Ouen de Rouen

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Saint Ouen
Image illustrative de l'article Ouen de Rouen
Saint Ouen sur le portail des Marmousets de l'ancienne abbaye Saint-Ouen de Rouen.
Biographie
Naissance 600/603
Sancy
Ordination sacerdotale vers 634 par Dieudonné, évêque de Mâcon
Décès
Clichy-la-Garenne, France
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale peut-être par Regnobert, évêque de Bayeux.
Évêque de Rouen
Précédent Romain de Rouen Ansbert de Rouen Suivant
Autres fonctions
Fonction laïque
Référendaire de Dagobert Ier
Conseiller à la cour

Saint Ouen (Sanctus Audoenus Rotomagensis en latin médiéval, issu du germanique Audwin) saint Oën ou Dadon[1] est connu aussi en Bretagne sous le nom de Audoenus en latin, Audouin, Audoën, Lohen, Lohan[Note 1], Dadon, Dodon, et aussi sous les noms de Ewen, Even et même Oyn. Il est né[2] à Sancy, aujourd'hui Sancy-les-Cheminots vraisemblablement, près de Soissons, et mort le à Clichy-la-Garenne, au palais du roi, dont le territoire laissera place à la ville de Saint-Ouen. L'Église catholique romaine célèbre saint Ouen le 24 août, mais le calendrier breton fête les Ewen le 3 mai.

Famille[modifier | modifier le code]

Né vers 600/603[2] à Sancy[3],[4], il est le fils d'Authaire (Autharius)[1], grand fonctionnaire royal sous Clotaire II, et d'Aigue (ou Aige, en latin, Aiga), possédant de nombreuses terres dans les environs de Jouarre. Il a pour frères saint Adon, fondateur de l'abbaye de Jouarre ; et Radon ou encore Rodon, trésorier des finances du roi[1]. La famille de saint Authaire est alliée à celle de Burgondofara, parentèle des Agilolfing, duc de Bavière.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son enfance[modifier | modifier le code]

Médaillon du portail des Marmoussets de l'abbatiale Saint-Ouen dont la lecture est en boustrophédon représentant l'enfance de Dadon, où il est béni en compagnie de ses frères Adon et Radon par saint Colomban à droite.

Peu après la naissance de Dadon/Audouin, ils s'établissent à Ussy-sur-Marne ou Villerac, un village sur le bord de la Marne dans le diocèse de Soissons. La tradition associe son enfance à des événements merveilleux. Généreux envers les pèlerins et le clergé, Authaire y reçut en 610 saint Colomban[3], alors venu se réfugier en Neustrie sur invitation du roi et accompagné par Hagueric chef du conseil et favori de Thibert II. La rencontre des fils d'Authaire Adon, Radon et Dadon/Audoin, et du très pieux saint Colomban, est déterminante dans le cheminement de ces premiers vers l'ordination. Saint Colomban leur prédit qu'« ils seraient bien-venus devant Dieu et devant le monde »[1] et leur donne sa bénédiction[5],[3].

Durant son enfance, alors qu'il souhaite prendre un bain, sa mère lui demande d'attendre que les paysans aient tiré l'eau de l'unique fontaine de la propriété utile aux travaux agricoles. Il fait appel à Dieu et frappe de son bâton un rocher duquel émerge une source[3].

Envoyé par la suite à l'abbaye Saint-Médard de Soissons, il reçoit une éducation qui lui permet d'entrer à la cour du roi Clotaire II peu avant la mort de ce dernier.

Au service du roi[modifier | modifier le code]

Son successeur Dagobert Ier fait de Dadon son référendaire (chef de la chancellerie) entre 629 et 632/633[3] et tire profit de ses enseignements. Dadon fait la connaissance de saint Éloi (Eligius en latin), orfèvre-trésorier à la cour du roi. Ils servent ensemble de leur mieux le roi Dagobert Ier malgré ses travers. À la mort du roi, ils se considèrent dégagés de leurs devoirs séculiers et quittent la cour pour s'atteler aux études théologiques.

Dadon est ordonné prêtre par Dieudonné, évêque de Mâcon, et fonde, avec ses frères, en 636 l'abbaye de Rebais, sur des terres données par le maire du palais Erchinoald. Régie par la règle de saint Benoît sous la mouvance de saint Colomban, son premier abbé est Agile de Rebais - saint Aile venu de Luxueil, nommé lors du synode de Clichy en 637, au cours duquel est rédigé le privilège épiscopal de Faron pour Rebais[6]. En 649, il confia l'abbaye à Saint Aile.

