuxième moitié du XVe siècle : Ligue du Bien public, Praguerie. En 1484-1485, le duc d’Orléans, soutenu par le duc de Bretagne et quelques autres princes, tente de renverser la régente, Anne de Beaujeu. Sans combats, celle-ci réussit à briser cette révolte : le 2 novembre 1485, la paix de Bourges suspend les hostilités. Ici prend fin, selon certains historiens[Qui ?], la première phase de la guerre folle, qui lui rattachent une seconde phase, de juin 1486 à novembre 1488, parfois appelée guerre de Bretagne. D’autres courants historiographiques, principalement bretons[Qui ?], séparent cette seconde phase de la première, pour l'associer à la guerre franco-bretonne qui aboutira à la fin de l'indépendance politique du duché de Bretagne en 1532.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Complots et premier soulèvement[modifier | modifier le code]

Dès le début du règne de Charles VIII, Louis II d’Orléans tente de s’emparer de la régence, mais est mis en échec aux États généraux de Tours (15 janvier-11 mars 1484). Dès avril, Louis d’Orléans part en Bretagne pour s’allier au duc. Il envoie également une demande d’annulation de son mariage au pape, afin de pouvoir épouser Anne de Bretagne. Informés, les Beaujeu le font venir au sacre du roi à Reims (le 30 mai). Il y tient le premier rôle, mais signe le 23 novembre un traité avec le duc de Bretagne, qui prévoit son mariage avec Anne de Bretagne. Revenu à la cour, le duc d’Orléans tente d’enlever le roi, mais Anne de Beaujeu, prévenue, l’en empêche en faisant irruption en force dans la chambre du roi : elle arrête quelques seigneurs de la garde royale, et place le duc d’Orléans en résidence surveillée à Gien.

Le 17 janvier 1485, il tente de soulever Paris, mais il échoue. Il parvient à s’enfuir le 3 février à Alençon, et fait amende honorable le 12 mars. Des troupes royales placées autour d’Évreux l’empêchent de rejoindre la Bretagne, et il s’enferme à Orléans. Simultanément, la noblesse bretonne se soulève, ramenée à l’ordre par les troupes royales.

Le 30 août, Louis d’Orléans lance un manifeste contre la régence. L’armée royale marche sur Orléans, et Louis II s’échappe à Beaugency, d’où il est délogé par le jeune La Trémoille en septembre. Le 9 août, François II de Bretagne se rallie lui aussi à une trêve. Celle-ci est signée pour un an à la paix de Bourges, le 2 novembre 1485.

Reprise des hostilités[modifier | modifier le code]

Louis II d'Orleans

Dès la fin de la trêve, les rebelles reprennent leur révolte. Déjà en juin 1486, Maximilien d'Autriche avait envahi le nord de la France, puis battu en retraite ; en novembre, c’est Dunois qui s’empare du château de Parthenay. Le 11 janvier 1487, Louis d’Orléans s’échappe du château de Blois, et poursuivi par les archers royaux, se réfugie de nouveau en Bretagne. L’armée royale part de Tours début février et commence son offensive dans le sud-ouest. Elle est le 7 mars à Bordeaux, et Lescun, gouverneur de Guyenne, est démis et remplacé par Pierre de Beaujeu. L’armée royale repart de Bordeaux le 15, pour prendre Parthenay le 30, Dunois parvenant à rejoindre Louis d’Orléans à Nantes. L’armée royale remonte ensuite vers la Bretagne. Au traité de Châteaubriant, la noblesse bretonne passe un accord avec le roi : le duc ne sera pas menacé par l’armée royale, qui quittera la Bretagne dès que les deux princes français rebelles seront capturés. Au nord, le maréchal d’Esquerdes (ou Des Querdes) retient brillamment, puis repousse Maximilien d’Autriche, élu roi des Romains peu de temps auparavant. Au sud, le sire de Candale bat Alain d’Albret à la bataille de Nontron : celui-ci voulait rejoindre les rebelles du Nord, mais est forcé de livrer des otages. En Bretagne, les rebelles au duc et alliés du parti royal dirigés par le vicomte de Rohan tiennent le nord du duché, et prennent Ploërmel.

À la fin du mois de mai 1487, les troupes françaises, près de 15 000 hommes[3] entrent en Bretagne. L'armée du duc de Bretagne est concentrée vers Malestroit. Elle compte 600 lances et près de 16 000 fantassins, dont beaucoup de paysans[4]. Cependant, l'avancée des troupes françaises est fulgurante: Ancenis, Châteaubriant, La Guerche et Redon se rendent. Plöermel tente de résister, mais tombe après 3 jours de canonnade et est prise le 1er juin[5]. Par ces mauvaises nouvelles, et des divergences politiques entre les nobles bretons, l'armée ducale se démembre. Il ne reste plus que 4 000 hommes[6], incapables de secourir Plöermel. François II s'enfuit à Vannes, et s'en échappe pour rejoindre Nantes, avant que Vannes ne soit également prise.

À Nantes, la défense s'organise alors que le 19 juin, les troupes françaises mettent le siège sur la ville. Celui-ci s'éternise devant l'efficace défense bretonne, et la fidélité des habitants, aidés de mercenaires étrangers, recevant l'appui décisif de Cornouaillais et de Léonards qui débarquent et brisent l’encerclement. Les troupes françaises tenues en échec lèvent le siège le 6 août[7]. Cependant, le roi de France parvient à se faire livrer Vitré le 1er septembre, tandis que l'armée française prend Saint-Aubin-du-Cormier le 10, puis Dol-de-Bretagne[8]. Au début de l'année 1488, la plupart des places bretonnes ont cependant été reprise par l'armée ducale. Seule Clisson, La Guerche, Dol, Saint-Aubin-du-Cormier et Vitré restent aux mains des français[9].

