Mutisme sélectif

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Le mutisme sélectif est un trouble anxieux dans lequel un individu, le plus souvent un enfant qui est normalement capable de parler, est incapable de parler lors de situations particulières. Le mutisme sélectif coexiste habituellement avec la timidité ou l'anxiété sociale[1] (souvent sévère).

Définition[modifier | modifier le code]

La définition du mutisme sélectif n’est pas totalement déterminée de par le fait qu’il est un trouble trop peu connu aujourd’hui. C’est pourquoi de nombreux professionnels de la santé mentale ont mis en avant des définitions citées ci-après.[2]

« Troubles habituellement diagnostiqués pendant la première enfance, la deuxième enfance ou l’adolescence se traduisant par le refus persistant de parler dans un ou plusieurs contextes sociaux, l’école incluse, l’incapacité constante à parler dans des situations sociales dans lesquelles il y a une attente d’échanges verbaux oraux (comme à l’école), en dépit d’une parole “normale” dans d’autres situations. »[3]
« Échec persistant de parler dans des situations sociales spécifiques malgré la capacité de parler dans d’autres situations »[4].
« Refus de parole situationnel lié à un problème psychologique, toute lésion organique étant absente. » [5]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La première description du mutisme sélectif a été réalisée en 1877 par Adolphe Kussmaul [physicien allemand]. Il décrit le trouble que vivent certains enfants qui ne parlent pas dans certaines situations volontairement alors qu’ils s’expriment dans d’autres.[6] En 1927, Spohie Morgenstern [psychiatre et psychanaliste polonaise] adopte le terme « mutisme psychogène » car elle pense que le fait de ne parler que dans certaines situations montre de la provocation de la part de l’enfant[7].

En 1934, Moritz Tramer [psychiatre suisse] désigne les enfants qui ne parlent pas en dehors du cercle familial et ayant de probables troubles de la personnalité comme souffrant de « mutisme électif »[6]. En 1980, ce terme est reconnu par le Diagnostic and Statical Manual of Mental Disorders et reprend comme définition « refus de parler dans la plupart des situations »[8]. Dans les années 1990, de nombreux spécialistes étudient le trouble et publient d’importants ouvrages sur le sujet. En 1994, le terme « électif » est remplacé par « sélectif » afin d’être plus précis.[6]

Description[modifier | modifier le code]

Les enfants et adultes souffrant de mutisme sélectif sont pleinement capables de parler mais ne sont pas capables de parler lors de situations particulières, lors de situations dans lesquelles la parole leur est demandée[9]. Le comportement peut être perçu par les autres comme de la timidité ou de l'impolitesse. Un enfant souffrant du mutisme sélectif peut être totalement silencieux à l'école pendant des années tout en parlant librement ou même excessivement chez lui. Il existe divers degrés de ce trouble : certains enfants participent pleinement à des activités et semblent sociables mais ne parlent pas, d'autres ne vont parler qu'à des enfants du même âge mais pas aux adultes, d'autres vont parler à des adultes lorsqu'il leur est posé une question ne demandant qu'une réponse courte mais jamais à des enfants du même âge, et d'autres encore ne parleront à personne et prendront part, le cas échéant, au peu des activités qui leur sont proposées. Dans une forme grave, connue en tant que « mutisme progressif », le trouble progresse jusqu'à ce que la personne atteinte ne parle plus à personne quelle que soit la situation, même à des membres proches de la famille.

Par définition, le mutisme sélectif est caractérisé par :

  • une impossibilité constante (ou une très grande difficulté) de prendre la parole dans des situations sociales particulières (dans lesquelles il y a une attente de parole, comme à l'école) bien que la personne souffrante parle dans d'autres situations ;
  • le trouble interfère avec la réussite scolaire ou professionnelle, ou avec la communication sociale ;
  • la durée du trouble est de plus d’un mois (il n'est pas restreint au premier mois d'école);
  • l'impossibilité de parler n'est pas due à un manque de connaissance dans la langue ou de confort avec la langue parlée dans la situation sociale ;
  • le trouble n’est pas mieux expliqué par un trouble de la communication (bégaiement, etc.) et ne se déclare pas uniquement dans le cadre d’un trouble envahissant du développement (autisme, etc.), de la schizophrénie ou d’une autre psychose.

