Boulimie

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La boulimie, un trouble des conduites alimentaires, est caractérisée par un rapport pathologique à la nourriture, se manifestant par des ingestions excessives d'aliments (allant jusqu'à l'inconfort gastrique), de façon répétitive et durable. Ces ingestions, appelées crises de boulimie, peuvent durer entre quelques minutes et plusieurs heures. Cette maladie est souvent apparentée à une forme d'addiction, dans la mesure où l'individu entretient avec la nourriture un rapport similaire à la toxicomanie.

La boulimie est une des formes les plus sévères des troubles alimentaires avec l'anorexie. La crise de boulimie se caractérise par une augmentation pathologique du besoin de nourriture, sans nécessairement ressentir la faim. Elle est la plupart du temps suivie par un sentiment très fort de colère ou de dégoût de soi (notamment dans le cas d'une boulimie vomitive). L'individu boulimique peut avoir recours à certains actes en vue de stabiliser son poids, tels que la provocation du vomissement, l'utilisation inappropriée de laxatifs et/ou de diurétiques, la pratique excessive de sport et une restriction alimentaire très sévère. On associe souvent la boulimie aux vomissements bien qu'ils ne soient pas systématiques. Ces actes ont pour principal objectif de réduire au maximum la quantité de calories ingérées lors de la crise de boulimie. Bien que la personne boulimique croit réussir à éliminer toutes ces calories, ce n'est bien souvent pas le cas et, en général, les crises s'accompagnent d'une prise de poids plus ou moins importante.

Diagnostic et symptômes[modifier | modifier le code]

Un trouble durable ponctué de crises[modifier | modifier le code]

La boulimie se manifeste par des comportements compulsifs de consommation de nourriture, en grande quantité. Visant à compenser un sentiment de mal-être, les aliments choisis sont assez stéréotypés : très caloriques, souvent sucrés (gâteaux, crèmes, glaces…) parfois salés (charcuterie, fromages…). Ce trouble se distingue de la gourmandise, le boulimique ne ressentant pas nécessairement la faim, sa fringale l'incitant à manger même ce qu'il n'aime pas[1].

L'état d'anxiété du boulimique se solde par des crises, dans lesquelles se cumulent une fixation de l'idée de manger, un sentiment de honte et une attitude vorace. La manducation vient combler un manque, de manière similaire à une addiction, et conduit à des actes aberrants ou incontrôlés. L'ingestion massive et brutale de nourriture s'arrête avec la sensation de saturation, parfois jusqu'à ce qu'apparaissent de violentes douleurs abdominales. Le sujet est alors souvent en proie à un malaise physique, associé à la souffrance psychologique, la culpabilité d'avoir cédé à la pulsion et la dévalorisation de son image[2].

Ces prises alimentaires sont souvent associées à un maintien du poids, en raison des tactiques de contrôle du poids plus ou moins dangereuses ou inefficaces : vomissements, exercice physique, crise d'anorexie, usage de laxatifs, de diurétiques, de lavements ou de médicaments coupe-faim. La boulimie peut être isolée en trouble du comportement mais se combine parfois avec d'autres : les syndromes dépressifs, les troubles anxieux, des conduites addictives (comorbidité).

Si le DSM-IV donne des indications sur la quantité d'aliments ingurgités et la fréquence des crises dans la définition de la boulimie, elle varie d'un individu à l’autre. L'image négative de son corps, qui peut être aussi bien une cause qu'une conséquence, n'est pas un critère pertinent pour la démarche thérapeutique, de même la prise ou non de purgatif n'est pas un critère suffisant pour les différencier sur le plan psychopathologique[3].

30 à 60 % des individus souffrant de troubles alimentaires souffrent également d'un trouble de la personnalité de type borderline. La boulimie est alors un symptôme[4].

Comparaison avec l'anorexie[modifier | modifier le code]

Les anorexiques partagent avec les boulimiques l'obsession pour la nourriture, l'image du corps et l'emprise du milieu familial vécue comme étouffante. En revanche, ils s'opposent par leur morphologie, ainsi que par la passivité et les tendances dépressives plus prononcées des boulimiques. L'anorexie est considérée parfois comme une réaction contre la boulimie[5]. Si la comorbidité de ces deux troubles est similaire, les boulimiques sont généralement plus conscients de leurs failles psychologiques [6].

Prévalence et épidémiologie[modifier | modifier le code]

La proportion de boulimiques entre les deux sexes est un peu près équivalente pendant l'enfance, bien que la distinction avec les simples cas d'obésité reste difficile à effectuer. Après ce stade, les adolescentes sont plus fréquemment atteintes de ce trouble, à raison de 5 à 7 femmes pour 1 homme [6] et concerne en France 4 à 8 % des étudiantes. Cependant, ces chiffres pourraient être sous-estimés du fait de la difficulté à détecter la « boulimie avec purge » (vomissement, lavement…) qui ne crée pas une obésité symptomatique[7]. A l'âge adulte, la boulimie est souvent une rechute [8].

