Maud-Yeuse Thomas

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Maud-Yeuse Thomas
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (58 ans)
LorientVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité

Maud-Yeuse Thomas est une intellectuelle et militante transféministe née le à Lorient (Morbihan).

Elle est co-fondatrice et co-responsable avec Karine Espineira de l'Observatoire des transidentités[1] et des Cahiers de la Transidentité[2]. Titulaire d'un Master 2 Recherche en Etudes de genre de l'Université Paris 8, elle a notamment co-dirigé les ouvrages Corps vulnérables. Vies dévulnérabilisées (2016), Transféminismes (2015), Quand la médiatisation fait genre (2014). Ses recherches actuelles portent sur une comparaison anthropologique des différents régimes sexes-genre en Europe et dans le monde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maud-Yeuse Thomas est née dans le Morbihan, assignée garçon à l'état civil. Après une enfance qu'elle qualifie de "solitaire"[3], elle arrête sa scolarité et entre dans la vie active. A partir de 1985 elle s'installe à Paris où elle se consacre à la peinture[3]. En 1993, elle débute sa transition et suit pendant plusieurs années le protocole de l'hôpital Fernand-Widal avant de rompre avec les pratiques médicales de pathologisation qui produisent, selon ses termes, des « patients sans maladie »[3]. Elle fréquente alors le Centre du Christ Libérateur, une « église pour les gays et lesbiennes »[4] qui a pour objectif de « favoriser la reconnaissance par les Églises de la réalité digne de tout mode de vie »[4] fondée par Joseph Doucé.

En 1995, elle rejoint l'Association du syndrome de Benjamin (ASB) créée par un collectif de 4 personnes trans dont Tom Reucher cette année-là[3]. Au sein de l'ASB elle fait la connaissance de Karine Espineira. Elle développe "une première militance trans associant auto-support associatif et début de politisation de la question trans"[3], marquée notamment par la création de l'Existrans en 1997, une marche qui revendique de « penser la question trans non plus du côté de la maladie mais du côté des droits »[3]. A partir de 1996 elle participe au séminaire Le Zoo où elle rencontre notamment Sam Bourcier, Marco Dell'Omodarme[5] et Catherine Deschamps. Trois axes de réflexion animent le séminaire: il s'agit de réhabiliter la culture populaire en France, au sens où elle constitue une puissante source d'identification pour les Queers, ainsi que de « faire le point sur les références queers françaises »[6] et enfin de « redéfinir en permanence ce que queer peut vouloir dire »[6]. Elle co-signe avec Karine Espineira l'article 2 lesbotrans se posent des Q de l'ouvrage collectif Q comme Queer[6]dirigé par Sam Bourcier. Elles y déconstruisent la pathologisation des trans opérée par le discours psy et problématisent « l'enjeu politique du transexualisme »[6]. Maud-Yeuse Thomas publie à la même époque des contributions dans le 3 Keller, le journal du centre gai et lesbien de Paris[7].

En 1999, elle quitte Paris pour les Alpes de Haute-Provence avant de s'installer à Marseille avec Karine Espineira en 2001. Toutes deux créent l'association trans « Sans contrefaçon »[8] en 2005, qui deviendra « Sans contrefaçon reloaded » quelques années plus tard. Maud-Yeuse mène de front son activité d'écriture et son engagement militant. Elle participe notamment aux Universités d'été euro-méditerranéennes des homosexualités (UEEH), où elle crée des ateliers trans et intersexe avec Vincent Guillot, ainsi qu'au Centre évolutif Lilith[9], association féministe lesbienne de Marseille[3].

En 2010, l'association « Sans contrefaçon » est mise en veille : Maud-Yeuse Thomas lance l'Observatoire des transidentités[1] avec Karine Espineira et Arnaud Alessandrin. L’Observatoire des transidentités (ODT) est un site indépendant d’information, de productions de savoirs et d’analyses sur les questions trans, inter et les questions de genre. Il oeuvre à dé-hiérarchiser les distinctions entre savoirs militants et académiques dans une perspective de dépathologisation des savoirs[1],[3]. Dans le sillage de l'ODT, elle co-dirige La Transyclopédie: tout savoir sur les transidentités, première encyclopédie trans en langue française publiée en 2012[10]. En 2013, elle lance la collection "Les cahiers de la transidentité"[2] qu'elle co-dirige depuis aux Editions L'Harmattan. En 2016, elle obtient un Master en Études de Genre à l'Université Paris 8.