Le mutisme sélectif est un symptôme fréquent chez les personnes qui présentent un trouble du spectre de l'autisme, sans déficience intellectuelle. Le mutisme sélectif peut coexister avec, ou peut donner l'impression que l'enfant a un trouble du déficit de l'attention.

Autres symptômes nécessitant un approfondissement de diagnostic[modifier | modifier le code]

  • Timidité, anxiété sociale, peur de l'embarras social, et/ou de l'isolement social et du rejet ;
  • difficulté à maintenir le contact visuel ;
  • expression vide et une réticence au sourire ;
  • mouvements raides et maladroits ;
  • difficulté à exprimer ses sentiments, même à des membres de la famille ;
  • tendance à se faire plus de soucis que la plupart des gens du même âge ;
  • désir de routine et aversion pour le changement ;
  • sensibilité au bruit et à la foule ;
  • humeur changeante ;
  • problèmes de sommeil.

D'un côté positif, beaucoup de souffrants ont[10],[11][source insuffisante] :

  • une intelligence, une perception ou une curiosité au-dessus de la moyenne ;
  • de la créativité et un amour pour l'art ou la musique ;
  • de l'empathie et de la sensibilité pour les pensées et les sentiments des autres ;
  • un fort discernement moral.

Classifications[modifier | modifier le code]

Le mutisme sélectif primaire et secondaire[modifier | modifier le code]

Le mutisme sélectif primaire peut être défini comme un « Trouble précoce et souvent insidieux, où l’enfant, tout en sachant parler, n’a jamais parlé à tous les membres de son entourage. Il empêche la communication avec autrui ainsi que sa socialisation »[12]. Il est souvent le fruit de l’anxiété provoquée par la séparation mère-enfant[6].

Le mutisme sélectif secondaire peut être défini comme un « trouble faisant son apparition plus tardivement chez des enfants qui ont pu parler normalement en toute situation pendant un certain temps. » Il est plutôt perçu comme un trouble réactionnel ou illustration d’une phobie sociale[7].

Le mutisme sélectif intrafamilial et extrafamilial[modifier | modifier le code]

Le mutisme sélectif intrafamilial est très rare car cela signifie que l’enfant ne s’exprime pas au sein de son entourage proche, surtout avec les adultes.[7]

Le mutisme sélectif extrafamilial est le plus commun et se manifeste en dehors de la sphère familiale, souvent à l’école ou en présence d’étrangers. L’enfant ne s’exprime plus aux personnes extérieures de son entourage proche[6].

Le mutisme transitoire et chronique[6],[7][modifier | modifier le code]

Le mutisme sélectif transitoire se résout en un an maximum alors que le mutisme sélectif chronique dure plus longtemps avec des symptômes sur le long terme. Il est plus difficile à diagnostiquer adéquatement.

Le mutisme symbiotique[13][modifier | modifier le code]

Tout comme le mutisme sélectif primaire, il concerne les enfants qui ont relation très fusionnelle avec un membre de leur entourage. Il utilise le mutisme à des fins de manipulation.

Le mutisme avec phobie de la parole[13][modifier | modifier le code]

Moins répandu, ce mutisme est déterminé lorsque l’enfant a peur d’entendre sa propre voix et s’exprime par des comportements ritualisés pour ne pas à avoir parler. Ces enfants veulent retrouver la parole rapidement et participent activement aux différentes thérapies.

Le mutisme traumatique[13][modifier | modifier le code]

Ce mutisme arrive à la suite d’évènements traumatiques passés durant l’enfance. Les enfants se mettent alors en retrait et tombent souvent en dépression modérée à sévères. Il est plus compliqué de travailler avec ces enfants sur leur trouble.

Le mutisme passif-agressif[13][modifier | modifier le code]

Ce mutisme s’exprime lorsque l’enfant montre son hostilité envers le monde qui l’entoure avec des comportements violents et antisociaux tout en refusant de parler. Ces enfants sont souvent élevés dans un environnement anxiogène et ce comportement est un moyen pour manipuler le monde autour d’eux.

Étiologie[6],[7][modifier | modifier le code]

Théorie psychodynamique[modifier | modifier le code]

Cela arrive lorsque les enfants n’ont pas dépassé le stade oral et/ou anal des stades du développement qui se terminent vers 2 ans et demi[14]. Cela peut cacher un secret maintenu dans la famille que l’enfant aurait peur de divulguer [par exemple, la mort d’un frère ou d’une sœur]. Il peut donc arriver à cause d’un stress post traumatique quand l’enfant a souffert d’abus et de traumatismes durant les trois premières années de vie.