Causes[modifier | modifier le code]

Les causes de la boulimie sont complexes et multiples, issues d’une combinaison de facteurs émotionnels, comportementaux, psychologiques et sociaux. Ces facteurs sont paradoxalement très proches de ceux de l'anorexie mentale, les deux maladies étant fréquemment liées. Un même patient peut souffrir d'une combinaison des deux maladies, ou d'une alternance d'anorexie et de boulimie.

La boulimie est généralement associée de l'anxiété, du stress, de la dépression et à des troubles de règles (aménorrhée et dysménorrhée). Selon une étude, une protéine bactérienne pourrait même être en cause dans l'apparition de ce TCA.[9]

Facteurs psychologiques et sociaux[modifier | modifier le code]

Des émotions diverses et contradictoires expliquent l'apparition d'un comportement boulimmique : l'excès d'ennui et l’envie d'exister, le besoin de calmer sa nervosité ou d'extérioriser son agressivité, une identification à une image de force, la recherche d'un réconfort ou encore une réaction face à une frustration, un sentiment d'injustice ou d'abandon[10].

Violence sexuelle[modifier | modifier le code]

40 % des femmes boulimiques ayant subi une violence sexuelle dans leur enfance ont des comportements de vomissement et/ou des crises de fringale plus importants que les autres, surtout si l’abus sexuel était intrafamilial, violent et précoce (avant 14 ans)[11]. Dans ces cas, une dévoration compulsive, frénétique et autodestructrice est observée.

Une corrélation est notée entre trouble du comportement alimentaire (boulimie et anorexie) et trouble de la sexualité. Une proportion anormalement élevée de cas d'abus sexuel lors de l'enfance et de l'adolescence a été soulignée par plusieurs études épidémiologiques[12],[13].

Une interprétation psychiatrique voit la boulimie comme une réaction de défense contre la séduction et l'acte sexuel par la déformation du corps (obésité notamment) ; à l'instar de l'anorexie qui viserait les mêmes objectifs en ramenant le corps à l'état pré-pubère (aménorrhée notamment).

Complications[modifier | modifier le code]

Des complications parfois graves ont été notées : œsophagite (liée aux vomissements répétés), rupture œsophagienne ou gastrique (par absorption massive d'aliments), troubles ioniques (en rapport avec l'utilisation de diurétiques ou de laxatifs) pouvant aller jusqu'à des arythmies cardiaques et des complications dentaires. Ces complications peuvent faire prendre conscience au sujet des risques qu'il court : par exemple, vomir du sang peut être un choc pour le boulimique et faire diminuer ses crises. Mais il est possible alors qu'il se tourne vers d'autres addictions pour combler son besoin d'à la fois contrôler et détruire son corps et sa vie.

Évolutions de la maladie[modifier | modifier le code]

  • Disparition avec le temps mal expliquée[14][réf. nécessaire], le plus souvent, mais non sans souffrance qui doit justifier une consultation spécialisée.
  • Passage à la chronicité : la boulimie perdure[15][réf. nécessaire], avec des rechutes fréquentes, et des risques sérieux pour la santé[16]. Cela pourrait montrer la fixation du sujet sur un ou des évènements non résolus dans sa vie.
  • Apparition d'une dépression, de conduites addictives (drogues, alcool) : déplacement du symptôme de la boulimie vers d'autres modes d'expression de la souffrance.
  • Porte d'entrée vers l'anorexie : retournement de la pulsion sur la personne propre et renversement dans le contraire[17].
  • Invalidité scolaire, affective, sociale : déplacement du vide ressenti dans d'autres domaines.
  • Durée de vie réduite.

Traitement[modifier | modifier le code]

Les aides psychologiques les mieux évaluées sont les psychothérapies cognitivo-comportementales. Les résultats sont controversés, mais elles semblent plus efficaces que des traitements médicamenteux tels que la fluoxétine.

Les thérapies utilisant l'hypnose ericksonnienne sont également très efficaces car elles permettent de modifier des croyances profondes qu'a la personne boulimique sur elle-même. De plus, c'est une thérapie qui dure beaucoup moins longtemps que la plupart des autres prises en charge.

D'autres psychothérapies sont utilisées, mais leurs évaluations comparatives sont encore plus pauvres : psychothérapie psychanalytique ou d'inspiration psychanalytique, thérapies systémiques familiales, psychothérapie interpersonnelle.