Évêque de Rouen[modifier | modifier le code]

Peinture de saint Ouen, évêque de Rouen, dans les salles basses de l'archevêché de Rouen.

Ses vertus et sa grande habileté le font remarquer pour le siège de l'évêché de Rouen, laissé vacant à la mort de saint Romain en 639[3]. Durant son année préparatoire et alors simple prêtre, il entreprend une mission évangélique en Espagne. Alors que la région dans laquelle il se trouve souffre de sécheresse depuis sept ans, Dadon implore la clémence des cieux et obtient une pluie abondante permettant l'irrigation des cultures. Il est consacré le dans la cathédrale de Rouen avec son ami saint Éloi, qui devient évêque de Noyon, par ordre du roi Clovis II[7]. C'est alors qu'il choisit le nom d'« Ouen » (Audoenus en latin). Selon les sources hagiographiques, le choix de Dadon résultait d'un large consensus. Son évêque consacrant est peut-être par Regnobert, évêque de Bayeux et suffragant le plus ancien du diocèse de Rouen[3].

Évêque, Saint Ouen administra son diocèse avec sagesse. Il fit disparaître le paganisme et combattit avec force les deux plaies du clergé de l'époque: la simonie (acquisition de ministères par l'argent) et les manquements à la discipline. Il favorise l'essor du monachisme colombanien et aide saint Wandrille à fonder l'abbaye de Fontenelle, saint Philibert, celle de Jumièges, et d'autres établissements monastiques : l'abbaye de la Trinité de Fécamp, l'abbaye de Montivilliers, l'abbaye de Jumièges, l'abbaye de Pavilly, le monastère de Belcinac[Note 2],[8] .

Il développe les études théologiques et participe à la fusion de la règle irlandaise (règle de saint Colomban) et celle de saint Benoît.

Pendant la régence de la reine Bathilde, épouse de Clovis II, mort en 657, il devient un des premiers conseillers de cette reine[8]. Ce, jusqu'à la majorité de Clotaire III, en 664, où la reine, mère de ce dernier, se retire au monastère de Chelles sur injonction d'Ebroïn le maire du palais[8].

Saint Ouen, âgé de près de soixante-quinze ans, effectue vers 675 un pèlerinage à Rome et rencontre probablement le pape Adéodat II. Il visite les sanctuaires et distribue des aumônes aux pauvres de Rome. Il rassemble également des brandea[Note 3] afin de les rapporter comme reliques à Rouen[3].

Il continue malgré tout à conseiller et soutenir Ebroïn[8]. La position de l'évêque est renforcée quand Thierry III lui confirme le droit d'élire et d'approuver le comte de Rouen[9].

Fin de vie et le culte des reliques[modifier | modifier le code]

Médaillon du portail des Marmoussets de l'abbatiale Saint-Ouen de Rouen représentant Ouen, assis sur son lit de mort, face au roi Thierry III et la reine agenouillés.

Il redevient occasionnellement un homme d'État à la demande d'Ebroïn maire du palais et Thierry III, frère successeur de Clotaire III pour régler leur différends avec l'aristocratie. Ils sont tous deux tonsurés et enfermés au monastère de Saint-Denis. À la mort d'Ebroïn, il rejoint en 684 Cologne à l'invitation de Thierry Ier pour restaurer la paix entre Neustrie et Austrasie[8].

Il tombe malade peu après et succombe le à la fièvre dans la villa royale de Clippiacum (palais de Clichy). La cour vient lui rendre un dernier hommage avant que sa dépouille soit transportée à Rouen et solennellement inhumée dans la basilique Saint-Pierre[3]. Son corps repose environ trois ans et neuf mois à l'endroit qu'il avait lui-même construit[10]. Ansbert, évêque de Rouen transfère son corps sur un degré derrière le maître-autel, équivalent d'une canonisation. Il fait construire un baldaquin décoré de métaux et pierres précieuses[10]. Ses reliques furent plusieurs fois translatées : en 842, en 918, vers 959 ou 960 à Cantorbéry, en Angleterre après leur achat par le Prieuré de l'Église du Christ, et finalement en 1890.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Saint Ouen, qui survécut à saint Eloi, écrivit la Vie de son ami. Cette biographie, un des monuments historiques du VIIe siècle les plus authentiques, contient de précieuses informations sur la morale et l'éducation religieuses de l'époque. Elle fut publiée pour la première fois par dom Luc d'Achery au volume V de son Spicilegium.