Le 20 janvier 1488, les ducs d’Orléans et de Bretagne sont déclarés rebelles par le Parlement de Paris : eux et leurs complices ne sont plus considérés comme des vassaux rebelles, mais comme des sujets coupables de lèse-majesté. Au printemps, le duc d’Orléans reprend pour son allié Vannes, Auray et Ploërmel. Le vicomte de Rohan est forcé de capituler.

Le 24 avril suivant, un arrêt de confiscation est rendu contre tous les biens de Louis d’Orléans. Alain d’Albret obtient un subside de la cour d’Espagne, et rejoint la Bretagne avec 5 000 hommes. Maximilien d’Autriche a lui aussi envoyé 1 500 hommes. Pendant que La Trémoille rassemble ses forces sur les limites du duché, Thomas de Scales débarque avec 700 archers anglais, tous volontaires[réf. nécessaire]. Mais alors que le Roi des Romains est occupé par une rébellion en Flandres, soutenue par le maréchal d’Esquerdes, les soutiens du duc de Bretagne se disputent la main d’Anne de Bretagne : Louis d’Orléans, Alain d’Albret et Maximilien d’Autriche étant tous candidats.

Carte de la campagne de 1488.

La guerre reprend fin mars 1488. Rassemblés à Pouancé, La Trémoille et l'armée royale, forte de 15 000 hommes, prennent facilement Marcillé-Robert le 28 mars. Le 7 avril, François II ordonne le rassemblement des troupes bretonnes à Rennes. Le 15 avril, l'armée royale met le siège à Châteaubriant, qui tombe 8 jours plus tard. La Trémoille se dirige ensuite vers Ancenis où il mit le siège dans la nuit du 12 au 13. La ville tombe le 19 mai face à l'artillerie française. Alors que les négociations commencent avec le duc de Bretagne qui cherche à obtenir une trêve, La Trémoille se porte au Loroux-Bottereau, qui tombe facilement[10].

Le 1er juin, une trêve est conclue le temps des pourparlers. Celle-ci se retrouve profitable aux français, dont les troupes restent mobilisées le long de la frontière, tandis que les nobles et paysans bretons rentrent chez eux[11]. La Trémoille anticipe la fin de la trève, et dès le 17 juin, il met son armée en marche vers son prochain objectif, Fougères[12]. La rupture des pourparlers le 9 juillet précipite la défaite, alors que l'armée bretonne doit se reformer, l'ost royal met le siège à Fougères aux environs du 12. La ville passe pour être une des mieux défendues, gardée par 2 à 3 000 hommes. Vers la mi-juillet, l'armée bretonne est enfin rassemblée, mais il est trop tard pour venir en aide à Fougères, qui doit capituler le 19 mai, après une semaine de siège, sous les coups de la puissante artillerie française[7].

L'armée française se dirige ensuite vers Dinan, tandis que l'armée bretonne du maréchal de Rieux, qui s'était mise en marche dans l'espoir d'aider Fougères, hésite à livrer une bataille rangée. C'est finalement le cas le 28 juillet, à Saint-Aubin-du-Cormier. La bataille qui s'ensuit sonne le glas des troupes bretonnes et de leurs alliés: cinq à six mille Bretons perdent la vie, contre 1 500 Français[13],[14]. Suite à cette défaite, Dinan capitule début août, mais Rennes décide de résister. La Trémoille, voulant éviter un siège aussi long et incertain que le dernier siège de Nantes, préféra contourner Rennes, et se porter à Saint-Malo qui préféra capituler le 14 août.

Le 20 août, la paix est conclue en Anjou. Le traité du Verger fait s'engager la Bretagne sur plusieurs points, notamment la promesse du duc de ne pas marier ses filles sans le consentement du roi de France.

Le duc de Bretagne François II meurt le 9 septembre et Anne de Bretagne devient duchesse en janvier de l’année suivante. Une amnistie est alors accordée à Lescun, Dunois, et la plupart des vaincus. Louis d’Orléans est enfermé en forteresse puis gracié par Charles VIII à sa majorité, trois ans plus tard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ni les dernières volontés de Louis XI, ni les États généraux de 1483 ne confèrent à Anne (ou son époux) les pouvoirs de régence, mais leur confient l'éducation ou le conseil du futur Charles VIII qui d'ailleurs à l'époque était quasi majeur (sur ses 14 ans). Même si Anne détient réellement les rênes du pouvoir, le terme de régente doit être nuancé.
  2. Didier Le Fur. Anne de Bretagne. Librairie Édition Guénégaud : Paris, 2000.
  3. D'après René Cintré, Les marches de Bretagne au Moyen Âge, Presses Universitaires de Rennes,‎ 1992, 242 p., p. 146
  4. D'après Dominique Le Page, Michel Nassiet, L'union de la Bretagne à la France, Morlaix, Skol Vreizh,‎ 2003, 198 p. (ISBN 2-911447840), p. 76
  5. D’après Philippe Contamine (directeur), ` (dir.), Histoire militaire de la France, vol. 1 : Des origines à 1715, Paris, Presses universitaires de France,‎ 1992 (ISBN 2-13-043872-5), p. 214
  6. Le Page et Nassiet, p.77
  7. a et b Philippe Contamine, op. cit., p 214
  8. Cintré, p.147
  9. Cintré, p.148
  10. Cintré, p.150-151
  11. Le Page et Nassiet, p.90
  12. Cintré, p.153
  13. Le Page et Nassiet, p.91
  14. Cintré, p.157

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]