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Voyeurisme

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Voyeurisme
Description de cette image, également commentée ci-après
Paul Rader, Over Exposed.

Traitement
Spécialité PsychiatrieVoir et modifier les données sur Wikidata
Classification et ressources externes
CIM-10 F65.3
CIM-9 302.82302.82Voir et modifier les données sur Wikidata
MeSH D014843

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Le voyeurisme, est une paraphilie, c’est à dire, un développement sexuel atypique pouvant causer une détresse récurrente au point de perturber la vie sociale, affective ou professionnelle[1]. Si le voyeur passe à l’acte, cela constitue une atteinte sexuelle pouvant causer des symptômes traumatiques durables à la victime[2]. Contrairement à l’idée selon laquelle un voyeur « discret » ne ferait de mal à personne : le corps et l’intimité d’une personne sont captés et utilisés sans consentement comme objet d’excitation, ce qui constitue une atteinte sexuelle.

Spécificités

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Être observé à son insu constitue une atteinte directe à l’intimité et au contrôle de son propre corps. Cette intrusion crée souvent un sentiment de violation et d’insécurité. Les recherches montrent que les victimes de voyeuristes peuvent développer des troubles anxieux, des symptômes de stress post-traumatique, de la peur, du dégoût, une modification de ses habitudes ainsi que des altérations de l’image corporelle, parfois durables[2].

Sur le plan criminologique, les données sont sans ambiguïté : les comportements voyeuristes, tout comme l’exhibitionnisme, le masochisme et le sadisme, présentent des corrélations modérées à fortes avec les conduites sexuelles coercitives. Les hommes perpétrateurs de viol accordent une valeur érotique plus faible aux rapport sexuels égalitaires et réagissent davantage à des stimuli voyeuristes, ce qui indique une sexualisation de l’intrusion, de la domination et de la violation plutôt que du partage. Par ailleurs, les comportements paraphiliques chez de jeunes adultes augmentent le risque de passage à l’acte sexuellement violent, et leur détection précoce fait partie des leviers de prévention possibles[3]. Les individus présentant des comportements paraphiliques non consensuels (voyeurisme, exhibitionnisme, frotteurisme) se distinguent par un désengagement moral élevé, une impulsivité plus marquée, un déficit d’inhibition et des conceptions déformées du consentement. Le voyeurisme n’est pas seulement un « regard », mais un acte de transgression qui repose sur la désactivation de l’empathie et la transformation du corps d’autrui en objet sexuel[4].

Chez les adultes présentant un trouble voyeuriste, les premiers fantasmes ou comportements apparaissent généralement à l’adolescence, souvent dans des contextes où le développement psychoaffectif est perturbé. Les abus sexuels durant l’enfance, l’abus de substances (drogues, alcool) et l’hypersexualité ou comportements sexuels compulsifs (comme peut l'addiction à la pornographie[5]), sont fréquemment associés au trouble voyeuriste[6].

Le contraste entre ceux qui subissent le voyeurisme et ceux qui le pratiquent révèle une relation de pouvoir profondément ancrée dans la culture patriarcale. Comme toutes les agressions physiques, les agressions sexuelles sont majoritairement commises par des hommes[7]. Du point de vue féminin, l’agression voyeuriste fait partie des violences commises par des hommes contre les femmes et qui font partie des stratégies de coercition pour maintenir leur domination et leurs privilèges[8],[9].

Diagnostique clinique

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Le trouble du voyeurisme est défini par la présence, sur une période minimale de six mois, d’une excitation sexuelle intense et récurrente provoquée par l’observation clandestine et sans consentement d’une personne nue, en train de se déshabiller ou d’avoir des relations sexuelles. Cette excitation peut se manifester sous forme de fantasmes, de pulsions ou de comportements. Le diagnostic n’est posé qu’à partir de 18 ans, afin d’éviter de pathologiser la curiosité sexuelle normative de l’adolescence. Il devient un trouble lorsque l’individu met en acte ses pulsions ou lorsque ses fantasmes ou comportements provoquent une détresse marquée ou une altération significative du fonctionnement social, affectif ou professionnel. Un sujet peut recevoir un diagnostic même s’il nie ses pulsions ou affirme que ses actes étaient accidentels : la répétition objective valide le trouble et confirme l’existence d’un fonctionnement paraphilique préjudiciable[1].

Par extension, on parle de voyeurisme du téléspectateur face à des images ou événements touchant des personnes humaines dans leur intimité ou dans leur chair (exemples célèbres : agonie de la jeune Colombienne Omayra Sánchez, exécution des époux Elena et Nicolae Ceaușescu). Peu à peu mis en confiance ou manipulés, les participants à la téléréalité — qu’il s’agisse de Star Academy, Loft Story ou d’autres émissions reposant sur le voyeurisme de masse — en viennent à livrer devant la caméra des aspects intimes de leur vie personnelle.

Des plateformes comme Instagram ou TikTok — conçues pour partager des images — deviennent également des terrains propices aux comportements voyeuristes. Cette culture de l’image privilégie l’impact immédiat et la stimulation passive, au détriment de l’expression écrite, de la réflexion profonde et de l’engagement critique. Elle encourage une réception superficielle et dépersonnalisée du réel, plutôt qu’un rapport actif et réfléchit au monde[réf. nécessaire].