Son culte et ses traces actuellement[modifier | modifier le code]

Bien que les migrations brittoniques (Pays de Galles et Cornouailles insulaire essentiellement) vers la Bretagne aient cessé avant la naissance d'Audouin, il est probable que ce saint ait connu une grande célébrité sur les deux rives de la Manche, d'où l'achat de ses reliques par l'église anglaise bien qu'il fût mort à Rouen. Le saint traversant la Manche, il n'y aurait rien de surprenant à ce que son nom fit le chemin inverse, allant à son tour contaminer les Bretons d'Armorique, cousins de ceux de Grande-Bretagne.

Il existe encore aujourd'hui à Bristol une église nommée Christ Church with St Ewen. De son côté, la ville de Dublin, en Irlande, possède une église dite St. Audoen's Church.

    • C'est aussi un nom de famille fréquent en Bretagne, c'est par exemple le nom porté par le conteur Patrik Ewen.
  • En Italie dans la ville de Bisceglie dans les Pouilles il y a l'ancienne église dédiée à Sant'Adoeno. Selon la tradition, cette église a été construite en 1074 par des soldats normands qui avaient conquis et fortifié la ville. A' l'intérieur de l'église il est conservée une relique du Saint, provenant de la Normandie

Une autre hypothèse existe pour expliquer le nom d'Ewen ou Even[modifier | modifier le code]

Le dictionnaire anglais d'étymologie en ligne etymonline.com donne cependant une autre origine, en l'assimilant à Owen. Selon cette source, Ewen est un prénom celtique dérivé du grec Eugenios, qui signifie « bien-né », devenu Eoghann en gaélique, Eogan en irlandais et Eugein ou Ougein en gallois. Ce dictionnaire indique que la forme médiévale latine du nom était Eugenius, et que la forme Eugene est attestée en Écosse dès 1178, mais n'indique pas de quelle façon se serait fait le passage de Eogan/Eugein à Owen/Ewen. Cette même source affirme que la forme bretonne Even a donné naissance au prénom français moderne Ivain. Cette explication paraît cependant moins étayée que celle de saint Ouen.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes

  1. Par exemple à Rosnoën (Finistère) : le toponyme provient de saint Lohen, et l'église paroissiale est consacrée à saint Audoën ; il s'agit en fait du même personnage, en l'occurrence saint Ouen sous deux variantes de noms.
  2. Abbaye de Belcinac : sur l'île du même nom sur la Seine, face à Villequier, disparue une première fois en 1330 et définitivement en 1740. Voir Belcinac.
  3. brandea : linges ayant été passés par une fenestella (petite baie percée dans le sarcophage d'un saint), et que l’on récupérait ensuite sanctifiés par ce contact sacré, pour être distribués comme des reliques.

Références

  1. a, b, c et d Histoire de la vie, mort, passion et miracles des saincts, Volume 2. Pierre Viel, Jacq Tigeou, Clément Marchant, René Benoist. 1608.
  2. a et b la date de sa naissance est incertaine, on trouve 600/603, 608, 609
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Franck Thénard-Duvivier (préf. Peter Kurmann), Images sculptées au seuil des cathédrales : Les portails de Rouen, Lyon et Avignon, Mont-Saint-Aignan, Publications des Universités de Rouen et du Havre (1re éd. 2012), 338 p. (ISBN 978-2-87775-523-8), « Chapitre 6: Portail des Marmoussets (abbatiale Saint-Ouen) », p. 197-231
  4. http://books.google.fr/books?id=iJYIAQAAIAAJ&pg=PA28 voir note n° 1 (VIIIe siècle)
  5. La Neustrie, tome 1, p. 374.
  6. La Neustrie, tome 2, p. 376.
  7. La Neustrie, tome 1, p. 146.
  8. a, b, c, d et e La Neustrie, tome 2, p. 8-9
  9. La Neustrie, tome 1, p. 150.
  10. a et b La Neustrie, tome 2, p. 11.
  11. René Largillière, Les saints et l'organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonne, J. Plihon et L. Hommay, Rennes, 1925, consultable sur cette page.
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