Mérovée

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Mérovée
Mérovée Roy de France - Vue d'artiste (médaille en bronze de Jean Dassier, 1720. Bibliothèque nationale de France)
Mérovée Roy de France - Vue d'artiste (médaille en bronze de Jean Dassier, 1720. Bibliothèque nationale de France)
Titre
Roi des Francs à Tongres
448457
Prédécesseur Clodion le Chevelu
Successeur Childéric Ier
Biographie
Titre complet Roi des Francs Saliens
Dynastie Mérovingiens
Date de naissance Vers 412
Date de décès 457
Père Clodion le Chevelu
Enfant(s) Childéric Ier

Mérovée (ou encore Merowig, Mérovech), né vers 412 et mort en juillet 457, est considéré comme le second roi des Francs saliens. Son existence est entourée de tant d'obscurité que certains historiens en ont fait un roi légendaire[1]. Il aurait régné de 448 à 457.

Mérovée a donné son nom à la dynastie des Mérovingiens. Les rois mérovingiens n'ont jamais contesté son existence et se glorifièrent d'appartenir à sa lignée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom de Mérovée peut se traduire « fameux au combat » ou « combattant réputé ». Il proviendrait du francique mare, méere « réputation », « message » et vech « bataille », « combat »[2].

Une existence incertaine ?[modifier | modifier le code]

Peu de documents attestent de l'existence de Mérovée. Grégoire de Tours dans ses Dix Livres D'Histoire lui concède une brève référence et en fait le descendant possible de Clodion le Chevelu : « Certains prétendent que de sa lignée est sorti le roi Mérovée [...] »[3].

Une légende, relatée à une époque plus tardive — la chronique de Frédégaire[4] (III, 9) en parle au VIIe siècle — entretient le doute quant à la réelle existence de Mérovée : sa mère, l'épouse du roi Clodion, déjà enceinte, fut séduite par une "bête de Neptune semblable au Quinotaure" alors qu'elle se baignait dans l'océan. Enceinte une deuxième fois, les deux sangs se mélangèrent pour donner naissance à une nouvelle dynastie dont les membres étaient investis de grands pouvoirs et d'une aura de magie et de surnaturel, caractéristique des Mérovingiens.

Certains historiens[5] se réfèrent au vieil allemand supérieur pour faire de Mérovée un personnage mythologique qui serait le fils de la mer (mari en Franc), c'est-à-dire un dieu ou un demi-dieu que les Francs honoraient avant leur conversion au christianisme[6]. Selon Godefroid Kurth, « Tous les peuples primitifs ont cru à l'origine surnaturelle de leur dynastie. Leurs rois étaient les descendants des dieux : c'était leur principal titre à l'obéissance des guerriers, c'était aussi le plus beau titre de noblesse de la nation elle-même »[7].

Il a également été suggéré que Merowig soit une référence à la Merwede, une rivière néerlandaise dont le cours initial correspondait, si l'on en croit les historiens romains [réf. souhaitée], à l'aire dans laquelle résidaient alors les Francs saliens[8]. Là encore, l'étymologie ne semble pas corroborer cette thèse[9].

Une existence pourtant envisageable[modifier | modifier le code]

Mérovée sous sa tente - (miniature des Grandes chroniques de France, XIVe siècle).
Camée du XVIe siècle représentant Mérovée de profil, à droite. Bibliothèque nationale de France

L'existence réelle de Mérovée ne serait pas à exclure. Une généalogie austrasienne réalisée entre 629 et 639[10] mentionne que « Chloio est le premier roi des Francs. Chloio engendre Glodobode. Ghlodobedus engendre Mereveo. Mereveus engendre Hilbricco. Hildebricus engendre Genniodo. Genniodus engendre Hilderico. Childericus engendre Chlodoveo... »[11]. Pour le généalogiste Christian Settipani il s'agirait d'une liste de rois saliens dans laquelle les filiations auraient été établies postérieurement à sa constitution. La généalogie serait ainsi à corriger de la manière suivante: « Clodion engendre Clodebaud et Mérovée. Mérovée engendre Childéric... »[12].

