Alaouites

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Les alaouites ou alawites (arabe : ʿalawīy, علويّ, alaouite ; alawite), également appelés noseïris ou nusayris (nuṣayrī, نصيريّ, nosaïrite), ou ansariyas, sont un groupe ethnique et religieux issu du djébel Ansariya au nord de la Syrie.

Répartition des communautés alaouites[modifier | modifier le code]

Au début du XXIe siècle, ils forment entre 10 % et 12 %[1],[2] de la population de la Syrie, et des communautés alaouites existent au Liban et en Turquie, en particulier à proximité de la frontière syrienne (dans l’ancien sandjak d'Alexandrette).

Origines et histoire[modifier | modifier le code]

Le fondateur du noséirisme est Muhammad Ibn Nusayr al-Namîri al-`Abdi, mort en 884. D'après la tradition rapportée par les Alaouites, le onzième imam al-Hasan al-'Askarî (mort en 874) lui confie une révélation nouvelle, qui est le noyau de la doctrine alaouite. Les sources les plus anciennes nomment la secte al-Namîriyya d'après la nisba d'Ibn Nousayr, puis au XIe siècle al-Nouṣayriyya s'impose.

Au Xe siècle, la doctrine est transférée en Syrie du Nord, à Alep. Surûr b. al-Qâsim al-Tabarânî, le chef de la communauté nosayrié, quitte la ville en 1032 à cause des guerres incessantes et se rend dans la cité byzantine de Laodicée (Lattaquié). Il est le vrai fondateur des nosaïrites syriens. La dynastie locale des Tanûh semble adopter sa doctrine, al-Tabarânî convertit aussi les paysans de la montagne (jabal ou djebel en arabe selon les régions) de l'arrière-pays. Ses œuvres forment le principal de la tradition écrite. Il meurt à Lattaquié en 1034-1035. Son tombeau est vénéré dans la mosquée al-Sa'rânî, non loin du port.

Au début du XIIe siècle, l'ouest de la région est conquis par les Croisés. Cependant, la pénétration chrétienne est faible, et on parle peu dans les sources latines des « nossorites ». À partir de 1132-1133, les Nizârites, une secte chiite ismaélienne, plus connue sous le nom d'«Assassins» ou d'«Haschischins», prennent plusieurs forteresses dans le Djebel méridional, dont celle de Kadmous (près de Tartous). Les conflits sont déjà nombreux avec les alaouites. Deux « conciles » organisés à 'Âna, sur le moyen Euphrate, et en 1291 à Safita, dans le but de trouver une conciliation avec la secte nizarite d'Alamut sont des échecs.

En 1188, Saladin prend Djeblé, Lattaquié et le Sahyoun, le Djebel passe à un sultanat ayyoubide. À la fin des Ayyoubides, vers 1220, un prince arabe alaouite venu du Djebel Sinjâr est apparemment appelé par les alaouites contre les ismaéliens qui envahissent le Djebel. D'eux descendraient six importantes tribus alaouites, qui sont les Haddâdiyya (Haddadines), Matâwira (Mataouiras), Mahâliba (Mehelbés), Darâwisa (Darouissas), Numaylâtiyya (Nmeilatiés) et Banî 'Alî (Béni Ali).

Quand le sultan Baybars prend les châteaux du Sud du Djebel, il essaye de convertir au sunnisme les alaouites en interdisant les initiations et ordonnant la construction de mosquées. Le soulèvement qui suit ces mesures est réprimé, et le sultan Qalâwûn renforce cette politique.

Mais la doctrine survit et se maintient, et la pression diminue sous les Ottomans. Les nosaïrites, poussés par la misère mais plus libres de leurs mouvements se réunissent en bandes qui pillent et rançonnent la région. Les règlements de compte sont fréquents avec les ismaéliens. Le plus grave a lieu en 1808, quand l'émir de Masyaf est assassiné par deux alaouites.

En 1854, le gouvernement ottoman veut contrôler le Djebel et y nomme un chef local, le musir al-Jabal Ismâ'il Beg, gouverneur du district de Safita. Installé à Dreykiche, celui-ci met fin aux luttes incessantes des différentes familles rivales et les soumet. En échange d'un tribut fixe versé au gouvernement, celui-ci lui laisse tout pouvoir sur le pays. Mais en 1858, il est trop puissant et destitué par Tahîr Pacha. À plusieurs reprises, et surtout en 1870 et 1877, des troupes ottomanes ravagent le pays, brisent la résistance des tribus et érigent des mosquées, qui restent vides.

Poids des alaouites en Syrie[modifier | modifier le code]

Drapeau de l'État des Alaouites.