Une thérapie nutritionnelle y est associée, mais très souvent les résultats obtenus par celle-ci ne durent pas, ce qui prouve que la boulimie est un symptôme. Une thérapie qui vise plus particulièrement le trouble de la personnalité sous-jacent à la boulimie donnera plus de résultat. Elle peut se faire individuellement, mais (comme dans le cas des personnalités alcooliques ou toxicomanes) elle est plus performante lorsqu'il s'agit d'une thérapie de groupe. Il existe également des groupes de soutien, sur le modèle des Alcooliques anonymes : les Outremangeurs Anonymes. La prise en charge doit aussi favoriser l'insertion sociale, familiale, scolaire.

Rarement, des antidépresseurs seront prescrits, pour surmonter un cap particulièrement pénible.

La nutrition entérale exclusive est un troisième traitement possible. Il se fait par la pose d'une sonde naso-gastrique au domicile du sujet. Celui-ci pendant une durée de quelques semaines sera alimenté exclusivement par poche, en n'ayant droit de boire que de l'eau. La personne réapprendra à manger au fur et à mesure par la suite. Ce type de cure permet 50 à 60 % de guérison[réf. nécessaire]. En cas de récidive, le traitement peut être repris avec une baisse de l'efficacité. Un suivi psychologique est demandé en parallèle du traitement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Castilla et Bastin 1988, p. 15
  2. Castilla et Bastin 1988, p. 50-52
  3. François Nef, « La boulimie », dans La boulimie : des théories aux thérapies, Bruxelles, Mardaga, (lire en ligne), p. 9-33
  4. Boulimie et trouble de la personnalité AAPEL. BOULIMIE.US. Boulimie, troubles alimentaires. Borderline état limite, hyperphagie
  5. Castilla et Bastin 1988, p. 67-69
  6. a et b Michel Arhuis et Didier-Jacques Duché, « Diagnostic et traitement des troubles des conduites alimentaires des adolescents : anorexie mentale et boulimie nerveuse », Bulletin de l'Académie nationale de médecine, 2002
  7. « Chiffres clés de la boulimie - Carenity », sur www.carenity.com (consulté le 2 juillet 2018)
  8. Castilla et Bastin 1988, p. 46-49
  9. « Anorexie et boulimie : définition, symptômes, traitements », Sciences et Avenir,‎ (lire en ligne)
  10. Castilla et Bastin 1988, p. 173-186
  11. (en) Waller « Sexual abuse and the severity of bulimic symptoms » Brit. J. Psychiatry 1992;161:90-93. PMID 1638336
  12. (en) Everill JT, Waller G, « Reported sexual abuse and eating psychopathology : a review of the evidence for a causal link », Int J Eat Disord., vol. 18, no 1,‎ , p. 1-11 (PMID 7670438)
  13. (en) Allison KC, Grilo CM, Masheb RM, Stunkard AJ, « High self-reported rates of neglect and emotional abuse, by persons with binge eating disorder and night eating syndrome », Behav Res Ther., vol. 45, no 12,‎ , p. 2874-83. (PMID 17659255, PMCID PMC2134835, lire en ligne)
  14. 50 % des patients n'ont plus de symptômes après 5 à 10 ans.
  15. 20 % des patients présentent encore de la boulimie après 5 à 10 ans de suivi.
  16. Voir Carence alimentaire en sélénium
  17. Pulsions et destin des pulsions, Métapsychologie, Freud, 1915.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Récits, romans[modifier | modifier le code]

  • Anne Calife, Meurs la faim, Gallimard, 1999 ; Menthol House, 2010, réédition
    cette autofiction montre l'organisation familiale et la mise en place de la boulimie dans la petite enfance, jusqu'à l'adolescence.
  • Camille de Peretti, Thornytorinx, Paris, Belfond, 2005 (ISBN 2714441424)
    cette autofiction aborde le sujet de la boulimie et anorexie montrant aussi la stratégie du vomissement.

Ouvrages de vulgarisation[modifier | modifier le code]

  • Karin Bernfeld, Déjouer les troubles alimentaires, Librio-Flammarion, 2007
  • Denise de Castillan et Christiane Bastin (préf. Albert-François Creff), La boulimie : mieux se connaître pour en guérir, Robert Laffont, coll. « Réponses », , 202 p. (ISBN 9782221054369)
  • Catherine Hervais, Les toxicos de la bouffe, éditions Payot Poche, 2007
  • Annick Loupias, La tortue sur le dos,  éd. de L'Homme, 2001
  • François Nef, La boulimie : des théories aux thérapies, Mardaga, coll. « Pratiques psychologiques », , 174 p. (ISBN 9782870099308)
  • Franck Senninger, La boulimie, édition Jouvence, 2004

Témoignage[modifier | modifier le code]

  • Vittoria Pazalle, Anorexie et boulimie : journal intime d'une reconstruction, Éditions Dangles 2007

Revue[modifier | modifier le code]

  • « Fluoxétine, Boulimie : pas de progrès » et « Boulimie : les traitements symptomatiques sont peu efficaces » in La revue Prescrire no 275, p. 568 et 602 à 607, septembre 2006