Priscus fait allusion à des événements qui se produisirent dans un royaume franc à l'époque de Mérovée : « Le prétexte d'Attila pour sa guerre contre les Francs fut la mort de leurs rois et la dissension qui s'éleva entre ses fils pour la suprématie. L'aîné décidé de s'allier à Attila, cependant que le second se tournait vers Aetius. Nous rencontrâmes ce dernier lorsqu'il vint en ambassade à Rome. Son visage était encore recouvert d'un duvet, et sa chevelure blonde était si longue qu'il en faisait des tresses. Aetius en fit son fils adoptif et, tout comme l'empereur, le combla de présent et le renvoya comme un ami et un allié »[13]. Les historiens sont partagés sur la question de savoir si Mérovée est l'un des protagonistes de ce récit :

  • certains comme Erich Zöllner pensent que comme le royaume des Francs rhénans se trouve sur le chemin d'Attila, au contraire de celui des Francs Saliens, ce passage concerne des rois des Francs Rhénans[14],
  • d'autres comme Emile Demougeot pensent que Mérovée est le roi mort en 451 et son fils Childéric est le fils adoptif d'Aetius[15],
  • enfin Christian Settipani estime que, si on considère que le fragment s'applique aux Francs Saliens, ce dont il n'est pas sûr, chronologiquement, Clodion est le roi mort en 451 et Mérovée est le fils allié de Rome[16].

Qu'il soit l'un des princes francs mentionné par Priscus ou non, Mérovée se serait installé en Gaule belgique, dans la région du Brabant et aurait établi sa résidence à Tournai.

En 451, les Huns d'Attila envahissent la Gaule romaine qu'il rencontre et bat au cours d'une bataille entre Corbie et Roye, dans la plaine du Santerre[17]. Enfin, Mérovée aurait commandé les Francs qui s'étaient alliés aux Gallo-Romains et à d'autres Germains, lors de la sanglante bataille que le général Aétius gagna sur Attila en 451, aux champs Catalauniques (une plaine près de Châlons-en-Champagne et de Troyes)[18].

Grâce à cette union guerrière entre envahis et anciens envahisseurs, le « grand-roi » de l'Empire hunnique fut défait et se replia définitivement vers l'est de l'Europe : le terrible « fléau » était vaincu. Cette victoire scelle définitivement l'implantation de ces Germains francs, désormais solidement installés dans la Gaule du nord que l'Empire romain en pleine décadence leur abandonne : il n'en reste alors que le royaume de Syagrius.

Les rois de la première dynastie franque sont appelés Mérovingiens, en l'honneur de ce roi, qui donne un territoire à son peuple et le fait entrer par la grande porte dans l'Empire romain. Son fils Childéric Ier lui succède en 457[19].

Romans historiques et culture populaire[modifier | modifier le code]

Mérovée vu par les romans historiques du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Victoire du Roi Mérovée - Monture d'armoire en bronze argenté, Emmanuel Frémiet, 1867. Metropolitan Museum of Art

Allusions dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

La légende relatant la conception de Mérovée est la source du roman de Henry Lincoln Michael Baigent et Richard Leigh L'Énigme sacrée, paru en 1982. Les auteurs font l'hypothèse que l'origine mythologique de Mérovée est en réalité une référence à l'idée selon laquelle la dynastie des Mérovingiens est issue du sang de Jésus Christ. Cette théorie romanesque a été reprise en 2003 par Dan Brown dans son célèbre roman Da Vinci Code[20].