Après la Première Guerre mondiale, les Français, qui reçoivent le mandat sur la Syrie, créent un Territoire des Alaouites.

Se défiant du nationalisme arabe des sunnites, ils encouragent pendant l'entre-deux-guerres un particularisme alaouite qui veut faire de ceux-ci un peuple à part entière, n'ayant rien à voir avec les Arabes (assimilés dans l'ensemble du Moyen-Orient aux sunnites) et dont l'histoire remonterait aux Phéniciens, à la manière des Maronites au Liban.

Les trois quarts des alaouites syriens vivent dans la région de Lattaquié[3].

Les présidents Hafez el-Assad, chef de l’État de 1970 à sa mort en 2000, et Bachar el-Assad, qui a succédé à son père le 17 juillet 2000, sont alaouites.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Jusque dans les années 1920, ils sont principalement désignés sous les termes de Nosayris ou d'Ansaris, termes qui renvoient à leur différence par rapport à l'islam. Le terme d'Alawi suggère le rapprochement avec Ali, le gendre de Mahomet, et ainsi avec le chiisme[4].

Doctrine alaouite[modifier | modifier le code]

Les spécialistes identifient dans la doctrine alaouite des restes de néoplatonisme et de gnose préislamique. Habituellement, assimilée à une variation de l'islam chiite, elle s'en distingue néanmoins par des différences importantes : l'absence de mosquées, d'imams, ses particularités doctrinales, d'où sa position aux marges du monde musulman[5].

La doctrine alaouite professe la croyance de la bénédiction de l'Esprit saint dans la succession des imams chiites. Leur livre Saint est le Coran, dont ils tirent toutefois une interprétation particulière, jugée non conforme à l'Islam (notamment concernant le principe islamique fondamental d'Unicité Divine ou « Tawhid ») par la majorité de la communauté musulmane.

La cosmogonie alaouite est dialectique : au début des temps, les âmes des croyants sont des lumières autour de Dieu et le louent, puis se révoltent en doutant de Sa divinité. Elles sont alors précipitées sur terre où elles sont enfermées dans des corps matériels condamnés à la métempsycose. Mais elles ont une chance de se racheter : en effet, Dieu leur apparaît dans l'histoire pour les contraindre à l'obéissance.

La succession : par exemple les prophètes sont Adam, Noé, Jacob, Moïse, Salomon, Jésus, et Mahomet, les successeurs sont Abel, Seth, Joseph, Josué, Asif ibn Barkhiya, saint Pierre, et Ali.

Celui qui reconnaît le mâ'na est sauvé, libéré du cycle, son âme redevient étoile, et retourne à travers les sept cieux vers le ġâya, le « but », c'est-à-dire la contemplation (mu'âyana) de la lumière divine. Mais la réincarnation peut être une punition.

Timbre poste syrien surchargé Alaouites.

La doctrine mystique alaouite est fondée sur le sens caché (bâtin), la masse des fidèles ignorant le sens profond du message divin, réservé aux seuls initiés. Ici, les interprétations divergent. Selon René Dussaud, on trouve quatre points de vue différents, qui sont autant de sectes : les Haidariés, qui identifient Mahomet au soleil; les Chamaliés, il a pour demeure le soleil que représente Mahomet [Quoi ?] ; les Ghaibiés, qui pensent que les hypostases [Quoi ?] , s'étant manifestées, sont maintenant invisibles dans l'atmosphère;et les Kalaziés, qui identifient Mahomet au soleil et Ali à la lune. En revanche, l'anthropologue anglais Sir Edward Evan Evans-Pritchard, comme le père Henri Lammens en 1915, assimile Chamaliés et Haidariés.

Le ramadan est pratiqué; on célèbre l'Aid al-saghîr. De plus, comme les autres chiites, ils célèbrent l'Achoura, qui commémore le martyre de Hussein à Karbala et ils célèbrent le Ghadir Khumm. Ils célèbrent également de nombreuses fêtes chrétiennes : Noël, l'Épiphanie, Pâques[6].

Le culte des saints, comme souvent, est une autre trace de piété.

Comme pour les Druzes, il n'y a pas d'unanimité parmi les théologiens sunnites quant à l'appartenance des alaouites à l'islam. Le frère de l'ancien président syrien Hafez el-Assad maria un de ses fils avec une sunnite issue de la famille régnante saoudienne, pourtant wahhabite. Assad obtint aussi de juristes libanais tant sunnites que chiites, tels Moussa Sader[5], des fatwas reconnaissant les alaouites comme musulmans, la présidence de la République de Syrie ne pouvant constitutionnellement être assumée que par un musulman. Néanmoins, pour la majorité des théologiens sunnites, les alaouites sont des hérétiques[3]. L' Islam Chiite des Alaouites est assez différent de l'Islam Chiite Iranien : il n' y a par exemple, pas de flagellation individuelle pour commémorer le martyre d'Ali chez les Alaouites, mais les Chiites Alaouites rejoignent les grandes divergences qui opposent les Chiites (dont Iraniens) aux autres Musulmans Sunnites.