La théorie béhavioriste[modifier | modifier le code]

Si l’enfant n’est pas stimulé ou ne reçoit pas de retours positifs lorsqu’il s’exprime, il peut inconsciemment développer un rejet de parler pour se défendre. Ce mutisme est plus pour faire part de son anxiété que pour tenter une manipulation de son entourage.

La théorie de la phobie et l’anxiété sociale[modifier | modifier le code]

La phobie sociale « se caractérise par une peur de critiques négatives et une peur de faire ou de dire quelque chose qui va entraîner gêne ou humiliation[15] ». Elle apparaît le plus souvent entre 11 et 13 ans donc, les enfants de 3 à 6 ans ne sont pas encore assez développés pour en souffrir. On considère plutôt cela comme de l’anxiété sociale. Lorsque les enfants sont dans des situations anxiogènes, ils transforment leur comportement pour être les plus transparents possible. Le refus de parler fait partie du contrôle de ces situations.

La théorie de la psychopathologie développementale[modifier | modifier le code]

Le mutisme sélectif peut provenir de variables contextuelles en plus chez l’enfant qui est déjà anormalement anxieux à la base. C’est l’attitude des autres enfants ou une mauvaise communication familiale qui peuvent donner à l’enfant mutique l’impression qu’il est moins bien que les autres. Il entreprend alors une stratégie d’évitement et décide de se taire.

La théorie systémique familiale[modifier | modifier le code]

Les spécialistes ont pu observer qu’un contrôle excessif d’un parent [souvent la mère] sur l’enfant pouvait provoquer une véritable dépendance. Ce contrôle se réalise souvent lorsque le parent n’est pas heureux dans sa vie conjugale et remet toute son attention sur l’enfant. L’enfant se retrouve à ne rien faire sans avoir l’aval de ses parents et cela développe une peur et une méfiance des autres personnes en dehors de sa famille. L’enfant peut alors déclarer un mutisme sélectif.

La théorie génétique[16][modifier | modifier le code]

Dans la littérature scientifique sur le sujet, on trouve souvent qu’un membre de la famille de l’enfant est généralement atteint de phobie sociale ou d’anxiété sociale dès le plus jeune âge. Certains facteurs biologiques d’anxiété et de vulnérabilité ont pu être transmis à la conception.

Épidémiologie[6][modifier | modifier le code]

Âge d’apparition[modifier | modifier le code]

Comme dit précédemment, le mutisme sélectif apparaît généralement durant la petite enfance. Certains auteurs préconisent la première apparition du trouble entre 2,5 ans et 6 ans durant la période d’acquisition du langage. Cependant, le trouble se remarque souvent qu’entre 5 et 8 par l’enseignant ou par des professionnels lorsque l’enfant entre à l’école.

Sexe ratio[modifier | modifier le code]

La majorité des enfants atteints de mutisme sélectif sont des filles : elles sont deux fois plus touchées que les garçons.

Méthodes d'intervention[modifier | modifier le code]

Il existe quelques conseils généraux à suivre lorsque l’on rencontre un enfant atteint de mutisme comme éviter de le regarder dans les yeux, avoir une attitude bienveillante envers lui, respecter son silence ou encore privilégier le jeu. Ces conseils peuvent être appliqués par tout : enseignants, parents, camarades de l’enfant, etc. Il existe également différentes thérapies menées par un pédopsychiatre, un psychologue, un logopède ou un orthophoniste.

La thérapie par le jeu[6][modifier | modifier le code]

Les enfants aiment répéter leur vécu par le jeu en l’assimilant et en lui donnant du sens. En effet, l’utilisation du jeu permet à l’enfant d’extérioriser ce qu’il ressent, mais également ses rêves et ses fantasmes.

L’art-thérapie[6][modifier | modifier le code]

Par l’utilisation de l’art, l’enfant peut exprimer ses sentiments, ses émotions et ses conflits. Grâce au décryptage de ses œuvres, il est possible de trouver les sources du problème sans que l’enfant ait à parler. Le thérapeute peut poser des questions sur ce que l’enfant fait et au fur et à mesure, ce dernier se sentira de plus en plus en confiance. De plus, le spécialiste peut aussi décoder les messages par l’analyse des dessins [les formes utilisées, les couleurs, l’utilisation des espaces…].