Le personnage du Mérovingien dans le film Matrix est présenté comme un ancien et puissant chef surnaturel capable de délivrer le savoir sur l'origine de l'univers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Riché et Patrick Périn, Dictionnaire des Francs - Les temps Mérovingiens, Bartillat, 1996, p. 228-229, notice « Mérovée » (ISBN 2-84-100008-7)
  2. Cf. Dr. J. Van Der Schaar, Woordenboek van Voornamen: l'adverbe 'meer', 'mehr' : « plus », « grand » n'était pas utilisé pour les noms / Mare: en anglais (night)mare; en néerlandais maretak (branche-[porte]-message [des dieux]) gui ; en français cauchemar (de l'ancien français chaucher, fouler, presser) + (néerlandais) mare - Larousse étymologique / Vech: comparez en anglais: fight et néerlandais: vecht.
  3. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, IX, 592
  4. Chroniqueur mérovingien actif en Austrasie vers 660
  5. Georg Waitz,Deutsche Verfassungsgeschichte, t. II, p. 33
  6. Georg Waitz,ibid.
  7. Godefroid Kurth, op. cit., VI, p. 147
  8. Emil Rückert, Oberon von Mons und die Pipine von Nivella, Leipzig, Germany, 1836
  9. Godefroid Kurth, op. cit., VI, p. 154
  10. Godefroid Kurth, op. cit., p. 517
  11. Christian Settipani, Les Ancêtres de Charlemagne - Addenda, Paris, 1990
  12. Christian Settipani, « Clovis, un roi sans ancêtre ? », dans Gé-Magazine, no 153 - octobre 1996, p. 96
  13. Fragment 20 de Priscus, cité par Settipani 1993, p. 49.
  14. (de) Erich Zöllner, Geschichte des Frankenbis zu Mitte der sechsten Jahrhunderts, Munich, C.H. Beck,‎ 1970 (ISBN 978-3-406-02211-1), p. 30
  15. Emilienne Demougeot, La formation de l'Europe et les invasions barbares, vol. 2 : De l'avènement de Dioclétien (284) à l'occupation germanique de l'empire romain au début du VIe siècle, Paris, Aubier,‎ 1979 (ISBN 978-2-7007-0146-3), p. 682-683
  16. Christian Settipani, La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), éd. Patrick van Kerrebrouck,‎ 1993 (ISBN 2-9501509-3-4), p. 49.
  17. Lorsque les Huns d'Attila traversèrent le Clermontois
  18. Pour Godefroid Kurth, « Si [...] Mérovée [...] était le roi des Francs lors de la bataille de Mauriac (451), c'est lui qui a été à la tête du contingent franc d'Aetius. », op. cit., VI, p. 158
  19. Il s'agit de la première date où Childéric est cité comme roi par Grégoire de Tours, op. cit., livre II, 18
  20. Behind the Da Vinci Code, History Channel 2006, documentaire sur Henry Lincoln

Sources[modifier | modifier le code]

« On rapporte également que Clodion, qui était alors un homme capable et très noble dans sa nation, a été roi des Francs ; il habitait dans la forteresse de Dispargum, qui est dans le territoire des Thuringiens. Dans ces contrées mais au midi, les Romains habitaient jusqu'au fleuve de la Loire. Au-delà de la Loire les Goths dominaient. Les Burgondes qui suivaient aussi la secte d'Arius habitaient de l'autre côté du Rhône qui coule près de la cité de Lyon. Quant à Clodion, il envoya des éclaireurs dans la ville de Cambrai, et quand tout fut exploré ; lui-même lui suivit ; il écrasa les Romains et s'empara de la cité où il ne résida que peu de temps, puis il occupa le pays jusqu'au fleuve de la Somme. Certains prétendent que de sa lignée est sorti le roi Mérovée, de qui Childéric fut le fils. »

— Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, IX, 592 - traduction Robert Latouche

« Je crois d'ailleurs à l'historicité du personnage de Mérovée. Sans doute, on aurait pu l'inventer pour rendre compte du nom dynastique. Sans doute, ceux qui lui refusent une existence historique peuvent arguer de ce qu'il n'apparaît nul part dans l'histoire des Francs, excepté dans ce passage-ci, qui est emprunté à une légende mythologique. Mais ces raisons ne suffisent pas pour l'écarter. »

— Godefroid Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens, 1893, VI, p. 156

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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