Droit par pays

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"Le voyeurisme consiste à observer ou faire observer une personne ou réaliser ou faire réaliser un enregistrement visuel ou audio de celle-ci,

  • directement ou par un moyen technique ou autre;
  • sans le consentement de cette personne ou à son insu;
  • alors que cette personne est dénudée ou se livre à une activité sexuelle explicite; et
  • alors que cette personne se trouve dans des circonstances où elle peut raisonnablement considérer qu'elle est à l'abri des regards indésirables.

Par personne dénudée, on entend la personne qui, sans son consentement ou à son insu, montre une partie de son corps, laquelle, en raison de son

intégrité sexuelle, aurait été gardée cachée si cette personne avait su qu'elle était observée ou faisait l'objet d'un enregistrement visuel ou audio.

Cette infraction est punie d'un emprisonnement de 6 mois à 5 ans.

Le voyeurisme existe dès qu'il y a commencement d'exécution."[10]

Loi canadienne

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En droit pénal canadien, le voyeurisme est une infraction criminelle définie à l'article 162 du Code criminel[11] :

« 162 (1) Commet une infraction quiconque, subrepticement, observe, notamment par des moyens mécaniques ou électroniques, une personne — ou produit un enregistrement visuel d’une personne — se trouvant dans des circonstances pour lesquelles il existe une attente raisonnable de protection en matière de vie privée, dans l’un des cas suivants :

a) la personne est dans un lieu où il est raisonnable de s’attendre à ce qu’une personne soit nue, expose ses seins, ses organes génitaux ou sa région anale ou se livre à une activité sexuelle explicite;

b) la personne est nue, expose ses seins, ses organes génitaux ou sa région anale ou se livre à une activité sexuelle explicite, et l’observation ou l’enregistrement est fait dans le dessein d’ainsi observer ou enregistrer une personne;

c) l’observation ou l’enregistrement est fait dans un but sexuel

[…]

162 (5) Quiconque commet une infraction prévue aux paragraphes (1) ou (4) est coupable :

a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans;

b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire. »

L'Association du Barreau canadien avait proposé la création d'une infraction de voyeurisme en 2002 en réaction à la présence croissante des technologies de l'information et plus particulièrement d'Internet dans la société contemporaine[12].

Loi française

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Le , l'article 16 de la loi no 2018-703 sanctionne le délit de voyeurisme dans le cadre de la loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans le code pénal français[13]. La loi, inscrite dans la section « De l'atteinte à la vie privée », dispose ainsi que :

« Le fait d'user de tout moyen afin d'apercevoir les parties intimes d'une personne que celle-ci, du fait de son habillement ou de sa présence dans un lieu clos, a caché à la vue des tiers, lorsqu'il est commis à l'insu ou sans le consentement de la personne, est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende[14]. »

De plus, la peine s'élève à deux ans d'emprisonnement et 30 000  d'amende si l'infraction s'accompagne des circonstances aggravantes suivantes :

« # Lorsqu'ils sont commis par une personne qui abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions ;

  1. Lorsqu'ils sont commis sur un mineur ;
  2. Lorsqu'ils sont commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur ;
  3. Lorsqu'ils sont commis par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice ;
  4. Lorsqu'ils sont commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs ou dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs ;
  5. Lorsque des images ont été fixées, enregistrées ou transmises[14]. »

Ainsi, le revenge porn et l'upskirting constituent deux formes de ce délit d'atteinte à la vie privée, aggravé par l'enregistrement et la diffusion des images de l'infraction[15].

Notes et références

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  1. a et b American Psychiatric Association, « DSM-5 », sur info drogues, (consulté en )
  2. a et b Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Dunod, , 3e éd., LIII-454 p. (ISBN 978-2-10-082583-7)
  3. (en) H. Scher et al, « Males disposed to commit rape », sur PubMed, (consulté en )
  4. (en) Lauryn Vander Molen, Scott T. Ronis, Aryn A. Benoit, « Paraphilic Interests Versus Behaviors: Factors that Distinguish Individuals Who Act on Paraphilic Interests From Individuals Who Refrain », sur PubMed, (consulté en )
  5. (en) Mahmoud Zivari-Rahman, Siroos Ghanbari, « Psychometric Properties of the Youth Pornography Addiction Screening Tools », sur National Library of Medicine, (consulté en )
  6. (en) Victoria P. M. Lister, Theresa A. Gannon, « A Descriptive Model of Voyeuristic Behavior », sur PubMed, (consulté en )
  7. Lucile Peytavin, Le Coût de la virilité : Ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes, Poche, , 192 p. (ISBN 978-2253195702)
  8. (en) Catharine Mc Kinnon, Only Words, HarperCollins Publishers Ltd, , 128 p. (ISBN 978-0006382454, lire en ligne)
  9. Francine Sporenda, La mystification patriarcale, Éditions Libre, , 335 p. (ISBN 9782490403769)
  10. Article 417/8 du code pénal belge.
  11. Code criminel, LRC 1985, c C-46, art 162, consulté le 2023-02-05
  12. Association du Barreau canadien. « Objet : Le voyeurisme en tant qu'infraction criminelle ». En ligne. Page consultée le 2023-02-05
  13. « Voyeurisme - Définition juridique », sur droit-finances.commentcamarche.com (consulté le )
  14. a et b Code pénal - Article 226-3-1 (lire en ligne)
  15. « «Upskirting» : fin de parties pour les voyeurs », sur Libération.fr, (consulté le )

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Articles connexes

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Liens externes

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