Les thérapies béhavioristes[6][modifier | modifier le code]

Ces thérapies servent à décoder les effets que les symptômes du mutisme sélectif provoquent chez les enfants. Elles sont approuvées par de nombreux spécialistes et chercheurs.

La réalité virtuelle[6][modifier | modifier le code]

Elle permet de travailler en immersion dans des situations anxiogènes pour l’enfant grâce à un casque de réalité virtuelle et à un programme informatique. Face à ces situations, l’enfant va apprendre à mieux les aborder et à réagir différemment.

La thérapie familiale[6][modifier | modifier le code]

Elle permet de travailler la dynamique familiale bien souvent fragile qui entoure l’enfant atteint de mutisme sélectif. Travailler avec la famille permet bien souvent d’avancer plus rapidement dans le processus de travail avec l’enfant. Les relations dans la famille évoluent en rééquilibrant la dynamique familiale.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) http://emedicine.medscape.com/article/917147-overview
  2. Denis, C., Jacquart, J. & Pitchot, W., Mutismes, p. 638-643
  3. R. Poinsot, « DSM-IV-TR (Manuel diagnostique et statistique des Troubles mentaux, 4e édition, Texte Révisé) », Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive, vol. 14, no 1,‎ , p. 54 (ISSN 1155-1704, DOI 10.1016/s1155-1704(04)97443-5, lire en ligne, consulté le 6 mai 2020)
  4. Valérie Marschall, Catherine Gaudemard, Anne Frelat-Loreau et Candice Blondeau, « Comment remédier au mutisme sélectif en milieu scolaire ? », La Revue de Santé Scolaire et Universitaire, vol. 5, no 26,‎ , p. 22–26 (ISSN 1879-3991, DOI 10.1016/j.revssu.2014.02.006, lire en ligne, consulté le 6 mai 2020)
  5. Christophe Renay, « La parole de l’enfant dans le cadre de la prise en charge judiciaire de l’enfant victime », dans Le parcours judiciaire de l’enfant victime, ERES, (ISBN 978-2-7492-4890-5, lire en ligne), p. 129
  6. a b c d e f g h i j k l et m Canion Florence, Le mutisme sélectif à l’école : de la prévention du trouble à la prise en charge de l’enfant, Haute École de la ville de Liège (lire en ligne)
  7. a b c d et e Ève Gellman-Garçon, « Le mutisme sélectif chez l'enfant : un concept trans-nosographique. revue de la littérature et discussion psychopathologique », La psychiatrie de l'enfant, vol. 50, no 1,‎ , p. 259 (ISSN 0079-726X et 2102-5320, DOI 10.3917/psye.501.0259, lire en ligne, consulté le 6 mai 2020)
  8. Ouvrir la voix, Remédier au mutisme en milieu scolaire
  9. (en) Adelman, L. (2007). Don't Call me Shy, LangMarc Publishing
  10. (en) « Selective Mutism Symptoms », sur Theselectivemutism.info (consulté le 21 février 2013)
  11. (en) Online Parent Support, « Selective Mutism », sur Myoutofcontrolteen.com, (consulté le 21 février 2013)
  12. Candy Aubry et Francisco Palacio-Espasa, « Le mutisme sélectif : étude de 30 cas », La psychiatrie de l'enfant, vol. 46, no 1,‎ , p. 175 (ISSN 0079-726X et 2102-5320, DOI 10.3917/psye.461.0175, lire en ligne, consulté le 6 mai 2020)
  13. a b c et d Torey L. Hayden, « Classification of Elective Mutism », Journal of the American Academy of Child Psychiatry, vol. 19, no 1,‎ , p. 118–133 (ISSN 0002-7138, DOI 10.1016/s0002-7138(09)60657-9, lire en ligne, consulté le 6 mai 2020)
  14. Bee, H. & Boyd, D, Les âges de la vie, . ERPS
  15. Samuel M. Turner, Deborah C. Beidel, Janet W. Borden et Melinda A. Stanley, « Social phobia: Axis I and II correlates. », Journal of Abnormal Psychology, vol. 100, no 1,‎ , p. 102–106 (ISSN 1939-1846 et 0021-843X, DOI 10.1037/0021-843x.100.1.102, lire en ligne, consulté le 6 mai 2020)
  16. (en) Manassis K., « Silent suffering: understanding and treating children with selective mutism », Expert Reviews Neurother,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]