Dysphorie de genre

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La dysphorie de genre (anciennement troubles de l'identité de genre[1]) est un malaise et un sentiment d'inadéquation pouvant être ressentis par un individu vis-à-vis du genre qui lui est attribué d'après son sexe. En France, la dysphorie de genre n'est plus classée dans la nomenclature de la Sécurité sociale dans le chapitre des troubles de la personnalité ouvrant droit a une prise en charge en ALD depuis . « En dépit de toute classification allant dans le sens contraire, l’orientation sexuelle et l’identité de genre d’une personne ne sont pas en soi des maladies et ne doivent pas être traitées, soignées ou supprimées[2] ». Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe est aussi de la même opinion contre toute classification psychiatrique pour les transgenres et la stérilisation forcée pour le changement légal du sexe[3]. Selon le « Guide des activistes » à propos des principes de Jogjakarta, « il est important de noter que même si l'orientation sexuelle a été déclassifiée comme maladie mentale dans beaucoup de pays, ce n'est pas toujours le cas de l'« identité de genre » ou du « trouble de l'identité sexuelle »[4].

Remise en question[modifier | modifier le code]

Du point de vue essentialiste[5], le genre est perçu comme naturellement associé au sexe, les deux notions se confondant dans une « essence » masculine ou féminine, qui régit tant le sexe biologique que la plupart des comportements sociaux[6].

Selon l'analyse constructionniste développée par les queer studies et les gender studies (études de genre) à partir de la French theory (les philosophes de la déconstruction), la plupart des comportements associés à l'un ou l'autre genre sont arbitraires et d'origine culturelle[7]. Les troubles de l'identité de genre sont perçus comme une volonté de « jouer le genre » (to perform gender) autrement et les circonstances doivent être adaptées autant que possible à cette volonté. En clair, selon Butler, on est une femme car on se comporte comme la société pense qu'une femme doit se comporter. C'est le fait de recommencer tous les jours les mêmes comportements féminins qui fait qu'on accède au statut de femme. Le genre étant purement social et non quelque chose d'intérieur que l'on sent, il peut varier.

Cependant, le féminisme considère également que le genre, en tant que construction sociale de caractéristiques mentales liées à un sexe (justement assigné ou non), est lui-même essentialiste puisqu'il suppose qu'être homme ou femme est affaire de ressenti psychologique flou, d'une essence. Le féminisme radical et l'anarcho-féminisme[8], dont la branche gender critical (dont certaines personnes transgenres sont elles-mêmes représentantes) considèrent que le genre est un outil du patriarcat, puisqu'il associe des caractéristiques psychologiques, des styles vestimentaires, des coiffures, des attitudes, à quelque chose de féminin/masculin, mettant donc en danger les personnes ne correspondant pas aux stéréotypes genrés (ex : femmes butch), et qu'il devrait donc être aboli, au profit d'une société non genrée où ces caractéristiques peuvent être accessibles à tout individu peut importe son sexe, sans catégorisation historiquement liée au sexe (homme/femme) nécessaire[8]. Elles considèrent aussi que se séparer de la définition historique (ex : femme = humain femelle adulte) pour la remplacer par un tautologisme (ex : femme = se sentir femme) vide le terme de sa substance et fasse perdre de vue l'objectif principal du féminisme, l'oppression basée sur une réalité biologique (le sexe) et non une construction sociale (le genre), qui découle de la première.

Personnes transgenres et transsexuelles[modifier | modifier le code]

Article connexe : Transsexualisme.

Une personne « transsexuelle » (au sens scientifique du terme) est convaincue que son genre (le fait de se sentir, de s'identifier homme ou femme) est en inadéquation avec le sexe (femelle ou mâle) qui lui a été assigné à la naissance. Ce sexe est toujours assigné administrativement « par défaut » à la naissance pour tout individu, malgré les cas peu connus mais nombreux d'intersexuation. Cette personne désire donc modifier son corps de façon radicale (hormones, chirurgie) pour accentuer le genre ressenti et prendre une nouvelle identité sexuelle[9].

Une personne transgenre (au sens strict) est quelqu'un dont la perception de son genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance mais qui ne désire pas modifier son corps ou du moins pas son sexe, mais qui a aussi ce besoin, autant qu'une personne « transsexuelle », de vivre selon son genre perçu.

Le terme de personne transgenre (au sens large) désigne toute personne ayant une perception non conforme à son sexe assigné[10] [11].

Quand cette perception pose problème, le sexe assigné à la naissance peut être remis en cause ou non : Les transsexuels essaient de changer de genre, afin qu'il soit conforme à leur perception». En effet, ils croient que leur genre est déjà celui du sexe opposé et que c'est leur sexe qui ne leur correspond pas. En conséquence, ils souhaitent une opération qui leur attribuera le sexe voulu.

Pour d'autres personnes, leur sexe assigné leur convient, mais ils souhaitent le vivre différemment : soit selon les modalités de l'autre genre, soit simplement en dehors de ces canons qu'ils tiennent pour arbitraires, ce que la drag queen RuPaul formule ainsi : « We are born naked, everything else is drag » (Nous naissons nus, tout le reste n'est que travestissement). Aucune opération n'est alors nécessaire, mais la personne appartient à la catégorie la moins bien acceptée par les essentialistes, car son vécu n'autorise aucune interprétation satisfaisante pour cette théorie[12].