Nourrie des racines queer, elle oriente ses travaux vers le transféminisme, à l'intersection des études féministes et des trans studies. Elle analyse la transidentité comme « la conséquence socio-historique de l'inégalité structurelle de notre société »[3] à travers les binarités homme-femme, sain-pathologique. Ses recherches actuelles portent sur une comparaison anthropologique des différents régimes sexes-genre en Europe et dans le monde.

Publications[modifier | modifier le code]

Coordinations d'ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas et al., La Transyclopédie : tout savoir sur les transidentités, Paris, Des Ailes sur un tracteur, , 320 p. (ISBN 1291103228 et 978-1291103229).
  • Maud-Yeuse Thomas, Karine Espineira et Noomi B. Grüsig (dir.), « Transféminismes », Cahiers de la transidentité, Paris, L'Harmattan, vol. 5,‎ , p. 175.
  • Lætitia Biscarrat, Karine Espineira et M.-Y. Thomas et al., « Médias audiovisuels, altérité et négociation de genre », Cahiers de la transidentité, Paris, L'Harmattan,‎ , p. 248.
  • Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas et al., « Tableau noir : les transidentités et l'école », Cahiers de la transidentité, Paris, L'Harmattan, vol. 4,‎ , p. 122.
  • Karine Espineira et al., « Corps trans, corps queer », Cahiers de la transidentité, Paris, L'Harmattan, vol. 3,‎ , p. 140.
  • Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineira et al., « Identités Intersexes : Identités en débat », Cahiers de la transidentité, Paris, L'Harmattan, vol. 2,‎ , p. 170.
  • Maud-Yeuse Thomas, Karine Espineira et Arnaud Alessandrin (dir.), « Transidentités : Histoire d’une dépathologisation », Cahiers de la transidentité, Paris, L'Harmattan, vol. 1,‎ , p. 134.

Articles dans des revues à comité de lecture[modifier | modifier le code]

  • Transidentités : se donner un corps. Corps trans, corps transformés (avec Karine Espineira), Éprouver le corps. Corps appris, corps apprenant, Christine Delory-Momberger (dir.), Èrés, 2015, pp. 149-162.
  • « Les trans comme parias. Le traitement médiatique de la sexualité des personnes trans en France » (avec Karine Espineira), Genre, sexualité & société, no 11, « Parias sexuels », 2014[11].
  • « De la militance à la transmission de savoirs » (avec Karine Espineira et Arnaud Alessandrin), Partager les savoirs, construire la démocratie, Christine Delory-Momberger (dir.), Le sujet dans la cité, n° 4, 2014, pp. 133-144[12].
  • Pour un cadre générique du transsexualisme, L’Information Psychiatrique, vol. 87, n° 4, 2011, pp. 301-304[13].
  • « De la question trans aux savoirs trans, un itinéraire », Écouter la souffrance, entendre la violence, Christine Delory-Momberger (dir.), Le Sujet dans la cité, n° 1, Téraèdre, 2010, pp. 120-129[14].
  • « La controverse trans », Mouvements, Dossier « Trans Révolution », Elsa Dorlin (dir.), publié le 5 octobre 2007[15].

Chapitres d'ouvrage[modifier | modifier le code]

  • « Pour une socioanthropologie du fait trans » (pp. 43-46) ; « Le transféminisme : de la biopolitique à la géopolitique » (pp. 102-103), Les LGBT font bouger la société. Cultures et politiques de l’émancipation, actes du forum euroméditerranéen - 2013, Editions Des ailes sur un tracteur, 2015.
  • « L’exemple des UEEH », Géographie des homophobies, Yves Raibaud, Arnaud Alessandrin (dir.), Paris, Armand Colin, 2013, pp. 119-138.
  • « Le genre en anthropologie », Genre ! L'essentiel pour comprendre, Arnaud Alessandrin et Brigitte Bellebeau (dir.), Éditions Des ailes sur un tracteur, 2014, pp. 169-172.
  • « Facing mirrors », Médias audiovisuels, altérité et négociation de genre, Lætitia Biscarrat, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, Arnaud Alessandrin (dir.), Cahiers de la transidentité, hors-série, Paris, L’Harmattan, collection « Question de genre », 2014, pp. 195-205.
  • « La question trans au prisme des politiques minoritaires sans importance », Stonewall,… Bis ? Mariage pour tous… et après ?, Revue Miroir-Miroirs, no 3, Éditions Des Ailes sur un tracteur, 2014.
  • « Ethnologie du travestissement », Gender-fucking ! Masculinités/féminités, et tout le reste, Revue Miroir-Miroirs, no 2, 2013, pp. 53-66.