Cependant, en Syrie, il n'y a jamais vraiment eu de grands affrontements, entre les Sunnites, et les Chiites Alaouites : lors des croisades, aux XIème et XIIème siècles, les guerriers Alaouites étaient des guerriers valeureux qui combattaient les Chrétiens croisés avec les autres Musulmans, et lors de la chute de l'Empire Ottoman, l'entraide était mutuelle, entre Musulmans, et même, Chrétiens, tout comme elle le fut pour le combat de lutter contre le mandat et la présence Française. Avec les Sunnites, les Alaouites, par la suite, ont contribué à l'émergence du nationalisme et du Socialisme Pan-Arabe, et même avec des Arabes Chrétiens (comme Michel Aflak). Ensemble, Sunnites, Chiites et Chrétiens se retrouvent dans le parti BAAS (et aussi en Irak, pays voisin).

Le fondamentalisme Religieux, à la différence des Iraniens, est rare chez les Chiites Alaouites, qui sont plutôt Laïcs, car la doctrine de ce groupe religieux comporte plusieurs aspects ou rites qu'ils partagent avec les Chrétiens. Les Alaouites accordent aussi beaucoup d'importance à l'armée, et au monde militaire, dont les dirigeants actuels de la Syrie sont issus. Les valeurs du travail et de la famille sont plutôt étendues, et ils recherchent plutôt à entreprendre avec le voisin, plutôt que de le combattre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabrice Balanche, « Le cadre alaouite I : une secte au pouvoir », Outre Terre 2, 14,‎ , p. 73-96
  2. (en) Charlotte McDonald-Gibson, « Syrians flee their homes amid fears of ethnic cleansing », The Independent,‎ .
  3. a et b Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 28
  4. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 27-28
  5. a et b Frédéric Pichon, « Les horizons de la géopolitique iranienne », Conflits, no 6, juillet-septembre 2015, p. 51-53.
  6. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 29

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marc Aractingi et Christian Lochon, Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques, Ed. L'Harmattan, Paris, 2008 (ISBN 978-2-296-06536-9).
  • André Cholley, « Le pays des Alaouites d'après J. Weulersse », Annales de Géographie, Année 1945, Volume 54, no 293, p. 53-59
  • René Dussaud, Histoire et religion des Nosairîs, Paris, Librairie Émile Bouillon, coll. « Bibliothèque de l'École des hautes études. Sciences philologiques et historiques » (no 129), , xxxv-211 p., 25 cm (notice BnF no FRBNF32064265, lire en ligne)
    Le mémoire de René Dussaud utilise sur sa page de titre la lettre « ṣ » (« s » avec point souscrit), lettre non reprise dans les catalogues de bibliothèques. Le document disponible sur le site Archive.org regroupe le mémoire de René Dussaud et un mémoire de François Martin, Textes religieux assyriens et babyloniens : transcription, traduction et commentaire, publié en 1900 chez le même éditeur dans le même cadre d'études supérieures. Ces deux mémoires sont dans le domaine public aux États-Unis (exclusivement), en raison de leur publication avant le 1er janvier 1923.
  • Henry Lammens, Voyage au pays des Nosairis, Revue de l'Orient chrétien, 1899, p. 572-590.
  • Henry Lammens, Voyage au pays des Nosairis, Revue de l'Orient chrétien, 1900, p. 99-117, p. 303-318 et p. 423-444.
  • Henry Lammens, Les Nosairis dans le Liban, Revue de l'Orient chrétien, 1902, p. 442-477.
  • Sabrina Mervin, « L’ « entité alaouite », une création française », in: Le choc colonial et l'islam, La Découverte, 2006 ISBN 978-2-7071-4696-0
  • Alain Nimier (pseudonyme de Abdallah Naaman), Les Alawites, éditions Asfar, Paris, 1987. (ISBN 2-906983-01-2)
  • Bruno Paoli, « Des Alaouites de Syrie (1) : un autre islam », Les carnets de l’Ifpo, Beyrouth, IFPO,‎ (lire en ligne).
  • (en) Syncretistic Religious Communities in the Near East: Collected Papers Od the International Symposium "Alevism in Turkey and Comparable Syncretistic Religious Communities in the Near East in the Past and Present" Berlin, 14-17 April 1955, Krisztina Kehl-Bodrogi, Barbara Kellner Heinkele, Anke Otter Beaujean éd., Brill, 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]