Classifications[modifier | modifier le code]

Les dénominations officielles de ces troubles peuvent être :

  • identité sexuelle ambiguë (identité intersexuée) ;
  • transsexualisme ;
  • trouble de l’identité sexuelle de l’enfance (similaire, mais pré-puberté) ;
  • trouble de l’identité sexuelle chez l’adolescent ou l’adulte ;
  • trouble de l'identité de genre.

Selon le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV), les symptômes incluent l'identification intense et persistante à l'autre sexe, le sentiment persistant d'inconfort par rapport à son sexe ou sentiment d'inadéquation par rapport à l'identité de rôle correspondante. L'affection n'est pas concomitante d'une affection responsable d'un phénotype hermaphrodite (pour les aspects biologiques : syndrome de Klinefelter : XXY, syndrome de Turner : X0). L'affection est à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une altération des fonctionnements social, professionnel ou d'autres domaines importants. Ces troubles sont indépendants de l'orientation sexuelle.

Dans le DSM-5, sorti en 2013, il n'existe plus de trouble de l'identité de genre. La transidentité n'est plus une maladie. Cependant, arrive un autre diagnostic lié à l'identité sexuelle : la dysphorie du genre. Jack Drescher, un psychiatre de New York et membre du sous-comité APA, dit au sujet de cette mise à jour : « Tous les diagnostics psychiatriques surviennent dans un contexte culturel. Nous savons qu'il y a une communauté de gens qui ne cherchent pas des soins médicaux et vivent binairement entre les deux catégories. Nous voulions envoyer un message que le travail du thérapeute est de ne pas pathologiser. »[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A Condat, F Bekhaled, N Mendes et C Lagrange, « La dysphorie de genre chez l’enfant et l’adolescent: histoire française et vignettes cliniques », Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'adolescence, vol. 64, no 1,‎ , p. 7–15 (ISSN 0222-9617, lire en ligne).
  2. Principe 18 des Principes de Jogjakarta sur l’application de la législation internationale des droits humains en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre, disponibles ici.
  3. « Divorce et stérilisation forcés: une réalité pour de nombreuses personnes transgenres », Conseil de l'Europe, .
  4. « An Activist’s Guide to The Yogyakarta Principles », p. 100.
  5. C'est notamment celui des religions du livre.
  6. « pour les essentialistes, [...] les différences entre les femmes et les hommes sont le produit de leur essence même, il n'y a pas lieu de distinguer genre et sexe. »
    Georges-Claude Guilbert, C'est pour un garçon ou pour une fille ?: La dictature du genre, Autrement, (ISBN 9782746705067).
  7. « Or, si les attributs de genre ne sont pas expressifs mais performatifs, ils constituent en effet l'identité qu'ils sont censés exprimer ou révéler. » Judith Butler in Troubles dans le genre.
  8. a et b « Critique du genre et de la théorie Queer - Rebellyon.info », sur rebellyon.info (consulté le 27 novembre 2016).
  9. Maud-Yeuse Thomas, Karine Espinera et Arnaud Alessandrin, LA TRANSYCLOPEDIE : tout savoir sur les transidentités, Lulu.com, (ISBN 9781291103229, lire en ligne)
  10. Alexandre Baril, « Transsexualité et privilèges masculins : fiction ou réalité? », dans L. Chamberland, B. Frank et J.L. Ristock (dir.). Diversité sexuelle et constructions de genre,‎ , p. 263-295 (lire en ligne)
  11. Alexandre Baril, La normativité corporelle sous le bistouri : (re)penser l’intersectionnalité et les solidarités entre les études féministes, trans et sur le handicap à travers la transsexualité et la transcapacité. Thèse de doctorat., Ottawa, Université d'Ottawa, (lire en ligne), Glossaire p. 396-401
  12. « A quote from Lettin it All Hang Out », sur Goodreads (consulté le 15 août 2017)
  13. (en) J. Bryan Lowder, « Being Transgender Is No Longer a Disorder », Slate,‎ (ISSN 1091-2339, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Baril. « Transness as Debility: Rethinking Intersections Between Trans and Disabled Embodiments », Feminist Review, 111, 2015, p. 59-74. [1]
  • Alexandre Baril. « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des transidentités », Numéro : Intersectionnalités, Recherches féministes, 28, 2, 2005, p. 121-141, Lire en ligne: [2]
  • Judith Butler Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, La Découverte, Paris, 2005.
  • Société américaine de psychiatrie, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Traduction française, Paris, Masson, 1996
  • Psychiatrie clinique : une approche bio-psycho-sociale (Tome I)
  • L’identification : l’autre, c’est moi, éditions TCHOU, 1978
  • Jane Hervé et Jeanne Lagier, Les Transsexuel(le)s, Jacques Bertoin, (ISBN 2879490251 et 9782879490250)
  • Robert Stoller, Recherches sur l'identité sexuelle à partir du transsexualisme, Gallimard, (ISBN 2070285839, lire en ligne)
  • Georges-Claude Guilbert, C'est pour un garçon ou pour une fille? : la dictature du genre, Paris, Autrement, coll. « frontières », , 116 p. (ISBN 978-2-746-70506-7, OCLC 300264045)