Préface et postfaces d'ouvrage[modifier | modifier le code]

  • « Préface » de l'ouvrage Médiacultures : la transidentité en télévision, Karine Espineira, Paris, L’Harmattan 2015, pp. 7-10.
  • Postface « Sexe, mensonges et savoirs » de l’ouvrage Queer Maroc, Jean Zaganiaris, Paris, Des Ailes sur un tracteur, 2013, pp. 359-360.

Réalisation d'un documentaire[modifier | modifier le code]

La transparentalité aujourd’hui, 52 minutes, 2007 (autoproduit)[16].

Ce documentaire porte un regard sur ces familles dont l’un de deux parents est une personne trans, en cours de transition. Généralement oubliée voire niée, la parentalité pose un éclairage neuf et surtout opposé au discours ambiant fondé sur la médicalisation et la moralisation d’un prétendu individualisme et un trouble de l’identité que le sujet du transsexualisme véhiculait jusqu’à présent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Observatoire des Transidentités, « Observatoire des transidentités », sur Observatoire Des transidentités (consulté le 12 juin 2017).
  2. a et b « Collections CAHIERS DE LA TRANSIDENTITÉ », sur www.editions-harmattan.fr (consulté le 12 juin 2017).
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Sylvie Chaperon et Christine Bard (dir.), Dictionnaire des féministes : France XVIIIème - XXIème siècle, Presses universitaires de France, , 1e éd. (ISBN 978-2-13-078720-4, notice BnF no FRBNF45220443)Voir et modifier les données sur Wikidata.
  4. a et b « EGLISE OECUMENIQUE », sur eoccl.free.fr (consulté le 12 juin 2017).
  5. Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Marc-Olivier Lagadic, « Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne : Page personnelle de Marco Renzo Dell Omodarme », sur www.univ-paris1.fr (consulté le 12 juin 2017).
  6. a, b, c et d Bourcier, Marie-Hélène. et Zoo (Association), Q comme queer : les séminaires Q du Zoo (1996-1997), Gai Kitsch Camp, (ISBN 2908050463, OCLC 44618104, lire en ligne).
  7. « Avril 1994, bienvenue chez vous. Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois d’avril 2015. », sur Yagg, (consulté le 12 juin 2017).
  8. « Association Sans Contrefaçon », sur sans.contrefacon.free.fr (consulté le 12 juin 2017).
  9. « Centre Évolutif Lilith » (consulté le 12 juin 2016).
  10. « "La carte des transidentités", Quentin Girard », sur liberation.fr, (consulté le 12 juin 2017).
  11. Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas, « Les trans comme parias. Le traitement médiatique de la sexualité des personnes trans en France », Genre, sexualité & société, no 11,‎ (ISSN 2104-3736, DOI 10.4000/gss.3126, lire en ligne).
  12. Maud-Yeuse Thomas, Karine Espineira et Arnaud Alessandrin, « De la militance trans à la transmission des savoirs : la place du sujet trans dans le lien social », Le sujet dans la cité, no 4,‎ , p. 132–143 (ISSN 2112-7689, lire en ligne).
  13. Maud Thomas, « Pour un cadre générique du transsexualisme », L'information psychiatrique, vol. me 87, no 4,‎ , p. 301–304 (ISSN 0020-0204, lire en ligne).
  14. Maud-Yeuse Thomas, « De la question trans aux savoirs trans, un itinéraire », Le sujet dans la cité, no 1,‎ , p. 120–129 (ISSN 2112-7689, lire en ligne).
  15. Mouvements.info, « La Controverse trans », Mouvements,‎ (lire en ligne).
  16. Mazens, Julie, « La transparentalité aujourd’hui », sur www.txy.fr, (consulté le 12 juin 2017).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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